Egalité et Réconciliation
https://egaliteetreconciliation.fr/
Evènements

J. D. Vance : chevalier de la nouvelle aristocratie techno-capitaliste

Introduction

Il est des hommes dont le parcours semble avoir été tracé par une main invisible, comme si les accidents de la vie n’avaient servi qu’à éprouver la solidité d’un caractère destiné à paraître au grand jour. J. D. Vance appartient à cette race singulière, née dans la poussière des provinces oubliées, où l’on ne rêve pas de grandeur mais où l’on apprend, dès l’enfance, à supporter la vie comme un combat. Il sort de ces collines d’Ohio où la prospérité industrielle n’est plus qu’un souvenir, où l’acier a laissé place aux friches, et où le silence des usines fermées pèse comme un jugement sur l’Amérique triomphante.

Dans sa jeunesse, nul n’aurait parié sur ce garçon élevé par une grand-mère au verbe tranchant, ballotté entre blessures familiales et horizons bouchés. Et pourtant, à travers les épreuves, quelque chose en lui veillait – une obstination grave, une fidélité aux humbles, mais déjà, peut-être, cette ambition secrète qui ne dit pas son nom avant l’heure. Il gravira les marches de l’université, puis celles du pouvoir, avec la prudence du soldat et l’œil du paysan : sans illusions, mais sans renoncements.

Son livre, Hillbilly Elegy, fut d’abord une confession, puis un avertissement, enfin un drapeau. Il fit surgir, sous la prose d’un enfant du Rust Belt, le visage oublié d’un peuple que les élites croyaient dissous dans l’oubli. Ce succès, certains l’attribuèrent au hasard. Ils ne comprirent pas que les nations, lorsqu’elles vacillent, cherchent instinctivement ceux qui parlent le langage de leurs douleurs.

Aujourd’hui vice-président des États-Unis, J. D. Vance apparaît comme l’héritier d’un monde qui refuse de mourir et le héraut d’un autre qui se prépare en silence. Il n’a ni la véhémence tribunitienne d’un démagogue ni la componction d’un doctrinaire. Il avance avec gravité, comme s’il savait que la politique n’est pas l’art des promesses, mais celui des bifurcations historiques. Derrière son calme, il y a le sou- venir des dépossédés ; derrière son ambition, la certitude que les vieilles nations, quand elles doutent d’elles-mêmes, ont besoin de voix sorties du cœur plutôt que de l’Académie.

Ce portrait n’est pas celui d’un sauveur ni d’un accusateur, mais d’un homme qui a vu le déclin de près, qui en porte la mémoire comme une cicatrice, et qui croit – avec la ferveur tranquille des survivants – que la grandeur n’est jamais entièrement perdue, seulement endormie.

Les mémoires d’un jeune péquenot

Les Américains ont toujours nourri une prédilection singulière pour les récits de réussite, ces ascensions fulgurantes où l’individu, seul contre le destin, finit par triompher du malheur. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que les mémoires appliquées d’un jeune financier de la Silicon Valley aient, un beau matin de juin 2016, conquis la première place de la liste du New York Times. C’est l’histoire d’un enfant parti du bas de l’échelle, d’un enfant qui défit la fatalité – bref, une success story dans la plus pure tradition américaine, servie avec sobriété, sans emphase, presque avec modestie. En 2020, Hollywood, fidèle à sa vocation d’embaumeur des mythologies nationales, en fit naturellement un film.

Lorsqu’il entreprend la rédaction de son livre, J. D. Vance, juriste de formation et homme d’affaires en devenir, ne nourrit point l’ambition d’ajouter son nom au panthéon des self-made men. Il souhaite plutôt dévoiler à ses compatriotes la vérité nue de ceux qu’on nomme Hillbillies, ces « gens des collines » dont le mot français – plouc, péquenot – restitue mal la dignité tragique. Car derrière ce sobriquet se profile tout un peuple, enraciné dans les Appalaches, cette longue colonne montagneuse qui, du cœur de l’Alabama jusqu’aux confins de la Gaspésie, barre l’Amérique orientale comme une cicatrice géologique. Ce massif étiré, rude et lacéré de vallées profondes, fut jadis le réservoir du charbon et des fonderies : une terre façonnée par le feu, la suie et l’effort, d’où naquit cette classe d’hommes dont la dureté n’est que l’autre nom de la fidélité au sol.

Durant un siècle et demi, la culture appalachienne s’est développée loin du tumulte national, comme ces provinces encloses où le temps semble se résigner à tourner plus lentement. De cette longue solitude est née, aux yeux de l’Américain moyen, une population enveloppée de brume et de soupçon, presque une tribu que l’on observe du coin de l’œil sans vraiment la connaître. On disait d’eux qu’ils vivaient chichement, buvaient un whiskey âpre comme leur terre, et peuplaient leurs maisons d’enfants aussi nombreux que les collines qui les entourent. À la moitié du XXe siècle, Henry Louis Mencken, tribun acerbe de la critique sociale, crut pouvoir trancher le mystère d’une phrase cruelle : ces Blancs pauvres, confinés dans un « arrière-pays isolé », auraient davantage de parenté avec Neandertal qu’avec l’homme moderne. On voit là la facilité de ceux qui, du haut de leurs certitudes urbaines, prétendent juger un peuple entier sans en avoir foulé le sol [1].

Car, bien entendu, les Appalaches ne sont ni l’antre misérable que l’on imagine volontiers, ni le repaire fantasmagorique de dégénérés et de fanatiques. Cette caricature – répandue par les grands propriétaires et les compagnies étrangères qui, tout en dépouillant les montagnards de leurs terres et de leurs minerais, s’évertuaient à les peindre en sauvages – a fini par s’imposer, tant il est commode de diffamer ceux qu’on exploite. Hélas, c’est encore cette image grossière que retient l’opinion. Et, comme nous le verrons, J. D. Vance, peut-être sans même en soupçonner la portée, contribue à raviver ces mêmes figures d’épouvante, héritées d’un siècle de mépris.

Dès les premières lignes de Hillbilly Elegy, Vance avoue, non sans une modestie qui n’est peut-être qu’une forme de pudeur, le caractère presque dérisoire de sa démarche. « Publier mes mémoires à trente et un ans, écrit-il, relève de l’absurdité. Je n’ai rien accompli d’extraordinaire, rien qui mérite qu’un inconnu paie pour le lire. Si j’ai écrit ce livre, c’est parce que j’ai réalisé quelque chose de très ordinaire, un succès que les enfants de mon monde ne connaissent presque jamais. » Car les chiffres tracent souvent pour les siens un avenir sombre : « Avec un peu de chance, ils parviendront à éviter l’assistance sociale ; sans cette chance, ils mourront d’une overdose d’héroïne. » [2] Que ce garçon, sorti des collines oubliées de l’Amérique, soit devenu le premier vice-président issu de la génération Y et l’un des plus jeunes de l’histoire, voilà qui dépasse sa propre mesure autant que les calculs de ses détracteurs.

Né en 1984, dans cet Ohio qui fut jadis l’une des forges du rêve industriel américain, James David Vance revendique avec fierté ses origines : « Pour me comprendre, il faut savoir que je suis, au fond de moi, un hillbilly d’ascendance irlando-écossaise. » Comme il le dira lui-même dans ses mémoires, cet héritage comportait « de nombreuses qualités – un sens aigu de la loyauté, une dévotion farouche à la famille et à la patrie – mais aussi de nombreux défauts. Nous n’aimons pas les étrangers ni ceux qui diffèrent de nous, que la différence se manifeste par leur apparence, leur comportement, ou, surtout, leur manière de parler. » [3]

J. D. Vance prend soin de distinguer le peuple des « Grandes Appalaches » de la bourgeoisie WASP : « Je suis blanc, mais pas comme les WASP du Nord-Est. Au contraire, je me reconnais dans les millions de Blancs d’origine irlando-écossaise de la classe ouvrière américaine qui n’ont pas de diplômes universitaires. » [4] C’est que les immigrants qui s’installèrent dans l’arrière-pays étaient plus pauvres que ceux de la côte, et beaucoup n’avaient réservé leur passage vers le Nouveau Monde qu’en tant que serviteurs de l’élite côtière. Une fois la période de servitude achevée et les montagnes atteintes, ils durent affronter un terrain rude, une subsistance chiche et la menace constante des tribus autochtones qui contrôlaient la région.

J. D. Vance résumera ainsi l’histoire de ses ancêtres, comme on évoque une longue suite d’humbles destinées : « Pour ces gens-là, la pauvreté est la tradition familiale : leurs ancêtres furent ouvriers journaliers dans l’économie esclavagiste du Sud, puis métayers, puis mineurs de charbon, et enfin, plus récemment, machinistes et ouvriers d’usine. Les Américains les appellent hillbillies, rednecks ou white trash. Moi, je les appelle des voisins, des amis et de la famille. » [5]

Cette distinction – Blancs des montagnes versus Blancs du littoral – ne se réduit pas à une simple différence sociale : elle constitue une mémoire vivante, une identité marginale forgée par le labeur, l’isolement et la résistance aux pouvoirs étrangers. C’est sur ce substrat que la politique identitaire revancharde de Donald Trump sut habilement s’appuyer, mobilisant une conscience collective née dans la pénurie et le dénuement, mais pétrie d’orgueil et de fidélité à ses racines.

Le centre des Appalaches recelait d’immenses gisements de charbon et de minerais ; et les voies ferrées, qui ouvraient l’accès à ces richesses, permirent à l’industrie de se répandre rapidement à travers la région. Les mines employèrent bientôt plusieurs milliers d’ouvriers et fournissaient, à un moment donné, les deux tiers du charbon national. Jim Vance, le grand-père maternel de James, connut ainsi une vie solide, faite de labeur régulier et de métal travaillé, employé de l’American Rolling Mill Company à Middletown. Mais la prospérité de l’acier, comme tant d’empires, s’effondra lorsque les usines partirent vers l’Asie. Avec elles s’éteignirent les pensions dorées, les fêtes d’entreprise, et cette dignité tranquille qui accompagnait le travail bien rémunéré.

Au vingtième siècle, malgré l’intervention ponctuelle de l’État fédéral – le New Deal, certaines initiatives de développement local – qui parvinrent à corriger ici ou là quelques insuffisances matérielles, des structures profondes demeurèrent intactes : la dépendance aux entreprises venues d’ailleurs, la pauvreté rurale enracinée, et cette vigilance presque instinctive, patiemment transmise de génération en génération, contre toute autorité perçue comme étrangère aux coutumes et aux usages locaux. Ainsi, si le taux de pauvreté dans les Appalaches connut entre 2009 et 2013 une baisse de 1,2 point, il restait cependant de 15,8 % contre 14,1 % au niveau national ; le revenu médian de la population appalachienne n’atteignait que 82,5 % du revenu médian américain.

C’est dans ces ruines que Vance et sa sœur grandirent : un monde où les allocations publiques tenaient lieu de revenu, où la drogue remplaçait l’espérance, où l’école peinait à rivaliser avec la rue. L’enfance de J. D. Vance s’écoula dans ce foyer que l’on qualifiera pudiquement de tourmenté. Très tôt, le père disparaît, laissant derrière lui une épouse livrée à ses propres démons, où se mêlent toxicomanie et liaisons sans lendemain. Les colères y éclataient comme des orages, les représailles se répondaient d’elles-mêmes, et la violence constituait un langage domestique, presque coutumier : « Nos maisons sont un désordre permanent. Nous nous hurlons dessus comme des supporters dans un stade de football. Il y a toujours au moins une personne dans la famille qui se drogue. » [6]

Dans ce fracas, le jeune Vance ne trouve d’abri que chez ses grands-parents maternels, Jim et Bonnie, que l’on nommait, avec cette rudesse tendre des montagnes, « Mamaw » et « Papaw ». Il l’admet volontiers : ces grands-parents furent « sans contestation possible, la meilleure chose qui me soit arrivée » [7]. Le havre, pourtant, n’était pas idyllique : l’alcoolisme du grand-père, porté à son comble, poussa un soir la grand-mère à une scène d’une brutalité telle qu’elle semble sortie d’un millénarisme de campagne ; elle mit le feu à son mari pour avoir trop bu, et l’homme, par miracle ou opiniâtreté, survécut [8].

Chaque été, l’enfant retrouvait, dans le Kentucky, cette grande maison de la vallée perdue où vivait l’arrière-grand-mère, et qui tenait lieu de patrie véritable : « J’ai toujours fait la différence entre mon adresse et ma maison », écrivait-il. « Mon adresse, c’était l’endroit où je passais la plupart de mon temps avec ma mère et ma sœur, où que ce fût. Mais ma maison n’a jamais changé : c’était la maison de mon arrière-grand-mère, dans un hameau rural, à Jackson, dans le Kentucky. » [9]

Après avoir quitté le lycée de Middletown en 2003, il s’engagea, sur la recommandation d’une cousine, dans les rangs des Marines. Il découvre alors une discipline rigoureuse, une exigence physique quotidienne et une attention minutieuse à la nutrition. L’organisation militaire y apparaît comme un corps qui, tout en exigeant le maximum, se montre paradoxalement attentif au bien-être de ses recrues : elle les accompagne, les encadre, jusqu’aux gestes les plus anodins de l’existence. Envoyé en Irak au sein de la section des affaires publiques de la deuxième escadre aérienne, il y reçut le grade de caporal. « J’ai servi mon pays avec honneur, et j’ai découvert en Irak que l’on m’avait menti – les promesses de l’appareil de la politique étrangère étaient une complète farce », déclarera-t-il plus tard [10].

Lorsque s’achève son engagement de quatre ans, J. D. Vance s’inscrit à l’université de l’Ohio, puis pose sa candidature à Yale. La législation américaine permet aux anciens combattants de poursuivre des études supérieures sans s’assujettir aux prêts bancaires onéreux. Il découvre que « les universités les plus coûteuses sont paradoxalement les plus économiques pour les étudiants d’origine modeste » [11]. Plus âgé que la majorité de ses condisciples, ancien combattant, il ressent sa présence à Yale comme une anomalie, une intrusion dans un monde qui n’est pas naturellement le sien.

L’admission dans cette institution prestigieuse ouvre pourtant des portes jusque-là inaccessibles. Il y côtoie la brillante Usha Chilukuri, fille d’immigrants indiens, qui deviendra son épouse et la mère de leurs trois enfants [12]. Il est singulier de constater que le système médiatique français, encore imprégné d’une culture d’occupation mentale, continue de présenter J. D. Vance comme un national-populiste suprémaciste blanc, ignorant la complexité de son parcours.

La critique new-yorkaise, toujours empressée de diagnostiquer les convulsions du pays qu’elle ne comprend plus, salua le livre d’un ton grave : on y vit, disait-on, une étude compatissante et pénétrante de cette couche blanche déclassée qui, lassée des promesses trahies, a porté la rébellion politique jusqu’aux sommets, jusqu’à l’ascension d’un Donald J. Trump [13]. De son côté, The American Conservative y discerna l’un de ces témoignages rares qui éclairent les zones que l’Amérique officielle préfère tenir dans l’ombre : un mémoire vigoureux, une confession brute, qui révèle une nation que bien des gens ne voient plus – ou ne veulent plus voir [14].

Pour ma part, je n’emploierai pas le mot compatissant pour décrire le livre de J. D. Vance. Le sous-titre de Hillbilly Elegy – Mémoires d’une famille et d’une culture en crise – indique d’emblée la double ambition de l’ouvrage. Au premier plan, la famille de J. D. Vance, objet central de son récit, est présentée comme profondément troublée. Mais ce qui retient l’attention dans ce sous-titre, c’est l’effort manifeste de l’auteur pour étendre la réflexion au-delà du cercle familial, pour embrasser la condition d’une culture plus vaste : celle des Blancs des zones rurales américaines. Ainsi écrit-il :

« Des économistes lauréats du Nobel s’inquiètent du déclin du Midwest industriel et de l’effritement du cœur économique des Blancs travailleurs. Ils veulent dire que les emplois manufacturiers ont migré à l’étranger et que les emplois de classe moyenne se font plus rares pour les personnes dépourvues de diplômes universitaires. Très bien : ces préoccupations me touchent aussi. Mais ce livre traite d’autre chose : de ce qui advient dans la vie des hommes quand l’économie industrielle s’effondre. Il s’agit de réagir aux circonstances défavorables de la pire manière possible. Il s’agit d’une culture qui, au lieu de contrecarrer la décadence sociale, l’encourage de plus en plus. […] Il y a là un défaut d’initiative personnelle – l’impression d’avoir peu de contrôle sur sa propre vie et une propension à blâmer tout le monde sauf soi. C’est un phénomène distinct du contexte économique plus large de l’Amérique contemporaine. » [15]

En d’autres termes, Vance affirmait que le déclin de l’Amérique post-industrielle ne provenait pas seulement de l’effondrement des usines et des mines, mais aussi – et peut-être surtout – de la décomposition interne de la classe ouvrière blanche, de ses habitudes, de ses défaites et de ses illusions. On croirait entendre Bill Cosby dénoncer la « culture noire » comme source de décadence sociale.

Conservateur à tendance libérale et profondément individualiste, Vance ne se contente pas de dresser le portrait d’une communauté en difficulté : il critique un « penchant majeur » de la classe ouvrière blanche, qui consiste à rejeter sur la société ou sur l’État la responsabilité de leurs malheurs, et qui ne cesse de s’étendre. Les discours contemporains de la droite – dont il se réclame – échouent selon lui à saisir les véritables défis de leurs électeurs. Au lieu de stimuler l’engagement, ils exaltent une forme de détachement qui a sapé l’ambition de nombreux jeunes de sa génération. La droite moderne martèle donc : « Si vous échouez, ce n’est pas votre faute, mais celle du gouvernement. » [16]

Vance propose ainsi une lecture unidimensionnelle des Blancs pauvres, où l’on se garde bien de considérer les facteurs structurels : politiques néolibérales, disparition des syndicats, émergence de Wal-Mart et de l’emploi précaire, insuffisances de l’enseignement public et inégalités territoriales, effondrement du filet social... Rien de tout cela ne compte. Selon lui, les « hillbillies » n’ont qu’à se ressaisir, maintenir l’unité familiale, fréquenter l’église, travailler plus et cesser de blâmer le gouvernement. C’est une déclaration qui ne manquera pas de séduire tout industriel bénéficiaire du statu quo. Ainsi Vance apparaît moins en fils reconnaissant des déshérités dont il provient qu’en homme suffisamment averti pour offrir aux puissants le discours exact qu’ils désirent entendre.

Lorsque J. D. Vance publie son autobiographie, a-t-il déjà en tête de faire carrière en politique ? Probablement pas. Mais le succès fulgurant de son livre – quatre millions d’exemplaires vendus – le conduit à se porter candidat, en 2022, au siège de sénateur fédéral dans l’Ohio. Élu, il siège de 2023 à 2025 avec le soutien de Donald Trump.

Au cours de l’élection de 2016, l’année même où Vance publiait son mémoire, le jeune écrivain se dressa avec superbe contre ce phénomène bouffon que représentait, à ses yeux, Donald Trump. « Je suis un Never Trump guy », confia-t-il gravement à Charlie Rose, en octobre [17] Et, dans un éclair d’humeur digitale, il lâchait sur Twitter : « Mon Dieu, quel idiot. » au sujet du candidat à la chevelure orange. Pour The Atlantic, il forgea cette formule de moraliste tardif : « Trump est l’héroïne culturelle. » [18] Sur les ondes de la NPR, il poursuivait sa litanie : l’homme, disait-il, intoxiquait la classe ouvrière blanche et la conduisait « vers un lieu très sombre » [19]. En février 2016, dans les colonnes policées de USA Today, il dénonçait encore « des propositions absurdes, voire immorales » [20]. À la même époque, enfin, il écrira à un ami : « J’hésite entre l’idée que Trump est un salaud cynique comme Nixon, qui ne serait pas si mauvais (et pourrait même se révéler utile), et celle qu’il est l’Hitler américain. » [21]

À peine quatre années plus tard, voici le même homme – naguère conservateur social mesuré – devenu admirateur fervent, disciple converti de celui qu’il vouait hier aux gémonies. Métamorphose stupéfiante : l’homme du compromis soudain gagné aux fulgurances d’une droite radicale. Vance justifiera ce retournement par un argument trop commode : il aurait « changé d’avis » après avoir vu Trump gouverner, et plus encore par la fureur quasi-religieuse que ceux-ci inspiraient à la gauche culturelle. Ainsi fut-il, selon son propre mot, « radicalisé » par les cris d’orfraie des élites progressistes [22].

En 2022, alors qu’il se lançait dans la bataille sénatoriale dans l’Ohio, Vance se repentait publiquement : il avait eu tort au sujet de Donald Trump. « Je crois que c’était un bon président, disait-il, qu’il a pris de bonnes décisions pour le peuple, et qu’il a encaissé plus de coups qu’aucun autre. » [23] Et de conclure, avec une ferveur qui ne laissait plus place au doute : « C’est le meilleur président de ma vie. » [24]

L’origine de cette volte-face a fait couler des rivières d’encre – mais peut-être, comme il arrive souvent, la clef était-elle inscrite dans son autobiographie. Michelle Goldberg, dans un article du New York Times intitulé « L’inquiétante malléabilité de J. D. Vance », a noté avec justesse que Vance confessait avoir passé son enfance à se recomposer sans cesse, à moulurer son être pour plaire aux figures successives qu’introduisait dans sa vie une mère instable. Que fait-il aujourd’hui, sinon rejouer ce drame ancien ? S’agripper au patriarche le plus tonitruant, au chef le plus belliqueux, comme on recherchait jadis, dans les ruines domestiques, un semblant d’autorité [25] ? Comme nous le verrons, Peter Thiel n’est pas étranger à ce retournement spectaculaire : il fut l’entremetteur discret d’une réconciliation improbable.

Mais l’engagement de J. D. Vance au sein du mouvement MAGA s’inscrit en réalité dans un processus historique long, qui trouve ses origines à la présidentielle de 1964. Cette année-là, le républicain Barry Goldwater incarne un conservatisme radical, national et anti-État-providence, proposant une rupture avec le consensus libéral de l’après-guerre. Quinze ans plus tard, Richard Nixon reprend le flambeau avec sa « Majorité silencieuse », séduisant l’Amérique blanche, rurale et conservatrice, lassée des changements sociaux et de la contestation étudiante, en faisant de la stabilité et de l’ordre moral un programme politique. La révolution libérale-conservatrice de Ronald Reagan dans les années 1980 constitue l’étape suivante : elle combine dynamisme économique et conservatisme culturel, instillant dans l’imaginaire américain l’idée que prospérité et morale individuelle vont de pair. Dans les années 1990, la réaction aux présidences Clinton donne naissance à des milices anti-gouvernementales et à un populisme de terrain, expression d’une défiance croissante envers l’État fédéral. La candidature à la vice-présidence de Sarah Palin en 2008 et l’émergence du Tea Party contre Obama poursuivent cette logique : un courant politique populiste et conservateur se structure, associant critique de l’État, patriotisme et retour à une morale traditionnelle.

Aujourd’hui, J. D. Vance en est l’un des emblèmes les plus visibles. Son succès littéraire et son ascension politique incarnent une nouvelle phase de cette révolution nationale-conservatrice et populaire, où l’individu médiatisé devient le vecteur d’un récit capable de mobiliser les masses et de légitimer, sous couvert de critique culturelle, un ordre social et politique conservateur en mutation.

Qu’on ne s’y trompe cependant pas : l’idéologie dont Vance s’est drapé n’est pas née sur les hauteurs appalachiennes, pas plus qu’elle n’a pris forme sur les bancs feutrés de Yale. Elle fut pétrie ailleurs, dans les hauteurs froides et calculatrices de San Francisco, capitale officieuse de l’Empire technologique. C’est là qu’il quitta les hésitations de la province pour l’assurance carnassière des ambitieux ; là qu’il trouva, parmi les ingénieurs d’un ordre nouveau – Thiel, Yarvin, Sacks, et toute la confrérie des stratégistes de la Silicon politique –, des parrains prêts à souffler à son oreille la musique d’un destin.

L’ascension fulgurante de J. D. Vance

Lorsque Donald Trump annonça sur Truth Social, que le sénateur de l’Ohio J. D. Vance serait son compagnon de route, bien des observateurs ne cachèrent pas leur surprise. Un journal, spirituel à défaut d’être sérieux, nota non sans perfidie qu’avec ses trente-neuf ans et seulement dix-sept mois d’apprentissage parlementaire, M. Vance faisait passer Mme Sarah Palin pour une figure chevronnée [26].

C’est qu’on espérait un choix plus conforme aux habitudes comptables du grand parti : le gouverneur du Dakota du Nord, Doug Burgum, rassurant comme une feuille de bilan et parfaitement accordé au chœur satisfait du patronat ; ou Glenn Youngkin, gouverneur de Virginie, chéri des donateurs et promesse, peut-être, d’un retour républicain sur une terre récemment offerte à la gauche. Certains murmuraient même le nom de Marco Rubio, charmant vendeur de rêve hispanique pour un parti qui se cherche un visage neuf, ou encore celui de Tim Scott, dont l’ascension aurait servi de viatique moral dans la quête du vote noir et de l’onction évangélique. Ainsi allaient les calculs des prudents ; mais Donald Trump, comme à l’ordinaire, leur préféra l’imprévu.

Depuis qu’il s’est converti au culte trumpiste, M. Vance s’est montré un disciple zélé, volontiers présenté par certains comme l’orateur d’une droite intraitable : il pourfend les aventures étrangères, récuse les aides versées à l’Ukraine comme autant de fuites vers le vide, réclame des frontières sévèrement gardées et des expulsions exemplaires, loue les barrières douanières comme on rétablit des murailles sacrées. On devine aussi que Trump espère, par ce choix, raviver la flamme des ouvriers du Midwest, ces terres froides du Wisconsin, du Michigan et de la Pennsylvanie où l’Amérique industrielle rêve encore de sa puissance passée. Peut-être aussi que l’état-major républicain entend brandir sa prise de guerre : l’ancienne « voix de la Rust Belt » encensée par les gazettes washingtoniennes, reconvertie en théoricien des colères populistes, figure exemplaire de cette Amérique obscure qui refuse la pâle fatalité du déclin. Enfin, l’on sait aussi que Vance plaît à une petite aristocratie de la Silicon Valley, trop consciente de sa fortune pour ne pas chercher à façonner l’avenir à son image [27].

Toutes ces raisons, sans doute, ont trouvé place dans l’esprit du chef républicain. Mais si l’on devait ordonner ces motifs, nul observateur sérieux ne mettrait en doute que la dernière – la connivence de M. Vance avec les princes de la Tech – pesa davantage que toutes les autres. Car, derrière ce choix que l’on dit stratégique, se devine un autre tableau : celle d’un réseau étroit, presque conspiratif, de technologues milliardaires.

Dans les semaines précédant l’annonce, David Sacks, Jacob Helberg et surtout Peter Thiel téléphonèrent, insistèrent, pressèrent l’ancien président. Une campagne feutrée, menée dans les salons privés et les dîners confidentiels, fit peser sur la décision le poids de fortunes capables de soutenir – ou d’étouffer – toute ambition politique [28]. On raconte que lors d’un dîner informel, Sacks glissa à Trump la recommandation : Vance devait être choisi [29].

N’est-il pas révélateur que, dans la même semaine où le nom de M. Vance fut prononcé, Elon Musk et consorts annoncèrent des dons considérables en faveur des intérêts trumpistes ? Ces messieurs, assurément, se félicitent de cette alliance. Quant à savoir si pareille largesse influença la décision du tribun, nous n’en saurions rien ; toutefois, comme disait un vieux moraliste, il est des coïncidences qui ne le sont qu’en apparence [30].

Lorsqu’on cesse d’embrasser la fable édifiante – le fils des Appalaches, rescapé des friches ouvrières, touché soudain par la main d’un Messie orangé – et qu’on contemple, sans complaisance, les dix dernières années de J. D. Vance, une tout autre silhouette apparaît. Non point l’enfant du peuple miraculeusement ravi au chaos, mais un homme façonné, aiguillonné, presque ciselé par le techno-capitalisme naissant ; un protégé de ces nouveaux maîtres de l’empire numérique, et singulièrement de Peter Thiel, prince entreprenant de la Nouvelle Droite, sorte de Palpatine pour l’ère des puces et des algorithmes.

Le récit véritable commence non dans les forges du Midwest, mais dans les amphithéâtres ouatés de Yale, en 2011. C’est là que Vance, jeune homme avide d’ascension, entendit pour la première fois la voix grave du milliardaire et fondateur de Palantir. Celui-ci déclamait déjà, avec cette assurance des esprits qui se croient au chevet de la civilisation, la décadence de l’Amérique, la fatigue de ses élites et l’épuisement des âmes inventives.

Pour Vance, ce fut – dira-t-il plus tard – « le moment le plus significatif de Yale », comme si l’étudiant n’avait pas rencontré un financier, mais un doctrinaire issu de quelque ordre oublié, un maître tout prêt à guider les hommes dans les heures crépusculaires. Dès ce jour, il conçut le projet d’abandonner la voie juridique pour un destin moins convenu. Il jugeait Thiel « peut-être l’homme le plus intelligent » qu’il eût jamais croisé, et la confession chrétienne de ce dernier renversait les préjugés du jeune étudiant, qui s’était imaginé, selon l’un de ces schémas trop répandus, que la foi n’était l’apanage que des simples, tandis que l’incrédulité serait le privilège des esprits supérieurs [31].

Après l’université et un court passage dans le monde policé des grands cabinets, Vance gagna San Francisco, cette capitale nouvelle où le code informatique tient lieu d’étendard et où l’ambition se monnaie en octets. Il frappa à la porte de Peter Thiel qui l’accueillit au sein de son fonds Mithril Capital, un nom emprunté aux légendes de Tolkien [32]. Là, Vance s’imprégna des rites de ce monde : il observa comment l’on jauge une entreprise, comment l’on débusque dans l’effervescence technologique les signes d’un progrès que l’époque, avec une sorte de ferveur religieuse, s’obstine à croire rédempteur. Il ne passa pas inaperçu. Peter Thiel, raconte Colin Greenspon, ancien directeur au sein de Mithril, le distingua aussitôt dans la cohue des ambitieux. « Nous savions que cet homme devait, sans la moindre hésitation, appartenir à notre cercle », confie-t-il [33].

Puis, en 2019, J. D. Vance regagna l’Ohio, lançant son propre fonds d’investissement, non sans recevoir l’appui discret du cofondateur de PayPal et d’autres magnats tels Marc Andreessen ou Eric Schmidt, ancien PDG de Google [34]. Il baptisa son entreprise Narya Capital, adopta ainsi l’un des travers les plus caractéristiques de son mentor : cette coquetterie un peu puérile qui consiste à puiser dans les mythologies de Tolkien pour baptiser les plus froides des entreprises financières. Narya, en effet, n’est rien d’autre que l’un des Anneaux de Pouvoir : celui qui, dans la légende, devait insuffler aux Elfes le courage de résister à la tyrannie, à la domination et au désespoir. Doté de 120 millions de dollars, dont 15 % provenait de la poche de Peter Thiel, la firme s’avisa d’investir largement dans Rumble, cette maison rivale de YouTube où se rassemble volontiers un public porté à la droite de l’échiquier politique.

Déjà, l’idée du pouvoir électif flottait autour de Vance. Thiel ne se contente pas d’un encouragement : il engage quinze millions pour l’ascension sénatoriale de 2022 dans l’Ohio [35]. Lorsque Vance chercha à s’assurer du soutien de Donald Trump en 2021, le milliardaire d’origine allemande l’accompagna jusqu’à Mar-a-Lago, scellant une réconciliation nécessaire [36]. À la suite de cet entretien, Vance se fit plus indulgent envers l’ancien président, atténuant son jugement sur l’attaque du Capitol, et obtint l’indispensable onction trumpienne à la veille du scrutin.

Ainsi, l’antagoniste d’hier devint l’allié d’aujourd’hui – et Vance, ancien critique acerbe du tribun républicain, se mua en son plus ardent défenseur. L’on murmure même que Peter Thiel ne fut pas étranger à la conversion de Vance au catholicisme [37]. Peut-être. Peut-être pas. Mais il reste ceci : sans la main patiente, l’or discret et la volonté ferme du parrain, difficile d’imaginer Vance, non seulement au Sénat, mais aux marches mêmes de la vice-présidence. Ce destin ne s’invente pas : il se finance, se guide, se sculpte – à la manière des empires qui ne naissent jamais seuls [38].

On dit que Vance est l’un des premiers capital-risqueurs à devenir vice-président des États-Unis. Ce n’est pas un hasard : c’est plutôt le signe éclatant de l’irrésistible politisation de l’industrie technologique, de son ambition désormais déclarée de façonner l’État comme elle façonne un logiciel. Dans la Silicon Valley, on le sait bien : Vance est l’un des rares hommes publics capables de saisir que les géants du numérique ne forment pas un bloc homogène, mais une mosaïque de tribus concurrentes – toutes avides de peser sur le destin américain.

Faut-il donc jouer la surprise lorsque la Silicon Valley la plus droitière, déjà saisie d’une ferveur de modernisme réactionnaire, salue l’élévation de J. D. Vance à la vice-présidence comme on acclame l’intronisation d’un prince de leur caste ? Non : il s’agit bel et bien d’un couronnement. La techno-féodalité reconnaît l’un des siens. Et comment lui donner tort ? Le garçon des collines de l’Ohio, naguère voué au sort de son peuple – le rebut blanc des vieux bassins industriels – est devenu, par un singulier retournement du destin américain, un produit parfait de l’aristocratie nouvelle : diplômé de Yale, millionnaire précoce, capital-risqueur avisé, habitué des laboratoires futuristes où l’on rêve de remodeler l’humanité... et désormais, enfin, un doctrinaire conservateur.

À peine sa nomination officialisée, Elon Musk, maître de fusées et de réseaux, salua sur sa propre tribune un « excellent choix » et prophétisa que cette alliance « résonnerait comme une victoire » [39]. Dans les bureaux tamisés du Founders Fund – la principauté financière adossée au milliardaire Peter Thiel –, l’enthousiasme monta d’un cran : Delian Asparouhov s’écria, dans l’ivresse de la nouvelle, que l’Amérique avait désormais « un ancien capital-risqueur à la Maison-Blanche » [40]. Pour ces hommes, c’était plus que de la politique : c’était la consécration d’une lignée.

Crystal McKellar, qui avait côtoyé Vance chez Mithril Capital lors d’une autre étape de cette ascension, fit entendre une même jubilation. À ses yeux, la nomination de son ancien collègue à la vice-présidence promettait un âge de renouveau : « Il sera bénéfique pour la Silicon Valley parce que c’est un bon capitaliste de libre marché, convaincu de la croissance, de l’innovation et de la nécessité d’éliminer les réglementations qui étouffent le développement », écrivait-elle dans un message. « Et il sera tout aussi bénéfique pour le pays, pour les mêmes raisons, et parce qu’il éprouve une véritable compassion pour ceux que le progrès a oubliés et laissés en arrière. » [41]

J. D. Vance et les Lumières sombres

Les libéralités considérables accordées à J. D. Vance en 2022 lui offrirent, on le devine, un avantage décisif dans la conquête de son siège. L’argent ouvre les portes ; mais il faut encore les idées pour franchir le seuil. À parcourir les discours du nouveau sénateur, l’on distingue aisément l’écho discret d’un autre timbre : celui de son bienfaiteur, M. Peter Thiel, ce même théoricien qui jadis s’avoua sceptique sur l’harmonie possible entre démocratie et liberté.

M. Vance s’est imposé, depuis lors, parmi les hérauts les plus ardents d’un programme destiné – selon ses partisans – à régénérer l’État, et – selon ses détracteurs – à le subjuguer. Il ne cache point son dessein : purger l’administration fédérale de ces serviteurs enracinés qui, à l’en croire, trahiraient la volonté du peuple, et y substituer des agents sûrs, dévoués, alignés : « Saisir les institutions de la gauche pour les retourner contre elle », proclame-t-il ; une dé-wokification générale, à l’image – dit-il encore – de la dé-baassification irakienne, lorsque l’ancienne bureaucratie fut remplacée par une autre, jugée plus conforme aux vues de Washington [42]. Dans une récente conversation, il alla plus loin : congédier l’immense nuée des commis intermédiaires, et si les tribunaux s’en offusquaient, les laisser parler – mais n’en point tenir compte [43].

Cette doctrine, en vérité, n’a rien d’inédit. Curtis Yarvin, que J. D. Vance reconnaît volontiers comme inspirateur [44], l’esquissa, dès 2012, en traça les lignes dès 2012, dans une allocution au titre révélateur : « Comment réinitialiser le gouvernement des États-Unis ». Son plan tenait en quatre lettres : R.A.G.E., Retire All Government Employees. En d’autres termes, congédier la fonction publique tout entière pour la rebâtir sous serment nouveau, saisir les coffres du Trésor, ignorer, si besoin, le veto des juges [45].

Vance puise aussi son inspiration dans un texte qui, dans les cénacles technologiques, fait figure d’Évangile pour l’époque nouvelle : le Manifeste techno-optimiste de Marc Andreessen. On peut résumer ce petit ouvrage par une courte sentence, simple comme une équation et souveraine comme un oracle : « La politique est un obstacle. La technologie est la solution. Avec assez de technique, nul problème n’est insoluble. » L’on croirait entendre un ingénieur de l’avenir, persuadé que l’Histoire n’est qu’une suite de pannes et qu’il suffira d’un réseau plus rapide et d’algorithmes plus dociles pour abolir la contingence humaine. L’une des références majeures de ce texte aux relents nietzschéens est Nick Land, qu’Andreessen considère comme l’un de ses « saints patrons ».

Marc Andreessen est un entrepreneur et investisseur américain, connu pour avoir créé Mosaic et Netscape. Après avoir été longtemps affilié au Parti démocrate, il a contribué au financement de la seconde campagne de Trump. Il relie le capital aux ambitions politiques, le rêve algorithmique aux stratégies de pouvoir. Par lui circulent les idées de Peter Thiel, les certitudes conquérantes de J. D. Vance, et jusque dans les couloirs les plus policés du pouvoir, les murmures ésotériques de Curtis Yarvin. Moins incendiaire que ce dernier, Andreessen n’en partage pas le dessein : rétrécir l’État comme peau de chagrin, accroître l’empire des sociétés privées, faire de la technologie non plus un outil, mais une loi – non plus une promesse, mais un commandement.

Cependant, c’est au cours de la Conférence de Munich sur la sécurité en 2025 que le vice-président américain J. D. Vance donna la pleine mesure de ce que d’aucuns nomment les Lumières sombres. On s’attendait, dans ce cénacle transatlantique si prompt à célébrer l’orthodoxie stratégique et le vieux catéchisme atlantiste, à l’habituelle litanie sur la sécurité collective et l’Ukraine. On entendit autre chose : une mise en accusation, solennelle et presque théâtrale, de l’Europe démocratique elle-même, présentée comme ayant trahi la cause de la liberté dont elle se prétend pourtant l’héritière.

Ce discours, charpenté en six messages successifs, procédait à une inversion du regard. Premier point : le danger, selon Vance, ne vient plus de Moscou ni de Pékin, mais du cœur de l’Europe, rongée par un reniement intérieur.

« La menace qui m’inquiète le plus pour l’Europe n’est pas la Russie, ni la Chine, ni aucun acteur extérieur. Ce que je redoute, c’est la menace intérieure : la désertion de l’Europe devant ses valeurs fondamentales, ces valeurs qu’elle partageait autrefois avec l’Amérique. »

On ne peut méconnaître le sens de cette provocation : le glaive nucléaire de l’Est se voit relégué au second plan, pour mieux accuser la décomposition morale de l’Occident.

Deuxième point : Vance s’attarde longuement sur ce qu’il perçoit comme la censure rampante des opinions conservatrices en Europe. Il raille l’usage d’« horribles vocables soviétiques » – désinformation, mésinformation – brandis pour faire taire l’opposition. Et d’énumérer, comme un procureur méticuleux, les exemples : condamnation d’une militante chrétienne en Suède pour avoir brûlé un Coran, interventions policières en Allemagne contre des propos jugés antiféministes, zones « protégées » autour des cliniques d’avortement au Royaume-Uni.

Troisièmement, la question migratoire surgit, lourde et implacable : l’Allemagne, dit-il, n’a jamais compté autant d’étrangers, preuve d’une politique méticuleusement voulue. Le drame de Munich, où un migrant afghan a foncé dans une foule syndicaliste, est convoqué comme symbole d’une Europe qui aurait choisi sa propre fragilisation.

Quatrième thème : la démocratie européenne, accusée d’être de façade. Vance cite l’annulation du premier tour de la présidentielle roumaine de 2024 comme un symptôme d’une élite décidée à corriger, voire à annuler, la volonté populaire chaque fois qu’elle déplaît. Si quelques milliers de dollars de propagande numérique suffisent à abattre un régime, argue-t-il, alors ce régime était déjà moribond.

« C’est le rôle de la démocratie de trancher ces grandes questions dans l’urne. Je crois que mépriser les citoyens, ignorer leurs préoccupations, ou pire encore, fermer les médias, annuler les élections ou exclure les gens du processus politique, ne protège rien. En réalité, c’est la manière la plus sûre de détruire la démocratie. Et s’exprimer, faire entendre son opinion, n’est pas une ingérence électorale, même lorsque des personnes s’expriment en dehors de votre pays et même si ces personnes sont très influentes. Et croyez-moi, je le dis avec tout l’humour possible : si la démocratie américaine a survécu à dix ans de remontrances de Greta Thunberg, vous pouvez survivre à quelques mois d’Elon Musk. »

Cinquième point : ce fut seulement après ces foudres morales que Vance consentit, presque par devoir, à dire un mot de sécurité classique : oui, l’Europe devra payer davantage pour sa défense ; oui, il faudra peut-être « un compromis raisonnable » entre Kiev et Moscou – formule vague, presque désinvolte, qui étonna ceux qui espéraient un manifeste stratégique.

Enfin, le vice-président annonça, d’un ton qu’on aurait dit emprunté à quelque western, que « le shérif a changé » sous l’autorité de Donald Trump. Traduction : la politique américaine ne serait plus celle, débonnaire et moralisatrice, de Washington version Biden. Désormais, fit-il comprendre, l’Amérique parlera haut, frappera sec, et ne s’excusera plus de penser autrement que Bruxelles.

Ainsi parla J. D. Vance : non pas diplomate, mais tribun ; non pas gardien de l’ordre ancien, mais héraut d’un tournant. Et dans le silence surpris des chancelleries, certains crurent entendre, déjà, le bruit sourd d’un monde qui bascule. Ce qui rend le discours particulièrement remarquable, c’est son pivot explicite, passant des questions de sécurité aux griefs culturels. Cette orientation traduit une révision fondamentale des priorités de la politique étrangère américaine sous la seconde administration Trump, avec Vance comme l’un des architectes intellectuels principaux.

Le discours de Munich révèle une convergence frappante entre Vance et plusieurs aspects essentiels de la pensée de Thiel. D’abord, l’allocution manifeste un scepticisme ouvert à l’égard des institutions libérales européennes. La critique de Vance envers les pratiques démocratiques européennes reflète l’hostilité constante de Thiel à l’égard des institutions démocratiques et de la domination bureaucratique. En contestant la légitimité des réponses européennes à ce qu’il considère comme des ingérences électorales, Vance applique en pratique la critique thélienne du contrôle exercé par les élites et des mécanismes institutionnels censés filtrer l’information. Sa référence à une démocratie susceptible d’être déstabilisée par des campagnes numériques étrangères illustre la préférence de Thiel pour des systèmes robustes capables de résister aux pressions extérieures plutôt que pour des processus institutionnels minutieusement organisés.

De plus, l’accent mis par Vance sur l’immigration, la liberté d’expression et les enjeux culturels, au détriment des menaces sécuritaires traditionnelles, traduit la primauté accordée par Thiel aux questions culturelles et civilisationnelles plutôt qu’à la géopolitique conventionnelle. Vance relie l’immigration à la sécurité en citant l’attaque au véhicule perpétrée par un immigrant afghan contre des syndicalistes à Munich, pour dénoncer les politiques migratoires plus larges. Cette perspective correspond à la conviction thélienne selon laquelle la cohésion culturelle est un préalable indispensable à une gouvernance efficace et à la stabilité sociale.

Enfin, et peut-être surtout, le ton « rentre-dedans » du discours – prononcé devant un auditoire de partenaires traditionnels – incarne l’esprit anticonformiste de Thiel face au consensus établi. Thiel est célèbre pour ses « investissements risqués qui rapportèrent », et la disposition de Vance à défier les dirigeants européens dans leur propre forum témoigne d’une même audace intellectuelle et d’une volonté de rompre avec les normes établies [46].

Conclusion

Longtemps, l’industrie technologique de la Silicon Valley s’était bercée dans l’illusion d’être un bastion progressiste, une citadelle d’esprits libéraux ensevelie dans le giron démocrate de la Californie – fille cadette de San Francisco, matrice de toutes les utopies modernes. Mais voici qu’une minorité républicaine s’est mise à émerger : Musk, Sacks, Thiel, et d’autres encore qui votaient naguère pour les démocrates, se rallient aujourd’hui à Trump comme si leur conversion n’était que l’aboutissement logique de la grande querelle qui déchire l’Amérique. L’administration Biden, en touchant au saint des saints – les crypto-monnaies, l’intelligence artificielle, les acquisitions stratégiques qui transforment les start-ups en fiefs prospères – a retourné contre elle les barons du numérique. Et ceux-ci, vexés comme des princes dépouillés de leurs prérogatives, se sont soudain avisés qu’il existait un autre camp.

Aux yeux de ces magnats, Vance n’est pas seulement un vice-président : il est leur messager, leur émissaire à Washington. Il porte une doctrine simple : l’idée que les grands conglomérats – de Google à Lockheed Martin – étouffent l’invention, tandis que les petites compagnies audacieuses, surtout les leurs, portent en elles l’élan vital du pays. Avec Vance, l’industrie de la technologie pourrait cesser d’être le souffre-douleur de la politique américaine pour devenir son moteur, et l’administration se verrait peu à peu colonisée par des hommes qui parlent le langage de la Silicon Valley et pensent en logarithmes.

Mais plus encore que ces bénéfices mesurables, un gain plus immense se profile : avec Vance à la vice-présidence, le second mandat de Trump pourrait être animé, inspiré, peut-être même dirigé depuis l’ombre par des hommes comme Peter Thiel ou Curtis Yarvin — théoriciens d’un futur post-démocratique, obsédés par l’intelligence, la hiérarchie et la pureté raciale. Thiel, le faiseur de rois qui osa déclarer un jour que « le capitalisme est incompatible avec la démocratie », entrevoit déjà le couronnement de son plus patient investissement : installer à la tête de l’État des disciples convaincus que le suffrage populaire est une erreur historique et que la société idéale ressemblera à un régime féodal de haute technologie, suspendu quelque part entre la Silicon Valley et une station orbitale.

Ainsi, pour Thiel, la nomination de Vance comme vice-président est plus qu’un couronnement : c’est la récolte d’une semence jetée dix ans plus tôt, lorsqu’il reconnut dans ce diplômé de Yale, né parmi les friches du Midwest, un disciple digne des grands desseins. Il le fit riche, le forma, l’introduisit dans un monde d’entreprises qui plaisaient fort à la mouvance MAGA ; puis il guida son entrée dans la politique, finançant de ses millions, aux côtés d’autres princes de la Vallée, sa victoire au Sénat.

Ainsi se referme ce chapitre. Mais l’histoire, elle, continue. Dans notre prochain numéro, nous verrons comment l’idéologie des Lumières sombres s’est insinuée dans la première année de la présidence Trump, et comment elle a façonné, dans l’antichambre du pouvoir, les rêves les plus inavouables de la nouvelle administration.

Fernand le Béréen

 

Les Lumières sombres par Faits & Documents :

Notes

[1] Henry L. Menckens, Minority Report : H. L. Menckens Notebooks (Alfred A Knopf, New-York, 1956), p. 253

[2] James D. Vance, Hillbilly Elegy A Memoir of a Family and Culture in Crisis, (Harper, 2016), pp. 7-8

[3] Ibid., pp. 10-11

[4] Ibid., pp. 9-10

[5] Ibid., p. 10

[6] Ibid., p. 213

[7] Ibid., p. 38

[8] Ibid., p. 66

[9] Ibid., p. 21

[10] https://www.c-span.org/program/us-s...

[11] Vance, p. 287

[12] Ibid., p. 64

[13] Jennifer Senior, Review : In ‘Hillbilly Elegy,’ a Tough Love Analysis of the Poor Who Back Trump (The New York Times : August 10, 2016). https://www.nytimes.com/2016/08/11/...

[14] Rod Dreher, Hillbilly America : Do White Lives Matter ? (The American Conservative : July 11, 2016). https://www.theame-ricanconservativ...

[15] Vance (2016), pp. 15-16

[16] Ibid., p. 282

[17] https://charlierose.com/videos/29349

[18] James D. Vance, Opioid of the Masses (The Atlantic : July 4, 2016). https://www.theatlantic.com/politic...

[19] ’Hillbilly Elegy’ Recalls A Childhood Where Poverty Was ’The Family Tradition’ (NPR : August 17, 2016). https://www.npr.org/2016/08/17/4903...

[20] James D. Vance, Trump speaks for those Bush betrayed : Column (USA TODAY : February 18, 2016), https://eu.usa-today.com/story/opin...

[21] https://www.vice.com/en/article/jd-...

[22] Ross Douthat, What J.D. Vance Believes (The New York Times : June 13, 2024). https://www.nytimes.com/2024/06/13/...

[23] Maeve Sheehey, J.D. Vance says he regrets since-deleted tweets criticizing Trump (Politico : July 5, 2021). https://www.politico.com/news/2021/...

[24] Joan E Greve, JD Vance Senate run is test of Trump influence on Republican party (The Guardian : April 30, 2022). https://www.theguardian.com/us-news...

[25] Michelle Goldberg, The unnerving changeability of JD Vance, (New York : July 26, 2024). https://www.ny- times.com/2024/07/26/opinion/jd-vance-changeability.html

[26] Melissa Ryan, JD Vance-Peter Thiel-Curtis Yarvin 2024 : The Neoreactionary Dream Team (Bucks County Beacon : July 22, 2024), https://buckscountybeacon.com/2024/...

[27] Gil Duran, Where J.D. Vance Gets His Weird, Terrifying Techno-Authoritarian Ideas (The New Republic : July 22, 2024) https://newrepublic.com/article/183...

[28] Eric Cortellessa, Why Trump Chose J.D. Vance (Times : July 15, 2024), https://time.com/6998873/why-trump-... vance-for-vice-president/

[29] Rian Mac & Theodore Schleifer, How a Network of Tech Billionaires Helped J.D. Vance Leap Into Power (The New York Times : July 17, 2024), https://www.nytimes.com/2024/07/17/...

[30] https://buckscountybeacon.com/2024/...

[31] James D. Vance, How I Joined the Resistance (The Lamp, April 1, 2020), https://thelampmagazine.com/blog/ho...

[32] Ian Ward, 55 Things to Know About JD Vance, Trump’s VP Pick (Politico : July 15, 2024), https://www.politico.com/news/magaz...

[33] Elizabeth Dwoskin, Cat Zakrzewski, Nitasha Tiku & Josh Dawsey, Inside the powerful Peter Thiel network that anointed JD Vance (The Washington Post : July 29, 2024). https://www.washingtonpost.com/tech...

[34] Kim Hart, J.D. Vance launches VC fund for startups beyond Silicon Valley, (Axios : January 9, 2020), https://www.axios.com/2020/01/09/jd...

[35] Caroline Linton, Adam Brewster & Aaron Navarro, Ohio primary results : Trump-backed J.D. Vance wins Republican Senate race (CBS News : May 4, 2022). https://www.cbsnews.com/live-update...

[36] Greg McKenna, Venture capitalists get one of their own with Trump’ s VP pick—what to know about J.D. Vance’ s VC career, (Fortune : July 15, 2024). https://fortune.com/2024/07/15/vent...

[37] Kenneth Rasmussen, JD Vance, Peter Thiel, and the Silicon Valley Digital Radical Right (Psychohistory Forum Research Associate), p. 5

[38] Daniel Klaidman, The billionaire who fueled JD Vance’s rapid rise to the Trump VP spot — analysis (CBS News : July 16, 2024). https://www.cbsnews.com/live-update...

[39] https://x.com/elonmusk/status/18129...

[40] https://x.com/zebulgar/status/18129...

[41] Lizette Chapman & Anna Edgerton, From Elon Musk to David Sacks, Silicon Valley’s Trump Backers Cheer Vance as VP Pick (Bloomberg : July 16, 2024) https://www.bloomberg.com/news/arti...

[42] https://www.youtube.com/live/PMq1ZE... (23e minute)

[43] Andrew Prokop, J.D. Vance’s radical plan to build a government of Trump loyalists (Vox : July 18, 2024), https://www.vox.com/politics/361455...

[44] Ian Ward, The Seven Thinkers and Groups That Have Shaped JD Vance’s Unusual Worldview, (Politico : July 18, 2024). https://www.politico.com/news/magaz...

[45] Corey Pein, Live Work Work Work Die : A Journey into the Savage Heart of Silicon Valley (Metropolitan Books, 2018), pp. 216-217 ; Ed Simon, What We Must Understand About the Dark Enlightenment Movement (Time : March 24, 2025) https://time.com/7269166/dark-enlig...

[46] Mikhail Minakov (2025), Freedom and Progress at the Dawn of the Age of Will : The Struggle of Two Enlightenments in the Current Euro-Atlantic Debate, (Ideology and Politics Journal, No 1, 27), pp. 125-127

Le Béréen présente les Lumières sombres

 
 
Alerter

24 commentaires

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

  • #3624675
    Le 4 juillet à 13:56 par Saturnin Pompier

    Veuillez bien excuser mon audace. La ignorancia es atrevida.

    J. D. Vance est un Blanc pauvre des Appalaches, une race que les WASP méprisent au plus haut point. Je pense que la base raciale de ces Blancs pauvres et l´origine celtique face à l´origine anglosaxonne (donc gemanique) et normande (scandinave), et autres Hollandais, des Blancs qui ont toujours dominé les USA (au moins depuis ses origines jusqu´à il y a peu, aujourd´hui l´élément juif paraît prendre le dessus sur les WASP, ou du moins le menacer dans son hégémonie historique) est la cause de ce mépris.

    On retrouve ici un sujet cher à Gobineau. La supériorité des Germains sur les Celtes (l’aristocratie française d’origine outre-Rhin face au bas peuple gaulois), cette situation serait à l’origine de la Révolution. Je m’écarte du sujet)

    Il m’est venu à l’esprit un film avec Jon Voight : "Délivrance", qui reprend certains lieux communs sur les populations blanches pauvres des Appalaches.

    Le fait que J. D. Vance se soit marié à une indienne de peau foncée ne doit pas nous faire ignorer qu´elle provient d’une famille de haute caste (brahmine), donc à l’opposé de ce que représentent les origines de J. D. Vance. On peut dire que sa femme indienne est de caste plus haute que son mari plus blanc de peau mais bien plus bas dans l´échelle sociale et économique, de "meilleure race" selon les critères indiens (et hindous). Vance vient d´une caste blanche des plus basses, et sa femme de la plus haute caste de l´hindouisme.

    Comment interpréter cela, si toutefois il y aurait quelque chose à en tirer de cette circonstance ? (« Je te donne ma race blanche, tu me donnes ta haute caste ». « En tant que Blanc de basse caste les femmes WASP s´écartent de moi, en tant que femme de peau foncée je ne peux accéder à un Blanc de haute caste, similaire à la mienne. »)

    Je sens qu’il y a là un sujet qui a son importance. Qu’en pensez-vous ? Je déraille ?

    Je laisse tout ça ici dans un certain désordre.

     

    Répondre à ce message

    • #3624905
      Le 5 juillet à 11:47 par Fernand le Béréen

      Merci pour votre commentaire. Il soulève plusieurs pistes de réflexion intéressantes, notamment sur les hiérarchies internes au monde blanc américain.

      Il est vrai que les populations des Appalaches ont longtemps fait l’objet d’un profond mépris social et culturel de la part des élites américaines.

      En revanche, je serais plus prudent quant à l’interprétation de son mariage. Le risque est de projeter sur une union individuelle une logique symbolique ou stratégique qui n’est pas démontrable. Le fait que son épouse soit issue d’une famille brahmane est incontestable, mais cela ne signifie pas nécessairement que leur mariage constitue une forme d’échange entre une « race » et une « caste ».

      À mon sens, ce qui est le plus révélateur chez Vance n’est pas tant son mariage que sa trajectoire personnelle : celle d’un homme issu d’un milieu longtemps stigmatisé, qui a réussi à intégrer les cercles les plus prestigieux du pouvoir américain. C’est cette ascension qui mérite d’être interrogée, davantage que la recherche d’une signification cachée dans son choix d’épouse.

    • #3624976

      @Saturnin Pompier

      La caste c’est en lien avec la nature des êtres et leur fonction dans la société, ce n’est pas la classe sociale.

      La classe sociale c’est une fausse hiérarchie toute moderne ne reposant que sur le pouvoir et l’argent,qui comprends d’ailleurs beaucoup de Shudras (4eme caste hindou la plus basse spirituellement) qui ont usurpé les fonctions des hautes castes de Brahmânes et Kshatriyas.

      Brahmâne c’est la caste des prêtres.
      Mais comme nous sommes a la fin du kali yuga toutes les castes sont mélangées. N’importe qui fait des enfants avec d’autres castes.

      Mais tu peux venir d’une basse classe sociale et être d’une haute caste.
      Et tu peux aussi venir d’une haute caste et dégénérer et occuper une autre fonction qui ne devrait pas être la tienne.

      Macron c’est un Shudras, les satanistes pour beaucoup sont des Shudras qui ont usurpé le pouvoir

      Lire et comprendre les livres de Guénon.

      Tout est tellement mélangé en terme de castes , que ça ne veut plus dire grand chose.

      Ce qui compte c’est les personnes qui travaillent avec des bonnes intentions malgré un contexte difficile où ils ne peuvent pas tout gérer

  • #3624680
    Le 4 juillet à 14:22 par Général Pinochet

    Excellent Vance ! Remarquable Thiel !

    il y a des gens qui admirent Mamdani (financé par Axel Soros), et d’autres qui préfèrent Vance (financé par Peter Thiel).

    Le renouveau de l’Occident passera par le renouveau de la culture occidentale (et non sa destruction finale).

    Je ne vois pas bien pourquoi l’on se félicite que la Chine, la Russie, l’Iran, l’Inde ou la Turquie renouent avec leur culture traditionnelle, mais l’on s’indigne que l’Occident renoue avec sa propre culture traditionnelle.

    Y a-t-il sérieusement quelqu’un qui croit que les puissances émergentes sont "progressistes", "inclusives" ou "tiers-mondistes" ? Y a-t-il des gogos qui croient sérieusement aux belles déclarations de certains dirigeants exotiques ? Ces pays suivent simplement leur intérêt.

    L’Occident renouera avec lui-même car il n’y a pas d’autre voie. C’est d’autant plus certain que le gauchisme (sous toutes ses formes) n’était compatible qu’avec une ère de domination impériale. L’ère de domination impériale prenant fin, le gauchisme (sous toutes ses formes) prendra fin avec.

    On renouera avec notre trifonctionnalité :
    - spirituel : église catholique romaine
    - guerrier : état minarchique fixe (avec ou sans démocratie)
    - économie : liberté, responsabilité et morale capitaliste

    Je rappelle qu’il faut distinguer les deux branches les "Lumières" au XVIIIème siècle :
    - les "philosophes" (relativisme moral et politique, dirigisme économique)
    - les "économistes" (stabilité morale et politique, liberté économique)

    Tout cela n’a rien de nouveau. Les économistes constituent les bases de la droite moderne, qui inclura à partir du XIXème siècle contre-révolutionnaires, libertariens, conservateurs sociaux. Leur point commun est de croire à "l’ordre naturel", hérité de la tradition occidentale d’Aristote et Thomas d’Aquin.

     

    Répondre à ce message

    • #3624770

      Faudrait surtout renouer avec la guillotine, un oligarque ou politicien félon une tête coupée, un gauchiste militant une tête coupée, une racaille multirécidiviste une tête coupée, un "migrant" surineur ou violeur une tête coupée, etc...
      Et c’est pas 500 mais 500 000 têtes qu’il faudra un beau matin couper dans ce putain de pays de merde si on veut un jour s’en sortir !!!

    • #3624912
      Le 5 juillet à 12:14 par Fernand le Béréen

      Votre commentaire déplore la dissolution de la civilisation européenne tout en défendant le principal moteur historique de cette dissolution, à savoir le capitalisme.

      Depuis deux siècles, ce ne sont ni les socialistes, ni les progressistes, ni les philosophes des Lumières qui ont le plus profondément transformé les sociétés européennes. C’est le capitalisme. Son principe n’est pas de préserver les traditions, mais de soumettre toute réalité humaine à la logique du marché. Tout ce qui ne produit pas de profit ou ne favorise pas la circulation du capital finit par être remis en question.

      Karl Marx l’avait déjà observé que la bourgeoisie « dissout toutes les relations sociales anciennes » et « tout ce qui était solide se volatilise ». Le capitalisme révolutionne sans cesse la société parce qu’il doit constamment créer de nouveaux marchés, de nouveaux consommateurs et de nouveaux besoins.

      Les conséquences sont visibles partout en Europe. Les communautés locales sont remplacées par des individus atomisés. Les métiers traditionnels disparaissent au profit de grandes entreprises mondialisées. Les langues régionales s’effacent devant un anglais commercial uniformisé. Les fêtes religieuses sont transformées en opérations marketing. Même la famille est progressivement soumise aux contraintes de la mobilité professionnelle et de la consommation.

      Le capitalisme ne respecte ni les frontières, ni les nations, ni les religions. Il ne connaît qu’une seule patrie : le marché mondial. Il déplace les capitaux, les usines, les travailleurs et les marchandises en fonction de la rentabilité. Les frontières ne sont tolérées que lorsqu’elles servent les intérêts économiques ; elles deviennent des obstacles dès qu’elles entravent la libre circulation du capital.

      Si l’Europe souhaite renouer avec ses traditions, ses peuples, ses cultures et son héritage religieux, elle devra accepter qu il ne suffit pas de dénoncer le progressisme. Il faut remettre en cause le mode de production capitaliste lui-même. Car tant que le marché demeurera l’autorité suprême, toutes les traditions finiront, tôt ou tard, par être transformées en marchandises. Une civilisation ne peut survivre lorsque tout, jusqu’à son âme, possède un prix mais plus aucune valeur.

      Et je suis d accord avec diabolo, il faudra couper beaucoup de têtes sur la route du redressement

    • #3624982
      Le 5 juillet à 17:01 par Général Pinochet

      merci d’avoir publié mon commentaire. Pour ma part, je ne partage pas l’analyse marxiste. Je trouve d’ailleurs délicat d’accuser le capitalisme d’avoir déraciné les traditions, alors que ce sont souvent les révolutionnaires qui se sont acharnés contre les traditions (y compris en génocidant leurs propres peuples, en bannissant les lettrés et les prêtres, en brûlant les monuments et les livres).

      Certes l’économie agraire a remplacé la chasse, et a bouleversé les institutions. De même que l’économie industrielle a remplacé à son tour l’économie agraire. Mais ces bouleversements ont-ils changé la nature humaine ? Je ne le crois pas. Je pense qu’il existe une "modernité conservatrice", conjuguant la modernité techno-économique et la tradition politico-spirituelle.

      Rien ne nous oblige à tout marchandiser. Lorsque Giscard décide de légaliser la pornographie, ce n’est pas le marché mais le politique qui décide ce bouleversement qui va laminer nos sociétés. Et ainsi de suite. Il me semble trop commode de rejeter sur le bouc-émissaire capitaliste les trahisons du politique et l’apostasie du peuple. Le communisme n’apportera pas la solution à nos manquements mais une ruine encore plus grande (l’histoire l’a d’ailleurs déjà démontré).

      Dans leurs pays respectifs, Poutine et Xi ont fait advenir une économie capitaliste conjugué à une fixité politique. Pourquoi ne proposons-nous pas la même chose (mais acclimaté à nos propres traditions occidentales) ?

    • #3624990

      @Fernand le Béréen

      D’accord globalement avec votre analyse sur les conséquences du capitalisme mais pas sur ses causes.

      Il vient bien de la philosophie des Lumières.
      C’est a dire une pseudo philosophie individualiste qui place la raison et l’homme "au dessus de tout , maitre de l’univers" avec son intelligence et rejette toute direction et reconnaissance supérieure d’une force suprême .

      Le capitalisme n’est que la conséquence de l’individualisme qui lui même découle de la négation de Dieu pour se croire en tant qu’humain suffisant a soi même et maître de tout encore une fois.

      C’est cette déformation spirituelle de divers courants sectaires que ce soit dans la tradition hébraïque ou chrétienne (le protestantisme) qui ont permis cela.

      Et ces possibilités émergent dans la période qu’on appelle le kali yuga, lire Guénon "le règne de la quantité et les signes des temps" et " la crise du monde moderne".

      Une seule solution, une révolution intérieure.

      Car si le monde continue a tourner de cette manière c’est que les masses humaines sont mondialement souillée avec ces idéologies "modernistes", de manière automatique et inconsciente, c’est désormais intégré a leur fonctionnement sans qu’ils ne s’en rendent compte

      D’ailleurs Guénon dans l’un des passages de ses livres dit bien que le problème est subtil : certains qui se croient être sincèrement des opposants au système sont tellement avide de reconnaissance ou d’argent qu’ils font parti de ce système dégénéré qu’ils croient combattre sans s’en apercevoir.

      Il faut un retour aux valeurs fondamentales, c’est une chose simple mais pas facile. Tout le monde doit regarder son mode de fonctionnement et comprendre tout cet endoctrinement conformiste qu’on a nous a inculqué : être meilleur que l’autre, être en compétition les uns avec les autres, avoir plus de reconnaissance..

      Et voilà pourquoi aucune résistance concrète si nécessaire a un changement ne peut surgir :
      Guerres d’égos, belles paroles, image publique, ambitions politiques...

    • #3625011

      @Fernand le Béréen
      Ceci est rigoureusement exact bravo ! Le capitalisme est le sujet relativement révolutionnaire au sens où il révolutionne sans cesse le corps social, alors entre nous dans ce contexte la tri-fonctionnalité ... Ah ça ira !..ça ira.!..

    • #3625018

      L’IPO de SpaceX (mise sur le marché avec des droits très bas)ne ressemble pas à une levée de fonds classique pour financer l’avenir : elle est structurellement conçue comme une machine à liquidités destinée à permettre aux premiers investisseurs et aux insiders ‘les gros’ de sortir et aux petits d’hériter du passif.Ils ne pouvaient pas sortir avant la mise en cotation. Ils sortiront avec des délais dans le temps pour ne pas entraîner la chute brutale de l’actif. On est loin des idées grandioses où l’on jouera à la belote dans un bungalow sur la planète Mars ça ressemble fortement à des combines.

    • #3625039
      Le 5 juillet à 23:25 par Fernand le Béréen

      Général Pinochet

      Merci pour vos remarques très intéressantes et éclairantes.

      J emploie l analyse marxiste car elle me paraît très pertinente pour décrire les dérives du système économique actuel. Quant aux dérives des régimes communistes, on peut adresser les mêmes critiques a tous les systèmes politiques qui ont existé tout au long de la Histoire. Dès que les hommes se mettent à gouverner d autres hommes, cela part toujours en sucette a un moment donné...
      Je suis d accord avec vous que la Russie de Poutine est un régime capitaliste libérale (nous trouvons peut être la l’une des raisons des dysfonctionnements de la Russie). Par contre, je suis plus circonspect concernant la Chine. Je ne crois pas que la réussite économique chinoise s’explique par le fait qu’elle soit devenue capitaliste et qu’elle se soit ouverte au marché... Je pense que les dirigeants chinois sont plus marxiste qu’on ne le croit habituellement.
      Je ne peux malheureusement pas détailler ici en 2500 caractéres les raisons que me conduisent à cette conclusion. Mais j espère bientôt écrire un article à ce sujet qui explique comment la Chine a adapté la pensée marxiste à la culture chinoise. Les livres de Bruno Guigue sont très instructifs à ce sujet.
      Je crois que la France, et plus largement les pays européens, devraient s en inspirer, en l adoptant a leur propres cultures.

    • #3625042
      Le 5 juillet à 23:51 par Fernand le Béréen

      Cher STROM500

      Merci beaucoup pour votre commentaire et pour les remarques pertinentes qu’il contient. J’apprécie particulièrement le fait que vous cherchiez à remonter aux causes profondes plutôt qu’à vous limiter aux seuls effets.

      Je dois reconnaître une lacune de ma part : je ne connais pas suffisamment l’œuvre de René Guénon pour pouvoir discuter sérieusement de ses thèses. Vos références au Règne de la quantité et à La Crise du monde moderne m’incitent à m’y intéresser.

      En revanche, je diverge sur un point essentiel. Là où vous voyez l’individualisme comme la cause première du capitalisme, j’aurais plutôt tendance à considérer que c’est le capitalisme qui produit l’individualisme.

      À mes yeux, un système économique fondé sur la concurrence généralisée, la marchandisation des rapports humains et la recherche permanente du profit finit par façonner les mentalités. Il encourage chacun à se percevoir comme un concurrent, un entrepreneur de lui-même, un consommateur avant d’être un membre d’une communauté. Autrement dit, l’individualisme ne me semble pas être la source du capitalisme, mais l’une de ses productions les plus abouties.

      Cela ne signifie pas que les évolutions philosophiques et religieuses que vous évoquez n’ont joué aucun rôle. Elles ont probablement créé un terrain favorable. Mais j’ai le sentiment que les structures économiques, une fois mises en place, exercent à leur tour une influence déterminante sur les valeurs, les comportements et même la manière dont les individus se perçoivent.

      Sur un point, en revanche, je pense que nous nous retrouvons : un changement durable ne peut être uniquement institutionnel ou économique. C est pour cette raison qu en depit de mon agnosticisme, je reste convaincu que catholicisme à un rôle à jouer pour sortir la France du trou ou elle est engluée (je prépare un article sur ce sujet également), mais a condition qu’il chasse les marchands du temple plutôt que de leur ouvrir servilement la porte.

    • #3625069

      STORM500
      Votre développement est remarquablement cohérent Un point essentiel : aucune transformation extérieure durable n’est possible sans une métamorphose intérieure. C’est le cœur de toute sagesse authentique.Je connais bien Guénon, et je partage son constat sur la « solidification » du monde moderne, la perte du sens symbolique, la réduction du qualitatif au quantitatif.
      Mais là où Guénon m’inquiète, c’est dans sa conclusion pratique : une révolution intérieure individuelle, dans l’attente de la fin d’un cycle.
      Or, cette position, si elle est absolue, désarme toute résistance concrète au profit d’une intériorité qui, faute de s’incarner, devient parfois une complicité passive. Ce n’est pas un reproche que je vous fais, mais une mise en garde : « Se retirer du monde » peut être une sainteté ; cela peut aussi être une fuite devant la responsabilité collective.
      Mais une ascèse individuelle qui ne cherche pas à transformer les structures – les rapports de production, les médias, l’éducation – laisse ces structures continuer leur œuvre de déformation des âmes. Or, une âme ne peut se purifier durablement dans un monde qui la souille à chaque instant. Il y a une dialectique entre l’intérieur et l’extérieur.
      Ce que nous partageons, je crois : La réduction de l’humain à une fonction économique. Le refus de l’idéologie de la concurrence et de la performance. La conviction que l’humain a besoin d’un horizon qui le dépasse (Dieu, l’Être, le Bien, la Tradition – peu importe le nom).
      Ce qui nous sépare peut-être : La croyance que ce dépassement ne peut advenir que par un retrait individuel et une attente eschatologique. Ou la croyance qu’il doit aussi s’incarner dans des luttes, des institutions, des formes politiques et économiques moins mauvaises, même imparfaites, même toujours sujettes à la récupération.
      Votre passage sur les « opposants avides de reconnaissance » est d’une lucidité douloureuse, l’« hystérie de la distinction » : même la critique devient un signe de statut.
      Je vous remercie pour votre propos, qui m’a obligé à creuser mes propres contradictions.
      NB
      Le mal n’est pas dans l’athéisme, mais dans la réduction de la transcendance à une immanence utilitaire, que celle-ci soit théiste ou athée. Un capitaliste chrétien et un capitaliste athée partagent le même dieu : le dieu Croissance.

    • #3625075

      @ Fernand le Béréen & STORM500
      Marx rétorque : « Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. » Tant que nous devons vendre notre force de travail pour manger, tant que notre journée est rythmée par les contraintes de la production, notre subjectivité est formatée par notre place dans le rapport social. On ne pense pas « librement » ; on pense dans les limites de ce que notre position productive vous permet de voir.
      Marx parle de « fausse conscience » non pas comme d’un mensonge délibéré, mais comme d’une illusion nécessaire : pour agir dans ce système, nous devons adopter son langage, ses valeurs (la méritocratie, l’efficacité, la liberté formelle).
      On peut dire qu’il y a une colonisation de la subjectivité : l’extérieur (le mode de production) devient l’intérieur (nos désirs, nos peurs, notre estime de nous-même etc).
      Puisque le problème est pratique, la solution ne peut être que pratique. Marx est très clair : on ne s’extrait pas individuellement d’un mode de production par un effort de volonté ou une prise de conscience. Les rapports sociaux s’imposent aux individus comme des puissances étrangères et autonomes.
      Le travail philosophique que nous faisons tous à notre manière consiste à décortiquer ce processus, pour montrer que ce qui semble « naturel » est en réalité historique, et donc périssable.

    • #3625129
      Le 6 juillet à 10:19 par Général Pinochet

      @ Maurice :

      accuser le capitalisme de détruire passivement la société, mais glorifier la révolution terroriste qui s’est acharnée activement à anéantir la société... c’est une contradiction fondamentale.

      accuser le capitalisme de "reductio ad economicum" tout en glorifiant une révolution qui ruine la tri-fonctionnalité. C’est encore une contradiction fondamentale. La tri-fonctionnalité est précisément ce qui permet de sortir du "tout économique".

      @ Fernand le Béréen

      merci pour votre réponse courtoise et circonstanciée.

      Pour ma part, je pense en effet que c’est le retour au thomisme (aristotélisme chrétien) qui permettra la juste articulation de la foi et de la raison, de la politique et de l’économie, de la société et de l’état. Nul besoin d’être chrétien de foi pour y adhérer politiquement, l’état peut être chrétien sans que la société soit chrétienne. Je pense que le thomisme (modernisé, renouvelé) sera la réponse intellectuelle à la crise de la modernité. Ce sera aussi la seule méthode pour permettre à l’Occident troublé de reprendre sa place parmi le concert des civilisations.

    • #3625212

      @GP
      Un sophisme en kit, habillé de jargon savant (tri-fonctionnalité, reductio ad economicum) pour masquer la pauvreté logique. votre raisonnement tient en une triple imposture : Faux dilemme – Il impose un choix forcé : ou vous acceptez le capitalisme, ou vous êtes un terroriste. C’est une dichotomie grotesque qui ignore tout l’éventail des critiques réformistes, décentralisatrices, mutualistes ou simplement démocratiques.
      Amalgame qui assimile toute critique du capitalisme à une apologie du bolchévisme violent. C’est historiquement faux, politiquement malhonnête, et intellectuellement paresseux.
      Usage frauduleux de la tri-fonctionnalité – Qul brandit Dumézil (si vous connaissez) comme un totem, alors que cette grille n’est qu’un outil descriptif pour des sociétés archaïques, et ne dit rien de la légitimité ou non d’une révolution. C’est un argument d’autorité vide.
      En clair : Vous ne démontre rien. vous ne faites que poser des équivalences absurdes entre des réalités incomparables, pour disqualifier par avance toute pensée qui s’écarte du capitalisme. C’est une rhétorique de maton idéologique.

  • #3624819
    Le 5 juillet à 07:26 par bonnet Phrygien

    Principe de base : la confiance ne se donne pas,elle se gagne...
    Or avec les US,Vance ou pas,Rubio ou pas,Trump ou pas,on le voit c’est kif-kif bourricot jusqu’à Preuve du contraire.
    Comme disait Mitterrand(que je n’aimais pas) :"les américains sont nos ennemis"..les preuves depuis 60 ans sont multiples dans tous les domaines,on ne peut que leur souhaiter de sortir du lobby,mais ici nous sommes en Europe,...comme la Russie du reste.
    @Gl Pinochet : oui,il nous faut nous aussi nous débarrasser du lobby et retrouver nos racines.
    @Diabolo : la Révolution a eu au moins de çà de bon:elle a inventé la guillotine
    @

    Répondre à ce message

  • #3625007

    L’envers du décor du "Techno-pouvoir"
    Ce tableau contraste violemment avec les ambitions politiques de l’élite technologique décrite dans les chroniques . Pendant que Peter Thiel, Musk et Vance bâtissent leur "Autoritarian Stack" (un système de contrôle privatisé de l’État) , leurs troupes s’effondrent . L’obsession de la croissance et de l’innovation s’accompagne d’un coût humain colossal.
    Un observateur résume cette angoisse avec une question déchirante : "Suis-je au bon endroit ? Dois-je bouger ? Me reste-t-il du temps ? Vais-je y arriver ?" . La Silicon Valley est devenue une machine à produire de la richesse pour une infime minorité, et de l’anxiété pour le reste. Le "rêve américain" de la tech, où l’on prospère grâce à son talent, s’est mué en une lutte pour la survie psychologique.
    Le constat est sans appel. Malgré des sommes astronomiques englouties (les GAFAM devraient investir près de 600 milliards de dollars en 2026), l’immense majorité des entreprises n’en voit pas les bénéfices. Seulement 14% des directeurs financiers interrogés rapportent un impact mesurable de leurs investissements en IA. Une étude du MIT va même jusqu’à estimer que 95% des organisations n’ont enregistré aucun retour sur investissement.
    Les coûts cachés sont vertigineux : salaires premium pour des talents en IA qui peuvent être 3 à 4 fois plus élevés que la moyenne, et surtout des factures de calcul (compute) qui explosent. Un consultant en IA rapporte le cas d’un client ayant dépensé un demi-milliard de dollars en un seul mois, faute d’avoir limité les licences d’IA de ses employés. L’optimisme initial fait place à une réalité brutale : les investisseurs exigent des résultats, et les dirigeants sont sous pression pour montrer des gains.
    l’IA est une technologie coûteuse aux retours incertains. Dans l’urgence de justifier des investissements massifs, les entreprises se tournent vers le moyen le plus simple et le plus rapide de dégager des marges : la réduction des effectifs. Les ingénieurs, en sont les premières victimes, pris dans une double peine où ils contribuent à créer l’outil qui menace leur propre emploi, dans un contexte de rentabilité toujours plus précaire.
    Face à ce gouffre, la réponse des directions est souvent la même : réduire le dénominateur. Comme l’a expliqué le PDG de CloudBees, les licenciements deviennent "le seul levier qu’ils peuvent actionner" pour compenser leurs factures d’IA. Ce n’est pas une stratégie de croissance, c’est une tactique de survie f

    Répondre à ce message

  • #3625010

    Suite
    Ce qui est vendu aujourd’hui sous le nom d’IA, c’est moins une technologie qu’une promesse : celle d’une croissance infinie, d’une automatisation totale, d’une intelligence surhumaine imminente (l’AGI). Ce récit est porté par des acteurs qui ont tout intérêt à enfler la bulle : Les fondateurs et VC : leurs valorisations dépendent de la croyance en un potentiel exponentiel. Les médias : l’IA fait vendre du clic, génère de l’angoisse et de l’enthousiasme en alternance. Les gouvernements : y croire permet de justifier des investissements massifs et de rassurer l’opinion sur la "compétitivité nationale". Mais ce narratif repose sur des bases fragiles. Les modèles actuels atteignent des plateaux de performance (diminishing returns). Les coûts énergétiques et matériels sont exponentiels. La rentabilité est largement fictive – soutenue par des licenciements et des subventions déguisées. C’est une constante dans le capitalisme financiarisé, un récit futuriste, les actifs montent, jusqu’au retournement et atterrissage catastrophe.

     

    Répondre à ce message

    • #3625045
      Le 6 juillet à 00:14 par Fernand le Béréen

      Merci pour ce commentaire très riche et pour ces remarques pertinentes. Je partage largement votre constat général.

      Je pense moi aussi que l’IA est aujourd’hui davantage une promesse qu’un produit véritablement abouti. Le discours dominant vend une révolution déjà accomplie, alors que, dans de nombreux secteurs, les retours sur investissement restent faibles, voire inexistants. Cette disproportion entre les attentes et la réalité rappelle effectivement les grandes bulles spéculatives que le capitalisme produit périodiquement.

      En revanche, là où je nuancerais votre analyse, c’est sur la dimension géopolitique. À mes yeux, la course à l’IA ne peut pas être comprise uniquement à travers le prisme économique. Elle est aussi, et peut-être surtout, le principal théâtre de la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine.

      Sous cet angle, la rentabilité immédiate devient presque secondaire. La course à l’espace durant la guerre froide fut elle aussi un gouffre financier. Le programme Apollo n’a jamais été rentable au sens économique du terme, mais il représentait un démonstrateur de puissance scientifique, industrielle et militaire. Son objectif était avant tout stratégique et symbolique.

      Je pense que nous assistons aujourd’hui au même phénomène avec l’IA. Les deux grandes puissances investissent des centaines de milliards non parce que ces investissements sont rationnels à court terme, mais parce qu’aucune ne peut se permettre de laisser l’autre prendre une avance décisive dans une technologie qui influencera autant les capacités militaires que le renseignement, la cybersécurité, l’économie et l’influence mondiale.

      Cette logique de compétition favorise également la désinformation. Comme la conquête spatiale a donné lieu à une intense guerre de propagande — où chaque camp cherchait à exagérer ses succès et à minimiser ceux de son adversaire (le plus grand étant dans doute le premier pas de l homme sur la Lune) — je m’attends à ce que la course à l’IA produise elle aussi son lot de mises en scène, d’annonces exagérées, voire de véritables intoxications.

      Au fond, je crois que nous sommes simultanément face à deux phénomènes : une bulle spéculative alimentée par les marchés financiers et une course géopolitique comparable à celle de l’espace au XXᵉ siècle. Ces deux dynamiques se renforcent mutuellement et expliquent probablement pourquoi les investissements continuent d’affluer malgré une rentabilité encore très incertaine.

  • #3625106
    Le 6 juillet à 08:37 par Calmestoiviktor

    Il est possible que ceux qui se sont lourdement tromper sur Trump s’avance sur Vance. Pour un nationaliste français, il n’y a rien a atttendre de bon d’un président américain.

     

    Répondre à ce message

  • Le capitalisme reposant sur l’IA est une illusion de masse, au même titre que le « conquête spatiale », et fondé uniquement sur les subventions d État ; illusion qui s’écroulerait sans la connivence des médias qui érigent une sorte de village de Potemkine pour duper les masses.
    En réalité, l’économie 2.0 est factice de bout en bout ; et tous les gouvernements collaborent à cette pyramide de Ponzi où selle une petite minorité tire son épingle du jeu.
    Musk, Thiel et les autres ne sont que les marionnettes de l’Etat profond.

    Répondre à ce message

  • #3625232

    Vance a des liens connus avec l’Opus Dei (comme le président d’Heritage Fondation, Kevin Roberts, avec qui il a écrit un livre). Ce n’est pas seulement Thiel qui a influencé sa converson : l’Opus Dei tente de convertir toute la classe politique à sa vision autoritaire. Vance en fait n’a jamais travaillé pour personne d’autre que Thiel ! Ah, oui, il ne faut pas oublier qu’il a aussi travaillé pour la CIA, et n’a probablement jamais cessé : « Durant la période où j’ai travaillé pour la CIA, j’ai pu constater par moi-même à quel point le travail de renseignement est vital pour la sécurité nationale, mais aussi combien il est crucial de remettre en question et de vérifier les informations que l’on reçoit. »

    Quand il était candidat au Sénat, Vance a reçu de l’argent de Mike Pompeo (ancien dir. de la CIA), de Miriam Adelson (épouse du mafieux milliardaire Sheldon, tous deux fervents partisans d’Israël), et de Mark Kvamme, membre du conseil d’administration du Center for the Arts de Les Wexner (financier direct et complice d’Epstein).

    Curtis Yarvin et Vance sont payés par Thiel, qui cache à peine sa volonté de détruire la démocratie. Pour Vance, « Dieu travaille à travers nous pour construire le royaume des cieux aujourd’hui, ici sur Terre ». C’est l’exact opposé du christianisme, car Son royaume n’est PAS de ce monde !! On nage en plein matérialisme, en plein utopisme crasse du "Paradis sur terre", peut-être également en plein judaïsme, ou en plein noachisme ? C’est ainsi qu’il justifie son impérialisme et son amour des changements de régime (Groenland, Venezuela, Bolivie, Mexique, Cuba, etc.) ?

    La Paypal Mafia et leur candidat manchou Vance seraient peut-être bienheureux de se voir débarrassés du candidat manchou Trump, une fois qu’il aura terminé son oeuvre destruction. Vance est tout à fait sur la ligne du Project 2025 qui planifiait la prise de contrôle total par la privatisation et le démembrement de l’État (fonction publique, sécurité sociale, droits et libertés, etc). Ce que Vance, faux populiste "illibéral" et "anti-woke" de la CIA, décrit comme un programme de "dé-baathification" des institutions américaines...

    Répondre à ce message