Une petite maison en pierre, perdue aux fonds des bois, dans les Abruzzes ; des poules, des canards, des équidés, et des panneaux solaires : la BAD [1] idéale, on se croirait dans le film Captain Fantastic de Matt Ross !
C’est le lieu de vie choisi par l’australienne Catherine Birmingham et son conjoint britannique, Nathan Trevallion, pour élever à l’écart de la société leurs trois enfants de 6 et 8 ans. Et bien sûr, ils pratiquent l’instruction en famille (IEF) !
Mais voilà qu’un jour de 2024, le rêve tourne au cauchemar.
Un promeneur découvre la famille inanimée, suite à l’ingestion de champignons vénéneux. Hospitalisés ils s’en sortent tous, mais le pot aux roses est découvert : les enfants, non vaccinés, instruits en famille sans autorisation, et à peu près analphabètes, vont commencer à intéresser les services sociaux, qui après enquête recommandent de suspendre l’autorité parentale et de placer les enfants et leur mère dans un foyer. La requête est mise en application après un délai durant lequel les ordres du tribunal auraient été « systématiquement ignorés par les parents » [2]. Le verdict définitif doit tomber avant la fin de l’année.
Certains crient au placement abusif, quand d’autres dénoncent une famille dangereuse au comportement sectaire. Gros mot qui n’est pas sans rappeler l’argument mis en avant par Macron pour porter son projet de loi « séparatisme », ayant abouti à la fin du régime déclaratif pour l’IEF et l’obligation de se conformer à une demande d’autorisation.
Voici comment le tribunal de l’Aquila a justifié sa décision concernant la famiglia del bosco : « Les membres de la famille Trevallion n’ont aucun contact social, aucun revenu fixe, le logement est dépourvu de toilettes et les enfants ne sont pas scolarisés. »
On constate que de l’autre côté des Alpes comme en France, les autorité ont systématiquement recours à des arguments fallacieux : l’hygiène est remise en question parce que la famille boit l’eau de son puits, et utilise des toilettes sèches. Comme si l’eau épurée était un modèle de qualité ! Les jumeaux de 6 ans et leur sœur de 8 ans ne savent pas encore lire… mais, en France comme en Italie, combien sont encore illettrés à la sortie du collège [3] ?
De même, concernant l’absence de revenus fixes, combien de parents chômeurs se voient encouragés par l’État à procréer allègrement ? Allocations familiales, complément familial, allocation de rentrée scolaire, ou encore Pass’colo : même le séjour en colonie de vacances est pris en charge par l’État, qui ne demande pas mieux que de se substituer aux parents pour assurer tous les soins dévolus à leurs mioches.
La Protection de l’enfance a son ambassadrice : l’Unicef, qui a énoncé dans sa Convention internationale de droits de l’enfant, une série d’articles affirmant, entre autres, le droit d’être soigné et protégé des maladies (comprenez : de se faire vacciner), d’aller à l’école, d’être protégé contre toutes les formes de discrimination et d’avoir des conditions de vie décentes ainsi que le droit à la liberté d’information. Mais qui définit ce qu’est une vie décente ? Une information fiable ? Qui ?
Ces mesures angéliques nous offrent une définition des droits de l’enfant insidieuse et dévoyée, au service d’un contrôle étatique permanent et total, et qui pourrait bien aboutir à l’abolition de la parentalité.
Si l’on pousse ce raisonnement jusqu’au bout, il faudrait, au nom du droit à la vie en société, interdire aux parents le choix de leur lieu de vie, et de leur mode d’instruction.
Au nom du droit à la consommation, exiger des parents qu’ils fassent la preuve de revenus fixes pour avoir le droit de conserver leur autorité parentale. Exit les auto-entrepreneurs et les survivalistes…
Au nom du droit à la santé, on ne peut déjà plus échapper aux injonctions du ministère de la Santé, qui veut toujours plus de vaccins obligatoires, toujours plus de contrôles, de visites, de prévention… quitte à éroder le système immunitaire et psychique de nos têtes blondes.
En somme, pour avoir l’autorisation de rester parents, il faudra se dessaisir de toutes les responsabilités qui nous échoient en tant que premiers éducateurs de nos enfants. Et en particulier la responsabilité de prendre soins d’eux en accord avec nos convictions.
Pour Catherine et Nathan, assurer des conditions de vie décentes à leurs enfants, c’est leur offrir l’exemple d’une vie hors réseau assumée, cohérente et libérée des injonctions du consumérisme. Un quotidien laborieux mais sans horaires ; une vie simple et sans doute spartiate, mais autonome et libre. Souveraine.
???????? Nathan Trevallion and his family live ‘off-grid’ in an Italian farmhouse but social services accuse the couple of ‘parental negligence’
The Italian authorities are threatening to take the children away and place them in care
Watch and read the full story ⬇️… pic.twitter.com/xh41zl7V9C
— The Telegraph (@Telegraph) November 14, 2025
On imagine une fratrie soudée, qui vit à son rythme, dans le respect de ses besoins physiologiques et affectifs de sommeil, de calme, d’amour et de considération. Des parties de jeu interminables, au rythme des saisons et de la nature. Tout ce qu’un petit citadin lambda ne connaîtra jamais, lui qui se lève au son du clairon, court dare-dare à l’école où il met de côté son individualité pour faire corps avec sa classe, obéir, écouter sur commande, réfléchir sur commande et même jouer sur commande, ne jamais rien décider, hormis peut-être le programme télé qui l’attend à l’heure du goûter. Comme je plains cet enfant, remis aux mains des professionnels de l’enfance, et exclusivement nourri par l’industrie, qu’elle soit agro-alimentaire, pharmaceutique ou télévisuelle.
Je soutiens de tout mon cœur cette famille courageuse et entière qui a commis un faux-pas et le paie très cher.
Pour ma part, j’en conclus que la liberté n’est pas dans une clairière au fin fond des bois, mais dans une petite maison de village, car pour ne pas attirer l’attention, il faut impérativement se fondre dans la masse et ne pas prêter le flanc aux accusations de « dérive sectaire ». Pour continuer à jouir de notre liberté d’éduquer, avec ou sans autorisation, fréquentons les bibliothèques, les clubs sportifs, les associations, et rappelons à qui veut l’entendre que l’IEF est toujours un droit, et qu’elle n’est pas l’apanage de quelques familles marginales un peu punk.
En bref, soyons « rusés comme des serpents et purs comme des colombes » (Matthieu 10:22).


et
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