Pour une coopération euro-arabe

Terre et Peuple n°10, solstice d’hiver 2001
Suite à la parution dans Terre et Peuple n° 7/8 (solstice d’été 2001) de la tribune libre de Guillaume Faye (« Querelle israélo-arabe : pour une stratégie de l’indifférence »), nous avons reçu une réponse amicale de Michel Thibault. Nous avions initialement prévu de la publier dans notre rubrique courrier des lecteurs. Cependant, compte tenu de l’actualité, elle a toute sa place dans le présent dossier.
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Guillaume nous exhorte à être indifférents au conflit du Proche-Orient, Palestiniens et Israéliens seraient selon lui à renvoyer dos-à-dos, et la seule politique à proposer pour l’Europe serait « pas d’amis en dehors de son propre peuple et sa propre cause ». Cette conception, qui ne doit rien à Carl Schmitt, est intenable, irréaliste et contraire aux intérêts de l’Europe.
Reprenons le fil de l’histoire pour voir à quel point, et dès le début, l’Europe a été partie prenante dans le conflit. Tout d’abord le sionisme est né en Europe, plus exactement en Autriche-Hongrie, son fondateur Théodore Herzl fait paraître son ouvrage principal L’État juif en 1896 ; avec, pour credo, le retour du peuple juif sur sa terre après des siècles d’exil. Ironie de l’histoire, Arthur Koestler hier (La Treizième Tribu) et Marek Halter aujourd’hui (Le Vent des Khazars) démontrent que les Juifs européens (Ashkénazes) descendent en majorité d’un peuple indo-européen d’origine caucasienne, les Khazars, qui n’a jamais mis les pieds en Palestine.
Le mouvement sioniste a d’abord cherché l’appui d’une grande puissance. Après avoir fait des avances à l’Allemagne et aux Turcs, c’est avec l’Angleterre, puissance occupante, qu’il s’associera pour son projet de colonisation de la Palestine. En 1917, Lord Balfour, du ministère des Affaires étrangères, écrit une lettre devenue célèbre à Lord Rothschild, dans laquelle il déclare que l’Empire britannique « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». En échange, le mouvement sioniste promet le soutien de la diaspora juive aux visées anglaises. Ce marchandage, dont le but est de déposséder un peuple de sa terre, sera résumé par les historiens arabes par une formule cinglante : les Anglais ont donné une terre qui ne leur appartenait pas à des personnes qui n’y avaient aucun droit.
La Deuxième Guerre mondiale arrive à point pour forcer l’histoire et matérialiser le rêve sioniste ; le massacre des Juifs européens justifie l’injustice faite aux Palestiniens et engendre une mauvaise conscience dans les pays occidentaux dont Israël saura tirer profit. C’est l’Europe et l’Amérique qui ont imposé la création de l’État sioniste aux pays arabes et fermé les yeux sur l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens. La suite de l’histoire, c’est le soutien inconditionnel apporté par l’Occident au colonialisme sioniste : 1956, agression de Suez, construction de la centrale nucléaire de Dimona par la France, livraison d’avions Mirage, transfert de technologie, soutien massif des médias français et européens à la politique de l’État d’Israël, guerre contre l’Irak, embargo criminel, etc.
Ainsi l’Europe a sacrifié ses intérêts stratégiques et économiques au Proche-Orient pour un pays dont la constance est de mener une politique anti-européenne et pro-américaine.
Une terre, un peuple, les Juifs ont un État, où est l’État palestinien ? L’Europe a créé ce problème, elle doit aider à le résoudre. Ce n’est pas avec des prophéties du genre « Israël est appelé à disparaître » ou des accusations d’antisémitisme (pratique courante chez Alexandre del Valle) que l’on fera avancer la réflexion. Se tenir à l’écart du conflit est impossible car l’histoire n’est pas une cour de récréation où il suffit de dire « pouce » pour se retirer après avoir commis une grosse bourde.
Avec del Valle, Guillaume Faye voit dans l’islam le responsable de l’immigration, celle-ci étant conçue comme une arme contre les peuples européens, une colonisation sans armées, la guerre des ventres. D’autre part, l’offensive menée par des musulmans européens au Kosovo, en Macédoine et en Tchétchénie accentue l’idée d’une puissante offensive islamique. Cette agression armée est inacceptable et doit engendrer une réponse à la hauteur du défi. Mais les gouvernements d’Europe de l’Ouest, inféodés à l’Amérique, favorisent cette offensive et trahissent les intérêts vitaux de l’Europe. […]
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