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Curtis Yarvin alias Mencius Molburg : Le philosophe néo-réactionnaire autodidacte

En 2007, Curtis Yarvin ouvrait son blog Unqualified Reservations, annonçant son dessein de « bâtir une idéologie nouvelle » [1]. Derrière le masque ironique de Mencius Moldbug, ce jeune ingénieur de San Francisco entreprenait une critique intransigeante de la démocratie, qu’il désignait non comme un progrès mais comme un virus – une contagion qui ronge la pensée et abêtit les élites. Sa tentative fut celle d’un alchimiste moderne : unir l’intransigeance libertarienne à l’autorité hiérarchique, inventant ce qu’il nomma la néo-réaction. Son verdict est sans appel : seule une restauration de l’ordre, d’un pouvoir vertical, peut sauver la société du déclin où l’entraîne l’égalitarisme.

 

Dès ses premiers textes, Moldbug devint plus qu’un polémiste isolé : il incarna une avant-garde obscure, annonçant ce que l’on appellera bientôt l’alt-right. Ses écrits, longtemps relégués au domaine de l’inavouable, pénétrèrent les marges de la droite américaine, jusqu’aux couloirs de la Maison-Blanche de Trump, via Steve Bannon, Breitbart et même l’ombre portée d’un milliardaire comme Peter Thiel. Ce n’était plus seulement l’appel d’un solitaire : c’était une brèche ouverte dans le consensus conservateur, une parole capable de réhabiliter des thèmes bannis depuis des générations.

Son blog acquit une influence démesurée pour un écrivain anonyme : on le reconnut comme le fondateur d’un courant, la néo-réaction, constellation de sites et de cénacles en ligne qui se veulent l’ébauche d’un ordre post-démocratique. Certains de ses disciples, enfiévrés, le tiennent déjà pour « l’un des rares auteurs politiques qui sera encore lu dans cent ans » [2]. L’éloge peut paraitre excessif, mais révèle l’étonnante ambition de ce mouvement : redécouvrir la tradition réactionnaire, non pour restaurer un passé idéalisé, mais pour dresser, à partir de ses ruines, une mécanique politique tournée vers l’avenir [3].

Moldbug n’est pas un nostalgique, ni un exalté de l’irrationnel. Il revendique la clarté de la raison, l’observation séculière du réel – mais pour mieux accuser le progressisme de falsifier ce réel au nom d’illusions morales. Hostile à l’égalité, rétif aux dogmes de l’universalisme, il imagine une cité cosmopolite et libre de ses mœurs, mais gouvernée par un pouvoir sans partage. De ce paradoxe naît une pensée à la fois futuriste et archaïque, artificielle et implacable, où l’homme se réduit à une fonction dans un système, une variable dans un algorithme politique.

L’importance de Moldbug tient aussi au médium qu’il choisit : le web. C’est là qu’il façonne une culture souterraine, virile, anonyme, ironique, qui fera école parmi les dissidents numériques [4]. La toile lui sert de tribune, mais aussi de miroir : il parle à une génération désaffiliée, technicienne, incrédule, pour qui l’activisme se fait à coups de messages, de raids sur Twitter, de batailles dans les commentaires. En ce sens, Yarvin incarne un nouveau type de militant : technicien de l’esprit et ingénieur du mépris, qui a su détourner les outils du progrès pour miner l’idéologie du progrès lui-même.

Il reste, bien sûr, des contradictions. Admirateur de la hiérarchie, il hait les élites culturelles ; libertarien dans ses instincts, il rêve d’un roi. Laïc, libéral dans les mœurs, il se montre férocement réactionnaire dans la politique. Philosophe du vrai, il avoue parfois mentir à ses lecteurs, noyant sa doctrine sous l’ironie. Mais ces fissures ne sont-elles pas le signe d’une force en gestation ? Moldbug incarne à la fois les apories de notre époque et la possibilité d’un avenir qui, pour l’instant, n’ose pas dire son nom.

Dans la forge de la Silicon Valley : naissance d’un hérétique libertarien

Curtis Yarvin naquit en 1973, dans une famille juive séculière, lettrée, intimement reliée à l’univers des élites américaines, de l’Ivy League et du département d’État [5]. Très tôt, son existence se fit nomade : une enfance en partie passée à Chypre, avant le retour aux États-Unis vers 1985 [6]. À peine revenu, il fut repéré par le programme de Johns Hopkins destiné aux enfants précocement doués en mathématiques. Il entra à l’université dès 1988, sortit diplômé de Brown en 1992, puis, insatisfait, abandonna le département d’informatique de Berkeley [7].

Mais ce n’est pas dans les amphithéâtres que se forgea sa pensée : elle prit forme dans la fournaise de la Silicon Valley des années 1980 et 1990, au sein d’une caste de programmeurs qui, tel un clergé technicien, élaborait déjà une mythologie nouvelle. Dans ce monde saturé de logique, de compétition académique, d’algorithmes et de systèmes, Yarvin trouva le miroir de ses convictions. Car l’ingénieur, trié par l’épreuve, s’imagine à bon droit semblable au citoyen d’une société libertarienne : soumis à une rivalité permanente, contraint de prouver sa valeur.

Voici comment la sociologue Barbara Borsook décrit la tournure d’esprit des ingénieurs et programmeurs technophiles de la Silicon Valley :

« Mais la haute technologie, comme tout artefact humain, n’est ni sans goût, ni sans odeur, ni sans couleur. Elle charrie une attitude, un état d’esprit, une philosophie ; et, chez les geeks, cette attitude, cet état d’esprit et cette philosophie, c’est le libertarianisme, dans toute sa floraison éclatante. […] Pourtant, l’état d’esprit libertarien dominant dans le secteur high-tech est beaucoup moins connu que la richesse évidente et les nouvelles façons de vivre et de travailler qu’il continue d’engendrer – et, à y regarder de près, il se révèle aussi bien moins séduisant. C’est une Weltanschauung [vision du monde] diffuse, allant de la philosophie libérale classique du XVIIIe siècle – ce qui gouverne le mieux gouverne le moins, amour de l’économie de marché et du laissez-faire – jusqu’au darwinisme social, à l’anarcho-capitalisme et au-delà. Elle se manifeste partout : dans la posture rebelle et marginale commune à la high-tech […] comme dans un embarrassant manque de philanthropie. » [8]

À leurs yeux, le monde est une machine : rationnelle, réglée, soluble par l’intelligence humaine. Leur langage est celui des circuits et des logiciels, qu’ils étendent aux sociétés comme d’autres jadis invoquaient Aristote ou Montesquieu. Là se rejoignent la mathématique des réseaux et l’économie de l’école autrichienne. Le pouvoir politique, disent-ils, doit être « résolu » comme un problème de code : par efficacité, par architecture, par correction d’erreurs. De là ce culte des sciences, cette certitude biologique qui nie le mystère de l’homme et le réduit à un automate dont on connaît les lois.

Nulle nostalgie, pourtant, dans cette religion naissante : car l’ingénieur ne rêve pas du passé, il s’abandonne à la promesse du futur. Sa Bible est la science-fiction, son horizon l’Internet naissant – cet espace que les premiers initiés crurent libre, ordonné, anonyme, affranchi des censeurs. Là s’inventa une république virtuelle, libertaire et logique, qui servira de matrice à la pensée mûre de Moldbug.

Yarvin, enfant de ce monde, porta en lui la marque indélébile de cette techno-liberté : méfiance envers les dogmes égalitaires, fascination pour l’ordre qu’engendre la compétition, certitude que la société peut être redessinée comme un système d’exploitation. Sa philosophie s’annonce alors comme une mécanique nouvelle, mais aussi comme une révolte contre les illusions de la démocratie et de la modernité.

De la liberté au désenchantement : l’itinéraire intellectuel de Moldbug

Le parcours intellectuel de Curtis Yarvin, alias Mencius Moldbug, suit une pente singulière, mais constante : une marche vers la droite. Né dans le libéralisme familial, immergé dans le libertarianisme culturel de la Silicon Valley, il traverse l’Amérique conservatrice, s’initie au radicalisme libertarien, et finit par se fixer dans le camp qu’il nommera la « néo-réaction ». C’est en ligne, dans le grand bazar des archives numériques, qu’il s’abreuve des textes proscrits et des doctrines interdites. Sa formation fut celle d’un autodidacte qui cherche à dénuder le réel sous les fictions démocratiques.

D’abord, il croise Glenn Reynolds, juriste libertarien de l’université du Tennessee, qui l’oriente vers la tradition radicale de Ludwig von Mises (1881-1973). Cet économiste austro-américain, figure de l’« École autrichienne », rejeta l’empirisme au profit d’une économie fondée sur la déduction logique, où tout procède de principes immuables de l’action humaine. Murray Rothbard (1926-1995), son disciple américain, radicalisa ce corpus en proposant un anarcho-capitalisme où l’État n’a plus de place. Rothbard, pamphlétaire infatigable, ne voyait dans toute intervention publique qu’une usurpation, une fraude à la liberté [9]. Mais la découverte de Thomas Carlyle (1795-1881), moraliste écossais et prophète de l’ordre, opéra en lui une fracture. Carlyle, qui avait dénoncé les illusions démocratiques et exalté l’héroïsme des grands hommes, montra à Yarvin que la liberté sans autorité n’est qu’un luxe destructeur. Là où les libertariens voyaient la loi naturelle, Carlyle ne percevait que la nécessité de l’ordre, et la lutte éternelle entre chaos et civilisation. Voici ce que Yarvin écrira à leur sujet :

« J’ai parcouru Mises et Rothbard de fond en comble, et mon jugement à leur égard demeure inchangé. Mises est un titan ; Rothbard est un géant. Mais Carlyle est le plus grand de tous, car sa vision embrasse plus large encore. » [10]

Une autre secousse vint de Hans-Hermann Hoppe (né en 1949), héritier intellectuel de Rothbard. Dans Democracy : The God That Failed (2001), Hoppe soutient que le régime démocratique pousse ses gouvernants à dilapider les ressources pour flatter les électeurs, tandis que le monarque, propriétaire de son État, tend à conserver son capital dans la durée. Paradoxalement, les guerres monarchiques, parce qu’elles risquent de ruiner le patrimoine royal, seraient plus brèves et moins sanglantes que les croisades démocratiques [11]. Moldbug admire la rigueur de Hoppe, mais déplore sa timidité : il n’ose franchir le pas ultime de l’illibéralisme assumé [12].

Yarvin lit aussi James Burnham (1905-1987), ancien trotskyste devenu théoricien conservateur. Dans The Machiavellians (1943), Burnham insiste : la politique ne s’explique pas par les idéaux proclamés, mais par les forces réelles qui organisent le pouvoir. Héritier des « élitistes » italiens – Mosca, Michels, Pareto – il met en lumière la loi de fer des oligarchies : sous les discours de liberté, ce sont toujours des minorités organisées qui gouvernent [13]. Burnham, devenu penseur de la puissance américaine, nourrit chez Yarvin une méfiance définitive envers les illusions démocratiques.

Enfin, Carlyle revient, écrasant et prophétique. Moldbug l’appelle « le plus grand », non parce qu’il est toujours exact, mais parce qu’il pense large, qu’il creuse à coups de pioche quand les économistes usent de la pointe du scalpel. Carlyle lui offre une conviction ultime : le combat politique se réduit à celui de l’ordre contre le chaos. « Le mal, c’est le désordre ; le bien, c’est l’ordre » [14]. C’est pourquoi Yarvin, tout en reconnaissant la cohérence du libertarianisme, le déclare caduc : il présuppose un ordre préalable, or cet ordre fait aujourd’hui défaut. La liberté sans autorité, loin de protéger l’homme, ne fait qu’en accélérer la chute. Moldbug se détourne donc de Mises, de Rothbard, même de Hoppe et Burnham, pour rejoindre le camp des réactionnaires, qu’il assume comme une fidélité à la vérité de l’histoire [15].

La Cathédrale et l’Hérésie

Sous le nom de plume de Mencius Moldbug, il entreprend dès 2007 une œuvre singulière : un blog, Unqualified Reservations, qui tient lieu à la fois de bréviaire et de confession. Cette entreprise naît dans le désenchantement d’un conservatisme américain devenu servile, satisfait du rôle hypertrophié du gouvernement fédéral. L’échec sanglant des expéditions en Irak et en Afghanistan, loin d’imposer la prudence, confirma aux yeux de Yarvin la faillite du modèle démocratique.

L’aveuglement technocratique révélé par la crise financière de 2008 renforça encore ses instincts libertariens. Quant à l’enthousiasme messianique suscité par l’élection d’Obama, il fut pour lui la preuve éclatante d’une loi d’airain : l’histoire moderne avance inexorablement dans un sens unique, celui d’un progressisme enivré de lui-même.

Pour Yarvin, le régime démocratique moderne n’est pas ce qu’il prétend : il n’est point l’expression souveraine des peuples, mais une machine intellectuelle subtile qui ordonne le pensable et retranche le reste. Derrière les grands mots de liberté et de progrès, il discerne une structure diffuse, sans architecte ni centre, mais d’une redoutable efficacité qu’il nomme la Cathédrale : une élite de professeurs, de journalistes, de technocrates qui façonne l’opinion, et tire d’elle la légitimité même de son pouvoir. Loin des caricatures totalitaires d’Orwell, ce pouvoir est élégant, presque invisible ; il n’impose pas, il insinue ; il n’enferme pas les opposants, il les marginalise.

On pourrait sourire de ce choix de métaphore. Était-il besoin d’aller chercher la cathédrale, ce lieu d’élévation et de pierre sacrée, pour figurer une domination intellectuelle qui s’étend au monde entier ? J’aurais choisi, quant à moi, un autre sanctuaire pour nommer ce culte universel de la conformité. Mais sans doute l’appartenance religieuse de Yarvin, ou plutôt son héritage spirituel, ne lui permet-elle pas de désigner les marionnettistes de l’illusion démocratique.

Quoi qu’il en soi, c’est là son invention la plus fameuse, son trait le plus mordant : décrire le pouvoir progressiste non comme un État ni comme une cabale, mais comme une religion nouvelle, toute-puissante précisément parce qu’elle ne se dit jamais telle. Yarvin l’appelle de diverses manières : progressisme, universalisme. Dans les deux cas, il s’agit d’une variante sécularisée du protestantisme libéral, qui a réussi à abolir de fait la séparation entre l’État et l’Église en se faisant passer pour neutre [16] Plus loin, il décrira le progressisme comme une a-théocratie – c’est-à-dire un système de gouvernement fondé sur une a-religion officielle [17].

Par les universités, les médias, la bureaucratie, elle produit une élite morale et intellectuelle dont l’autorité repose sur la fabrication de l’opinion publique. Ce système engendre une culture qui justifie son propre règne : « Dans une démocratie, écrit l’ingénieur-philosophe, l’opinion des masses engendre le pouvoir. Le pouvoir détourne ensuite des ressources vers les fabricants d’opinion, lesquels en produisent davantage. » [18] Ainsi s’installe un cercle fermé où l’influence se nourrit d’elle-même : l’opinion fabrique la puissance, la puissance entretient les artisans de l’opinion, et le tout se perpétue sans bruit, sans contrainte apparente, mais avec une rigueur implacable.

Les critiques de l’ingénieur de Californie s’inscrivent dans la tradition d’une droite américaine convaincue que médias et universités sont biaisés, mais il la radicalise : il ne s’agit plus seulement de dénoncer une partialité, mais d’affirmer que l’ensemble du système démocratique est une imposture. Sous le vernis d’égalité et de justice dont se pare la Cathédrale, Curtis Yarvin discerne une mécanique d’asservissement. Car ce n’est pas l’amour du bien qui meut les hommes, mais l’avidité du pouvoir. Or la démocratie, dit-il, n’a pas d’autre séduction que de distribuer ce pouvoir en miettes, flatterie des foules qui croient régner lorsqu’elles ne font qu’agiter des illusions de souveraineté. Cette dispersion, loin de protéger l’ordre, en ronge les fondements ; elle multiplie les centres de décision, divise les responsabilités, et conduit, tantôt par une lente corruption, tantôt par des chocs brutaux, au chaos et à la tyrannie [19].

Dans la Cathédrale, obéir est rationnel : celui qui veut réussir doit embrasser la liturgie progressiste, comme naguère les ambitieux servaient Rome. Ainsi se forme une caste de clercs modernes – ces « brahmanes » dont les dogmes règlent la morale et la politique dans un seul sens, toujours le même : « Cthulhu nage lentement », écrit-il, « mais toujours vers la gauche » [20].

Cthulhu, monstre fabuleux tiré de Lovecraft, n’est pas ici le dieu des ténèbres, mais la métaphore d’un mouvement historique : celui d’un Occident qui dérive, inlassablement, vers le progressisme. L’inflexion peut être insensible, parfois ralentie, mais jamais renversée. Qu’on compare, dit Yarvin, l’opinion dominante d’hier à celle d’aujourd’hui : ce qui passait pour le centre hier gît désormais à l’extrême droite du présent. L’homme ordinaire de 1963 deviendrait, transporté dans 2008, un réactionnaire délirant. L’histoire ne recule jamais ; elle avance, courbée sous l’idée fixe du progrès [21].

Ainsi relue par Moldbug, l’histoire moderne n’est qu’une chronique de la capitulation. Les régimes réactionnaires ont été balayés, les bastions abattus, et l’hégémonie progressiste s’est imposée, non par la force, mais par l’évidence morale. La révolution américaine ? Une révolte de factieux contre des Tories responsables. La guerre de Sécession ? Non pas croisade pour l’égalité, mais guerre d’un Nord idéologique imposant sa doctrine à un Sud rétif [22]. Puis vint la fusion de l’université et de l’État – la naissance de cette Cathédrale souveraine – d’abord sous les réformes bureaucratiques des années 1870, puis, plus tard, sous Roosevelt, qui consacra le mariage à travers son Brains Trust et le New Deal [23].

Il ne cautionne certes ni le régime wilhelminien ni le nazisme ; mais il soutient que l’Allemagne de Guillaume II et celle d’Hitler se défendirent dans des guerres qu’il qualifie de préventives, face à ce qu’il considère comme une avancée inexorable du progressisme mondial, cette force diffuse qui prétend imposer sa domination idéologique et économique sur toutes les nations.

Et lorsqu’on lui demande pourquoi la communauté internationale s’acharna contre l’Allemagne nazie, tout en fermant les yeux sur la Russie soviétique – tout aussi vorace et meurtrière –, Yarvin répond avec un cynisme zoologique : « Une réponse simple […] est que le mouvement fasciste était un prédateur concurrent. Peut-être que les Alliés ont détruit les nazis pour la même raison qu’un lion tuerait un léopard, si l’occasion se présentait : non pas parce que les léopards sont particulièrement bons à manger, mais parce qu’il n’y a qu’un nombre limité d’antilopes dans le monde. » Et d’ajouter, plus sinistre encore : « Le fascisme est une espèce de proie qui a décidé de se défendre. » [24] Ainsi, pour lui, la Seconde Guerre mondiale ne fut donc pas une simple aventure belliqueuse, mais la réponse à une pression extérieure écrasante, où l’État souverain allemand tentait de préserver son ordre et son identité face à la montée d’une religion universelle – celle du progrès armé.

On l’aura compris, selon l’ingénieur réactionnaire, l’Amérique s’est égaré dans ses illusions progressistes : faible avec le crime, délirante en économie, soumise à ses brahmanes. Le peuple, abreuvé de catéchismes démocratiques, adore ses chaînes et confond ses élections avec la liberté. Les urnes, loin d’être un rempart, ne sont qu’un soupirail aménagé dans la prison.

Moldbug refuse aussi l’ancienne illusion républicaine, selon laquelle la séparation des pouvoirs contiendrait l’État. En vérité, chaque branche s’étend, se défend, et dévore ; la division engendre la prolifération. Ce que le libéral croit limiter, il le multiplie. Paradoxalement, seul l’État fort, clair, hiérarchique, peut rester modeste. Pour être minimal, le pouvoir doit être unifié, non fragmenté. D’où l’éloge, non sans provocation, de certains modèles étrangers : la Chine de Deng Xiaoping, qui alliait autorité et marché, ou Singapour, cité sévère mais prospère [25].

C’est pour cela, nous dit Yarvin, qu’il faut remonter aux temps où régnait encore l’aristocratie, à l’ère antérieure au nationalisme moderne – ce monde d’« ancien régime » où, selon lui, « les aristocrates français avaient bien plus de choses en commun avec les aristocrates russes qu’avec les paysans français. Le monde d’avant le nationalisme et la démocratie était un monde de guerres légères, de petits gouvernements efficaces, de liberté personnelle et d’une haute culture civilisée. »

La tâche qui s’ouvre devant nous, affirme-t-il, est celle d’un grand retour : restaurer, autant que faire se peut, la réplique de ce passé – et pour ce faire, il faut d’abord abattre la démocratie :

« La tâche de restauration de l’ancien monde est immense. Elle peut être insoluble. Elle exige certainement l’éradication de toutes les institutions gouvernantes actuelles, un sort auxquelles elles ne semblent nullement disposées à se soumettre. Mais elles sont, après tout, démocratiques, et pour que la démocratie s’abolisse elle-même ce n’est pas un paradoxe mais un triomphe — la seule manière vraiment satisfaisante de mettre fin à tout le grand culte. » [26]

La solution de Curtis Yarvin : des micro-Etats dirigés comme des multinationales

S’il partage avec les libertariens l’analyse théorique des plans de sauvetage bancaires de 2008 – qu’il considère, comme eux, comme une intervention socialiste de l’État dans l’économie – Moldbug rejette cependant leur attitude impuissante, faite tout à la fois de plaintes cyniques et de songes utopiques. Les uns se contentent de gémir que tout va à vau-l’eau ; les autres rêvent d’un monde sans État, sans jamais affronter, dans la réalité, la marche conquérante du pouvoir public.

« Le libertarianisme est, comme le disent volontiers ses détracteurs, une idéologie essentiellement impraticable. J’aimerais vivre dans une société libertarienne. Mais la question est : existe- t-il un chemin qui y conduise ? Et, une fois parvenus là, pourrions-nous y demeurer ? » [27]

Pas davantage Moldbug ne se reconnaît dans le nationalisme blanc qui s’élève à la droite extrême du spectre politique. Sous le capuchon qu’ils se sont eux-mêmes imposé, ces militants ne voient pas, dit-il, que le mal fondamental n’est point dans l’immigré, mais dans la démocratie elle-même, quelle que soit la couleur du peuple qui la compose :

« Je ne suis pas nationaliste blanc, car je ne trouve pas le nationalisme blanc utile ni efficace. Il me détourne d’une perception exacte du réel ; il le déforme. Et, surtout, il me paraît un instrument politique d’une inefficacité extrême pour résoudre les problèmes, bien réels pourtant, qu’il prétend dénoncer. » [28]

Ainsi, Moldbug ne saurait être confondu ni avec un libertarien ordinaire tel que Ludwig von Mises ou Friedrich Hayek, ni avec un racialiste comme David Duke ou Richard Spencer. Entre les torches des uns et les chimères des autres, il propose une troisième voie : une doctrine politique qu’il nomme formalisme, ou encore néocaméralisme.

À la manière de Hobbes, il voit dans le désordre, l’anarchie et la violence le mal primordial que toute organisation politique doit s’efforcer de prévenir. Ces fléaux naissent, selon lui, de l’absence de règles claires définissant la propriété. « Il nous faut, dit-il, une règle qui nous dise à qui appartient tel porte-feuille. La violence commence là où cette règle est violée, ou remplacée par une autre. Si la règle est claire, et que tous s’y conforment, la violence disparaît. » [29]

De là vient sa proposition : formaliser les oligarchies existantes, leur reconnaître expressément la souveraineté absolue sur ce qui leur appartient déjà de fait. « Le formalisme, écrit-il, consiste à déterminer exactement qui possède quoi, aujourd’hui, et à lui en remettre un certificat élégant. Ne discutons pas de savoir qui devrait posséder quoi » [30].

Ce projet conduit à une idée singulière : permettre aux grandes entreprises capitalistes d’acquérir et d’administrer des villes, des provinces, voire des nations entières, comme autant de propriétés privées. Une telle privatisation du pouvoir, loin d’être une aberration, lui paraît réaliste, presque idéale. Car si le gouvernement devient entreprise, il devra attirer des résidents, produire des biens et des services, et satisfaire ceux qui vivent sous son autorité. L’État ainsi constitué – la corporation souveraine, ou sovcorp – serait tenu, par intérêt, d’assurer à ses habitants sécurité, propreté, prospérité. Les citoyens, eux, offriraient leur travail et leurs services, que la sovcorp prélèverait sous forme de rente. Moldbug résume d’une formule éclairante : « Fnargland [nom de son État idéal] est une entreprise. Comme toute entreprise, elle n’a aucun intérêt à se mettre ses clients à dos. Le serveur du Starbucks crache-t-il dans votre café ? Plus Fnargland rend ses habitants heureux, plus elle peut les faire payer. C’est l’économie élémentaire. » [31] Ainsi, le souverain capitaliste, mû par le profit, aurait tout intérêt à gouverner avec efficacité et douceur, comme un commerçant soucieux de fidéliser sa clientèle.

Moldbug nomme ce système néocaméralisme, en souvenir des monarchies européennes dont les rois possédaient leurs royaumes en pleine propriété. La différence essentielle tient à ceci : là où le prince d’autrefois transmettait son trône à un fils débile ou incestueux, la sovcorp, animée par la logique du marché, s’en remettrait à la compétence. Son intérêt commande d’engager les meilleurs administrateurs, non les héritiers du sang. « Le meilleur moyen pour les monarchies de l’Ancienne Europe de se moderniser, écrit Moldbug, eût été de passer de la propriété familiale à la propriété actionnariale, abolissant ainsi le principe héréditaire qui causa tant de maux à tant de royaumes » [32]

Pour que la société anonyme souveraine soit poussée, par la concurrence, à perfectionner son service aux « clients » et à en tirer l’impôt-rente maximal, encore faut-il qu’elle ne vive point dans le vide, ni dans l’aquarium clos où prospèrent les gestionnaires de nos démocraties sénescentes. Elle doit s’inscrire dans ce que son auteur nomme le Patchwork, un entrelacs mondial de principautés privées, se disputant les habitants comme naguère les cités italiennes se disputaient les artistes et les banquiers – à qui offrira les conditions de vie les plus agréables, à qui saura attirer la richesse et les talents, afin d’en extraire le tribut le plus lucratif (voir image ci-dessus) :

« L’idée fondamentale du Patchwork est que, lorsque les mauvais gouvernements légués par l’Histoire seront enfin brisés, ils devront être remplacés par une toile d’araignée planétaire, composée de dizaines, de centaines, voire de milliers de micro-États souverains et indépendants, chacun administré par sa propre société par actions, sans le moindre égard pour l’opinion de ses habitants. Si ces derniers n’aiment pas le régime qui les gouverne, ils n’ont qu’à partir – et doivent partir. Dans ce système, tout repose sur la sortie, rien sur la parole : tout pour l’exil, rien pour la voix. » [33]

Pour que ce vaste damier d’États privés – ce patchwork – fonctionne, il faudrait que chaque « sovcorp », ces sociétés souveraines issues de la logique marchande, garantisse à ses habitants un droit de sortie illimité, une sorte de passeport perpétuel vers l’ailleurs. Moldbug affirme que ces entités commerciales, à la différence des monarchies ou des dictatures d’autrefois, auraient tout intérêt à ménager cette liberté d’évasion : empêcher quelqu’un de partir, ce serait, dans ce nouveau monde de notations et de bilans, ruiner sa cote. Le mauvais prince d’hier devient aujourd’hui un mauvais gestionnaire. Et malheur à l’entreprise souveraine dont le peuple s’évapore : elle verrait fondre ses revenus comme neige au soleil, perdant à la fois les touristes, les nouveaux venus, et la respectabilité qui attire les capitaux.

Le style du philosophe californien, provocateur jusqu’à l’incorrection, est fait d’expériences de pensée, de comparaisons dérangeantes. Ces outrances sont délibérées : elles veulent choquer, libérer l’esprit du conformisme. Mais elles l’entraînent aussi sur des terrains glissants, notamment lorsqu’il aborde la question raciale. Là, son rejet du dogme de « l’uniformité humaine » et son obsession pour la criminalité noire dépassent le conservatisme classique et révèlent une tentation transgressive, dont il use pour briser les tabous du langage.

Conceptions raciales de Curtis Yarvin

L’ingénieur de la Silicon Valley se réclame volontiers d’une mouvance « intellectuelle » baptisée Human Biological Diversity – la diversité biologique humaine –, dont l’un des hérauts les plus bruyants n’est autre que Steve Sailer, un suprémaciste blanc influent outre-Atlantique. Ce vocable savant n’est qu’un masque : il n’est que la version parfumée de ce que l’on appelait jadis l’eugénisme, cette vieille religion de la race travestie aujourd’hui en science appliquée.

Dans un article publié sur Medium, depuis promptement effacé, Curtis Yarvin écrivait avec son cynisme coutumier que « Malik ne peut être magiquement transformé en petit prodige juif des mathématiques » – phrase d’apparence badine, mais dont le sous-entendu révèle toute une métaphysique : celle d’une hiérarchie des sangs, au sommet de laquelle, bien entendu, siègent les siens. Vestige, peut-être, d’un héritage spirituel qu’il n’a jamais vraiment renié.

Cette hiérarchie n’est qu’un prétexte commode, un déguisement pseudo-scientifique permettant à ses adeptes de donner au vieux racisme des airs d’expérience de laboratoire. Ainsi prétendent-ils s’éloigner des vociférations du populisme suprémaciste blanc, tout en ressuscitant ses dogmes sous des dehors technocratiques et policés. Leurs discours, lustrés par la logique et la statistique, visent à faire oublier la chemise brune derrière la chemise blanche [34].

Dans un essai au titre révélateur, Pourquoi je ne suis pas un nationaliste blanc, Yarvin s’efforce de donner le change : il se défend de toute appartenance au nationalisme blanc, tout en en reprenant les fondements sous un vernis autoritaire et post-démocratique. « Si la preuve de la biodiversité cognitive humaine reste discutable, écrit-il, ce qui ne l’est pas, c’est le fait qu’elle soit discutable. » Manière habile de faire entrer le doute comme un coin dans la conscience moderne, de réintroduire l’idée de différence raciale sous couvert de débat académique.

Il feint encore la critique : le nationalisme blanc, dit-il, « est un instrument politique inefficace pour résoudre les problèmes bien réels dont il se plaint ». Mais aussitôt, derrière la rhétorique, la vieille obsession reprend : « Chaque année, des milliers de personnes de la classe B sont attaquées, violées et tuées par des membres de la classe A. » Traduisez : les Blancs par les Noirs. Le code est transparent, la peur soigneusement entretenue.

Et de conclure dans une logique apocalyptique : si rien n’est fait, avertit Yarvin, la « race blanche » – la fameuse class B – se verra submergée par la violence inhérente des peuples de couleur. « Les class B, écrit-il, forment une majorité numérique ici ou là, mais une minorité à l’échelle du globe. Beaucoup d’esprits respectables prônent l’abolition des frontières migratoires, livrant les classe A à la conquête du monde. Si cela n’adviendra pas demain, cela reste, sur le siècle à venir, fort plausible » [35].

Dans l’un de ses essais les plus explicitement racistes, publié en 2009, Yarvin rejette l’idée d’une égalité innée entre les races, qu’il appelle « HNU » (Human Neurological Uniformity, ou Uniformité neurologique humaine) [36] Il se moque des partisans de « l’uniformité raciale » – ceux qui croient que « les différences génétiques entre les races (si tant est que le terme soit même reconnu) n’ont aucune signification comportementale » – les qualifiant de dogmatiques, et désigne le biologiste de l’évolution Stephen Jay Gould, critique éminent des théories liant gènes, race et QI, comme un « manipulateur » [37]

Se qualifiant lui-même de « négationniste de l’HNU », prêt à « envisager des corrélations génotype-phénotype dans les traits comportementaux des sous-populations humaines modernes », Yarvin en vient à approuver l’idée que les « Nègres » seraient « naturellement inférieurs aux Blancs ». Faisant référence aux « différences statistiques évidentes dans les talents moyens des races humaines », Yarvin propose de traiter cette question en supprimant le gouvernement représentatif, en accordant une « attention minimale à la question raciale », puis en laissant les inégalités raciales structurelles se déployer :

« Évidemment, une fois que vous cessez de croire en la démocratie, il devient facile de ne plus voir l’échec de ce modèle politique dans les sociétés à fort pourcentage d’ascendance génétique non eurasienne comme un reflet moral des personnes d’ascendance non eurasienne, et de le considérer plutôt comme un simple échec d’ingénierie, c’est-à-dire : si les Nègres sont inaptes au gouvernement représentatif, la faute incombe entièrement à ce dernier. Les Européens sont eux aussi inaptes au gouvernement représentatif – simplement un peu moins inaptes. » [38]

Yarvin, dans son goût prononcé pour les diagnostics globaux et les explications définitives, entreprend alors de traiter ce qu’il nomme « le problème des Nègres » Selon lui, la décadence prétendument observée dans la communauté afro-américaine depuis les années soixante ne saurait être attribuée ni aux séquelles de l’esclavage ni aux discriminations du passé. Il y verrait plutôt la preuve, irréfutable à ses yeux, de l’épuisement des illusions démocratiques :

« Étrangement (ou pas), la plupart des Américains ne connaissent pas la véritable histoire du Nègre américain moderne. Elle montre un déclin culturel précipité dans la seconde moitié du XXe siècle... Avant 1960, la plupart des Nègres avaient un emploi, la plupart des enfants nègres naissaient de parents mariés, et la plupart des villes américaines comptaient des quartiers d’affaires nègres florissants (comme Bronzeville à Chicago). Tout cela a disparu. Mis à part une minorité assimilée aux Blancs, souvent plus mulâtre que nègre, la communauté a tout simplement été brisée. » [39]

En d’autres termes, selon lui, la vie des « Nègres » sous la ségrégation raciste était meilleure qu’aujourd’hui – une affirmation fallacieuse et manifestement fausse.

Aussi conclut-il qu’il faudrait désormais soustraire l’État à toute entreprise de secours envers les « populations d’ascendance récente de chasseurs-cueilleurs et sans grande réputation de solidité morale », ce qui, selon lui, aurait transformé ces communautés en « déchets humains absolus » [40]. La charité publique, dit-il, serait devenue non un remède, mais un poison.

L’adepte de la « crédulité HNU », poursuit Yarvin, « attribue les statistiques sociologiques déprimantes des Nègres américains aux mauvais traitements, passés et présents, infligés par les Blancs – c’est-à-dire : au racisme. À l’époque de l’esclavage ou de celle des lynchages, cela ne semblait pas exagéré ». Les crédulistes HNU affirmaient donc que « le problème des Nègres pouvait être résolu (a) en donnant aux Nègres de l’argent et du pouvoir, et (b) en apprenant aux Européens à aimer et à respecter leurs frères nègres, qui (leur assuraient des scientifiques respectables) étaient exactement les mêmes qu’eux sous la peau ».

Il conclut ainsi :

« Il y a cinquante ans, cette prescription ne semblait pas absurde. L’Amérique l’a adoptée. Cela ne paraissait pas fonctionner, alors nous avons doublé la dose. Et ainsi a commencé le schéma habituel d’escalade iatrogène. Loin de guérir les pathologies sociales relativement bénignes de la communauté noire du début du XXe siècle, la thérapie de Myrdal les a aggravées, transformant de petites lésions précancéreuses en vastes mélanomes métastatiques. Bien sûr, cela appelait encore plus de remèdes. Et ainsi de suite. » [41]

Les adversaires de la néo-réaction aiment à tirer argument des spéculations raciales de Yarvin pour frapper le mouvement au cœur, comme s’il suffisait d’un relent d’essentialisme biologique pour disqualifier tout un système de pensée. Il est vrai que, pour un esprit français, pétri de catholicisme – qu’il en soit encore croyant ou qu’il n’en ait gardé que la nostalgie morale –, de tels propos heurtent aussitôt la fibre égalitaire. Mais faut-il vraiment s’étonner qu’en Amérique, terre d’individualisme et de sectes, où la grâce se mesure en réussite, surgissent pareilles théories ? Ce qui se dessine là, au fond, c’est une résurrection du vieux dogme calviniste : l’idée d’un peuple d’élus, non plus distingués par la ferveur, mais par le quotient intellectuel et l’aptitude technique – une aristocratie de neurones où la vertu se confond avec la performance. Que Yarvin appartienne lui-même à une tradition qui s’est crue choisie par Dieu n’est peut-être pas un hasard ; cela ajoute à sa doctrine un parfum d’inéluctable.

Un ingénieur du politique : l’utopie de Moldbug

Yarvin part d’une vérité brutale : derrière la rhétorique égalitaire se tient une caste progressive qui gouverne à couvert, consolidant son pouvoir par le langage et la morale officielle. Ce pouvoir sans visage, il le baptise la Cathédrale. C’est le clergé moderne, celui des universités, des rédactions, des tribunaux moraux. Sous sa liturgie de tolérance, elle administre l’Occident comme on dresse un patient : par la culpabilité et l’éducation. Et de ce règne spirituel naît, selon Yarvin, la maladie du monde blanc – la grande décadence américaine, dont l’un des symptômes est ce qu’il nomme crûment le problème noir.

De ce constat désenchanté surgit une idée étrange : traiter la politique comme une mécanique. Plus de passions, plus de prières, mais un schéma d’ingénieur. Il s’agit, dit-il, de repenser la cité comme une machine rationnelle : architecture du pouvoir d’un côté, société civile de l’autre. Ainsi naît son utopie paradoxale, un libertarisme autoritaire : la liberté dans tout, sauf en politique. Dans ce domaine, le pouvoir doit être un, indivisible, concentré comme la lumière d’un laser. Dans cette cité nouvelle, l’économie se déploierait sous le signe d’une microéconomie autrichienne radicale : tout patrimoine, tout capital, tout bien collectif serait nationalisé puis vendu ou détruit, afin de bâtir une société liquide, riche en cash, mais totalement privatisée [42]. La liberté individuelle – de la pensée, des mœurs, des pratiques – s’accorderait à la rigueur d’un code unique : protection des contrats, prohibition de la violence [43].

Son inspiration libertarienne se mêle pourtant à une nostalgie carlyléenne de l’autorité. L’ordre le plus sûr est pour lui celui d’une hiérarchie claire, unitaire, à l’image d’une entreprise. Ainsi naît le néocaméralisme : un État réduit à une société privée, dirigée par un PDG-monarque, absolu dans son pouvoir mais révocable par ses actionnaires. Non pas un Henri VIII, mais un Steve Jobs du politique, gouvernant avec efficacité et pour le profit [44]. L’utopie libertarienne ne serait possible qu’au prix de cette dictature assumée, d’une monarchie corporate, paradoxale et futuriste. Moldbug, dans ses rêveries, va jusqu’à se dire « jacobin », rêvant du retour des Stuart ; mais c’est moins la monarchie d’hier qui l’obsède que le modèle d’un pouvoir entièrement privatisé [45].

Sa méthode tranche avec celle des autres dissidences : il ne prêche ni l’action politique, ni la révolte, ni même le vote. Sa devise, il la nomme « règle d’acier du passivisme » et commande l’inaction. Ne rien faire, pour deux raisons : d’abord, parce que la gauche se nourrit de son opposition – priver le monstre d’ennemis, c’est le laisser mourir d’ennui – ; ensuite, parce que la démocratie ne tient debout que comme une fable d’enfant – elle existe parce qu’on y croit. Cessez d’y croire, et elle s’évapore, comme les fées de Peter Pan.

Il ne propose donc ni guerre, ni complot, mais une contre-éducation : non pas une révolution, mais un retournement des esprits. À la Cathédrale, il oppose son école d’hérétiques, son université de l’ombre – une anti-versité, dit-il – où l’on enseignerait la vérité défendue : que l’ordre vaut mieux que le bruit, que la hiérarchie est plus humaine que l’égalité, que la stabilité est la première des libertés. Ce serait une croisade sans armes, menée par des hommes calmes et instruits, décidés à reprendre le monde non par la force, mais par la raison. Qu’il suffise, écrit-il, de convaincre les hommes raisonnables et cultivés que le gouvernement stable, efficace, ordonné, vaut mieux que la pantomime électorale [46].

Ainsi, au lieu de singer les mouvements révolutionnaires, le néo-réactionnaire se retire, observe, bâtit une doctrine : « Devenez dignes ; acceptez le pouvoir ; gouvernez. » [47] Le refus héroïque devient une stratégie, et la patience une arme.

Yarvin ne cache pas l’incertitude de son entreprise. Mais il croit discerner, à l’ombre d’Internet, la possibilité d’une fissure comparable à celle qui fit s’écrouler l’Union soviétique. Un État dont le langage et la structure ne coïncident plus finira tôt ou tard par perdre la foi de ses sujets. Encore faut-il offrir une alternative visible, un phare qui rassemble les mécontents en attente de rupture [48] C’est à ce rôle de sémaphore qu’il destina son blog Unqualified Reservations, avant d’annoncer en 2016, après près d’une décennie, que sa mission était accomplie [49].

Moldbug ou la tentation d’un nouveau Machiavel numérique

Il est d’abord malaisé de mesurer la gravité de l’entreprise de Curtis Yarvin. Derrière les éclats comiques, ses références de geeks et ses outrances calculées, beaucoup ont cru discerner une farce. Pourtant, le rire n’est ici qu’un masque : il est l’aiguillon d’une pensée qui se déploie avec une cohérence implacable. L’exagération, chez lui, n’est pas l’accident d’un tempérament excessif, mais l’arme volontaire d’une guerre contre les tabous. La « néoréaction », ainsi qu’il l’appelle, proclame la transgression comme délivrance et la provocation comme méthode de dévoilement.

De ce fait, Unqualified Reservations – son grand chantier – s’est très vite constitué une audience fidèle, pour laquelle le sarcasme ne dissimulait pas mais révélait une doctrine. Moldbug s’inscrit ainsi dans ce moment numérique où l’absurde, le mème, le « trolling » – cette manière de scandaliser en feignant le grotesque – deviennent le langage d’une génération. Ironie et sincérité se mêlent, au point que l’on ne distingue plus la raillerie du projet. C’est pourquoi son blog fit grincer les mâchoires jusque dans The Atlantic ou The Nation, comme si une nouvelle hérésie venait troubler la liturgie progressiste. Bientôt, les arguments de Moldbug quittèrent les marges pour pénétrer la place publique, annonçant une vague antiprogressiste dont l’élection présidentielle de 2016 fut le signal éclatant.

Donald Trump et ses conseillers, à commencer par Steve Bannon, reprirent à leur manière ces thèmes néoréactionnaires, accusant le progressisme et ses relais médiatiques de miner la civilisation occidentale. Certes, la critique du libéralisme et du journalisme partisan est ancienne dans la droite américaine. Mais ici, le ton nouveau, le recours aux médias alternatifs et l’irrespect des conventions ont marqué une rupture décisive.

L’influence la plus profonde de Moldbug ne fut cependant pas dans la politique immédiate, mais au sein du libertarianisme radical. Hostile à la démocratie, il proposait de lui substituer une gouvernance corporative, ce qui séduisit certains esprits de la Silicon Valley. Après la crise financière de 2008, les idées de sécession technologique – des cités gouvernées par des PDG, affranchies de Washington – trouvèrent écho chez des figures comme Balaji Srinivasan ou Peter Thiel. Ce dernier, investisseur puissant, proche de Trump, membre des conseils d’administration de Facebook et actionnaire majeur de Palantir, fut l’allié capital de Yarvin. Il finança sa société et confia un jour n’être plus convaincu que « liberté et démocratie soient compatibles » [50]. En 2016, Yarvin se vantait même d’avoir « instruit Thiel », qui serait « pleinement éclairé », mais prudent [51].

Ainsi Moldbug incarne-t-il une tendance singulière : un pessimisme profond sur l’avenir de la société contemporaine, mais une foi intacte dans la technologie et le secteur privé comme substitut à la politique traditionnelle. Il est à la fois idéologue, entrepreneur, amuseur et prophète. Il ne faut pas le juger à l’aune des doctrines académiques, mais comme le type naissant du philosophe numérique, inextricablement lié aux réseaux, aux forums, aux foules anonymes de 4chan et de /pol/. Dans ses interminables diatribes, il a cristallisé l’humeur sombre d’une classe moyenne blanche, inquiète de ses déclassements économiques et culturels, révoltée par l’égalitarisme et le féminisme triomphant.

Moldbug fut, à cet égard, l’un des premiers. Mais il ne sera pas le dernier. Le monde qui vient portera encore bien d’autres prophètes digitaux, jouant du rire et de la transgression pour miner les temples fatigués du libéralisme. Dans le prochain volet de cette série d’articles, nous évoquerons Nick Land, philosophe déchu, exilé volontaire en Chine, que l’oubli eût sans doute enseveli tout entier, s’il n’avait, par un caprice du destin, contribué à dresser les assises de ce que l’on nomme aujourd’hui Les Lumières sombres.

Fernand le Béréen

 

Les Lumières sombres par Faits & Documents :

Notes

[1] Mencius Mold- bug, “A Formalist Manifesto”, (Unqualified Reservations : April 23, 2007)
https://www.unqualified-reservation...

[2] Justine Alexandra Roberts Tunney, Introduction to A Gentle Introduction to Unqualified Reservations, by Mencius Moldbug (New York : TRO LLC, 2009), vii

[3] Mark Lilla, The Shipwrecked Mind : On Political Reaction (New York Review of Books, 2016), ix– xxi

[4] Angela Nagle, Kill All Normies : The Online Culture Wars from Tumblr and 4chan to the Alt-Right and Trump (Washington, DC : Zero Books, 2017)

[5] L’Ivy League est le nom donné à un groupe de huit universités privées prestigieuses du Nord-Est des États-Unis : Harvard (Massachusetts), Yale (Connecticut), Princeton (New Jersey), Columbia (New York), Brown (Rhode Island), Dartmouth (New Hampshire), University of Pennsylvania (Pennsylvanie), Cornell (État de New York). Ces universités incarnent le sommet du prestige éducatif américain : elles concentrent une immense richesse, d’influents réseaux d’anciens élèves (dans la politique, la finance, la diplomatie, la recherche), et exercent une influence disproportionnée sur la vie intellectuelle et politique des États-Unis.

[6] Mencius Moldbug, “How I Stopped Believing in Democracy”, (Unqualified Reservations : Jan 31, 2008)
https://www.unqualified-reservation...

[7] Jacob Siegel, "The Red-Pill Prince : How computer programmer Curtis Yarvin became America’s most controversial political theorist" (Tablet Magazine : March 31, 2022)
https://www.tabletmag.com/sections/...

[8] Paulina Borsook, Cyberselfish : A Critical Romp Through the Terribly Libertarian Culture of High Tech (New York : PublicAffairs, 2000), p. 3

[9] George Hawley, Rightwing Critics of American Conservatism (Lawrence : University of Kansas Press, 2016), pp. 145-178 ; George H. Nash, The Conservative Intellectual Movement in America since 1945 (Wilmington, DE : ISI Books, 2006), pp. 497-499

[10] Mencius Moldbug, “From Mises to Carlyle : My Sick Journey to the Dark Side of the Force”, (Unqualified Reservations : February 4, 2010)
https://www.unqualified-reservation...

[11] Hans-Hermann Hoppe, Democracy— The God That Failed : The Economics and Politics of Monarchy, Demo- cracy, and Natural Order (New Brunswick, NJ : Transaction, 2002)

[12] Mencius Moldbug (2008), An Open Letter to Open-Minded Progressives, p. 270 ;
Mencius Moldbug, “OLXII : What Is to be Done ?”, (Unqualified Reservations : July 2, 2008) http://unqualified-reservations.blo...

[13] James Burnham, The Machiavellians : Defenders of Freedom (New York : John Day, 1943)

[14] Mencius Moldbug, “From Mises to Carlyle : My Sick Journey to the Dark Side of the Force”, (Unqualified Reservations : February 4, 2010)
https://www.unqualified-reservation...

[15] Joshua Tait, “Mencius Moldbug and Neoreaction”, dans Mark Sedgwick, Key Thinkers of the Radical Right : Behind the New Threat to Liberal Democracy (Oxford University Press, 2019), p. 192

[16] Mencius Moldbug (2008), An Open Letter to Open-Minded Progressives, pp. 82-83 ;
Mencius Moldbug, “OL9 : How to Uninstall a Cathedral” (Unqualified Reservations : June 12, 2008)

[17] Ibid., p. 202

[18] Ibid., p. 221 ;
Mencius Mold- bug, “OL14 : Rules for Reactionaries” (Unqualified Reservations : July 17, 2008) https://www.unqualified-reservation...

[19] Ibid., pp. 145-173 ;
Mencius Moldbug, “OL7 : The Ugly Truth about Government”, (Unqualified Reservations : May 29, 2008) https://www.unqualified-reservation...

[20] Mencius Moldbug (2009), A Gentle Introduction to Unqualified Reservations, p. 15

[21] Ibid., p. 15

[22] Ibid., pp. 145-173

[23] Ibid., pp. 129-144

[24] Mencius Moldbug (2008), An Open Letter to Open-Minded Progressives, pp. 35, 37

[25] Ibid., p. 133 ; Mencius Moldbug (2007), A formalist manifesto, p. 11

[26] Mencius Moldbug, “Why I am Not a White Nationalist”, (Unqualified Reservations : November 22, 2007)
https://www.unqualified-reservation...

[27] Mencius Moldbug (2007), “Formalist Manifesto”, p. 4
https://www.unqualified-reservation...

[28] Mencius Mold- bug, “Why I Am Not a White Nationalist,” (Unqualified Reservations, November 22, 2007)
https://www.unqualified-reservation...

[29] Mencius Moldbug (2007), “Formalist Manifesto”, p. 5

[30] Ibid., p. 8

[31] Mencius Moldbug, “Good Government as Good Customer Service”, (Unqualified Reservations : May 25, 2007)
https://www.unqualified-reservation...

[32] Mencius Mold- bug, “Democracy as Adaptive Fiction”, (Unqualified Reservations : July 25, 2007)
https://www.unqualified-reservation...

[33] Mencius Moldbug (2008), Patchwork : A Political System for the 21st Century, p. 3 ;
Mencius Moldbug, “Patchwork : A Positive Vision (Part 1)”, (Unqualified Reservations : November 13, 2008) https://www.unqualified-reservation...

[34] Joseph Bernstein, “Here’ s How Breitbart And Milo Smuggled Nazi and White Nationalist Ideas Into The Mains- tream”, (Buzzfeed News : October 5, 2017) ; Sarah Posner, “How Donald Trump’ s New Campaign Chief Created an Online Haven for White Nationalists” (Mother Jones : August 2016) ; Andrew Jakubowicz, “Alt_Right White Lite : Trolling, Hate Speech and Cyber Racism on Social Media”, Cosmopolitan Civil Societies : An Interdiscipli- nary Journal 9, no. 3 (2017) : 41–60, https://doi.org/10.5130/ccs.v9i3.5655

[35] Mencius Moldbug, “Why I am Not a White Nationalist”, (Unqualified Reservations : November 22, 2007)
https://www.unqualified-reservation...

[36] Mencius Moldburg, Unqualified Reservations, Vol 1 : Gentle Introduction to Reactionary Enlightenment (TRO LLC, New York, 2014), pp. 33-62 ;
Mencius Moldbug, “A Gentle Introduction to Unqualified Reservations (Part 3)”, (Unqualified Re- servations : January 22, 2009) https://www.unqualified-reservation...

[37] Ibid., p. 54

[38] Ibid., p. 55-56

[39] Ibid., p. 58

[40] Ibid., p. 59

[41] Ibid., p. 60

[42] Mencius Moldbug (2009), A Gentle Introduction to Unqualified Reservations, pp. 85-106

[43] Mencius Moldbug (2008), An Open Letter to Open-Minded Progressives, pp. 67-81 ;
Mencius Moldbug, “OL4 : Dr Johnson’ s Hypothe- sis”, (Unqualified Reservations : May 8, 2008) https://www.unqualified-reservation...

[44] Ibid., pp. 136-137 ;
Mencius Moldbug, “OL6 : The Lost Theory of Government”, (Unqualified Reservations : October 12, 2009) https://www.unqualified-reservation...

[45] Ibid., pp. 493-494

[46] Mencius Moldbug (2009), A Gentle Introduction to Unqualified Reservations, p. 245 ;
Mencius Moldbug, “A Gentle Introduc- tion to Unqualified Reservations (Part 9b)”, (Unqualified Reservations : October 11, 2009) https://www.unqualified-reservation...

[47] Mencius Moldbug (2009), A Gentle Introduction to Unqualified Reservations, pp. 208-209

[48] Ibid., p. 232

[49] Mencius Moldbug, “Coda”, (Unqualified Reservations : April 18, 2016)
https://www.unqualified-reservation...

[50] Peter Thiel, “The Education of a Li- bertarian”, (Cato Unbound : April 13, 2009) https://www.cato-unbound.org/2009/0...
Corey Pein, “Mouthbreathing Machiavelli’ s Dream of a Silicon Reich”, (Baffler : May 19, 2014) https://thebaffler.com/latest/mouth...

[51] Joseph Bernstein, “Alt- White : How the Breitbart Machine Laundered Racist Hate”, (BuzzFeedNews : October 5, 2017)
https://www.buzzfeednews.com/articl...

Le Béréen présente Les Lumières sombres

 
 
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24 commentaires

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  • Ces “lumières sombres”, c’est encore une arnaque de plus et ces types sont non seulement des idiots, mais des idiots dangereux. Seul leur constat d’échec de la démocratie est valide. Leur “utopie” est une turbo-dictature technocratique bien pire que le mal qu’ils prétendent combattre. Il faut remettre l’église au centre du village et un système économique et politique qui serve l’humain, pas l’inverse. Tout le contraire de ce qu’ils préconisent.

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  • #3614638

    Une réflexion d’un intellectuel paresseux communautariste qui énonce mal des concepts et en fait un jus pas convainquant pour qui n’est pas de sa communauté.
    Au delà, "libertarisme" : un concept flou que chacun interprète.

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  • Tu écris bien Fernand mais Yarvin, c’est de la merde, comme dirait Jean-Pierre Coffe.

    C’est comme Jacques Ellul, plus sympathique : beaucoup de frustration intellectualisée. Au lieu de réinventer laborieusement des pseudo-révélations sur le pouvoir, ces types auraient peut-être mieux fait de lire sérieusement ce qui avait déjà été écrit avant eux, genre : Karl Marx !

    Comparons l’incomparable :

    Marx pense la révolution historique , Yarvin pense la restauration oligarchique.
    Marx veut abolir les classes, Yarvin veut formaliser leur domination.
    Marx voit dans le capitalisme une contradiction à dépasser , Yarvin veut transformer l’État en entreprise privée.
    Le matérialisme historique de Marx affronte les structures réelles de production  ; Yarvin réduit la société à un problème d’ingénierie administrative.
    Marx est révolutionnaire parce qu’il pense le mouvement de l’Histoire ; Yarvin est réactionnaire parce qu’il rêve d’en suspendre le cours.
    Chez Marx, le conflit social produit l’Histoire ; chez Yarvin, l’ordre doit neutraliser le conflit.
    Marx universalise l’émancipation ; Yarvin hiérarchise les peuples et naturalise les inégalités.
    Marx veut dissoudre l’État de classe ; Yarvin veut perfectionner sa forme autoritaire

    Marx voyait dans le capitalisme une force historique appelée à engendrer sa propre négation. Yarvin, lui, cherche à sauver les ruines de l’ordre bourgeois par une restauration technocratique et oligarchique... et c’est pourquoi Marx est encore en vie et Yarvin oublié dans 50 ans !

     

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    • #3614719

      Merci pour votre commentaire
      Je suis tout a fait d’accord avec ce que vous dites sur Marx et le capitalisme
      J en profite pour éclaircir un point :
      JE NE CAUTIONNE PAS L IDÉOLOGIE DES LUMIÈRES SOMBRES... Je peux admettre qu’il peut y avoir l une ou l autre bonne idée, mais c’est tout
      J ai préparé une critique de cette idéologie qui sera publié, je l espère, le moment venu... Et comme vous, je pense que les lumières sombres doivent se comprendre en prenant en considération la phase actuelle du capitalisme. Et donc, oui, Karl Marx est plus pertinent que jamais.
      Toutefois, avant d envisager une critique, il me paraissait nécessaire de présenter le plus fidèlement possible la pensée réactionnaire de yarvin et sa bande, afin de pouvoir mieux la critiquer a la fin.
      Je ne suis donc pas un apologete des lumières sombres

    • Et oui ce type est une espèce d’anti-marxiste, sauf que 70% des problèmes de la société occidentale actuelle provienne du triomphe du marxisme-culturel dans les esprits et non du libertarianisme ni d’un excès de libéralisme que beaucoup ici confondent avec le capital de connivence.(les 500 familles de l’oligarchie qui dirigent la Ripoublique)...

    • Oui et Marx pense l’accumulation du capital mais oublie de penser le pire : la possession de la monnaie elle-même par la famille Rothschild. Je me demande bien pourquoi... Ah oui je sais ! Il partage ça avec ce Yarvin.

  • Encore un qui a trop lu de bouquins de SF issus de la tendance cyberpunk ( qui nait dans les 80s, surtout avec "le neuromancien" de William Gibson), où de giga-ultra-mégas multinationales dirigent tout de la vie des peuples !
    Le tout sous une ou deux régles de base, plus inspirées de la loi de la jungle que des traités de morale ou de philo.

    C’est un gros problème avec ces "intellectuels" étasuniens, le peu qu’ils ont lu, ils l’ont très mal digéré.

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  • Encore un système . Ce coup là les , messieurs dames , c’est testé par des experts , après des années d’études , et l’approbation des plus grandes marques de machines et si vous y adherez aujourd’hui , 66% de reduction . Et une casquette dedicacée par l’auteur pour tout parrainage avant 2028. Qui n’en veut , ne ratez pas les grandes orientations qui feront de vous un des maitres du futur .

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  • merci pour le travail de synthèse.

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  • post lecture article & commentaires : "merveilleux phénomène que la conscience".....
    merci à tous.

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  • Lucifer, le porteur de lumière...noire

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  • Je suis entièrement d’accord avec cela...le problème c’est que cette idée est reprise par des milliardaires transhumanistes narcissiques mégalomaniaques atteints du complexe du sauveur, et pris de bouffées délirantes messianiques...voulant instaurer leur contrôle total sur la société via les nouvelles technologies de surveillance de masse, l’IA...sous prétexte de nous sauver de nous mêmes, de cataclysmes à venir...avec pour projet final d’enfermer 80% d’entre nous désignés "useless eaters" dans des villes et quartiers de 15 minutes avec 1000 balles/mois de revenu universel et obligation de se soumettre à toutes les injonctions qui conditionneront cet enviable statut d’assistés à vie (obligation vaccinale routinière...examens médicaux obligatoires avec obligation de traitements avec médicaments bidons pour des pathologies inexistantes ou consécutives à une mauvaise alimentation à base de farine d’insecte et de soja, de viande synthétique fabriquée en labo...crédit social...)
    Car le revenu universel cela ne sera pas 3000 balles donné sans condition et avec lesquels tu pourrais acheter une petite masure à la campagne avec un lopin de terre pour vivre la belle vie...cela sera plutôt 1000 balles par mois, une piaule dans une cité urbaine...avec impossibilité d’accéder à la propriété puisque tout sera fait pour en exclure les "useless eaters"de manière indirecte par le biais de l’arme fiscale, des normes climatiques imposant des mises à niveau onéreuses des habitations...
    Donc je ne considère pas la clique des lumières sombres comme forcément plus enviables et dignes de confiance que les dingos woke...en gros ils ont un projet identique d’instauration d’un système de domination totalitaire avec l’instruction de la branlette et de la sodomie en moins à l’école ! Dictature par la schlague plutôt que par le godemiché arc en ciel...

     

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  • Une jonction E&R avec le Pentagone pourrait etre interessante...

    E&R leur apportant la base doctrinale.
    Je pense que la demande est là, désabusés qu’ils sont, les officiers, d’avoir été utilisés comme proxies dans des guerres au service de l’entité sioniste.

     

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