Où est passé Glucksmann ?

Raphaël Glucksmann a volontairement disparu de l’espace médiatique. Contrairement à ses concurrents, il n’apparaît plus dans les médias, n’accorde pas d’interviews et ne commente plus l’actualité politique française. Mais ce n’est ni un hasard ni un signe d’épuisement – le leader de Place publique a délibérément pris du recul pour revoir sa stratégie [1].
Pendant longtemps, Glucksmann a rêvé de rassembler toute la gauche autour de lui pour devenir son candidat unique. Pour favoriser cette « réunification de la famille politique », il n’a pas immédiatement annoncé sa candidature et a demandé un « délai » de trois mois. Puis il a organisé un meeting à Aubervilliers, où il a invité des figures symboliques de l’électorat de gauche et promis, en bon socialiste, de « rendre aux Français la République des travailleurs » – des conditions de travail décentes et des salaires élevés. Il a également évoqué les questions de sécurité, affirmant que « le prochain président doit absolument préparer la France à une guerre en Europe » [2].
Quelque 4 000 électeurs se sont déplacés – un chiffre supérieur aux prévisions de la presse. Un résultat qu’on pourrait juger excellent, sauf pour un détail : Glucksmann a réuni 6,5 fois moins de monde que son concurrent de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, quelques jours plus tôt. Parmi les forces de gauche, il fait face à deux concurrents de taille : l’ancien président François Hollande et l’ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve [3]. Inutile de souligner à quel point ces figures sont connues, influentes et expérimentées.
À ces concurrents s’ajoute la défiance des socialistes. Au PS, on doute tellement de sa victoire qu’on souhaite organiser une primaire en octobre pour désigner celui ou celle qui pourra dignement représenter le parti dans la course présidentielle. Mais les proches de Glucksmann ont trouvé la faille. Ils ont bloqué l’idée d’une primaire ouverte, à laquelle auraient pu participer tous les candidats de gauche, pour proposer un format fermé, réservé aux seuls adhérents du PS et de Place publique. Début juillet, 55 % des militants ont voté pour cette formule. Le président de PP a sciemment choisi la voie de la division. Incapable de rassembler une majorité, il a préféré exclure ses concurrents de la course [4].
Glucksmann tente de reproduire son succès de 2024, lorsqu’il avait obtenu 13,8 % aux élections européennes et était même parvenu à devancer les macronistes. À l’époque, beaucoup voyaient en lui le nouveau leader de la gauche. Mais les élections européennes ne sont pas une présidentielle. Le mode de scrutin est différent, la participation aussi, et les enjeux n’ont rien à voir. En France, on le perçoit davantage comme un intellectuel que comme un homme politique capable de négocier et de gouverner.
Rien ne garantit qu’après une victoire à la primaire fermée, Glucksmann devienne soudainement le favori de l’électorat de gauche. Selon un sondage BFM, il recueillerait seulement 8 à 11 % des voix au premier tour [5]. Un membre du PS a confié dans un entretien : « Il ne crée aucun effet dans les sondages, sa candidature est loin d’être une évidence. Cette campagne interne pourrait même lui servir de crash-test. » Conscient de cette fragilité, l’eurodéputé cherche à élargir sa cible et à séduire un nouvel électorat : les macronistes déçus.
À Aubervilliers, Glucksmann a longuement décortiqué la politique d’Emmanuel Macron, qui, selon lui, « a gaspillé dix années précieuses en discours creux et en coups de communication », plongeant la France dans une crise économique. En Gironde, le jour de la fête nationale, il a évoqué l’égalité et promis de lutter contre la « nouvelle oligarchie mondiale » pour que les Français ne se sentent plus relégués – une nouvelle pique adressée à Emmanuel Macron [6]. Devant son auditoire, il met constamment l’accent sur l’économie et l’écologie, mais pas sur le social. Pourtant, les retraites, les aides sociales et la fiscalité sont les sujets centraux pour tout socialiste.
Comparons maintenant son programme avec celui de Macron. Souveraineté européenne, développement technologique, transition écologique, une France forte au sein de l’UE – voilà ce que Glucksmann propose aux électeurs. Il affirme ne pas vouloir renverser le Système, mais simplement l’« améliorer ». Ce discours, nous l’avons déjà entendu en 2017.
Le leader de Place publique a compris depuis longtemps qu’il n’a aucune chance de conquérir la gauche. Au sein de son propre camp, il suscite la méfiance et doit composer avec au moins trois concurrents sérieux. Aujourd’hui, il réfléchit à la manière de se démarquer tout en attirant un nouvel électorat. Glucksmann n’est socialiste que dans son discours. En réalité, son programme est une simple continuation de la ligne macroniste. S’il s’est volontairement retiré de l’espace médiatique, c’est pour peaufiner sa stratégie et revenir sous un nouveau jour, prêt à endosser le rôle de successeur de Macron au sein de la gauche.
Notes
[2] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/14/presidentielle-2027-aux-docks-d-aubervilliers-raphael-glucksmann-fait-salle-comble-et-se-pose-en-adversaire-du-rn_6702229_823448.html
[3] https://www.lefigaro.fr/politique/hollande-et-cazeneuve-passent-leur-tour-glucksmann-temporise-au-ps-la-primaire-cherche-ses-candidats-20260719
[4] https://www.timefrance.fr/politique/hollande-cazeneuve-glucksmann-la-primaire-socialiste-toujours-sans-favori/

