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Les Lumières sombres : l’idéologie néo-réactionnaire en plein essor outre-Atlantique

Introduction

Il arrive parfois que les civilisations, fatiguées de leurs propres lumières, se tournent vers des ombres plus rassurantes que la clarté du jour. Ainsi naquit, dans certains cercles anglo-saxons du vingt-et-unième siècle, une doctrine qu’on appelle les Lumières sombres (Dark Enlightenment) : étrange formule où la flamme des Lumières s’inverse, où l’éclat se fait crépusculaire, où l’espérance se tord en soupçon. On dirait un Prométhée renversé, non plus porteur du feu céleste, mais voleur du feu noir des abîmes, offrant à l’homme non la promesse de son émancipation, mais la certitude glacée de ses chaînes.

Les sociétés modernes, saturées de transparence démocratique et d’optimisme technologique, ressemblent parfois à ces empires de la fin, ivres de leur propre grandeur au moment même où s’avance le barbare. Comme jadis Rome, vantant sa citoyenneté universelle tout en se fissurant sous le poids de son luxe, l’Occident contemple ses principes égalitaires avec une ferveur religieuse qui ressemble trop à l’aveuglement. C’est dans cette lézarde que s’engouffrent les thèses des Lumières sombres, semblables aux oracles de Cassandre : désespérantes, provocantes, mais troublantes de lucidité.

Ainsi se lève, au cœur de notre civilisation technicienne, une interrogation que les philosophes du dix-huitième siècle eussent jugée sacrilège : et si la lumière, à force d’illuminer, avait cessé de guider ? Les penseurs de cette mouvance évoquent la démocratie non comme un horizon radieux mais comme une ruse, une mécanique épuisée, un théâtre où le peuple croit régner alors qu’il obéit. Ils exaltent la hiérarchie, l’ordre, le pouvoir nu, comme s’ils cherchaient à réveiller la vieille silhouette de Léviathan qu’on croyait endormie. À les lire, c’est un peu comme si les songes de Tocqueville s’accomplissaient à rebours. Le voyageur et politologue français observait déjà que la démocratie, en nivelant les conditions, portait en elle le germe d’une servitude douce, insidieuse, enveloppante. Maurice Bardèche, témoin d’un autre siècle, pressentit que l’Histoire elle-même, sous le masque des promesses, pouvait accoucher d’un crépuscule.

On pourrait, par facilité, imaginer dans cette doctrine une sorte d’Hadès politique, un royaume souterrain où se rassemblent ceux qu’aveugle l’éclat trop vif des certitudes modernes. Mais ce serait se méprendre. Car ce discours, naguère relégué aux marges numériques, trouve aujourd’hui des oreilles attentives parmi des esprits riches, puissants et influents. Ignorée en grande partie par la philosophie académique, les Lumières sombres se sont pourtant imposées comme une voix écoutée dans certains cercles de la Silicon Valley, où le langage des idées se mêle à celui des algorithmes.

Son initiateur, Curtis Yarvin – ingénieur de formation et écrivain par vocation – s’est peu à peu imposé comme une sorte de philosophe officieux auprès de figures majeures de l’industrie technologique [1]. Non sans rappeler les Futuristes italiens exaltant la machine et la vitesse, Yarvin imagine un monde où la démocratie céderait la place à une organisation d’un autre ordre : un État conduit comme une entreprise, dont le chef agirait tel un président-directeur général [2]. Il affirme que les hommes ne vivent jamais qu’insérés dans des rapports de domination et de soumission, et que les nations, si elles veulent se transformer, doivent surmonter ce qu’il appelle leur « phobie du dictateur » [3].

Ces thèses, audacieuses et parfois provocatrices, trouvent des résonances dans les écrits de Peter Thiel, cofondateur de PayPal, qui déclarait dès 2009 ne plus croire à la compatibilité entre liberté et démocratie. L’influence de Yarvin s’étend jusque dans ses entreprises, puisque Thiel, à travers son fonds d’investissement, soutint financièrement la première création numérique du penseur. Marc Andreessen, autre géant de la Silicon Valley, le cite volontiers comme ami et comme référence [4], et même Elon Musk, tout en gardant ses distances verbales, semble partager certaines intuitions lorsqu’il affirme que l’État n’est rien d’autre que « la plus grande des corporations » [5].

Là est le signe de l’époque : cette pensée, née à la marge, franchit peu à peu le seuil de la politique. On vit Yarvin convié aux fastes d’un bal inaugural à Washington [6], on entendit Jade D. Vance, vice-président et disciple de Thiel, reconnaître l’influence profonde de ces thèses sur sa propre formation [7]. Et tandis qu’Andreessen recrute en silence des hommes de confiance pour l’appareil gouvernemental [8], Musk, lui, conseille l’État américain comme s’il s’agissait d’un laboratoire d’ingénierie en quête de « redémarrage complet » [9].

Il importe donc de connaître cette doctrine, de nommer ses figures et d’examiner son dessein. Car les Lumières sombres s’enracinent dans les fissures de notre temps : crises économiques, migrations, divisions culturelles. Et, semblable à toutes les idées radicales, elle attend que l’histoire chancelante lui ouvre un passage. Alors, qu’on l’accueille ou qu’on la redoute, elle se présentera non comme une fantaisie marginale, mais comme l’une des grandes tentations de l’avenir.

Quand l’ombre éclaire : le paradoxe des Lumières sombres

Arrêtons-nous un instant sur le nom même que se sont donné les tenants de cette mouvance : Lumières sombres. On pourrait, avec un sourire, reprendre la remarque de MacDougald : il est difficile de parler sérieusement d’un mouvement qui porte un nom de roman gothique ou de plaisanterie adolescente – plus difficile encore lorsqu’à première vue il semble n’être qu’un marécage fiévreux de seigneurs féodaux en ligne, de programmeurs racistes et de petits fascistes de sous-sol attendant, dans la moiteur des forums, l’effondrement de la civilisation occidentale [10].

Pourquoi ce choix, sinon pour intriguer, pour provoquer ? Et cependant, ce n’est pas seulement une question de provocation ; c’est une déclaration de méthode, une sorte de manifeste implicite. Car qui, dans l’inconscient collectif, pourrait accueillir favorablement l’ombre ? Depuis toujours, l’ombre est perçue comme synonyme de peur, de danger, de nuit, d’ignorance : chacun cherche la clarté, chacun fuit l’obscurité. L’homme est attiré par la lumière comme le papillon par le feu, et le langage commun associe invariablement la clarté à la vérité, à la sécurité, à la vie.

La réponse réside dans le renversement des symboles. Depuis le dix-huitième siècle, la métaphore de la lumière est attachée aux Lumières : raison triomphante, foi dans le progrès, exaltation de l’égalité et de la démocratie. Mais pour les penseurs des Lumières sombres, cette clarté officielle n’est qu’un soleil trop éclatant qui aveugle au lieu d’éclairer. À l’instar de Platon, qui dans la caverne montrait des prisonniers fascinés par des ombres trompeuses, ils estiment que l’Occident vit sous l’illusion de sa propre lumière : une clarté qui dissimule la fragilité des institutions, une transparence qui cache la réalité nue du pouvoir.

Le philosophe britannique Nick Land le rappelle dès les premières lignes de son ouvrage, sobrement intitulé The Dark Enlightenment : « Les Lumières ne sont pas seulement un état, mais un événement et un processus. » [11] L’« illumination » des Lumières ne se réduit pas à un simple épisode historique ; elle est un mécanisme vivant, qui se nourrit de lui-même et se confirme par ses propres évidences. Ce n’est plus la Renaissance, qui cherchait à ranimer la grandeur passée et à réveiller des sources anciennes ; les Lumières se proclament rupture, nouveauté pure, et elles n’invitent jamais à revenir mais toujours à dépasser. Dès lors, la simple reconnaissance de cette idée enferme déjà l’esprit dans une philosophie de l’histoire d’allure progressiste : l’homme éclairé n’a pas à douter du sens de l’histoire, il lui suffit d’admettre que certaines vérités sont « évidentes par elles-mêmes » et la route est tracée. Le conservatisme, par ce seul fait, devient une contradiction vivante : condamné avant d’avoir parlé, il se voit contraint de défendre ce que l’histoire a déjà jugé caduc.

La lumière moderne se veut irrésistible : ce qu’elle découvre devient aussitôt « auto-évident », au point d’exclure toute possibilité de retour. Dès lors, comme l’écrit Land, « les Lumières sombres, rétrogrades ou réactionnaires, relèvent presque de la contradiction intrinsèque ». La notion même d’« éclairage sombre » choque parce qu’elle semble contrevenir à cette logique auto-affirmative : comment un retour en arrière pourrait-il se dire illumination ?

Et pourtant, c’est précisément là que réside le geste : dans l’affirmation qu’il existe une autre clarté, non pas celle du progrès linéaire, mais celle d’une lucidité plus dure, plus exigeante. L’ombre, dès lors, n’est plus un néant, mais une autre forme de vision. Comme l’œil d’Hermès qui distingue dans la pénombre ce que l’homme ordinaire ne perçoit pas, les lumière sombre est l’art de voir ce que le jour trop violent efface. Elle revendique la lucidité contre l’illusion, le désenchantement contre l’optimisme. Les partisans de cette doctrine affirment que le noir n’est pas la fin de la clarté, mais son envers nécessaire : le clair-obscur où se révèlent les vérités que le discours officiel refuse de nommer.

Nick Land souligne que « la reconnaissance élémentaire des Lumières est déjà une histoire progressiste en miniature » [12]. Reconnaître l’évidence des Lumières, c’est déjà se situer dans l’histoire racontée par les vainqueurs, celle du progrès irréversible. C’est aussi condamner d’avance toute tentative conservatrice à l’aporie, à ce qu’il appelle une « contradiction prédestinée ». Dès lors, les Lumières sombres n’apparaissent pas comme une nostalgie, mais comme une tentative de sortir du piège de cette téléologie. Ce n’est pas un appel à revenir en arrière, mais à explorer une voie autre, une rationalité inversée qui ose mettre en question le dogme selon lequel l’avenir doit nécessairement répéter le modèle des Lumières.

Il faut aussi entendre, derrière ce choix, une volonté de rupture symbolique. Parler de lumière sombre, c’est contester le monopole de la clarté progressiste ; c’est affirmer qu’il existe d’autres éclats que celui de la démocratie libérale. Comme les poètes romantiques voyaient dans la nuit une source d’inspiration et de vérité plus profonde que le jour banal, de même ces penseurs se veulent les héritiers d’un savoir nocturne, exigeant, cruel parfois, mais qu’ils jugent plus sincère que les promesses d’un avenir radieux.

Ainsi, l’ombre n’est pas choisie pour sa froideur, mais pour sa puissance critique. C’est une manière de dire : le vrai courage n’est pas de répéter les certitudes lumineuses de l’époque, mais de s’aventurer dans les ténèbres, de sonder ce que la société refoule, et de rapporter de ce voyage non pas des illusions, mais une vérité brute. C’est, pour reprendre les mots de Land, accepter que « le progrès n’est plus ce qu’il était » [13] : que le progrès lui-même s’est vidé de sa promesse, et qu’il faut chercher ailleurs une nouvelle forme d’éclairage.

C’est là un geste intellectuel d’une audace extrême : affirmer que l’ombre peut éclairer mieux que la lumière, que l’obscurité n’est pas le silence de la vérité mais son révélateur, et que le regard qui ose s’y plonger peut discerner ce que l’œil de la foule ne perçoit jamais. Comme les anciens oracles qui vivaient dans les entrailles de la terre ou les prophètes qui scrutaient la nuit, les penseurs de cette mouvance proposent une lumière qui n’aveugle pas, mais qui révèle, une clarté qui ne flatte pas mais qui instruit.

Ainsi, le nom de Lumières sombres, si ridicule qu’il paraisse, n’est ni une contradiction gratuite ni un simple effet de style. Il est le symbole de la rupture avec les évidences, la déclaration d’une méthode qui refuse l’illusion d’une vérité imposée par le consensus ou par l’histoire officielle. C’est dans ce paradoxe même, dans cette audace de nommer la lumière à partir de l’ombre, que réside tout le sens de leur démarche intellectuelle : oser regarder ce que le monde moderne préfère ignorer.

En unissant les deux mots les plus incompatibles du langage humain – la lumière et l’ombre – les tenants de cette mouvance signifient qu’ils ne croient plus à la pureté de la première ni à la malignité de la seconde. C’est une manière de dire : nous ne craignons plus la nuit. C’est le cri de ceux qui pensent que la civilisation moderne, tout en se prétendant illuminée, s’est perdue dans un soleil faux, sans chaleur et sans âme.

Les Lumières sombres face à l’héritage des Pères fondateurs

Si l’on veut comprendre le surgissement des Lumières sombres aux États-Unis, il faut le mesurer à l’aune des principes qui guidèrent Jefferson, Hamilton, Madison et les autres architectes de la République. Car cette idéologie nouvelle, en exaltant l’élite et en méprisant l’égalité, ne surgit pas dans un vide : elle radicalise certains instincts fondateurs des États-Unis, et en trahit d’autres.

 

I. Jefferson et le rêve démocratique

Thomas Jefferson (1743-1826) concevait la démocratie américaine non comme un simple régime politique, mais comme la promesse d’une société d’hommes libres, petits propriétaires indépendants, maîtres de leurs affaires et aptes à participer à la chose publique. Pour lui, l’égalité des conditions – même imparfaite – n’était pas un idéal abstrait, mais la garantie la plus sûre de la liberté. Comme il l’écrivait dans une lettre adressée à James Madison en 1785 : « Je suis conscient que la division égale des biens est impraticable. Mais les conséquences de cette inégalité énorme – produisant tant de misère pour la majorité de l’humanité – sont telles que les législateurs ne sauraient inventer trop de moyens pour subdiviser la propriété... »  [14]

Ainsi, pour Jefferson, la démocratie ne se réduisait pas à des institutions ; elle était une éthique civique, un équilibre fragile entre autonomie individuelle et participation collective. Elle exigeait la vertu des citoyens et la responsabilité de chacun dans la conduite des affaires communes. L’égalité, loin d’être un simple idéal rhétorique, apparaissait comme le socle indispensable de toute liberté durable, le fondement sur lequel pouvait se bâtir une société capable de résister aux tyrannies et aux excès du pouvoir.

Les penseurs néo-réactionnaires comme Yarvin ou Land, au contraire, rejettent l’égalitarisme comme principe fondateur. Ils ne rêvent pas d’une société de petits citoyens autonomes, mais d’un royaume hiérarchisé où une élite technologique gouvernerait une masse réduite au rôle d’usagers. Ce n’est plus une continuité, mais une trahison : là où Jefferson fonde la démocratie sur la vertu civique, ces nouveaux philosophes substituent la technocratie à la volonté populaire.

 

II. Hamilton et l’aristocratie des talents

Alexander Hamilton (1755-1804), en homme de lucidité politique et de fermeté, se montrait profondément méfiant à l’égard de la multitude. Loin de croire à l’innocence des passions populaires ou à l’illusion d’une sagesse spontanée, il estimait que la République ne pouvait se fonder que sur une aristocratie naturelle : une élite de talents, de fortunes et de vertus, capable de guider la nation avec clairvoyance et autorité. Comme il l’écrivait dans les Federalist Papers, « Le peuple est turbulent et changeant ; il juge rarement correctement et ne détermine que rarement ce qui est juste » [15]. Pour Hamilton, la stabilité de l’État exigeait que la lumière de la raison et de la compétence éclaire le chemin que le peuple, parfois aveuglé par ses passions, ne saurait tracer lui-même.

Hamilton entendait protéger l’État par la lumière de la raison et de la compétence, tout en maintenant un équilibre entre peuple et élite. Les Lumières sombres reprennent son intuition en glorifiant le rôle des élites, mais elles en radicalisent le principe : là où Hamilton concevait contrepoids et médiation, les néo-réactionnaires rêvent d’abolir la souveraineté populaire elle-même.

 

III. Madison et l’art des contre-pouvoirs

James Madison (1751-1836), que l’on considère comme l’un des pères de la Constitution américaine, percevait la démocratie comme un fragile édifice, constamment menacé par l’avidité des hommes et l’ambition des groupes. Selon lui, elle ne pouvait survivre que grâce à la séparation rigoureuse des pouvoirs et à la multiplication des freins et des contrepoids, ces mesures institués pour que nul ne s’arroge une autorité absolue : « L’ambition doit être contrée par l’ambition. »  [16] La vigilance institutionnelle, pour Madison, n’était pas un simple outil technique : elle constituait le cœur même de la survie de la liberté. Aucun homme, aucun groupe, aucune passion n’était autorisé à dominer sans limite, car la démocratie, sans garde-fous, se transforme aussitôt en tyrannie.

Les Lumière sombres, au contraire, proposent une concentration radicale : l’État conçu comme une entreprise, gouverné par un seul dirigeant ou une petite oligarchie, sans contre-pouvoirs véritables. C’est là une négation du cœur même de l’expérience américaine : la croyance qu’on ne peut préserver la liberté qu’en divisant le pouvoir.

Le paradoxe américain : entre radicalisation et trahison

Les Lumières sombres représentent une étrange et puissante synthèse des tensions enfouies dans l’histoire américaine. Elles incarnent, à la fois, une radicalisation de l’instinct aristocratique que Hamilton portait en lui, poussée jusqu’au mépris ouvert de la démocratie ; une trahison de l’idéal égalitaire de Jefferson, remplacé par une vision darwinienne où l’inégalité n’est plus un accident mais une loi voulue ; et une négation de la sagesse institutionnelle de Madison, qui voyait dans la complexité des équilibres la condition même de la liberté.

Ce qui frappe, c’est que ces Lumières sombres, loin d’être étrangères à l’esprit américain, en révèlent les tensions internes. C’est le pays où l’égalité des conditions est la plus extrême, et où la passion pour la supériorité aristocratique se cache toujours dans l’ombre, prête à surgir lorsque le jour de la démocratie se fait trop éclatant. Depuis toujours, les États-Unis oscillent entre l’amour de la liberté populaire et l’adoration des élites. La Silicon Valley, en renouant avec la tentation oligarchique, ne fait que cristalliser cette ambiguïté constitutive. Tocqueville l’avait lui-même noté :

« Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment, et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie. » [17]

Ainsi, les Lumières sombres, que l’on pourrait réduire à une simple technophilie du vingt-et-unième siècle, apparaissent en réalité comme l’héritier paradoxal de l’Amérique elle-même. Elle puise chez Hamilton l’amour des élites, mais le pousse jusqu’à l’abolition de la souveraineté populaire ; elle renverse l’idéal de Jefferson, en glorifiant l’inégalité plutôt que la vertu civique ; elle détruit l’édifice de Madison, en rêvant d’un pouvoir concentré, exempt de freins et de contrepoids.

Par ce double visage, profondément américain par ses racines et anti-américain par ses conséquences, les Lumières sombres révèlent la véritable nature de l’histoire américaine : non pas celle d’une démocratie triomphante, mais celle d’une lutte incessante et tragique entre la tentation aristocratique et l’idéal égalitaire, entre le désir de domination et l’aspiration à la liberté. Elles nous rappellent que l’histoire d’une nation n’est jamais linéaire, et que la clarté des Lumières peut toujours, paradoxalement, naître de l’ombre.

Fernand le Béréen

 

Notes

[1] The New York Times (10/08/2024), Jamelle Bouie, « The Interview Curtis Yarvin Says Democracy Is Done. Powerful Conservatives Are Listening » https://www.nytimes.com/2025/01/18/... view.html

[2] Curtis Yarvin/ Mencius Moldbug, An Open Letter to Open-Minded Progressives (2015), p. 230

[3] The New York Times (18/01/2025), David Marrchese, « Where Does JD Vance’s Ideology Really Come From ? » https://www.nytimes.com/2024/08/10/...

[4] https://www.hoover.org/research/mar...

[5] https://www.thedailybeast.com/the-d...

[6] https://www.politico.com/news/magaz...

[7] https://www.newsweek.com/who-curtis...

[8] The Washington Post (13/01/2025), Cat Zakrzewski & Jacqueline Alemany, « Elon Musk isn’t the only tech leader helping shape the Trump administration »

[9] https://www.tabletmag.com/sections/...

[10] Park MacDougald, The Darkness Beforre the Right (The Awl : September 28, 2017), https://medium.com/the- awl/the-darkness-before-the-right-84e97225ac19

[11] Nick Land, The Dark Enlightenment (Imperium Press, 2022), p. 1

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] https://founders.archives.gov/docum...

[15] Alexander Hamilton (1788), The Federalist Papers No. 71, https://avalon.law.yale.edu/18th_ce...

[16] James Madison (1788), The Federalist Papers, No. 51, https://avalon.law.yale.edu/18th_ce...

[17] Alexis de Tocqueville (1840), De la démocratie en Amérique, tome 2 (Éditions Gallimard, 1961), pp. 141-142

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40 commentaires

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  • #3581450

    Bonjour M. Le Béréen,

    Je vous écris essentiellement pour que vous compreniez une chose au cas où cela n’aurait pas été clair. La France et les États-Unis sont deux pays très différents, aux cultures très différentes et aux peuples très différents. Les Français sont maladivement obsédés par l’égalité, la soumission et le conformisme. Les Américains sont maladivement obsédés par la liberté, l’originalité et la force.

    En plus de 10 ans de Trump, les Français se sont davantage enfoncés dans l’insignifiance historique et politique. L’impuissance est leur maître-mot. Les États-Unis sont souverain. La France ne l’est pas. Les Américains ont été capable de voter deux fois pour Obama et deux fois pour Trump, ce dont les Français sont loin, même très loin.

    La France est à la ramasse, car son peuple est à la ramasse. Vous êtes profondément ancrés à gauche, tous les francophones le moindrement politisés peuvent le constater.

    D’autres peuples prennent d’autres chemins. Néanmoins, soyez conscients que la France n’est plus rien, que la France ne pèse plus rien et qu’elle n’inspire personne.

    Le Dark Enlightenment est un des plus puissants courants d’influence intellectuelle depuis que Mencius Moldbug l’a commencé en 2008. C’est l’un des plus puissants bras d’honneur que les traditionnalistes ont fait au système depuis l’époque de Pat Buchanan. Par ailleurs, sachez que vos critiques, les Américains s’en fichent royalement. Cette manie française de penser que les mots sortis de la bouche d’un Français vont faire, au choix, s’effondrer la CIA ou exploser la Maison-Blanche, sont du pur délire d’adeptes du constructivisme inassumé.

    Plus encore, de la même façon que les Américains se moquaient éperdument de la réaction populaire ET politique (de la classe politique) française à l’élection de Trump en 2016, ils s’en ficheront royalement de vos critiques. Il y a bien trop d’arrogance en France pour ce que vaut la France aujourd’hui.

     

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    • #3581522

      Bravo, en plein dans le mille !
      Des esthétisme qui se congratulent sur la rédaction d’un post...

      Pendant ce temps, les américains, eux, AVANCENT.

      La masturbation, au physique comme a l’intellectuel, ne profite qu’à celui qui l’a pratique, vous saisissez ?

      Pire encore, c’est un puissant repoussoir : vous allez vous asseoir au côté d’un type qui se branle ? Non, les seuls que ça intéresse....Les autres branleurs.

      Faut passer a la vitesse supérieure la, ceux d’en face le font.

    • @Cyrus

      Les USA libres ... ah bon ? En témoigne sans doute la longue liste d’assassinat de leurs présidents (sans compter les "malades" et autres accidents....).
      Libres aussi certainement par leur contrôle bien connus de la FED qui lui est inféodée ’rires’.

      Ou bien libres aussi de faire monter des candidats non obligatoirement stipendiés et adoubés par un système à coup de centaines de millions de dollars pour en faire la promotion. lol bis.

      Taux de vaxxxination rhume 19 usa : 80% . France : 80%
      35% des français croient en au moins une théorie du "complot". 52% d’entres eux croient au moins à une vision du conflit en Ukraine qui correspond à la présentation russe.

      Vous pouvez en dire autant aux USA ? Meme maintneant, ils ne sont que 16% à avoir pigé que le 11 septembre c’était de l’arnaque.

      Ton "dark enlightnement" c’est simplement l’étape d’après la fausse démocratie.
      1. Royauté. 2. Royauté déconnectée du peuple 3 Fascisme / (faux) communisme 4. Fausse démocratie : dictature déguisée sous un aspect affriolant 5. Dark enlightement : retour au .3 sauf qu’en prime on déclare officiellement qu’on veut une caste qui dirige des gueux qui ne sont bon à rien.

      C’est toi qui veut remettre ton destin envers une caste, pieds et poings liés. Pas nous. Le soumis, c’est toi.

      "les ricains ont été capables de voter 2 fois Obama" : et ? C’est la pire m**** de l’histoire des présidents US. ... avec Bush fils, pardon.

      Concernant Trump, quand il aura transformé la FED en banque fédérale US, on en reparlera. Pour l’instant il a juste momentanément arreté les conneries en rétablissant les frontières des flux, humains et des capitaux.
      C’est à dire le fonctionnement normal des pays d’Europe pendant des millénaires. Ce n’est pas parce que ca fait 40 ans que c’est la merde en Europe, que les européens sont des soumis.

      Les USA sans le pétro dollars ne sont rien. Celui-ci est entrain de s’effondrer, on va voir seuleument maintenant ce que ça vaut.
      Pour le moment, c’est pas foutu de produire autant d’armement que la Russie, c’est l’invasion migratoire permanente, c’est l’absence d’identité culturelle claire (un goubi boulga merdique n’est pas une identitée culturelle), c’est 12.4% de pauvres (15% en France... donc similaire), c’est l’absence totale de controle du pouvoir par le peuple, c’est des élections truquées (comme en France sauf qu’on le dit pas), c’est la bouffe aux hormones, c’est 45h/semaines de taf pourri.

      En résumé : c’est la même merde.
      Redescends.

    • #3581531
      Le Décembre 2025 à 19:23 par Fernand le Béréen

      À vous lire, on croirait que les Français se sont résignés à demeurer dans le réduit famélique de leur ancien domaine, rétréci comme une peau de chagrin, attendant que les trains du monde moderne sifflent devant eux sans même lever la tête. Voilà un programme bien triste, et qui, à vrai dire, éclaire davantage votre propre humeur que la mienne.

      Vous m’attribuez des desseins qui ne sont pas les miens : je ne mène aucune croisade contre les « lumières sombres » avec l’arrière-pensée fantasque de renverser la CIA ou de faire sauter la Maison-Blanche — vous auriez pu, dans votre élan, y joindre l’effondrement de la Silicon Valley, tant qu’à faire. Pour imaginer pareille dramaturgie, il faut avoir l’esprit passablement égaré. Et il faut une naïveté presque touchante pour croire que le Dark Enlightenment constituerait l’un des pôles les plus puissants de l’influence intellectuelle contemporaine.

      Je vous invite plutôt à lire ce que Curtis Yarvin, alias Mencius Moldbug, écrit sur Gaza, et quelle solution il préconise pour le conflit israélo-palestinien : c’est, pour reprendre votre propre expression, un bras d’honneur superbe adressé aux Gazaouis, au droit international, et à la justice la plus élémentaire — j’aurai l’occasion de revenir sur ce point. Beaucoup l’ont dit avant moi : la question palestinienne sert de boussole morale. La manière dont on s’y situe suffit à mesurer les hommes comme les doctrines.

      C’est précisément pour cela que cette série d’articles poursuit un dessein clair : offrir aux lecteurs d’E&R une mise au jour méthodique de ce que sont réellement ces « Lumières sombres », d’où elles viennent, quels en sont les hérauts les plus bruyants, et de quelle manière cette nébuleuse infléchit la pensée politique américaine. Car l’étude d’une idéologie, quelle qu’elle soit, exige une lucidité sans faille : il faut garder l’esprit armé, vigilant, afin de discerner les pièges habilement tendus, les contradictions savamment drapées, et les périls qu’on dissimule sous les oripeaux de la modernité. On ne se prémunit des enchantements dangereux qu’en les scrutant de près, et non en les saluant comme de nouvelles tables de la loi.

    • @Rectificateur : J’ai l’impression que vous faites dans le sarcasme, je n’ai donc rien à vous répondre.

      @agga Tout d’abord, monsieur, sachez qu’on ne tutoie pas un inconnu. Comme le dirait M. Soral, commence (z) par être poli. Cette manie des gens de gauche en France à tutoyer devrait vous valoir des claques d’une force monumentale qui vous corrigeront définitivement de ce défaut d’éducation soixante-huitard.

      Lorsque j’ai dit que les États-Unis sont un pays libre, j’entendais par là qu’ils le sont formellement, c’est-à-dire qu’ils ne sont juridiquement rattachés à aucune entité SUPRA-nationale qui les forcerait à prendre des décisions contraire à leurs intérêts. La France, au contraire, est inféodée juridiquement à l’Union Européenne, ce qui l’oblige à mener une politique contraire à ses intérêts nationaux.

      Les Américains vivent dans un pays beaucoup plus vaste, aux opportunités économiques bien plus grandes que la France. Je vous rappelle que vos meilleurs diplômés s’expatrient pour de longues périodes aux États-Unis. Il n’y a pourtant aucun mouvement d’émigration d’Américains en nombre élevé vers la France.

      Il y a aussi la culture de la liberté, liée à l’initiative individuelle et à l’entrepreneurship et au sentiment que la vie n’est pas une fatalité. Comme le rappelait Ben Carson : ’’ America is can do nation ’’. En France, ce que l’on dit, c’est : mais c’est impossible. T’es fou ou quoi. C’est d’la merde.

      Deux mondes, deux mentalités.

      Ensuite, sur les candidats, Trump n’était pas stipendié, pas plus que Rand Paul en 2008 et 2012, pas plus que Ross Perot en 1992 et 1996, pas plus que Pat Buchanan en 1992, 1996 et 2000 non plus que Ralph Nader en 2000, 2004 ou 2008. C’est l’adhésion des Américains à leur matrice qui les a fait élire des candidats de l’establishment, non un empêchement technique ou physique.

      La vaccination est en train de reculer aux États-Unis, encore une fois grâce à une prise de conscience dont les Français sont très loin.

      Quant à l’Ukraine, je vous rappelle qu’au début, les Français soutenaient massivement l’Ukraine. Votre peuple est profondément américanisé et déteste logiquement les Russes qui incarnent ce que vous étiez dans les années 1960 et qui vous fait vomir aujourd’hui.

      Réponse typique du PNJ Français, dont beaucoup de lecteurs de ce site : Ah, mais moi, chu pas raciste, hein. J’ai pas la haine, j’ai pas le seum.

      Franchement, vous êtes sérieux ?

    • @agga ’’ C’est à dire le fonctionnement normal des pays d’Europe pendant des millénaires. Ce n’est pas parce que ca fait 40 ans que c’est la merde en Europe, que les européens sont des soumis. ’’ Si vous l’êtes. De par vos choix électoraux parfaitement conscients, votre acceptation de l’Europe de Maastricht en 1992 à la destruction de l’importance du rôle du Président de la République par le référendum de 2000 sur le quinquennat à l’impossibilité pour un Français pendant des décennies d’assumer publiquement soit sa sympathie, son vote ou son militantisme au FN de M. Le Pen sans une mort sociale garantie aux lois antiracistes, à la détestation des racistes, à votre soumission impitoyable aux confinements multiples jusqu’à l’absurde, VOUS êtes des SOUMIS. Je sais, ça paraît mal, mais c’est la vérité.

      Les USA sans le pétro dollars ne sont rien. Celui-ci est entrain de s’effondrer, on va voir seuleument maintenant ce que ça vaut. C’est vrai, mais ils corrigent le tir. La force des États-Unis, historiquement, ce fut la propriété individuelle du citoyen américain, par ailleurs armé, de sa terre. C’est toute l’histoire de La petite maison dans la prairie, sur Charles et Laura Ingalls.

      L’autre chose, ce fut leur base manufacturière, des années 1840 aux années 1970. Le pétro dollar, c’est très récent. Ils reviennent à l’essentiel, c’est ce qui compte.

      ’’ Pour le moment, c’est pas foutu de produire autant d’armement que la Russie, c’est l’invasion migratoire permanente, c’est l’absence d’identité culturelle claire (un goubi boulga merdique n’est pas une identitée culturelle), c’est 12.4% de pauvres (15% en France... donc similaire), c’est l’absence totale de controle du pouvoir par le peuple, c’est des élections truquées (comme en France sauf qu’on le dit pas), c’est la bouffe aux hormones, c’est 45h/semaines de taf pourri. ’’

      Ils n’ont pas besoin de produire autant d’armement que la Russie, car contrairement à la Russie, ils ne sont plus en guerre. L’invasion migratoire a été stoppé, elle s’inverse désormais. Les gens quittent les États-Unis. L’identité culturelle nationale, c’est simple, c’est un acronyme : WASP. Sinon, il y a des identités régionales. Le Texas a une très forte identité régionale.

      Sur la pauvreté, d’accord.

      Le contrôle du pouvoir par le peuple, c’est la blague du siècle. La seule chose qu’il doit contrôler, c’est sa vie et le fruit de son travail.

    • @agga

      ’’ Pour le moment, c’est pas foutu de produire autant d’armement que la Russie, c’est l’invasion migratoire permanente, c’est l’absence d’identité culturelle claire (un goubi boulga merdique n’est pas une identitée culturelle), c’est 12.4% de pauvres (15% en France... donc similaire), c’est l’absence totale de controle du pouvoir par le peuple, c’est des élections truquées (comme en France sauf qu’on le dit pas), c’est la bouffe aux hormones, c’est 45h/semaines de taf pourri. ’’ Les élections sont sous le contrôle du camp patriote aux USA. Observez la démolition contrôlée du système sous domination pédophile aux États-Unis, sans que Trump n’ait à intervenir. Il fait toujours en sorte que ce soit ses ennemis qui se brûlent les mains.

      La bouffe aux hormones ? D’accord avec vous.

      Quant aux 45 heures, certes ils travaillent plus, mais ils font plus d’argent et surtout, le travail est au coeur de l’identité américaine.

      " En résumé : c’est la même merde. ’’ Là-dessus, nous sommes d’accord. Cependant, avec une nuance. Les États-Unis s’en sortiront avant et beaucoup mieux que la France. Ils sont sur la bonne voie. La France, non.

      Merci,

      Cyrus

    • @Fernand Le Béréen

      ’’ À vous lire, on croirait que les Français se sont résignés à demeurer dans le réduit famélique de leur ancien domaine, rétréci comme une peau de chagrin, attendant que les trains du monde moderne sifflent devant eux sans même lever la tête. Voilà un programme bien triste, et qui, à vrai dire, éclaire davantage votre propre humeur que la mienne. ’’

      C’est exactement ce que je pense. Quant à ma propre humeur, c’est tout à fait juste qu’elle est sombre par rapport à la France, car c’est un pays que j’ai appris à aimer et à admirer et un peuple que j’ai aussi appris à aimer et à admirer. Malheureusement, ce peuple et son pays ont décidé de se rendre détestable et de se liquider. Je ne peux pas aimer la haine de soi, qui m’est étrangère.

      ’’ Vous m’attribuez des desseins qui ne sont pas les miens : je ne mène aucune croisade contre les « lumières sombres » avec l’arrière-pensée fantasque de renverser la CIA ou de faire sauter la Maison-Blanche — vous auriez pu, dans votre élan, y joindre l’effondrement de la Silicon Valley, tant qu’à faire. Pour imaginer pareille dramaturgie, il faut avoir l’esprit passablement égaré. Et il faut une naïveté presque touchante pour croire que le Dark Enlightenment constituerait l’un des pôles les plus puissants de l’influence intellectuelle contemporaine. ’’

      Je connais le complexe de Napoléon du normie Français et ça ne m’impressionne pas. Le toutologisme du Français de base est insupportable, car le Français de base vit dans un pays qui n’a plus les moyens de ses ambitions internationales (et refuse catégoriquement de se les redonner).

      Ce pôle se serait en partie imposé, n’eut été du mouvement libertarien, puis du mouvement ’’ red pill ’’, puis du mouvement MAGA et enfin, du mouvement America First catholique de Fuentes. Il a toujours une valeur heuristique, mais je suis prêt à vous accorder qu’il ne pèse pas autant qu’il le devrait.

      Curtis Yarvin est un juif sioniste. Je suis pro-Palestinien jusqu’au bout des ongles. Je soutiens Gaza et les Gazaouis, mais je sais reconnaître le mérite de quelqu’un dans un domaine, malgré son sionisme ou son néo-conservatisme.

      Pour ma part, lorsqu’il s’agit de grandeur, aux Lumières Sombres, je préfère Bossuet.

      Bonne chance, M. Le Béréen. Peut-être qu’en fin de compte, vous me convaincrez.

  • #3581487
    Le 12 décembre 2025 à 14:30 par Saturnin Pompier

    Je n’ai pas compris le quart de la moitié de votre superbe article (je ne suis pas assez "équipé" intellectuellement pour ça), mais je sens bien que vous avez parfaitement raison. Question d’instinct. C’est comme devant un paysage magnifique, on est submergé par tant de beauté mais on ne saurait la "comprendre". On apprécie, sans demander plus.

    Cela dit (afin de m’excuser par avance pour les éventuelles sottises ou maladresses que je pourrais commettre), j’aimerais vous interroger sur le moment, les raisons et la manière dont s’insèrent les « lumières » du peuple élu (Netanyahou et consorts dixit) dans ce panorama (sombre). (N’y voyez pas là un simple calembour opportuniste.) Nous sommes aux États-Unis, et il est légitime (voire inévitable) de s’interroger sur le rôle que joue le sionisme talmudique (et son auxiliaire le christianisme évangélique) dans tout cela. Envisagez-vous d’aborder cette question dans les prochains volets que vous comptez consacrer aux Lumières Sombres ?

    Je n’en dis pas plus, car plus on parle de ce que l’on ne maîtrise pas assez, plus on a la possibilité de dire des bêtises, de s´égarer et de sortir du sujet

     

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    • #3581690
      Le Décembre 2025 à 18:07 par Fernand le Béréen

      Votre commentaire, permettez-moi de vous le dire d’emblée, signale que vous avez compris bien davantage que vous ne le prétendez. Il y a des intelligences qui se manifestent non par l’outillage conceptuel qu’elles exhibent, mais par la justesse de leur intuition.

      Vous soulevez une question qui n’a rien d’anecdotique. Elle touche à un point de tension réel : l’articulation entre les Lumières sombres, le contexte états-unien, et certains courants politico-religieux contemporains.

      Les Lumières sombres ne sont pas d’abord une affaire de religion, ni juive, ni chrétienne. Elles sont un phénomène idéologique et technologique, né dans l’écosystème du capitalisme numérique américain, nourri par le libertarianisme radical, le culte de l’efficacité, la haine de l’égalité politique et le fantasme d’une sortie hors de la démocratie. Leur matrice est Silicon Valley, non Jérusalem ; leur théologie est celle du marché, du code et de la sélection, non celle du Talmud.

      Toutefois, il convient de garder présent à l’esprit que le principal idéologue des Lumières sombres, Curtis Yarvin (dont nous parlerons dans le prochain numéro) est un juif sécularisé, et il est possible que son élitisme et sa vision raciale de la société soit un écho de son bagage culturel. Dans ses écrits, il désigne les maitres du discours bien-pensant sous le terme de "Cathédrale"... J’aurai pour ma part opté pour un autre lieu de culte.

      Cette pudeur n’est pas sans rappeler celle d’un Emmanuel Todd, capables de décrire avec minutie les mécanismes de domination, mais toujours hésitants lorsqu’il s’agit d’en identifier les centres réels. Il y a là moins une censure explicite qu’une limite intérieure, une frontière mentale que l’on ne franchit pas — non par peur, mais par formation.

      Concernant, le gouvernement Netanyahou, les Lumières sombres ne l’inspirent pas directement, mais elles partagent avec lui certains traits : gout pour l’élitisme, naturalisation de la hiérarchie, justification technicienne ou théologique de la domination.

      Si je devais résumer : il n’y a pas de complot religieux à l’origine des Lumières sombres, mais il existe des zones de recoupement, des affinités électives, des alliances opportunes entre des visions du monde qui valorisent l’inégalité, la sortie du droit commun et la sacralisation de la puissance.

  • A froid :

    Le "dark enlightment" n’est ni plus ni moins qu’une techno-oligarchie.

    C’est à dire exactement ce que l’UE veut mettre en place.
    Des gens non élus qui décident en petit comité (en ne s’embarrassant même pas du simulacre de "parlement" européen actuel).

    Comment peut-on souhaiter l’avènement de ce genre de machin horrible ?

    C’est d’un ridicule...

    Qu’ils se déclarent a minima national-socialistes, au moins ça aurait un peu de gueule.
    Là, c’est intégralement pitoyable.
    Et dire que certains vendent des livres avec ce "concept" qui tient en deux mots. mdr.

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  • #3581558

    Ce mouvement des lumières sombres, n’est rien d’autre qu’un nouveau féodalisme. Ayant corrompus les "politiques" ; pour eux, il n’y a plus de pouvoir politique soit-disant issu du peuple pour le peuple. Il n’y a plus qu’un pouvoir économique et financier, qui se voit comme la nouvelle aristocratie féodale du monde moderne.
    Ils me semblent qu’ils travaillent main dans la main avec les "mondialistes" pour détruire l’espoir que le monde avait placé dans l’idée de démocratie, en faisant péricliter les démocraties et en jetant les peuples dans la misère et la guerre de tous contre tous, afin que ces derniers se mettent à haïr toute idée de démocratie, que la faute de cette faillite puisse être rejetée non pas sur une minorité d’ordures sans foi ni loi agissantes, mais sur la populace muselée qu’on nous présente toujours comme abrutie, immorale, décadente, paresseuse, voleuse et parasitaire, responsable de sa propre déchéance : des gueux ne valant pas mieux que des animaux, en somme.

    Ils espèrent que lorsque nous seront bien dégoutés de la "démocratie", comme les anciens pays du bloc de l’Est ont bien été dégoutés du "communisme", nous allons acceuillir cette nouvelle aristocratie féodale toute puissante économiquement et technologiquement, comme des sauveurs qui viendraient nous sortir grâce à leur poigne de fer du chaos et de l’anarchie actuelle, comme l’europe est sortie des siècles obscurs ayant suivis la chute de l’Empire Romain, et que nous leur seront reconnaissant du servage moderne dans lequel ils ne manqueront pas de vouloir nous jeter.

     

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    • #3581693
      Le Décembre 2025 à 18:23 par Fernand le Béréen

      Merci pour ce commentaire d’une rare lucidité. Vous mettez des mots simples et tranchants sur ce que beaucoup pressentent confusément : derrière le vernis technologique et le vocabulaire de l’innovation, c’est bien une recomposition féodale du pouvoir qui se dessine.

      Ce que l’on nomme aujourd’hui techno-féodalisme désigne un ordre où la souveraineté ne repose plus sur la loi commune ni même sur le marché concurrentiel, mais sur la possession d’infrastructures, de plateformes, de données et de capitaux abstraits. Le citoyen devient usager, le travailleur devient dépendant, et la liberté se transforme en simple droit d’accès révocable. Les nouveaux seigneurs ne lèvent plus l’impôt : ils prélèvent des rentes. Ils ne gouvernent pas par décret, mais par architecture technique.

      L’ironie historique est cruelle. Le capitalisme s’est jadis présenté comme la force qui a brisé l’ordre féodal : il a dissous les lignages, renversé les privilèges héréditaires, proclamé la mobilité, le contrat et la liberté formelle. Et voici qu’à son terme, il engendre une structure qui lui ressemble comme un miroir inversé : hiérarchies closes, dépendances personnelles, territoires privatisés, loyautés imposées par la survie même. Le capitalisme, après avoir vaincu le féodalisme, semble aujourd’hui le reconstituer sous une forme plus abstraite, plus totale, et infiniment plus difficile à contester.

      Reste alors la question — celle qui, vous l’écrivez sans la formuler explicitement, nous obsède tous :
      ce techno-féodalisme, s’il devait advenir pleinement, marquerait-il la fin du capitalisme, ou ne serait-il qu’une nouvelle phase de son développement, plus froide, plus nue, débarrassée de ses illusions libérales ?

      La réponse n’est pas encore écrite. Mais le simple fait que la question se pose est déjà un signe de notre époque.

      PS. Si Francis Cousin veut faire une vidéo de 3 heures sur ce sujet, je l’écouterai volontiers

    • Merci Knokke, je crois avoir déjà dit à peu près la même chose, mais j’admire ce court résumé, clair et efficace, duquel je ne retirerais rien.

      Cela dit, je ne suis pas sûr que ce courant soit en essor, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Il est cependant représenté du côté des certains influenceurs et de puissants milliardaires de Silicon Valley, très loins du peuple ordinaire, avec qui l’administration Trump est en affaires (JD Vance par ex.). Ce pouvoir indû octroyé à Big Tech, cette technoféodalisation débilitante, cette sauvagerie sous couvert d’un prétendu "changement idéologique" (anti-woke ou autre, peu importe), mérite d’être examiné avec circonspection et scepticisme, d’autant plus qu’un changement de gouvernement pourrait venir trop tard pour renverser la vapeur ou même seulement freiner sa progression.

  • Lovecraft avait raison.

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  • #3582340
    Le 17 décembre 2025 à 07:19 par Mik Ezdanitoff

    Les idiots utiles, très nombreux "à droite", qui supportent ce type d’idéologie, n’ont pas compris à qui ça profite au final.

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  • Etrange article dont la tournure sémantique et le contenu ressemblent étrangement à des réponses de Grok ! Même les commentaires de l’auteur, un poil cauteleuses, ressemblent beaucoup aux "tournures" pondues par l’IA...

    Même la conclusion du Béréen est rédigée comme le fait Grok ! Le "style" IA conjugue une politesse rédactionnelle articifielle (!) et une série d’arguments alternant le pour et le contre. Les conclusions que propose l’IA sur n’importe quel sujet sont toujours pareilles : un "ceci en même temps que cela". Un effet de boucle qui n’ouvre sur aucune finale ouverte, innovante. On a affaire à un touillage de déjà pensé.

    Les deux livres co-écrits (?) par Klaus Schwab et Thierry Malleret ("The Great reset" suivi du "Grand récit") sont rédigés de la même manière ! Leur conclusion respective demeure également en mode fermé. Cela ressemble toujours à une simple compilation d’informations... ce que font en réalité toutes les IA mises à disposition du public.

    Le rédactionnel de cet article et sa conclusion me font le même effet... et vous ?

     

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  • #3584926

    Comme le dit Rust Cohle à la fin de True Detective en regardant le ciel étoilé :
    « autrefois, il n’y avait que des ténèbres. Si vous voulez mon avis, la lumière gagne »

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  • #3584988

    Je remercie Monsieur Fernand pour cette série d’articles consacré aux Lumières sombre, pour moi qui ait commencée à m’intéresser à se mouvement depuis l’année dernière j’avoue que leur doctrine était assez nébuleuse pour moi.

    D’après ce que j’ai compris il s’agit surtout d’un mouvement de milliardaires spécialisés dans les hautes technologies et qui après avoir passé des années à financer des politiciens ont finit par se rendre compte qu’ils étaient obsolètes et donc pouvaient largement prendre le pouvoir et diriger les États-Unis eux mêmes pour faire avancer leurs intérêts en faisant basculer leur pays dans un régime techno-capitaliste où les citoyens ne seraient plus que des vassaux au services d’entreprises et non plus des citoyens à part entière. Ce qui signerait la fin de l’union américaine, je ne pense pas que cet avenir soit très réjouissant pour le peuple américain surtout lorsque l’on sait que Musk est très pro puçage en plus de Thiel dont la société Palantir est spécialisé dans les logiciels de surveillances. Toutefois si ce type de société leur convienne grand bien leur face, il faudrait juste éviter que cela s’étende à l’Europe.

    Il est très probable que Trump soit le dernier président des États-Unis et que ce pays qui à la différence de la Russie n’a jamais entamé une réconciliation historique finisse en guerre civile, rien d’étonnant de la part d’une nation ou tout le monde se déteste copieusement et se discrimine à outrance.

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  • Naturellement il faut s’entendre sur le sens des Lumières ! A l’époque napoléonienne, en 1809 l’Empereur avait cédé le Tyrol, profondément catholique à la Bavière, son alliée, à l’époque administrée par un Ministre Montgelas, laïque et franc-maçon, qui voulait réformer cette province en la sécularisant, confisquant les monastères, interdisant les sonneries de cloches, imposant la vaccination contre la Variole etc. Un moine capucin Joachim Haspinger, fut aux côtés du Chef militaire Andreas Hofer dirigeant de l’insurrection contre les Bavarois et les français ! Dans ses prédications il soutenait qu’il émanait certes de Montgelas une lumière, celle de Lucifer !

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