Éric Fottorino
Dans l’émission C ce soir diffusé le 15 avril 2026, l’ancien directeur du Monde Éric Fottorino, à propos de l’affaire Grasset, s’est fendu d’une anecdote sur les liens puissants qui unissent Vincent Bolloré et Nicolas Sarkozy :
« Quand Nicolas Sarkozy a siégé au conseil d’administration de Lagardère (ndlr : il y siège depuis 2020), il appelait Olivier Nora pour lui dire que tel livre ou tel livre qu’il voulait publier ou qu’il avait publié, c’était inadmissible, et que son patron c’était Lagardère et que ce serait bientôt Bolloré. Et si vous voulez, il y a eu des intimidations permanentes entre Sarkozy et Nora. Donc ça je le sais. Et si vous voulez, je vais vous raconter juste un fait qui est assez éclairant. À une époque, j’ai travaillé avec Bolloré puisqu’il avait Direct Matin que Le Monde imprimait sur son imprimerie. Et je dirigeais Le Monde. [...] À un moment donné, Sarkozy a voulu que je vende Le Monde à Lagardère. Il m’a dit : “Éric, vous êtes un imbécile, il y a un grand groupe de presse en France, Lagardère, et j’apprends que vous voulez le vendre à des Italiens.” Du jour où j’ai refusé ça, Vincent Bolloré m’a téléphoné pour me dire : “Ce journal est mal édité, mal imprimé, les annonceurs se plaignent, je m’en vais.” Il a quitté l’imprimerie du Monde. Donc le coût : près d’un million d’euros. Un coup de fil. Et il est allé se faire imprimer pendant un an dans une imprimerie en faillite en Belgique. Ça s’appelait Direct Matin, il est arrivé l’après-midi tous les jours. J’ai vu ce que c’était que le pouvoir. Et la collusion, ce n’est pas le complexe militaro-industriel, c’est un complexe médiatico-industriel. Et quand vous avez le président de la République et un industriel comme ça, ils vous prennent en tenaille et c’est comme ça qu’ils ont voulu essayer d’étrangler Le Monde, non pas parce qu’ils n’arrivaient pas à l’étrangler éditorialement, ils l’ont fait industriellement. »
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« Hard power »
Publié sur son compte X officiel, le 18 avril 2026, le nouveau Manifeste de la multinationale du renseignement, Palantir, rédigé par son PDG Alex Karp (cf. F&D 549), donne surtout l’impression, comme le faisait remarquer Arnaud Miranda dans un article du Grand Continent, d’une mauvaise « synthèse par IA » de La République technologique, publié en février 2025. Son seul livre à ce jour, dans lequel cet éternel geek et accessoirement docteur en philosophie, recourt aussi bien à Renan et Tocqueville qu’à Huntington et Tolkien pour tenter de cerner les contours de la techno-monarchie post-démocratique.
Parmi les 22 thèses du Manifeste :
« Certaines cultures ont produit des avancées vitales ; d’autres demeurent dysfonctionnelles et régressives. […] Aucun autre pays, dans l’histoire du monde, n’a fait plus avancer les valeurs progressistes que celui-ci. Les États-Unis sont loin d’être parfaits. Mais il est facile d’oublier combien il existe davantage d’opportunités dans ce pays, pour ceux qui ne sont pas des élites héréditaires, que dans toute autre nation sur la planète. […] La puissance américaine a rendu possible une paix extraordinairement longue. Trop nombreux sont ceux qui ont oublié, ou qui tiennent peut-être pour acquis, que près d’un siècle de paix a prévalu dans le monde, sans conflit militaire entre grandes puissances. […] Nous devons résister à la tentation superficielle d’un pluralisme vide et creux. Nous, en Amérique, et plus largement dans l’Occident, avons, pendant le dernier demi-siècle, résisté à la définition de cultures nationales au nom de l’inclusion. Mais l’inclusion dans quoi ? […] La décadence d’une culture ou d’une civilisation, et en effet de sa classe dirigeante, ne sera pardonnée que si cette culture est capable de produire de la croissance économique et de la sécurité pour le public. […] Notre société est devenue trop pressée, et souvent joyeuse, face à la disparition de ses ennemis. Le fait de vaincre un adversaire est un moment pour faire une pause, non pour se réjouir. […] Le service national devrait être un devoir universel. Nous devrions, en tant que société, sérieusement envisager de nous éloigner d’une force entièrement volontaire et ne combattre la prochaine guerre que si tout le monde partage le risque et le coût. […] La Silicon Valley doit jouer un rôle dans la lutte contre la criminalité violente. […] La Silicon Valley a une dette morale envers le pays qui a rendu possible son ascension. L’élite de l’ingénierie de la Silicon Valley a l’obligation positive de participer à la défense de la nation. […] La capacité des sociétés libres et démocratiques à l’emporter exige quelque chose de plus qu’un appel moral. Elle exige du hard power, et le hard power de ce siècle reposera sur les logiciels. […] La question n’est pas de savoir si des armes à base d’IA seront construites ; c’est de savoir qui les construira, et pour quel but. […] L’ère atomique prend fin. Un âge de dissuasion, l’âge atomique, prend fin, et une nouvelle ère de dissuasion, fondée sur l’IA, est sur le point de commencer. »
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Sarah Saldmann
Élisabeth Lévy est écartée de l’antenne de CNews depuis fin avril 2026. Dans L’Heure des pros, elle avait critiqué l’article du JDD du 19 avril, « Affaire Grasset : chronique d’une manipulation », qui accompagnait la tribune de Vincent Bolloré sur le limogeage d’Olivier Nora des éditions Grasset : « Il y a des choses qui m’ont déplu dans l’article qui accompagnait la tribune de Vincent Bolloré. Je ne vois pas ce que les origines d’Olivier Nora ont à faire là-dedans. Qu’on l’appelle “le rabbin”… moi ça m’a choquée. » Le journaliste Pascal Meynadier rappelait simplement dans cet article qu’Olivier Nora est surnommé « le rabbin » en privé par Bernard-Henri Lévy (en référence à sa rigueur intellectuelle).
Après les départs du protégé de BHL, Nathan Devers (sur France Info depuis septembre 2025), de Sonia Mabrouk (qui fera sa rentrée sur BFM TV suite à l’affaire Morandini) ou encore de l’ancien magistrat Philippe Bilger (« Il y a deux mamelles fondamentales sur CNews. Nicolas Sarkozy est innocent de tout, comme Israël. »), c’est au tour de l’influenceuse et avocate Sarah Saldmann d’être sur la sellette après avoir, sur le plateau de L’Heure des pros, le 1er juin dernier, accusé le média Frontières, partenaire de CNews, de faire « la propagande de l’extrême droite ». L’actuelle compagne du réalisateur Luc Besson rétorquait même à un Pascal Praud médusé : « Vous ne pouvez pas dire qu’ils font un travail formidable ! […] vous savez très bien qui sont ces gens ! »
Des accusations appuyées le 10 juin, par un autre intervenant de CNews, le juriste Amine Elbahi, intervenant de l’émission 100 % Frontières, qui annonce, à la suite de révélations de Mediapart, avoir déclenché une procédure de saisine de l’ARCOM contre l’animateur Erik Tegnér, lui reprochant un manque de transparence concernant ses proximités avec le parti Identité-Libertés de Marion Maréchal.


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