Egalité et Réconciliation
https://egaliteetreconciliation.fr/
Evènements

Renseignement et élimination politique : l’affaire Hichem Aboud

C’est une affaire trouble qui peut s’avérer tentaculaire. Pour faire simple, une bande de jeunes braqueurs de banlieue se fait poisser quelques mois après un braquage de statuettes précieuses dans un musée de Bourgogne. Dans le téléphone du conducteur, les enquêteurs découvrent un renseignement stupéfiant : un contrat sur un opposant politique algérien exilé en France.

 

Les commanditaires sont mystérieux, les exécutants ont 20 ans à peine. Tout se fait par messagerie, les braqueurs ne connaissent pas les donneurs d’ordre, qui sont aussi les payeurs : 3 000 pour le meurtre avant, 3 000 après. Les contrats sont délégués à des amateurs par des pros qui restent dans l’ombre. En l’occurrence, la victime, qui n’a pas été abattue (elle n’était pas chez elle à ce moment-là, elle (se) planque même souvent au Maroc), est un opposant politique au régime d’Alger, qui tient un YouTube avec 850 000 abonnés. Ce n’est pas rien : on peut parler d’un réel influenceur. Il s’appelle Hichem Aboud. Autre chose que cet emmerdeur de Boualem Sansal.

L’origine de ce rebondissement se situe deux mois après le casse du musée. Le 25 janvier 2025, Abdeljalil B. reçoit une nouvelle proposition de contrat sur la messagerie Signal. Celle-ci émane d’un donneur d’ordre, utilisant le pseudonyme « Lapègre.69 ». « Mon frère, faut éteindre un pélo [mec] (…). Je te donne 5 000 balles en avance et après le boulot, je te redonne 5 000 balles. Je te donne guitare [fusil d’assaut], vago [voiture], faut juste trouver un pilote et toi tu manies la guitare et tu lui éteins sa mère la pute. » Plus tard, le commanditaire dit avoir recruté un chauffeur pour ce qui est sans ambiguïté un assassinat : « Mardi soir, ça décolle. Mon pote, il viendra sur Lyon ; c’est lui il fera pilote et toi tu shootes. » En retour, Abdeljalil B. approuve sans ciller : « Vas-y, c’est carré. »

Dans une autre conversation, « Lapègre » révèle l’identité de l’homme à abattre : Hichem Aboud. Ancien membre des services de renseignement algériens, ce septuagénaire devenu journaliste est un opposant notoire au régime du président Abdelmadjid Tebboune. Suivi par plus de 750 000 personnes sur sa chaîne YouTube, il y dénonce la corruption qui mine le pouvoir algérien, la répression de l’armée et appelle la jeunesse à se soulever. Depuis plusieurs années déjà, il est installé en France où il bénéficie du statut de réfugié politique.

Le Monde a fait une série d’articles sur cette affaire, que nous n’allons pas résumer, car elle est complexe. Disons que les quatre amateurs sont, après dix mois d’enquête, tombés fin mai 2026, et sont passés de simple braquage à tentative de meurtre terroriste. Et ça, en France post-Bataclan, ça prend cher. Surtout quand on connaît le contentieux franco-algérien, ou algéro-français. Rien ne dit que les commanditaires sont à Alger, mais il ne s’agit pas d’un simple contrat... apolitique.

Les attentats de France en 2015-2016 ont montré la porosité des milieux de la petite pègre et du djihadisme, plus ou moins contrôlé par le renseignement. Ces jeunes braquos qui sont formés en taule pour aller au Levant deviennent des hybrides, qui sont difficiles à détecter. Sauf si les formateurs en prison, qui sont curieusement au contact de ces amateurs d’action, travaillent pour nos services extérieurs, qui avaient intérêt à envoyer des mercenaires en Syrie. On se souvient tous de la phrase du traître Fabius. De plus, envoyer ces jeunes fous de la gâchette là-bas, c’était aussi avoir l’assurance de les faire éliminer sur place, soit d’une pierre deux coups : on affaiblit l’armée d’Assad, et on envoie nos hybrides au casse-pipe.

« Selon mon client, toutes les attaques répétées contre sa personne ces dernières années portaient la signature d’Alger. Dans cette affaire de Roubaix, il est possible que les initiateurs aient changé de façon de procéder en embauchant des jeunes connus de la police pour égarer les enquêteurs français. » (Me Essakali, l’avocat de Hichem Aboud)

Là, il s’agit d’autre chose, mais les services sont probablement présents dans ce projet d’élimination. En tout cas, il ne s’agit pas du Mossad, de la CIA ou de la DGSE-DGSI ! Pour info, il y avait un premier échelon intermédiaire (de 18 ans !) entre les exécutants et les donneurs d’ordres, et la justice l’a déjà fait tomber. Et là, on touche à autre chose...

Si des doutes subsistent sur son identité, « Lapègre » n’est pas le premier échelon hiérarchique dans la chaîne de décisions. Selon Abdeljalil B., ce dernier agissait comme un « intermédiaire » faisant le pont entre les exécutants et les réels commanditaires, évoquant notamment « des personnes de Marseille ». Des liens avec le milieu du banditisme phocéen sont apparus au cours de l’enquête, certains suspects ayant reçu pour instructions de récupérer à Marseille de l’argent ou de déposer à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) l’arme devant servir à assassiner Hichem Aboud.

Qui dit Marseille dit DZ Mafia (et Algérie), qui contrôle l’arrivée et la vente de came sur cette grande place de deal française, la première étant Le Havre, l’arrivage d’Amérique du Sud (merci le Mercosur), d’où l’importance stratégique de contrôler ces villes. Le Havre est le fief d’Édouard Philippe, qui se présente en 2027, Marseille de LFI et du PS, avec le duo Delogu-Payan. N’en tirez aucune conclusion.

 

 

Pour ne rien arranger, Paris et Alger tiennent chacun un otage : un agent du consulat algérien de Créteil, qui aurait participé au repérage d’un opposant algérien pour l’enlever, contre Christophe Gleizes, un journaliste sportif qui faisait un sujet sur le foot en Algérie. Et nous revoilà dans une affaire Sansal... Pour finir, le Aboud en question n’est pas tout blanc non plus : il a quand même été, écrit Le Monde, « le chef de cabinet du général Mohamed Betchine, le patron de la toute-puissante sécurité militaire, la police politique du régime » ! Si avec ça on ne nage pas en pleine barbouzerie...

Le précédent espagnol

 

Un analyste fait l’hypothèse d’un piège contre le régime algérien

00:00 | Introduction : Crise de confiance entre Alger et Paris
03:30 | L’affaire Hichem Aboud : Ce que l’on sait sur la tentative d’enlèvement
07:45 | Analyse des failles : Amateurisme ou complot délibéré ?
15:20 | Réaction de la France : Le message ferme de l’ambassadeur à Alger
22:10 | Guerre des clans : Qui profite du sabotage des relations diplomatiques ?
31:15 | L’impact sur les binationaux et la communauté algérienne en France
40:40 | Géopolitique : La visite de Jean-Noël Barrot au Maroc et la réaction d’Alger
52:00 | Histoire et Symbolisme : Le centenaire de l’Étoile Nord-Africaine
58:30 | Conclusion et perspectives : Quel avenir pour le Maghreb ?

 

 

La France et le très politique narcotrafic