Double humiliation pour la justice et la gendarmerie françaises

C’est pas l’année de la gendarmerie. Dans l’affaire Lyhanna, elle a vécu un désastre complet, et plus qu’un désastre : une honte, nationale en plus. Officiellement, deux gendarmes ont été déplacés par la baudruche Nuñez. On s’attendait à des mises en examen, à du lourd, du pénal, pas à une promotion dans les îles.
Le prérapport de la mission d’inspection, diligenté après la mort de Lyhanna, « met en évidence une distinction nette entre une phase initiale de traitement jugée par l’inspection diligente, efficace et proactive par la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch et le parquet de Toulouse, d’une part, et une phase ultérieure marquée par des défaillances de suivi, de coordination et de pilotage au niveau du parquet d’Auch et de la compagnie de gendarmerie de Condom, d’autre part, et qui commande de prendre différentes mesures », détaille Laurent Nuñez.
Dans la première phase, « toutes les investigations possibles ont été conduites de manière optimale […] avec une grande considération pour la victime, déployant pédagogie et écoute », poursuit-il. En revanche, le transfert de la procédure au parquet d’Auch, territorialement compétent, « a provoqué une rupture de continuité dans le suivi de la procédure et de la perception du danger et de l’urgence », observe le ministre. (Le Monde)
La maman de Rosa, une fillette qui a été violée cinquante fois par Barella, a porté plainte et crié dans le désert depuis 2024. La vérité, derrière le jargon judiciaire, c’est que les gendarmes, passez-nous l’expression, n’en avaient rien à carrer. Même topo pour le gendarme Jambert, abandonné par ses collègues et sa hiérarchie, qui soupçonnait déjà Émile Louis en 1979. L’affaire des disparitions des filles de l’Yonne sera classée en 1984, Jambert sera suicidé en 1997 (deux trous dans la tête pour un suicide) et le tueur en série ne tombera qu’en... 2000.
Alors que toute la chaîne de commandement régionale devrait sauter, et rendre gorge devant la justice, tout va se régler en interne, comme dans le film policier La prochaine fois je viserai le cœur, avec un inquiétant Guillaume Canet. C’est l’histoire, inspirée de faits réels, d’un maniaque qui tue des jeunes filles. Le gendarme, car c’était un gendarme, a baladé ses propres collègues pendant plus d’un an, et participait avec eux à une enquête sur le tueur en série de l’Oise !
Là on parle d’un vrai mouton noir, il y en a partout, mais d’un loup solitaire. Dans l’affaire Lyhanna, c’est toute une gendarmerie régionale et sa hiérarchie qui sont coupables. Alors que la justice tombe à bras raccourcis sur le moindre manquement à la loi chez les civils (un pique-nique sur la plage en famille en 2020, entrer au bistrot sans pass sanitaire, une bagnole légèrement mal garée), les gendarmes, eux, semblent hors la loi, à l’abri du glaive.
Là-dessus, le 21 juillet 2026, deux Américains humilient en 48 heures une équipe de la gendarmerie locale dans l’Adour. L’Adour est une rivière, Le Figaro résume l’exploit, des youtubeurs, autrement dit la médiocrité des enquêteurs français.
« Ce sont mes héros. Des Avengers ! En quatre heures, ils ont résolu le cold case. » Au téléphone, la voix de Laura Stévenin mêle soulagement et tristesse. Gratitude et stupéfaction. La veille, mardi 21 juillet, elle a appris que la voiture de son frère David, disparu en septembre 2018, venait d’être repêchée du fond de l’Adour, à Urt (Pyrénées-Atlantiques), comme l’a révélé Sud Ouest. À son bord, un corps. À la manœuvre, une mystérieuse équipe de plongeurs américains. Le lendemain, mercredi 22 juillet, Ici Pays Basque dévoilait que cette équipe avait réussi l’exploit de retrouver quasiment au même endroit le véhicule d’une deuxième personne, Joëlle Pouy, disparue depuis septembre 2017.
Pour info, à l’époque de la disparition du gars, la gendarmerie avait déjà fouillé la rivière... 2018, c’est pourtant pas si loin : on connaît des pêcheurs qui repèrent les poissons (des carpes de 23 kg, hein, Thomas) avec un sonar.
Les responsables de cette faillite ont répondu au Figaro :
Reste, désormais, à comprendre ce qu’il s’est passé dans la nuit du 25 au 26 septembre 2018. L’enquête avait été classée par la justice en 2021, selon l’AFP, mais le parquet de Bayonne a rouvert une enquête en « recherche des causes de la mort ». Elle a été confiée à la section de recherche de la gendarmerie de Pau et à la brigade de recherche de Bayonne, avec l’appui de la cellule d’identification criminelle des Pyrénées-Atlantiques et des Landes.
Des champions du monde... Même affaire de disparition avec une certaine Joëlle Pouy, qui a disparu en 2017. La famille de Joëlle, quand elle a appris que les plongeurs américains avaient retrouvé le corps de David Stévenin, les ont appelés illico, les gars sont revenus direct d’Italie, ont appliqué leur protocole et retrouvé la voiture au fond de l’eau avec le corps de la disparue. Là aussi, l’enquête avait été classée... Même si le parquet de Bayonne, comme l’écrit Le Figaro, avait rouvert une enquête sur les causes de la mort. On sait que sous le règne du catastrophique Dupond-Moretti des milliers d’affaires ont été classées pour désengorger les tribunaux. C’est la méthode fourre-sous-le-tapis d’une justice qui déraille complètement.
Quant au manque de moyens, laissez-nous rire : on ne va pas repasser le témoignage du paysan qui a raconté l’armée de gendarmes mobilisée par la justice dans la même région pour le persécuter, lui et ses camarades.
Ça a l’air facile de critiquer justice et gendarmerie, le cul sur sa chaise, mais non : nous, on fait notre boulot avec des moyens rudimentaires, le mieux qu’on peut, et eux, qui sont financés par nos impôts, laissent passer des meurtres et des viols d’enfants. C’est une défaillance générale, sans parler du tabassage judiciaire et policier des Gilets jaunes, le truc qu’on n’a jamais avalé. Il y a eu jusqu’à 80 000 FDO dans les rues pour empêcher l’insurrection de remonter jusqu’aux responsables, cette oligarchie qui donne justement ses ordres à la justice, à la police et à la gendarmerie.
Ce ne sont pas les Français qui sont malades, ce sont leurs prétendus protecteurs.
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