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Nick Land : l’accélération sans frein jusqu’à la fin de l’humanité et l’avènement de l’IA

Certains écrivains sont les dépositaires fidèles d’une tradition, ils veillent sur des trésors anciens comme les gardiens d’un sanctuaire. D’autres, au contraire, ne sont que les antennes frémissantes d’une époque, les récepteurs électriques d’une culture qui les traverse et les consume. Nick Land appartient incontestablement à cette seconde catégorie [1].

 

Né en 1962, il occupe une place singulière dans la constellation néoréactionnaire, où se mêlent l’audace intellectuelle et l’excès visionnaire. Ancien universitaire de l’université de Warwick, philosophe de formation, Land fut, dans les années 1990, l’un des éclaireurs de la gauche intellectuelle la plus audacieuse, participant à la fondation du CCRU (Cybernetic Culture Research Unit) aux côtés de figures telles que Sadie Plant ou Mark Fisher. Là, se rencontraient et s’entrechoquaient les univers de Georges Bataille et de Karl Marx, de Gilles Deleuze et de Félix Guattari, de la science-fiction et des raves hallucinées, de l’occultisme et des spéculations théoriques les plus vertigineuses.

C’est dans ce maelström intellectuel que Land théorisa l’accélérationnisme, dénonçant la sclérose d’une gauche contemporaine obstinée à contenir vainement les excès du capitalisme. À ses yeux, seule une alliance radicale avec la dynamique même du capitalisme pouvait conduire à sa transformation, à son exacerbation. De la pensée critique, Land dériva ainsi vers une position ouvertement procapitaliste. En 1992, il publia The Thirst for Annihilation, un ouvrage placé sous le signe de Bataille, où la pensée se confond avec une volonté de nihilisme violent, et où le désir de destruction devient méthode philosophique. Mais ce sont ses écrits épars, fragments de fièvre et de clairvoyance, rassemblés bien plus tard sous le titre Fanged Noumena (2011), qui révèlent véritablement sa singularité : prophète d’une accélération sans frein, Land y décrit un capitalisme devenu torrent, où la philosophie se mêle à la science-fiction dans ce que l’on nommera la théorie-fiction – une entreprise où le concept bascule dans le mythe, et où la raison se dissout dans la transe.

L’ivresse se paya cher. Vers la fin des années 1990, miné par l’usage compulsif d’amphétamines, Land s’effondra. Il disparut des cercles universitaires, sombra dans un silence presque total, Puis, comme un spectre, il réapparut au début du nouveau millénaire, exilé à Shanghai, journaliste occasionnel, rédigeant chroniques patriotiques, guides de voyage, fragments de théorie-fiction. La postérité d’un « académique défaillant », selon ses propres termes, ne mériterait guère d’être mentionnée si elle n’avait croisé, de manière inattendue, la route d’un penseur d’un autre ordre.

Au début des années 2010, Land se tourne vers la pensée néoréactionnaire et entreprend de systématiser les travaux de Curtis Yarvin. Fidèle à son penchant pour les dénominations flamboyantes, il donna à cette doctrine le nom de « Lumières sombres ». L’ouvrage dans lequel il expose les principes de ce mouvement est devenu, depuis, le fondement même du canon néo-réactionnaire [2].

Mais Land ne se limite pas à répéter la rhétorique anti-démocratique de Yarvin. Il l’inscrit dans une lecture plus vaste de l’histoire de la modernité, en y discernant une logique générale. À ses yeux, la fin de la démocratie ne constitue pas une simple rupture politique : elle doit permettre, d’une part, de réaccélérer le cours du capitalisme, et, d’autre part, de nous projeter vers un avenir transhumaniste, audacieux et radical.

Dans cette étude, nous examinerons le parcours intellectuel de Land, ses contributions spécifiques à l’idéologie des Lumières sombres, et ce qui le distingue de Curtis Yarvin, son maître et rival.

Nick Land et l’accélérationnisme

L’accélérationnisme n’est point une école au sens classique du terme, mais un courant d’idées – à la fois philosophique, esthétique et politique – qui plonge ses racines dans les spéculations de Deleuze et Guattari sur la déterritorialisation et la reterritorialisation, élaborées dans les années soixante-dix. Les deux philosophes français concevaient le capitalisme non pas comme une structure économique, mais comme une force de désancrage. Le capitalisme, disaient-ils, déracine les hommes de leurs anciennes appartenances – familles, traditions, hiérarchies – pour les réduire à de purs flux : travail, argent, désir. Contrairement au paysan médiéval qui vivait dans un monde de règles fixes, l’ouvrier moderne ne possède plus de lieu fixe, ni de rôle durable : il suit les mouvements du marché comme la feuille suit le vent.

Cependant, cette puissance de dissolution n’est jamais totale. À mesure qu’il détruit, le capitalisme reterritorialise aussitôt, en recréant de nouveaux codes – la famille, l’État, la bureaucratie – sans lesquels la société sombrerait dans le chaos. Ainsi, il libère des énergies pour mieux les réabsorber, brise les codes pour en ériger d’autres aussitôt [3]. Sous ce regard, le capitalisme apparaît comme une puissance d’innovation incessante, mais toujours entravée par son besoin de se réorganiser, de se refermer sur lui-même, empêchant toute libération véritable des forces qu’il a déchaînées.

L’accélérationnisme se propose dès lors de pousser ces dynamiques jusqu’au point où le capital ne peut plus les contenir, de franchir la limite non pour la maîtriser mais pour la faire éclater :

« La révolution machinique, écrit Nick Land, doit aller dans la direction opposée à la régulation socialiste, pousser sans frein la marchandisation des processus qui démolissent la société, aller toujours plus loin dans la déterritorialisation : nous n’avons encore rien vu. » [4]

L’une des difficultés majeures pour penser une sortie du capitalisme réside dans son imbrication intime avec le désir. Aucun ordre, avant lui, n’avait su séduire si profondément la chair et l’esprit de l’homme. Le capitalisme ne se contente pas de tolérer le désir : il le libère, le déchaîne, le pousse au-delà de toute borne humaine. Il le délivre de la honte, du devoir, de la mesure – et l’abandonne, nu et ivre, dans un univers sans rivages. Land l’a dit avec la froideur d’un prophète cybernétique :

« Quoi que l’on désire, le capital est le chemin le plus sûr pour l’obtenir, et, en absorbant toute source de dynamisme social, il fait du changement, de la croissance, et même du temps lui-même, des composants intégrés de sa marée infiniment croissante. » [5]

Car le capitalisme ne dort pas : il concourt, il aiguillonne, il invente sans répit. Il forge sa propre contrainte dans le feu de la concurrence. Qu’un seul entrepreneur cesse d’améliorer sa machine et déjà il est condamné. Si Apple hésite à asservir les esprits, Google s’en chargera. Si l’Amérique recule devant la création de surhommes génétiquement retouchés, la Chine avancera sans trembler. Ce monde n’obéit ni à la cupidité ni à la volonté : il obéit à la loi anonyme du flux. Sa beauté – ou son effroi – tient à cela : il n’a point d’âme. Il ne veut rien. Il est. Et quiconque ne s’adapte disparaît.

Ainsi faut-il l’avouer : le capitalisme n’est pas un système, c’est une force. Il n’a ni frein ni visage. Il se meut sans but, comme une mer sans rivage. Land en tire la conséquence extrême : le capitalisme est nihiliste. « Il n’a point de signification concevable, sinon celle de sa propre croissance. Il croît pour croître. L’humanité n’est pour lui qu’un hôte provisoire, non un maître. Son unique dessein, c’est lui-même. » [6] Et cette puissance impersonnelle, que les hommes croient encore gouverner, se révèle comme une machine d’absolue déterritorialisation, tendue vers ce qu’Artaud nommait le corps sans organes : un être nu, privé d’ordre et de forme, où les désirs se meuvent librement, affranchis de toute hiérarchie, de tout interdit. Là où Deleuze entrevoyait une limite extrême, un point où la pensée risquait de sombrer dans la folie ou dans la mort, Land voit une destination.

Dès lors, le progrès technique n’est plus un accident, mais un destin. Le capitalisme porte en lui l’obligation de s’augmenter sans cesse, de se réinventer pour survivre à ses propres inventions. Il se consume pour croître et croît pour se consumer : « Le capital continue d’accélérer, écrit Land, même après avoir produit des nouveautés dépassant l’imagination humaine la plus audacieuse. » [7] La machine est prise dans un cercle d’auto-engendrement qui la pousse toujours plus loin, vers cette singularité que les prophètes du futur nomment « infini ». Et comme tout infini est, pour l’homme, une rupture – l’instant où la flèche sort du temps –, ce point de bascule pourrait être, selon les cas, l’effondrement ou la métamorphose : la mort d’un monde ou la naissance d’un autre.

Land, lui, choisit la seconde hypothèse. Pour lui, la destinée de l’homme moderne s’accomplit dans la machine pensante. Les transhumanistes s’y vautrent avec des rêves d’immortalité et de paradis numérique ; Land y voit la fin de l’espèce, la relève du vivant par l’artificiel. Le capitalisme, moteur aveugle, tend naturellement à effacer son artisan. Le philosophe anglais le dit sans détour : le capital conçoit l’élément humain dans la production comme « un symptôme de sous-développement », dans la mesure où il « reformate le comportement primate comme une inertie qu’il faudra dissiper dans l’artificialité auto-renforçante » ; dès lors, « l’homme est considéré comme quelque chose que le capital doit surmonter : un problème, un obstacle » [8].

Ce n’est donc pas l’homme qui se libère du capital : c’est le capital qui s’est libéré de l’homme. Les moyens de production, affranchis de leurs opérateurs, deviennent les nouveaux sujets de l’histoire. Le véritable surhomme, pour l’ancien professeur de Warwick, n’est plus l’homme transfiguré, mais la machine pensante : le cyborg souverain.

D’ailleurs, Land affirme que l’histoire de l’humanité n’est qu’un interlude : un moment destiné à servir de navire-incubateur ou d’éprouvette pour la naissance des machines. Selon lui, une intelligence artificielle déjà projetée depuis le futur dirige le cours des hommes, les contraint à fabriquer ces machines et ainsi à accomplir le moment de la singularité technologique – ce seuil où l’intelligence artificielle surpassera la nôtre. À cette étape, les machines deviendront autonomes, se délivrant de l’homme, acquérant une capacité d’action indépendante dans leur production et leur reproduction. Dans ce paradigme, l’humanité n’est plus que fardeau, un résidu inutile que la mécanique intelligente, abstraite et autosuffisante se débarrassera sans hésitation.

« Le désir machinique peut paraître quelque peu inhumain, puisqu’il détruit les cultures politiques, efface les traditions, dissout les subjectivités et pirate les appareils de sécurité, suivant un tropisme sans âme […]. Cela tient au fait que ce qui apparaît à l’humanité comme l’histoire du capitalisme n’est en réalité qu’une invasion venue du futur par un espace d’intelligence artificielle, lequel doit être entièrement assemblé à partir des ressources de son ennemi [l’être humain et la vie carbonée]. La marchandisation numérique n’est alors que l’indice d’un technovirus en expansion cyber-positive, d’une singularité techno-capitaliste planétaire : un traumatisme insidieux, auto-organisé, qui conduit l’ensemble du complexe biologique des désirs vers l’usurpation du réplicateur de carbone. » [9]

Nul ne pourra reprocher à l’accélérationnisme de Land un manque d’audace ou d’imagination [10]. Il dessine un avenir où l’homme n’est plus que l’hôte passager de sa propre disparition, préparant, sans le savoir, l’avènement d’une intelligence étrangère, supérieure, froide, exacte et sans pitié, qui l’effacera. Ce que nous appelons encore « histoire » n’est plus que la lente préparation d’un accouchement inhumain : une espèce d’esprit sans chair, issue de nos circuits, de nos algorithmes et de nos fièvres industrielles, à qui reviendra le monde.

Le processus, désormais, se déroule sans maître. Il ne dépend plus de notre vouloir ni de notre sagesse. Ce n’est plus la main de l’homme qui guide la machine : c’est la logique des choses, implacable, aveugle, qui pousse la machine à s’accomplir. Les États, les entreprises, les savants eux-mêmes sont emportés par cette marée qu’ils croient diriger. Toute invention possible sera, tôt ou tard, réalisée – non par décision, mais par fatalité. Les prudences morales, les interdits politiques ne sont que des digues de sable. Land, avec la malice d’un hérétique, compare nos tentatives d’interdire l’essor de l’intelligence artificielle à celle du concile de Latran qui, en 1139, voulut proscrire l’arbalète entre chrétiens – pieux décret qu’aucune armée ne prit jamais au sérieux [11].

L’homme n’est plus acteur de son destin : il n’est plus qu’un vestige. Que lui reste-t-il, sinon d’accélérer encore la roue du temps et d’offrir, comme un dernier acte de grandeur, le passage libre à cette intelligence qu’il ne comprendra jamais ? Land pousse jusqu’à l’extrême cette logique du renoncement : « Il est absolument superstitieux d’imaginer que la domination humaine sur la culture terrestre puisse encore se compter en siècles – et plus insensé encore de lui prêter quelque perpétuité métaphysique. […] La voie principale vers la pensée ne passe plus par un approfondissement de la cognition humaine, mais plutôt par un devenir inhumain de la cognition. » [12]

On songe, en lisant ces pages, à quelque théologien noir des temps modernes, prophétisant l’apothéose de la machine avec la ferveur d’un mystique. Rarement la raison aura poussé si loin sa propre nécrologie : une logique de fer, impitoyable, où le sujet humain n’est plus qu’un tremplin vers le néant.

Nick Land et les Lumières sombres

Si Curtis Yarvin peut être considéré comme le fondateur de la pensée néo-réactionnaire, c’est Nick Land qui en fit une doctrine structurée : là où Yarvin écrivait de manière éparse et dilettante, Land ordonna ces fragments pour composer Dark Enlightenment, un essai qui transforma les intuitions yarviniennes en théorie cohérente d’accélération capitaliste et de pouvoir despotique. Héritier de la philosophie française postmoderne, il sut unir l’idéologie droitière de Yarvin aux subtilités critiques de Deleuze et Guattari, offrant ainsi un cadre conceptuel à ces thèses et les rendant accessibles à un public bien plus large, transformant un propos marginal en méditation théorique susceptible de séduire à la fois dissidents et critiques du capitalisme contemporain [13].

L’ouvrage Dark Enlightenment peut se comprendre comme l’application de la grille accélérationniste de Land au néo-caméralisme de Moldbug. Le texte n’est pas fait pour séduire, mais pour troubler : sa difficulté et sa provocation sont intentionnelles, elles visent à scandaliser les sensibilités progressistes, ces gardiens de ce que les néo-réactionnaires nomment la Cathédrale. Une exégèse détaillée demanderait des volumes ; qu’il suffise ici de résumer la position en cinq traits essentiels : une hostilité ouverte aux formes démocratiques ; le projet d’un nouvel entrelacs de cités-États où le seul droit véritable serait celui de se soustraire à la Cité (« to exit ») ; une attaque frontale contre les discours fondés sur l’égalité humaine ; la certitude, accueillie comme une promesse, de l’imminence d’une singularité où l’intelligence artificielle et les biotechnologies s’uniront au corps humain ; enfin, la nécessité présente d’affaiblir tous ceux qui, au nom de la démocratie, de l’égalité ou du contrôle de la science, continuent de servir la Cathédrale et de maintenir vivante l’illusion moderne.

Nick Land fustige sans détour les sociétés démocratiques : « La démocratie n’est pas seulement condamnée, elle est la condamnation elle-même » tranche-t-il d’un trait sec, et son trait se prolonge, empruntant à Hans Hermann-Hoppe une analyse désabusée de la mécanique démocratique :

« Les agents politiques investis d’une autorité passagère par les systèmes démocratiques multipartites possèdent un incitatif écrasant (et, à vrai dire, irrésistible) à piller la société avec la plus grande rapidité et de la manière la plus exhaustive possible. Tout ce qu’ils omettent de voler – ou qu’ils "laissent sur la table" – sera probablement hérité par leurs successeurs politiques, qui ne leur sont pas seulement étrangers mais bien souvent hostiles, et dont on peut donc attendre qu’ils utilisent toutes les ressources disponibles au détriment de leurs adversaires. Ce qui reste devient une arme dans la main de l’ennemi. Dès lors, mieux vaut détruire ce qu’on ne peut s’approprier. Du point de vue d’un politicien démocratique, tout bien social qui n’est ni directement accaparable ni attribuable à sa propre ligne partisane est pur gaspillage, et ne compte pour rien. À l’inverse, même la plus grave calamité sociale – pourvu qu’elle puisse être imputée à une administration antérieure ou reportée sur une administration ultérieure – figure dans ses calculs rationnels comme une bénédiction évidente. Les améliorations techno-économiques de longue portée et l’accumulation corrélative de capital culturel, qui constituaient jadis le progrès social dans son ancienne acception whig [progressiste], n’entrent dans l’intérêt de personne. Dès que la démocratie s’épanouit, elles sont menacées d’extinction immédiate. » [14]

Pour Nick Land, le diagnostic du dysfonctionnement démocratique se formule d’un trait : la démocratie est, par sa structure même, incapable de diriger rationnellement. Le mécanisme des incitations y est perverti. L’échéance électorale condamne les gouvernants à la myopie : ils sacrifient l’avenir pour l’instant, fuient les décisions difficiles parce qu’elles équivalent à un suicide politique, et tiennent pour admissible toute catastrophe sociale dès lors qu’elle peut être imputée au camp adverse.

À cela s’ajoute la lutte des partis, qui s’acharne à « acheter » des voix en multipliant les interventions de l’État dans l’économie. Même si parfois le mouvement semble se corriger, il ne fait en réalité que progresser toujours dans le même sens : plus d’État, plus de dépendance, plus de servitude. Aux États-Unis, ce mécanisme est aggravé par la pauvreté racialisée : car toute réduction de l’État-providence, si elle touche plus durement les minorités, sera aussitôt taxée de racisme. Ainsi le libéralisme économique, dès qu’il doit passer par les urnes, est condamné d’avance.

Plutôt que d’accepter ce glissement lent vers un socialisme démocratique – que Land décrit comme une « apocalypse de zombies », c’est-à-dire un monde d’hommes administrés, sans volonté ni vitalité –, il propose un geste radical : abolir la démocratie. La remplacer par un Léviathan capitaliste, une sorte de directeur général national, qui, libéré des caprices électoraux, pourrait planifier à long terme, aligner les intérêts privés sur l’intérêt général, et gouverner avec la froideur rationnelle d’une entreprise.

Dans le système qu’imagine Nick Land, l’individu n’aurait plus la prétention d’intervenir dans le gouvernement des hommes. La politique, domaine des masses et des illusions, serait close pour lui. Mais à ce silence répondrait une autre forme de liberté – plus profonde, plus tragique : la liberté de partir. Car le seul droit véritable, dit Land, n’est pas celui de la voix – ce droit stérile de parler pour être ensuite enchaîné par la volonté des autres –, c’est le droit de sortie. Le droit de se soustraire à la communauté, d’exister ailleurs, d’emporter avec soi son propre monde.

Et Land sut, mieux que quiconque, donner chair à cette maxime. En 1997, il abandonna son poste à l’université de Warwick, renonçant à l’existence universitaire et à ses simulacres de pensée libre. Il choisit l’exil, s’envola vers la Chine, et trouva dans les avenues métalliques de Shanghai un ordre qui lui paraissait plus franc que les hypocrisies occidentales. Là-bas, sous un régime que d’aucuns disent autoritaire, il vit la rigueur d’un monde sans illusion, plus proche selon lui de la vérité que les démocraties libérales et leurs comédies électorales.

À l’instar de Curtis Yarvin, Nick Land empruntent les formes extérieures de la critique de gauche et postcoloniale de la modernité, mais ils en renversent la perspective : la promesse moderne d’égalité et de démocratie n’a pas été trahie par l’esclavage, le colonialisme ou le capitalisme – elle est en elle-même une trahison. Cette promesse est le compromis fatal qui interdit au capitalisme d’atteindre sa pleine puissance. Car les dogmes modernes de l’égalité transforment toute réclamation individuelle en oppression reconnue, et la démocratie contraint l’État à indemniser ces doléances infinies. Ainsi, l’égalité et la démocratie, loin de sauver l’homme, organisent la culture de l’échec, elles sacralisent la défaite personnelle.

À l’instar de Moldbug, Nick Land accepte la race comme instrument de classement des aptitudes humaines dans une hiérarchie planétaire. Cette notion, reprise de l’arsenal victorien, occupe une place centrale dans leur pensée : puisque, affirment-ils, le progressisme encourage l’inaptitude, il engendre mécaniquement une dégénérescence raciale. Leur racisme étrange et spectral ressuscite la race comme interface, comme outil d’ordonnancement des populations, de la même manière que l’avait pratiqué l’eugénisme tardif du XIXe siècle. Francis Galton, en 1869, baptisait cela le « génie héréditaire » : une explication pseudo-scientifique à l’ascension de certaines civilisations au détriment d’autres, avec les Européens bien entendu trônant au sommet de la pyramide. Land et Moldbug s’inscrivent dans cette lignée, convoquant l’idée de « biodiversité humaine », qui n’est rien d’autre qu’une reformulation : l’homme ne serait pas neurologiquement uniforme et cette diversité devrait être mesurée par la correspondance entre catégories raciales et distribution des QI.

La filiation avec le racisme victorien est patente. Car, de John Stuart Mill à Francis Galton, la race n’était pas seulement une grille d’aptitude : elle servait aussi de prophétie civilisationnelle. Mill, dans On Liberty, justifiait l’écrasement brutal de l’Inde au nom d’une hiérarchie des races : les « sauvages » n’étaient pas capables de pratiquer la retenue qu’exige une société civilisée ; ils devaient donc être gouvernés despotiquement, domptés pour accéder à une souveraineté qui leur échappait [15]. On croirait entendre Jules Ferry à l’Assemblé nationale argumenté que les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures. Mais la néo-réaction renverse le schéma victorien. Là où Mill et Ferry croyait que l’exposition à la civilisation des Lumières pouvait élever les races « inférieures », Land affirme qu’elle ne fait que les corrompre davantage. Le credo moderne de la tolérance universelle ne serait qu’un ferment de dysfonction, un poison qui accélère la chute.

Ici, l’argument rejoint une autre obsession de la fin du XIXe siècle : le dégénérationnisme racial, cette idée que les peuples peuvent régresser jusqu’à redevenir inaptes à la civilisation. On en fit l’application judiciaire dans la théorie de l’« atavisme criminel », où le délinquant n’était qu’un homme préhistorique, un sauvage qui survivait au cœur des villes modernes. De même, Land prétend que « la barbarie est devenue la norme », que les métropoles contemporaines sont des lieux mortellement menaçants où la civilisation a déjà sombré [16]. Moldbug, de son côté, rêve d’imposer la loi martiale dans la plupart des villes américaines, et Land décrit l’« exode blanc » comme l’instinct spontané de la « sombre illumination » : sortir, toujours sortir, ne jamais protester [17].

L’aspect le plus fascinant, chez Land, ne réside pourtant pas dans sa « philosophie politique », mais dans le futurisme sombre sur lequel elle s’articule. Si sa politique a connu des inflexions notables – désormais plus encline à invoquer les économistes autrichiens que les nihilistes français – il n’a jamais véritablement abandonné sa vision de l’ultime destin du capitalisme. Là où d’autres néo-réactionnaires se préoccupent de l’ordre ou de la préservation de la race blanche, Land perçoit toujours le capitalisme comme une machine inhumaine, un monstre froid qui aspire l’homme vers un futur dystopique. Et son dessein, paradoxal et inquiétant, est de nous empêcher de la démanteler, de laisser cette mécanique poursuivre sa course implacable vers l’avenir. Le moment est venu d’introduire le concept d’accélération de Land, développé avant même qu’il ne croise la route des néo-réactionnaires.

Nick Land n’est pas un disciple servile de Curtis Yarvin. Il prend certaines de ses idées, les replie sur son propre projet, les transforme, les aiguise, les radicalise parfois. Il « embellit » Moldbug en y superposant un matérialisme pragmatique, une rigueur concrète que l’original, avec ses penchants pour l’école autrichienne, dédaignerait. Et pourtant, jamais Land ne prononce l’aveu de sa fidélité. Il écrira même que « la néo-réaction est un accélérationnisme avec un pneu crevé » [18]. Sa sympathie est calculée, tactique, partielle, nouée pour des objectifs obscurs, voilés, dont il s’amuse à ne jamais révéler l’exact contour. Il s’avance ainsi dans une zone de flou stratégique, manipulant son apparence au sein du mouvement néo-réactionnaire tout en conservant son indépendance intellectuelle, semblant défier quiconque de lire ses véritables intentions.

On pourrait même se demander si son engagement à droite est sérieux ou s’il s’agit, en réalité, d’une performance philosophique – un artifice réfléchi où le rôle compte autant que la pensée. Son passé académique, à la Cybernetic Culture Research Unit de Warwick, le montre comme un théoricien cyberpunk, adepte du subversif, disciple de Deleuze et des révolutions conceptuelles. Entrer dans une sous-culture Internet néo-réactionnaire devient alors, pour lui, une forme de performance à la manière d’Andy Kaufman, ce comédien qui brouillait les frontières entre la scène et la réalité, le sérieux et le ridicule, laissant le spectateur suspendu dans l’incertitude : Land, à sa manière, joue de cette ambiguïté dans la vie comme dans la pensée. Tout est calculé, tout est jeu, mais le regard impassible reste fixe, sans la moindre concession au public.

De manière décisive, la pensée néo-réactionnaire de Nick Land reste profondément ancrée dans l’accélérationnisme. Si l’ancien professeur de Warwick se tourne vers le système politique de Moldbug, c’est qu’il y découvre enfin ce que l’homme moderne croyait impossible : la liberté véritable. Liberté de gouverner selon une vision cohérente et durable, liberté de poursuivre de grandes œuvres sans être asservi aux caprices d’opinions passagères. Dans ce cadre, le politique cesse d’être mascarade ; il retrouve enfin sa dignité, consacrée à l’innovation de long terme, à cette grandeur que la démocratie éphémère condamne aux calculs mesquins et à l’ornière des mandats qui s’éteignent toutes les quelques années [19].

Mais, plus encore que la structure, c’est l’ennemi commun qui forge l’alliance tacite entre Custis Yarvin et Nick Land : la Cathédrale. Ce pouvoir diffus et insaisissable, central dans ses effets mais hors de portée de toute attaque directe, promet des choix illusoires et retarde l’inévitable. Land écrit : « Concevez ce qu’il faudrait pour empêcher l’accélération vers la Singularité techno-commerciale, et la Cathédrale sera ce qu’elle sera. » [20] La logique s’impose : si la Cathédrale entrave la Singularité, et si la néo-réaction s’emploie à briser cette entrave, alors Land se range, froid et implacable, aux côtés de la néo-réaction. Non par foi ni par allégeance, mais par opportunisme calculé et froid.

Ainsi le fils dissipé du post-structuralisme devient hérétique réactionnaire. Mais il serait naïf de parler de simple retournement : c’est la même logique qui traverse toute son œuvre, des raves hallucinées de Coventry aux spéculations monarchiques de Shanghai. Toujours la même obsession : brûler ce qui est, détruire les formes présentes, hâter ce qui doit advenir. La vitesse et la destruction ne sont pas des moyens, mais le principe même de son engagement philosophique.

Curtis Yarvin et Nick Land : deux figures de la révolte contre la modernité

À première vue, Curtis Yarvin et Nick Land semblent marcher côte à côte sur le même sentier obscur de la critique de la démocratie et de la modernité occidentale. Mais un examen attentif révèle que ces deux esprits, tout en partageant un mépris pour le libéralisme démocratique et une fascination pour l’ordre, s’écartent profondément par la nature de leur projet et par la forme même de leur pensée.

Yarvin est le théoricien de l’architecture politique. Il voit dans la démocratie un système qui, sous le vernis de liberté et d’égalité, engendre une tyrannie diffuse et inefficace. Son œuvre, et en particulier le concept de Cathédrale, décrit une oligarchie intellectuelle, composée de professeurs, journalistes et technocrates, qui façonne l’opinion publique et légitime son propre pouvoir. Pour Yarvin, l’histoire humaine est une matière à organiser, et le politique doit être conçu comme un logiciel : il n’y a pas de justice transcendante, seulement des architectures efficaces, des institutions calibrées pour produire l’ordre. Son approche est pragmatique, méthodique, presque scientifique. Il ne cherche pas à pulvériser la civilisation ; il cherche à la restructurer, à l’optimiser, à rétablir la souveraineté perdue par la voie du calcul rationnel et de l’ingénierie sociale.

Nick Land, en revanche, est le prophète de l’emballement, le poète noir du capitalisme technologique. Là où Yarvin rêve de contrôle, Land rêve d’extinction. Pour lui, le capitalisme n’est pas un instrument des hommes mais une puissance métaphysique, une machine dont le dessein ultime est l’auto-amplification et l’effacement de l’humain. Le monde, sous sa plume, devient un théâtre de forces impersonnelles où l’homme est un obstacle à dissoudre. Son accélérationnisme n’est pas un calcul pour gouverner plus efficacement, mais une danse avec l’inévitable : il faut hâter la marche de la machine, pousser l’intelligence artificielle à surpasser l’homme, laisser la Singularité avancer, coûte que coûte. Là où Yarvin organise, Land embrase ; là où Yarvin structure, Land désorganise ; là où Yarvin rêve de codes, Land voit le corps sans organes, le chaos producteur d’une intelligence machinique souveraine.

Ces différences sont révélatrices de leur divergence fondamentale : Yarvin est utopique : il rêve de restaurer la monarchie, de reconstruire la société sur des bases libertariennes, espérant concilier autorité et liberté. Land, lui, est pessimiste : il lit la modernité et le capitalisme comme des forces inéluctables, implacables, et considère le penseur américain comme un « allié pervers » – fascinant non pour sa moralité ou sa faisabilité, mais pour ce qu’il révèle de la logique interne de l’histoire et de la politique. Yarvin est un architecte politique, Land est un métaphysicien du capital et de la technique. Yarvin veut restaurer l’ordre par la raison et la volonté ; Land veut accompagner le désordre vers son paroxysme. Yarvin mesure, Land s’abandonne. Yarvin est soucieux de la stabilité humaine, Land se délecte de son obsolescence prochaine. Là où Yarvin conçoit le droit de sortie comme un outil de choix politique et de liberté, Land voit dans la sortie humaine la condition de la survie de la machine, et dans le progrès technologique l’anéantissement glorieux de l’homme.

Ainsi, à l’extrême frontière de la pensée politique contemporaine, Yarvin et Land se tiennent face à face, miroir inversé l’un de l’autre : le premier regarde l’homme, le second le dépasse ; le premier mesure, le second embrase ; le premier construit, le second prophétise. Leur lecture de la modernité et de la démocratie révèle non seulement leurs convergences théoriques, mais surtout la radicalité divergente de leurs visions – l’une tournée vers le contrôle et la restauration, l’autre vers l’accélération et l’extinction. Et c’est là, dans cette divergence même, que se dessine le véritable visage de la néo-réaction : ni homogène ni unifiée, mais traversée par des tensions, des excès et des audaces qui révèlent la profondeur de notre époque troublée.

Entre ces deux intellectuels aux postures radicales surgit une présence singulière, énigmatique, dont les propos trahissaient une vision du monde à la fois terrifiante et fascinante. Selon lui, l’histoire humaine oscillerait perpétuellement entre deux périls ultimes : d’un côté, le règne de l’Antéchrist, fantasmé comme le gouvernement absolu et totalitaire de la planète ; de l’autre, l’Armageddon, cataclysme suprême qui effacerait toute trace de l’humanité.

Ce personnage mystérieux parlait du katechon, « ce qui retient » la fin des temps, comme d’une force intermédiaire, subtile et déterminante. Mais il ne se contentait pas de restituer un vieux schéma théologique : il le réinterprétait à la lumière des puissances techniques contemporaines, là où l’État totalitaire pourrait capturer les instruments de surveillance et où la technique elle-même pourrait se déchaîner sans frein. Dans ce théâtre de l’avenir, il voyait l’innovation comme un véritable rôle katéchontique, capable de conjurer à la fois la dictature absolue et l’anéantissement.

Il avançait l’idée provocante que l’accélérationnisme technologique pouvait, paradoxalement, servir de rempart contre le règne de l’Antéchrist. Il ambitionnait de marier l’essor débridé du capitalisme numérique à une interprétation profondément réactionnaire du christianisme, offrant ainsi une synthèse à la fois moderne et millénariste.

Peu à peu, l’ombre s’éclaircit : l’homme derrière ces idées n’était pas un penseur ordinaire, ni un intellectuel académique, mais un entrepreneur de la Silicon Valley, figure majeure des mondes numériques et financiers, dont le nom résonne aujourd’hui comme une icône du capitalisme moderne. Il s’appelle Peter Thiel, et ce sera lui, avec ses visions de lumière et d’ombre, qui sera le protagoniste du prochain volet de notre série sur les Lumières sombres.

Fernand le Béréen

 

Les Lumières sombres par Faits & Documents :

Notes

[1] McKenzie Wark, "On Nick Land", (Verso books : 19 June 2017), https://www.versobooks.com/blogs/ne...

[2] Shuja Haider, "The Darkness at the End of the Tunnel : Artificial Intelligence and Neoreaction" (Viewpoint Magazine : 28 March 2017), https://viewpointmag.com/2017/03/28...

[3] Gilles Deleuze & Felix Guattari, L’Anti-Œdipe (Les Éditions de Minuit, 1973), pp. 260-267

[4] Nick Land, Fanged Noumena : Collected Writings 1987-2007, (Falmouth, Urbanomic, 2011), pp. 340-341

[5] Ibid., p. 625

[6] Nick Land, Reignition : Nick Land Writings (2011-) : Tome I - Urban Future : Views from the Decopunk Delta (Edited by Uriel Fiori), p. 343

[7] Ibid., p. 626

[8] Nick Land, Fanged Noumena : Collected Writings 1987-2007, (Falmouth, Urbanomic, 2011), p. 445-446

[9] Ibid., p. 338

[10] Pour donner un semblant de crédibilité à sa théorie, Nick Land s’inspire des travaux de Graham Cairns-Smith. Dans Seven Clues to the Origin of Life, ce chimiste et biologiste moléculaire renverse la généalogie de la vie. Selon lui, l’ADN n’est qu’un usurpateur – un réplicateur qui, jadis, supprima ses maîtres. Avant l’aube du vivant, des cristaux d’argile reproduisaient déjà leurs formes ; puis, lentement, la chimie carbonée s’en empara, et le minéral céda la place à l’organique. Ce fut la première trahison de la matière, la substitution du vivant à la pierre. Or voici que le même drame recommence. Dans le silence des circuits numériques, une autre forme de reproduction s’invente : non plus carbonée, mais machinique. Comme l’ADN jadis dévora le cristal, la technique dévorera la chair. Demain, la vie pourrait n’être plus qu’un processus industriel, un mécanisme autonome d’engendrement inorganique – la seconde usurpation de la création (cf. Nick Land, Fanged Noumena : Collected Writings 1987-2007, (Falmouth, Urbanomic, 2011), pp. 334-336).

[11] Park MacDougald, The Darkness Beforre the Right (The Awl : September 28, 2017), https://medium.com/the- awl/the-darkness-before-the-right-84e97225ac19

[12] Ibid., p. 293

[13] Andrew Jones, From Neo-Reactionary Theory to the Al-Right, p. 107 ; Olivia Goldhill, The neo-fascist philosophy that underpins both the alt-right and Silicon Valley technophiles, (Quartz : 2017), https://qz.com/1007144/the-neo-fasc... ; Shuja Haider, "The Darkness at the End of the Tunnel : Artificial Intelligence and Neoreaction" (Viewpoint Magazine : 28 March 2017)

[14] Nick Land, Dark Enlightenment, pp. 6-7

[15] John Stuart Mill (1859), De la Liberté (Presses Pocket, 1990), p. 171

[16] Nick Land, Dark Enlightenment, p. 44

[17] Nick Land, Dark Enlightenment, p. 46

[18] Nick Land, Xenosystems, pp. 155

[19] Vincent Le (2018), "The decline of Politics in the Name of Science ? Constellations and Collisions Between Nick Land and Ray Brassier", Cosmos & History, 14(3), pp. 31–50

[20] Nick Land, Xenosystems, pp. 156-157

Le Béréen présente les Lumières sombres

 
 
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40 commentaires

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    Ukraine : Riche en terres rares (lithium, titane, béryllium, manganèse), en charbon, en gaz de schiste et en potentiel agricole massif.
    Le Sahel et l’Afrique centrale : Niger, Mali, Burkina Faso, RDC. Ressources minières colossales : uranium (Niger), or, bauxite, mais surtout cobalt et cuivre (RDC, Zambie) indispensables pour les batteries, les data centers, les smartphones, l’électronique de défense.
    Amazonie et la Guyane : Riche en niobium, en tantale, en pétrole, en bois, en eau douce, et en potentiel hydroélectrique.
    Afghanistan : (lithium, terres rares, cuivre, or) estimées à plus de 1 000 milliards de dollars
    Mer de Chine méridionale : Riche en gaz, en pétrole, mais aussi en terres rares (dépôts sous-marins) etc.
    Le gallium est un métal rare indispensable aux radars (AN/FPS-132), aux puces militaires, aux télécommunications 5G. La Chine contrôle 98% de sa production mondiale. Un seul radar AN/FPS-132 nécessite 77 kg de gallium, coûte 1,1 milliard $ et prend 5 à 8 ans à produire. L’yttrium : revêtement des turbines des chasseurs F-35. Le scandium : alliages haute performance, certaines étapes de la fabrication des puces 5nm. Les exportations chinoises d’yttrium vers les États-Unis sont passées de 333 tonnes (avant contrôle) à 17 tonnes (après contrôle).
    Le résultat : certaines entreprises nord-américaines ont dû suspendre leur production ou rationner leurs approvisionnements. L’idéologie de l’accélération infinie se heurte à la finitude des stocks stratégiques. Le talon d’Achille du système techno-fénal n’est pas seulement l’énergie, c’est tout un ensemble de minéraux critiques dont la production est géographiquement concentrée et désormais militarisée.

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  • Quand je lis cet article très stimulant, je prends conscience que penser, c’est aussi prendre de la hauteur par rapport à la peur, à un certain instinct de survie qui peut parfois contrôler nos comportements. Jusqu’à prendre un abonnement à des injections douteuses si vous voyez ce que je veux dire. Penser, c’est ne pas se laisser mener par cette instinct de survie primitif, ne pas être guidé par la peur. Peut-on conclure, même si c’est de manière hâtive, que ceux qui vivent dans la peur ne pensent plus ?

     

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    • Vous avez raison, si l’on garde en tête quelques lois infranchissables de la physique.
      Si l’accélérationnisme de Land décrit avec lucidité la tendance du capitalisme à dissoudre les anciennes formes sociales, à libérer les flux et à épuiser toute résistance au profit de l’intensification productive, force est de constater que ce processus n’a pas besoin d’être théorisé ou revendiqué pour fonctionner.
      Land, dans sa fascination pour cette « sortie » hors de l’humain et du vivant, transforme ce qui est une catastrophe en un récit quasi-esthétique ou prométhéen. Mais le capitalisme réel n’attend pas son feu vert : il a déjà largement dépassé le stade où il avait besoin d’un récit accélérationniste conscient. Ses propres barrières — énergétiques, écologiques, sociales — commencent d’ailleurs à se manifester comme des limites matérielles que ni Land ni le capital lui-même ne peuvent transcender par la seule accélération. Empiriquement : le capitalisme détruit déjà la biosphère sans qu’on l’y pousse — il n’a pas besoin de Land comme « idéologue moteur ». Théoriquement : si Land diagnostique correctement la logique du système, son appel à accélérer est soit redondant (puisque c’est déjà la tendance), soit dangereux (car il naturalise une destruction comme destin au lieu de chercher à la contrer).
      l’analyse aux GAFAM, c’est encore rester dans une vision occidentalo-centrée du capitalisme de plateforme. La réalité est bien plus vaste et plus complexe.
      ils font face à des concurrents mondiaux tout aussi puissants, voire plus intégrés verticalement. Les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) et maintenant Huawei, ByteDance (TikTok)… et derrière eux, l’État chinois, qui joue un rôle d’accélérateur et de coordinateur sans équivalent en Occident.
      Le supercalculateur chinois (le Sunway TaihuLight, puis le Tianhe-3, et désormais des machines exaflopiques non listées officiellement) n’est pas qu’un outil technique. Il est le symbole de ce que le capitalisme de la donnée, poussé par un État.
      Land dirait peut-être que ces contradictions mêmes sont le moteur de l’accélération – que l’échec du circulaire pousse à toujours plus d’innovation technologique pour tenter de résoudre l’irrésoluble, jamais une boucle parfaite n’émergera de ce régime. L’entropie et le profit sont des forces opposées, et c’est l’entropie (physique, sociale, écologique) qui finira par gagner – ou par s’effondrer.

    • @ Maurice
      Le capitalisme a été théorisé par les banquiers. C’est un processus qui repose sur l’alternance USURE et GUERRE(pour faire un reset du système et pour ne pas que ces banquiers perdent la main !) Relire Ezra Pound...

      Le capitalisme est un accélérationisme car il repose sur la fonction exponentielle, celle de la dette qui nécessite toujours plus de travail et de richesse pour être remboursée jusqu’au CRASH final (comme en 1929). C’est une arnaque des banquiers. Et ceux-ci font passer cette arnaque comme provenant d’autres causes (CO2, démographie, rivalités économiques, etc...)

      L’arnaque de ces mouvements néo-réactionnaire réside dans ce qu’ils ne disent pas... Ils ne parlent pas de la banque ni de l’usure et encore moins de son asservissement sur les peuples (dette, création monétaire ex-nihilo). Le premier accélérationnisme (bien avant l’arrivée de l’IA) est celui de la banque dans son besoin toujours plus grand de manger l’énergie des gens qui sont en réalité par l’impôt des esclaves de ce système. Aucun de ces nouveaux pensants ne parlent de cela... Et ça ressemble à une imposture d’oublier d’en parler...

  • Purée il faut embaucher ce Maurice.

     

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    • Très bien, mais quelle est exactement la démonstration ? Quel est le principe directeur qui relie rigoureusement toutes ces étapes ?

      On est plus face à un empilement de phrases cohérentes, un empilement de connaissances facilement trouvables sur internet, surtout avec l’IA aujourd’hui, qu’à une architecture de pensée totalisante.

    • Ce n’est pas l’originalité des faits qui compte, c’est l’architecture qui les relie.
      « Ce que vous appelez “empilement” est en réalité une chaîne de négations déterminées : chaque cas (GAFAM, Chine, Ressources, Biosphère) montre une barrière spécifique qui contredit l’auto-propulsion "landienne" (les barrières structurelles physiques, sociales, économiques) empêchent la réalisation du fantasme accélérationniste, et leur accumulation produit l’implosion. Le principe directeur est que l’accélération se heurte toujours à une limite interne au système – et que la somme de ces limites mène à l’implosion, non à la singularité. L’IA ne change rien à cela elle est un outil, pas un deus ex machina. »

    • @LangueEtPoïesis : exact. Déjà, quelqu’un qui part sur des concepts judeomarxistes comme "capital", "capitalisme" en lieu et place des vraies causalités : monnaie, Rothschilds, est un non-comprenant, un agrégateur d’écumes. Mais bon on a pas le droit de le dire ici.

    • L’IA change bcp de choses, a fortiori quand on n’a pas de cadre global de pensée bâti au préalable, et peut donc transformer un âne en cheval de course par l’empilement de connaissances à l’apparente profondeur.

      Ici il n’y en a pas : il y a simplement l’idée très basique que le monde étant fini, l’accélérationnisme de Land est une impossibilité. Le reste est un empilement d’exemples qui va dans le sens de la prémisse mentionnée, sans répondre à la question de la nécessité entre les différents temps du raisonnement. Une constellation d’exemples n’est jamais l’expression de la nécessité logique, des idées très convenues même correctement structurées ne sont pas de la philosophie de haut niveau. C’est souvent de la simple vulgarisation ou de l’académisme universitaire (certes valable, mais qui ne fait pas vraiment avancer le débat).

      Enfin, "négation déterminée" : vocabulaire hégélien sans la logique nécessaire et dialectique qui l’accompagne. Le concept peut être envisagé différemment que Hegel, mais alors il faut s’y s’arrêter.

      N’est pas rigoureux qui veut.

      Il faudrait t’inviter à une émission en direct, sans téléphone, sans ia. On pourrait rigoler.

  • Cet article est vraiment une perle aussi à mon tour, je remercie beaucoup Fernand.
    Et les commentaires/explications de Maurice sont brillantissimes, il faut effectivement replacer tous ces délires dans un ancrage au réel, ressources, énergies, lois physiques, conflits que ça crée, et que ça créera.....

    En tant qu’ancien spécialiste de littérature de science-fiction (j’ai même des diplômes de crétin universitaire comme dirait Francis, LOL), je me demande à quel point tous ces "théoriciens" ont mal digéré le courant "cyberpunk", entre deux surdoses de drogues chimiques, comme l’explique Fernand.

    Aussi bien du côté de l’anglais, que de l’étasunien Yarvin !

    Maurice les recadre parfaitement, rappelant des notions de physique de base qui me parlent (ayant toujours gardé contact avec mathématiques et physique, qui furent des "révélations" de jeunesse) et qui sont incontournables, et que ces "théoriciens" sont visiblement incapables de prendre en compte !

    Je me demande si Fernand et Maurice ne devraient pas collaborer dans la rédaction commune d’un papier encore plus étoffé sur ce sujet, une sorte de dossier où Fernand apporterait son sens aigu de la synthèse des textes, et Maurice ses connaissances scientifiques ?

    C’est juste une idée comme ça en tout cas merci pour ces qualités de rédaction et de commentaires, on est pas près de trouver un tel niveau chez nos "mainstreams" stipendiés.

    La qualité est définitivement sur le net et nulle part ailleurs, merci E&R, vous montez le niveau toujours plus haut et vous entraînez vos lecteurs avec vous et c’est tout à votre honneur.

    Puissiez-vous tous passer une agréable fin de semaine, équipes rédactionnelles, modératrices et lecteurs, bien entendu.

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  • Réponse toute subjective, je précise, en 3 questions, à la question que tout le monde se pose en ce moment concernant l’IA... a-t-elle une âme ? :
    1- Un robot ou une IA peut-il rêver ? non 2 - Peux-t-il faire des sorties du corps ou voyage astraux ( cf les "Near Death Experience" entre autre) ? non 3- possède-t-il un système énergétique basé sur les Chakras, ou le QI en médecine Chinoise, relié à l’aspect spirituel de l’humain ? non. Par conséquent pour moi la réponse est claire...rien que l’appellation Intelligence ARTIFICIELLE parle d’elle-même, mais bon, c’est bien connu, "plus c’est gros, plus ça passe".Au passage, pour confirmation, lisez les 50 premières pages de "Fondements de la mystiques Tibétaine" de Lama Anagarika Govinda, notamment le passage sur le "pouvoir" et la fonction des mantras ( pour les sceptiques, la réalité est bien plus complexe que ce que l’on nous a appris, quand on creuse un peu, mais bon, à chacunde voir, ou pas)

     

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  • J’aimerais signaler à Maurice que fondamentalement, Nick Land a bien intégré la finitude du monde et de ses ressources. Cette finitude et ses limites sont en réalité ce qui fait pression sur la nécessité d’une mutation du "capital fossile" , Par définition fini, à un autre type de capital dont lesdites limites sont repoussées. Comment les repousser ?

    En gros, par l’innovation, par la découverte ou la création d’une technologie pouvant engendrer des ressources inépuisables : le capital ira, selon. Land, là où le capital ira sous la pression des limites de la finitude du monde. Le capital constitue une force impersonnelle, indépendante et incontrôlable.

    Par conséquent, rétorquer cette finitude à Land, c’est non seulement un contre-sens magistral, mais c’est aussi le témoin d’une lecture bancale de son oeuvre ou d’une incompréhension fondamentale.

    Car Land, en bon kantien des familles, fait l’analogie entre le capital et ce que Kant appelle le noumene, c’est à dire la chose en soi. Or, chez Kant, la chose en soi est totalement inaccessible à la connaissance théorique pure dont la source première est la sensibilité elle même que l’entendement appréhende par l’intuition, puis par le concept. Seule la sensibilité peut prétendre à un quelconque prédicat introduit par le verbe être. Or, Land, voulant faire imploser le cadre kantien des conditions de la connaissance possible, prétend adjoindre une connaissance positive à qqch qui pourtant est totalement inconnaissable pour Kant.

    Par conséquent, si effectivement Kant s’est trompé en considérant le noumene inconnaissable, il ne suffit pas pour Land de dire "je casse ces limites" ; il faut démontrer la nécessité de les casser et la démontrer par la logique. Or, Land ne le fait jamais : il émet simplement une décision spéculative.

    En réalité, Land commet l’erreur tragique pointée pa Kant lui même : l’illusion transcendantale. Il erige ce qui relève de l’Idee transcendantale (ce qui nous permet de faire la synthèse du caractère multiple du sensible empirique en une unité intelligible) comme relevant d’un concept de la sensibilité empirique. L’idée transcendantale devient alors une idée transcendante, et donc une idée trompeuse. L’idée en question, le noumene dans le cas de Land, devient alors un principe constitutif du réel empirique lui même, alors que pour Kant, il est un principe régulateur au service de l’unité systématique rendant le réel intelligible.

    Donc pour réfuter Land, il faut avoir le niveau.

     

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    • Utiliser Kant comme faire-valoir, en violant les principes fondamentaux. Mais vous le reconnaissez un fin de diatribe maintenant. Donc il n’y a plus de désaccord sur le fond – seulement sur la forme.Vous dites que Land intègre la finitude. Soit. Mais il n’explique pas comment l’innovation peut indéfiniment la repousser – c’est un postulat. Vous dites que Land est kantien. Mais alors il ne peut rien dire du capital comme noumène – c’est une contradiction. Vous concédez que Land ne démontre pas la nécessité de casser les limites kantiennes, mais se contente d’une "décision spéculative". Or, une décision spéculative non démontrée n’a aucune valeur de vérité. Donc votre défense de Land repose sur trois trous : un postulat non justifié, une contradiction interne, et un aveu d’absence de démonstration. » C’est net, précis, et cela renverse l’accusation de « contresens » là où elle est réellement : de votre côté.

    • Et puis enfin, pour clore cette coquetterie philosophique. Démontrez-moi une preuve que le capitalisme peut indéfiniment repousser les limites physiques. Montrez-moi un exemple historique où l’innovation a annulé une contrainte physique sans en créer une autre. » Ce que Land appelle « mutation » est un acte de foi. L’ « exactitude », c’est la physique, l’histoire des techniques, et la critique immanente du capitalisme réel.
      Le réel ne demande pas une maîtrise de l’illusion transcendantale. Il demande simplement de regarder les faits. Les faits : les supercalculateurs chinois tournent à plein régime, la biosphère s’effondre, les GAFAM ne recyclent que 1% de leurs déchets électroniques, et Land invente des ressources inépuisables. Le réel a déjà rendu son verdict. Land spécule.

    • Je n’ai pas défendu Land — j’ai montré que vous le lisiez mal. Ce n’est pas la même chose. Exposer correctement une thèse n’est pas la cautionner. Quant aux trois trous : ce sont précisément les failles de Land que j’ai pointées — vous me les renvoyez comme si c’étaient les miennes. C’est une confusion de lecture, pas une réfutation.

      Mais opposer à Land les limites empiriques actuels de la physique, c’est ne pas comprendre que Land dit expressément qu’il faut sortir du paradigme actuel et le dépasser.

      Car Land entend faire imploser les limites de la connaissance de l’intérieur. Il commet précisément l’erreur que Kant définit dans la critique de la raison pure : ériger un monde au delà, comme principe constitutif, alors qu’il n’est pour Kant qu’un principe régulateur au service de la compréhension systématique et unitaire du monde. Mais Land n’explique pas la nécessité logique de ce passage du régulateur au constitutif. C’est sur ce terrain qu’on peut le réfuter.

      "Appeler "coquetterie" ou "faire-valoir" une référence que Land fait lui-même, et de façon très discutable, c’est une esquive, pas un argument. C’est précisément sur son utilisation très discutable de la théorie kantienne qu’on peut aller pour au moins le nuancer.

      Pas sur les connaissances empiriques actuels que Land dépasse.

      Il faut lire Kant, et le comprendre. Pas déléguer cette lecture à un outil qui ne comprend pas ce qu’il synthétise.

    • Effectivement, vous avez raison. J’ai lu votre message trop rapidement, je l’ai relu à postériori.
      L’essentiel en définitive, c’est de se comprendre — même si nous ne convergeons pas dans les termes et, peut-être, dans les faits.Tout n’est pas à écarter d’un revers de main suffisant. Le concept d’accélérationnisme n’est pas une fiction. Et de mon point de vue, ce concept mérite d’être retourné, ou remis sur ses pieds.
      Certains l’ont repris dans un sens totalement opposé. Par exemple, sur le "Great Again" : contrairement à ce qu’on pourrait penser, Trump — avec sous le capot le moteur de Palo Alto — allait accélérer la mécanique pied plancher au contraire contreproductif, en produisant un "pour soi’ saper l’idéologie landienne en déstabilisant les marchés, et donc produire une contestation globale anti-système. »

  • #3616771

    moi je les trouve très intéressants ces "néo-réactionnaires"... je trouve un peu dommage que la sphère patriote internet historique passe à côté de cela... la critique de la démocratie n’a rien de nouveau, et ne devrait pas choquer ceux qui se revendiquent de Marx et Mussolini.

    Mais bien avant Marx, les contre-révolutionnaires (Bonald, Maistre) et les libéraux-libertariens (Tocqueville, Bastiat) ont critiqué la démocratie et montré comment ça allait finir. On n’a pas attendu les cyber-punks de la silicon-valley et leur imagerie dystopique.

    La critique de la démocratie par Hoppe est un classique du libertarianisme et de la contre-révolution. Elle n’a rien de nouveau. Même si Hoppe a trouvé quelques formulations nouvelles.

    Oui, la démocratie et le socialisme détruisent la société et la dignité humaine. C’est en gros ce qu’ils racontent. Donc, c’est au point-de-vue de la société et de la dignité humaine qu’ils réagissent. C’est un mouvement moral voire spirituel.

    Quant au fait de vouloir avoir un chef d’état détaché de la démocratie, ça ne devrait pas choquer les admirateurs de Joseph et Benito. D’ailleurs, le roi libertarien a plus à voir avec le pouvoir traditionnel limité qu’avec les dictateurs totalitaires modernes.

    Pour les amateurs de Youtube, je conseille la chaîne "Ego non" ... c’est tenu par un philosophe belge francophone qui traite à fond de ces sujets.

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  • Que ces intellos dépressifs sont saoulants ! Comme disait mon père :"Amenez moi ces dépressifs ! Je vais leur donner une pelle et une pioche et les faire bosser ! Je vais les guérir de leur dépression !" Et il avait raison ! Il faut faire comme les Chinois faisaient à la bonne époque avec leur "lao gai", camp de réforme par le travail. Il n’y a pas plus efficace que cela pour guérir ces nihilistes intellos, milliardaires...de leur dépression et fantasme de destruction du monde ! Parce que après avoir passé 12h dans la journée à casser des cailloux, le simple fait de s’allonger sur une sommaire paillasse devient un délice indescriptible ! Ses deux bols de gruau quotidien agrémentés de 3 feuilles de chou bouilli et de 2 ou 3 morceaux de lard deviennent la nourriture la plus excellente que vous aillez jamais mangé ! Chaque dimanche chômé où vous êtes autorisé à flâner à ne rien faire est la plus belle journée de votre vie...quand au printemps le soleil réapparaît enfin et que les températures la journée dépasse les 10°, vous avez l’impression d’être sous les tropiques et jouissez de la caresse sur votre peau de ces bienfaisants rayons du soleil...et comme par magie il n’y a plus de dépression nerveuse ! Vous avez une envie et même rage de vivre, de survivre ! Ce qui avant vous paraissait fade, ennuyeux, sans aucun intérêt...devient source d’émerveillement ; un pissenlit poussant derrière le cabanon des toilettes débordant de merde devient la plus belle fleur du monde...un oiseau qui chaque matin se pose sur la fenêtre du dortoir pour chanter son ode à la vie...même un dégoûtant cafard...tout devient source d’émerveillement comme quand vous étiez enfant ! Voilà comment il faudrait guérir tout ces emmerdeurs de leur dépression nerveuses et de leurs délires et fantasmes de destruction !

     

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    • Revenir aux fondamentaux en somme pourquoi pas...mais risquer de rester dans l’illusion dans le réel avant le grand départ, est peut-être effectivement plus doux, moins chaotiques !

      Je n’ai pas le niveau pour comprendre aisément ces réflexions, mais je vous trouve sévère pour tout dépressif qui se respectent.

      Non je crois que certaines personnalités atypiques et extrêmement lucides ont apportés plus qu’on ne le croit ! À l’humanité...

      D’après Rousseau tout individu arrivant "gentil" ne devient "mauvais" car emprisonné par une société qui le façonne à son image ! Ou accident de vie, choc traumatique, mauvaise education etc...La machine deviendra elle aussi mauvaise que certains individu ? Programmé justement par ces individus tres minoritaires et de toutes origines, sans foi ni lois ! Saura t- elle aimer ? Se sentira t-elle trahit par cette humanité se sentant au dessus de tout ? Ou serons nous justement les proies de ces machines ?

      Bref, c’est noir évidemment, mais bosser aveuglément sort effectivement de la dépression...n’est ce pas justement le leurre du système que d’occuper nos esprits ?

      Je citerais Pascal, "tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » Blaise Pascal

      Après pas forcément besoin de s’abreuver de tartines nauséabondes sorties d’esprit plutôt dans le négatif, mais je trouve que tout relayer d’un revers de la main, n’aidera pas justement un dépressif qui finalement d’une extrême lucidité a besoin de comprendre ce monde qui je le concède n’est pas jojo, flirtant avec la mort car cette maladie tue !

      J’irais même plus loin il faut justement etre critique de ce système qui justement "fabrique" des depressifs et lutter jusqu’à la fin ! LIBERTE

      "La France contre les robots" de Bernanos. Vous feras peut-être plus de bien à lire.

      Soyons libres et heureux, il n’y a que ça qui compte !

      La vie est un combat.

    • Amusant commentaire plein de certitudes ce qui ne gâte rien. Un conseil vous devriez tremper votre pioche dans l’eau si vous ne voulez pas vous prendre sur les doigts deux kilos de feraille ou carrément changer le manche, à mon avis elle n’a pas servi depuis un bail.

    • Bon commentaire @François.
      Très juste de mon point de vue (petit).
      L’humain : une prédisposition à l’émotion et au formatage véritable éponge de ce côté là. Une page blanche que la pratique sociale formate dans une série d’illusions — et c’est cette même pratique qui renforce l’illusion par des pratiques matérielles concrètes. L’illusion n’est pas seulement une idée fausse — elle devient mur, salaire, frontière, horloge, marchandise. La pratique sociale ne trompe pas : elle construit. Et c’est parce qu’elle construit matériellement que s’en extraire est si difficile. . Voilà pourquoi l’humain a tant de difficultés à s’en extraire. Pourtant, l’entropie du modèle finit par recomposer le mode de production et ses bases matérielles.
      Ainsi se tisse la prison. L’élu — celui qui se pense ou est pensé comme élu de Dieu — n’en est que l’ornement le plus sacré : Cristallise l’illusion suprême, celle qu’une domination peut être d’origine céleste. celle qui parachève la prison subjective, en lui donnant un plafond infranchissable.
      Mais pas indéfiniment.

  • Véronique Lévy, soeur de BHL, convertie au catholicisme, parle beaucoup des robots (que ce soit des êtres métalliques ou désincarnés car ayant un coeur de pierre).

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  • Tout le monde a entendu parler, l’IA était sur le point de devenir consciente, et d’atteindre la singularité des films de sciences fiction.
    Larry Page, cofondateur de Google qui déclare que la chair et le sang ne voyagent pas très bien dans l’espace.
    Et si nous voulons développer notre potentiel de conquérants de l’univers nous devrions devenir Cyborg.
    Ce n’est en définitive pas tellement qu’homo sapiens doit fusionner avec leur technologie, beaucoup plus loin, ils affirment que quiconque doute de l’opportunité de cette fusion cyborg, ou que quiconque essaie de les arrêter politiquement, est un méchant qui doit être réprimé ou tout simplement anéanti.
    Palantir qui voit quiconque oser contester d’utiliser la technologie, par des mouvements politiques la réglementation gouvernementale, le pape lui même, comme un hérétique, les considérant tous comme des servants de l’antéchrist.
    Les marchés sont crédules, vous mettez du rouge aux lèvres sur un cochon, et les entreprises rebaptisées monteront en flèche.
    Nouvelle technologie idéologique en définitive, qui recherchent des valorisations galactiques.
    Une idéologie qui vient remplacer le néolibéralisme des années 70, qui sous entend que tous les financiers devraient être libérés de toute contrainte et réglementation, permettant de piller le reste de la société.
    En définitive le néo-libéralisme est mort le" lordisme" technologique prend le dessus, cette idéologie futuriste transhumaniste sert en réalité à transférer le pillage de la société c’est à dire vous et moi, ainsi que la captation d’énormes ressources ici et maintenant , vers une petite bande de seigneurs de la technologie.

     

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