Quand on regarde un match de Coupe du monde aujourd’hui, surtout s’il concerne un pays francophone ou avec des joueurs qui parlent français (cent joueurs évoluant en France faisaient partie des 48 équipes de départ !), il ne faut pas écouter les commentaires insipides de M6, à la limite ceux de BeIN avec Omar Da Fonseca : il faut se brancher sur un TikTok national, chauvin.
C’est ce que nous avons fait en suivant, de bon matin, le brûlant Suisse-Algérie, le 16e de finale attendu par tout le Maghreb (pour des raisons différentes, voire, opposées), sur le TikTok d’un certain Mourad. Un match regardé sur BeIN (nous on est abonnés, mais la communauté algérienne française a ses raccourcis) par les 48 millions d’Algériens d’Algérie, plus les trois ou quatre millions (certains disent le double) de France, pays chéri des jeunes Algériens. On ne sait pas pourquoi, mais ils nous adorent : ils veulent tous venir chez nous ! C’est le secret de la république, du french way of life... La CAF, la CAN, tout se mélange...
Revenons au match, plié rapidement par les Suisses, plus organisés, plus efficaces. Les Algériens ont fait ce qu’ils ont pu, c’est-à-dire peu, ils étaient clairement un niveau en dessous. L’explication ? Il n’y en a qu’une, quand on est moins bon : on est moins bon. Mais pour les Algériens que Mourad a fait monter sur sa page (faire monter quelqu’un c’est lui permettre de participer en live à la discussion, au salon, que ce soit en audio ou en vidéo), la raison était à chercher du côté du sélectionneur, non algérien, Petkovic, un Bosniaque (ex-yougoslave) devenu citoyen... suisse ! Eh oui, non seulement il est suisse, mais il a dirigé l’équipe nationale suisse pendant la Coupe du monde 2018 ! Et c’est sur cet angle que les tiktokeurs vont l’attaquer...
Pour comprendre le contexte maghrébin, revenons un peu en arrière. En 2018, l’ancien joueur Belmadi reprend l’équipe nationale algérienne. Les fennecs remportent la CAN 2019, c’est le bonheur. Ensuite, après ce coup d’éclat, l’équipe de Belmadi se désagrège, et en 2023, c’est la cata : élimination au premier tour de la CAN.
Alors, la FAF (fédération algérienne de football, ça ne s’invente pas), appelle le mercenaire Petkovic au secours, qui ne fera pas mieux en 2024. Notez que les candidats ne se bousculent pas au portillon : en Algérie, la moindre défaite est synonyme de lynchage... entre le peuple et les dirigeants, certains diraient entre le peuple et les généraux.
On est un peu longs mais cette petite carotte historique était nécessaire. On va voir la versatilité du public algérien, qui avait quand même conchié Belmadi, qui avait d’ailleurs tout pris sur lui. Maintenant, passons au TikTok qui a vécu la défaite en direct. Si beaucoup espéraient beaucoup au coup de sifflet de l’arbitre (argentin), les espoirs seront vite éteints. La Nati n’aura pas forcé son talent.
Blessure nationale
Au fur et à mesure qu’une remontada à la Belgique-Japon (de 0-2 à 10 minutes de la fin à 3-2) devenait difficile, les supporters des fennecs redescendaient sur terre, et faisaient un triste constat : l’équipe est nulle, mais c’est à cause de l’entraîneur... étranger ! Il est question de Petkovic tout du long.
« J’avais peur d’un sabotage de lui »
« I dégage, i dégage »
« En coupe d’Afrique il a fait la même chose ce merde »
« C’est un voleur, c’est un voleur »
« Deux ans deux ans qu’il nous vole de l’argent «
« Je vous en foutrais de la construction »
« Tout le monde a vu que c’est un entraîneur de merde »
« Il veut le mal de l’équipe nationale ce mec-là »
« Zerrouki il est dégueulasse, il nous a fait de la merde »
« C’est une dinguerie les choix qu’il a faits, on devrait le tuer ce mec-là »
« T’as pas compris il a touché un chèque par les franc maçons ou quoi »
« On a critiqué Belmadi pour se taper un vieux à la retraite »
« Il y a des gens qui le défendaient »
« Pour moi c’est lui le responsable numéro un »
« Depuis le début c’est lui qui nous a sabotés »
« Y a des joueurs qui rêvent de l’Algérie il les met sur le banc ce connard »
« Wallah même si toi t’es à sa place tu fais mieux que lui wallah »
« Wallah j’vais péter un plomb parce que là j’vais tafer j’vais aligner tout le monde aujourd’hui »
« C’est de la merde et on le garde »
« J’ai envie de lui insulter sa mère dans tous les coins »
« Il mérite aucune indemnité, il mérite même une balle dans la jambe »
« Pour moi il a fait exprès comme c’était leur entraîneur pendant sept ans »
« Comment tu mets Maza en neuf wesh ? »
« Il l’a mis en neuf, tu vois comment tu flingues un joueur, comment tu le tues » _ « Sortir de la Coupe du monde comme ça sans jouer sans se battre (?) c’est criminel »
« Wallah il doit dégager »
« Il doit mourir »
« Comment il tue les joueurs »
« C’est un assassin »
« Sur le Coran il est dégoûté, il saccage des joueurs direct »
« On sort avec des regrets alors qu’on avait une très belle équipe… une équipe pour aller très loin »
« Là c’est du sabotage wallah sur le coran de la Mecque dès le début fallait mettre 5 attaquants »
« Il a des loups sur le banc mon frère, il les met pas »
« À chaque fois qu’il y a un joueur qui brille ben il le met sur le banc et il peut pas rentrer »
« Du sabotage Mourad wallah [ou voilà, NDLT] »
« Depuis qu’il est là deux an on n’a rien vu on en a marre de garder un coach comme ça »
« On reconnaissait pas l’équipe d’Algérie »
« J’avais l’impression ils avaient dix joueurs de plus sur le terrain de plus que nous »
« On va pas s’en prendre aux joueurs »
« On dirait qu’on était qualifiés »
« Khouya [mon frère, NDLR] y a même pas de concurrence »
« Cette équipe y a pas de grinta, y a pas de fond de jeu, y a rien »
« Grâce à lui on est en Coupe du monde, c’est le carnaval, tout le monde il est en Coupe du monde »
« En vérité mes frères, notre fédération elle a donné une Ferrari à un mec qui sait pas conduire »
« Eux ils mouillent pas le maillot »
« On reconnaît pas nos joueurs »
« Là il nous a tué une Coupe du monde »
« Il nous a même flingué des joueurs »
« On a des super joueurs sur le banc »
« Le fautif c’est pas lui, le fautif c’est la fédération »
« Je savais qu’on allait sortir, wallah »
« Tu sais que c’est saboté d’avance depuis des mois, des mois »
En France, pour être honnêtes, on a connu la même désillusion en 2010 avec Domenech, qui avait pourtant bien commencé en 2006, avec une finale de Coupe du monde. Oui, mais à l’époque, c’est Zidane qui dirigeait réellement l’équipe, que ce soit dans le vestiaire ou sur le terrain. Quatre ans plus tard, le génie n’étant plus là, celui qui devait le remplacer (Gourcuff ou Ribéry) n’ayant pas les épaules, cela a donné le chaos que l’on sait. Il a fallu reconstruire.
« La barrière entre le football et la politique elle a toujours été très fine, voire même inexistante »
Dans la maison d’en face, au Maroc, on rigole ouvertement, on vient même en douce (déguisés en Algériens) sur les TikTok algériens demander à monter pour balancer des vannes. L’humiliation est totale, mais l’attente était trop forte. Longtemps, les Marocains n’ont pas été au niveau, mais ils se sont retroussé les manches et ont investi dans la formation, et les Lions sont devenus un soft power formidable. Sachez que les U20 algériens, qui cartonnaient quand même, ont dû refuser des matchs internationaux parce que la FAF n’avait pas les moyens pour leurs déplacements. C’est ce qu’a dit un des Algériens sur le TikTok. Le problème, il est peut-être là.
Longtemps, les Français (qui aiment le foot) ont souffert d’une équipe nationale ridiculisée à l’international, jusqu’à l’arrivée de Platini, puis de Zidane. Ce sont ces grands joueurs qui ont fait monter le niveau, mais sans la formation à la française, rien n’aurait été possible. L’éducation, tout est là. Le niveau ne s’achète pas. Regardez l’équipe américaine : elle est riche, mais ses joueurs viennent d’ailleurs...


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