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La place du sacré

Il existe dans toute société humaine, dans toute civilisation, une limite en dessous ou au-delà de laquelle le franchissement ne s’effectue qu’au prix de bouleversements qui rendent impossible tout retour en arrière. Quelles sont les limites de notre société ? Existent-elles encore ? Si l’air ambiant actuel est fait d’injustice, de paupérisation, de tensions sociales et ethniques, il se mêle de plus en plus à l’odeur collante de la guerre qui tourne autour de nos têtes. Parmi les multiples causes qui mènent une société vers la crise, l’absence du sacré, parce qu’elle relève de l’invisible, en est à la fois la plus silencieuse et la plus importante.

 

Le sens du sacré

Le terme sacré provient du latin sacer qui désigne ce qui est inviolable, ce qui est interdit. Il est lui-même fondé sur le radical « sak », commun aux langues indo-européennes. Le sacré s’inscrit dans l’espace car il établit une limite au-delà de laquelle les hommes ne peuvent agir de manière ordinaire, de manière profane. Dans le mythe de la fondation de Rome, Romulus trace une limite autour de la cité qu’il souhaite fonder et le franchissement de cette frontière par son frère Remus lui coûte la vie. Les Romains appelaient cette limite le pomœrium. Le droit romain nommait res toute catégorie d’objets qui n’étaient ni une personne, ni une action. Les res extra commercium désignaient, comme l’expression l’indique, tout ce qui ne pouvait faire l’objet d’un quelconque commerce. Ainsi, les res publicae désignaient les biens qui appartenaient à l’État et que ce dernier laissait au libre usage des habitants de la République puis de l’Empire (voies publiques, ports, fleuves…). De même, les res communis regroupaient ce que la nature a donné à tous les hommes : l’air, l’eau des rivières, la mer et ses rivages. Enfin, les choses de droit divin (res divini iuris). Par exemple, un temple était à la fois sacrum (en tant qu’il appartenait au divin), sanctum (inviolable) et religiosum (soustrait aux usages humains). L’idée que le sacré est mis à part de l’usage ordinaire, que les hommes ne peuvent y rechercher un quelconque profit matériel se retrouve également dans les langues sémitiques. Le mot hébreux qādôš (קדש) signifie « ce qui est mis à part ». On retrouve ce sens dans l’araméen qaddīš (קדיש) et dans l’arabe quds(ق ْدس). Le terme arabe pour désigner Jérusalem est d’ailleurs al-Quds (ال ُق ْدس) que l’on traduit souvent par « la ville sainte ». Cependant, la langue coranique utilise le terme haram (حَرَام), plus proche d’un des aspects du latin sacer en ce qu’il fait référence au caractère inviolable, notamment du point de vue du droit. Ce mot peut désigner un lieu sacré, mais aussi tout ce qui est hors de l’usage ordinaire et par conséquent frappé d’interdit.

Ce qui échappe à la marchandisation

Ce qui est sacré ne peut donc avoir de valeur marchande puisqu’il est soustrait aux activités économiques. Il ne peut y avoir que le don comme engagement matériel. Or, l’une des caractéristiques les plus flagrantes des sociétés modernes, c’est l’extension permanente et tous azimuts de l’emprise marchande. Elles ne donnent plus sa place au sacré, ou, pour le dire autrement, elles donnent tout à César sans rien laisser à Dieu. Toute chose est chiffrée et se trouve peu à peu intégrée au marché, désormais mondialisé. Si le ventre de la mère est sacré, qu’à cela ne tienne ; il sera évalué comme un réceptacle susceptible de générer du profit. Jusqu’à 200 000 dollars pour une GPA (aux États-Unis). La « mère porteuse » – mais pourquoi ne pas l’appeler « récipient d’enfant » ? – en tirera quelques dizaines de milliers de dollars, avec des variations très fortes en fonction du pays. L’infertilité des hommes et des femmes est en constante croissance [1] et ouvre la voie à un marché en plein essor.

La terre se paie bien sûr, et depuis longtemps. L’eau se paie, et de plus en plus cher étant donné que le coût de la dépollution des eaux et des sols est en augmentation, et se compte en milliards d’euros en France [2]. L’air lui-même est taxé, de manière indirecte, via des dispositifs comme la taxe carbone, le malus écologique sur les véhicules thermiques, les taxes sur l’énergie… On peut estimer qu’un Français paie en moyenne 450 euros par an pour se payer le droit de détériorer l’air qu’il respire.

Tout se passe comme si l’homme payait un droit à la vie lors de son entrée dans ce monde puis, après avoir payé toute sa vie, paie encore pour pouvoir la quitter. En Suisse par exemple, la famille d’une personne souhaitant mourir devra débourser jusqu’à 11 000 euros pour couvrir tous les frais d’une mort assistée [3]. Tout cela parce que la limite a sauté et la recherche du profit s’est engouffrée dans tous les espaces disponibles comme un raz de marée.

Or, le sacré, dans son sens le plus large, à savoir la présence du Divin sur Terre, inclut l’idée de la gratuité pure. Pas la gratuité humaine, dans son acception non mercantile, mais la gratuité d’essence divine, au-delà du calcul de quelque nature qu’il soit. Le sacré est libre de droit. On en trouve une manifestation dans la nature : la profusion des fruits, le jaillissement d’une source, la totalité de l’air. Le sacré, s’il se définit comme une limite, est en réalité une manifestation de l’absence de limite dans l’élévation qualitative. D’où la nécessité, pour entrer dans le sacré, de se départir de la limite quantitative. C’est ce que demande Jésus lorsqu’il chasse violemment les marchands du Temple pour ne pas qu’une « maison de prière » se change en « caverne de voleurs ».

La nature sacrée de l’homme le pousse à chercher sans cesse. Cette insatiabilité du cœur est la conséquence de l’infinité du Divin. Mais si l’homme se détourne de la quête de Dieu et tend vers ce monde seul, il tombe dans le règne de la quantité et l’insatiabilité du cœur se transforme et se déverse dans l’espace laissé libre en contrebas, à savoir l’insatisfaction permanente, l’ingratitude. Le sacré est le seuil qui discrimine l’ingratitude de l’insatiabilité spirituelle.

La géographie sacrée

Jadis, les hommes passaient une grande partie de leur existence dehors. Du fait même que l’horizon géographique était beaucoup plus restreint qu’il ne l’est aujourd’hui (une vingtaine de kilomètres autour de chez soi pour un paysan du Moyen Âge dans le royaume de France), les habitants d’un territoire le sillonnaient de long en large et possédaient une cartographie mentale très précise de leur environnement. Chaque pierre, chaque cours d’eau, colline, plateau, forêt étaient nommés et s’inscrivaient dans une géographie sacrée où l’on trouvait des lieux favorables et recherchés, des endroits maudits ou interdits, dangereux ou fascinants. Un simple regard sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle permet de se rendre compte de l’enchevêtrement de noms issus du latin, du francique pour le Nord-Est du pays, du celte, des noms de saints, des noms indiquant la fertilité du sol ou au contraire les terres gastes… [4] Chaque recoin porte un nom. C’est une des marques de l’enracinement de la population et de son lien avec la terre qui était parcourue et pratiquée quotidiennement.

Notre société, s’il est encore permis de l’appeler ainsi tant le délitement des liens entre les hommes semble plus qu’une conséquence mais ressemble davantage à un projet, produit un détachement consommé entre l’habitant et son territoire. Le modèle urbain s’impose à la faveur de la métropolisation et les villes tentaculaires génèrent ce que l’anthropologue français Marc Augé a désigné comme des « non-lieux » [5] : gares, aéroports, centre commerciaux… Des espaces où prime la fonctionnalité au service des échanges mondialisés et qui, par leur standardisation à l’extrême, provoquent une déshumanisation. Le règne de la quantité appelle la répétition, tandis que le sacré engendre le qualitatif et l’unicité. C’est toute la distance que l’on peut constater entre le touriste et le voyageur et cela participe du déracinement mental, psychique et physique à l’intérieur des sociétés modernes. C’est ce même mécanisme que nous avons tenté de mettre en évidence avec l’idée du « transcolonialisme », qui est dénué de projet colonial au sens classique du terme puisque l’objectif n’est pas l’enracinement d’une population allogène sur un territoire déjà peuplé, mais la superposition d’une couche de population physiquement déracinée sur une autre, mentalement et spirituellement déracinée. La création d’une nation nomade, instable et inquiète correspond à un capitalisme nomade qui prospère sur l’inquiétude des peuples.

Les peuples européens autochtones sont confrontés de fait à la question identitaire. En France, cette question se cristallise autour d’une droite nostalgique. Cette nostalgie se réfère bien souvent à une image fantasmée du pays figé dans les caractéristiques démographiques des années 1950, avant le bouleversement de Mai 68. Or, la société française des années 1950 était pétrie d’interdits et de cadres issus du catholicisme qui ne seraient plus supportables aujourd’hui. Ainsi, on obtient l’image reconstruite d’une France d’avant 68 qui possède néanmoins tous les attributs dont elle fut chargée après. C’est particulièrement vrai pour l’idée que cette droite nostalgique se fait de la femme française. Cela rejoint en réalité le même fantasme qu’entretiennent les descendants d’immigrés qui vouent un culte à leur pays d’origine (il suffit de regarder les drapeaux brandis lors des matchs de football en France) tout en n’y ayant mis les pieds qu’à de rares occasions, parfois même jamais. Quel point commun peut-il y avoir entre un jeune Français dit autochtone tenté par la droite identitaire et nostalgique et le jeune Français originaire, de près ou de loin, d’un pays d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne mais vivant en France, méprisant celle-ci tout en valorisant immodérément celui-là ? C’est le déracinement. Et l’inquiétude identitaire qui en découle.

Parmi les principales voies de la droite identitaire en France, certains sont justement issus des mêmes aires géographiques fantasmées par les racailles qu’ils conspuent.

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Des représentants de la droite identitaire française à Londres, se rendant à la manifestation organisée par Tommy Robinson, le 13 septembre 2025.

 

Mais plus encore : tous ces déracinés identitaires soutiennent le suprémacisme israélien dans ce qu’il a de plus sanguinaire car il constitue à leurs yeux un modèle de défense d’une identité à laquelle ils se sentent appartenir. Un modèle justement fondé sur une géographie sacrée affirmée et confirmée par le judaïsme, le christianisme et l’islam. Jérusalem est la boule de discorde d’un billard à trois bandes.

C’est d’ailleurs la reconnaissance de cette géographie sacrée qui a permis la création de l’État d’Israël en 1948 avec l’aval des Nations unies. Sans revenir sur les nombreuses raisons qui ont rendu cette genèse possible, regardons l’une d’entre elles sous l’angle qui nous intéresse présentement. Cette reconnaissance se base sur une façon bien particulière d’envisager la religion : celle d’une chose dont on hérite et non comme une voie sur laquelle on s’engage. C’est cette même acception patrimoniale du religieux qui est à l’origine du fanatisme sioniste et plus largement du fanatisme juif, puisque le judaïsme est d’abord un patrimoine génétique bien avant – et même à la place – d’être l’adoration de Dieu. Or, ce que l’on retrouve dans l’inquiétude identitaire du Français autochtone ou du Français allogène, c’est l’attachement réactivé à une religion de culture ou de civilisation en tant que forme la plus marquée de l’appartenance ethnique. Cette conception patrimoniale de la religion n’est possible que lorsque son caractère sacré n’est plus compris. Dès lors, comment s’étonner qu’un personnage comme Éric Zemmour appelle les Français autochtones à renouer avec le christianisme catholique sans s’embarrasser de la question de Dieu, donc du sacré, puisque ce sur quoi il faut s’appuyer, c’est justement le caractère identitaire et génétique de la religion.

 

 

Éric Zemmour transpose simplement le modèle juif sur le christianisme : inutile de croire en Dieu, ce qui compte c’est qu’Il nous ait donné la Terre. C’est ainsi que l’on se sert du sacré. Mais les chrétiens n’ont pas attendu l’appel du pied de Zemmour, car ce qui compte pour le clergé en général, c’est le nombre d’ouailles. Renouer avec le christianisme comme on reprendrait l’échoppe de son grand-père, c’est se mêler aux marchands du Temple, aux « changeurs » et aux « vendeurs de pigeons » [6]. Mais nombre de musulmans français ont adopté cette religion patrimoniale et c’est d’ailleurs cet islam « génétique » qui est mis en avant en Occident, alimentant ainsi le jeu malsain du billard à trois bandes.

*

Au final, il existe une distance vertigineuse entre servir Dieu, et se servir de Dieu. Un simple pronom réfléchi suffit à marquer le seuil qui sépare le sacré du profane. Lorsque la religion perd son caractère sacré et tombe dans le domaine de ce qui s’hérite, s’achète et se vend, un garde-fou tombe. On peut tenter de le remplacer par la loi, par la norme. Notre pays est d’ailleurs un champion dans la production de lois : au début de l’année 2025, la France comptait 359 851 textes de loi en vigueur sur son territoire, un record historique atteint grâce à une croissance constante en particulier depuis les vingt dernières années [7]. Des lois de plus en plus nombreuses, dans toutes les directions et, par conséquent, de moins en moins dignes d’être respectées. Des lois sanitaires dont la vocation première était l’humiliation (une attestation pour s’autoriser soi-même à sortir de chez soi, possibilité d’acheter des chaussettes mais pas des chaussons, boire son café debout…) des lois relatives à la circulation (zones 30 km/h que la police elle-même ne respecte pas, faux feu-rouge…) des lois complètement iniques [8]… Un signe manifeste du dévoiement de la norme au sens latin du terme : il n’y a plus de mesure étalon de la justice sur laquelle on puisse s’appuyer. Cette tendance ira jusqu’à l’effondrement complet de la loi. Alors, lorsque la crise parviendra à son acmé, se posera, comme à chaque fois, la question qu’il n’aurait jamais fallu perdre de vue : quelle est la place du sacré ?

Hyacinthe Maringot

 

Dévoi(l)ement

Notes

[1] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/397...

[2] https://www.statistiques.developpem...

[3] https://choisirmafindevie.org/qa/?u...

[4] https://www.geoportail.gouv.fr/donn...

[5] Marc Augé, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Seuil, 1992.

[6] Matthieu, XXI, 12-13.

[7] https://www.legifrance.gouv.fr/cont...

[8] Arrêté de la cour de cassation du 15 septembre 2022 : « L’occupation sans droit ni titre d’un bien immobilier par la victime ne peut constituer une faute de nature à exonérer le propriétaire du bâtiment au titre de sa responsabilité, lorsqu’il est établi que l’accident subi par cette dernière résulte du défaut d’entretien de l’immeuble. »

Du même auteur, sur E&R

 
 
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18 commentaires

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  • #3592975
    Le 11 février à 21:25 par menfin

    "vous abattez des arbres pour élever des asiles afin d’abriter les gens qui sont devenus fous de ne plus jamais voir d’arbres", james thurber,
    citation introductive du film "un idiot à paris", adapté de rené fallet.....

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  • #3592995
    Le 11 février à 23:02 par Femme

    Sacré Hyacinthe ! Je suis sacrément enthousiasmée par vos articles.

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  • #3593031
    Le 12 février à 07:12 par bougre

    Le domaine de ce qui s’hérite, s’achète et se vend représente les contours d’une religion ennemie de l’Eglise, un culte reconnaissable par ses oeuvres mais aussi par la similarité de ses adeptes attachés à un particularisme qui les distinguent

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  • #3593044
    Le 12 février à 08:45 par toto l’asticot

    La naissance même, dit-on, est taxée. La république fait un prêt de 30.000.000 € sur chaque création d’acte de naissance, pour créer une entreprise MONSIEUR NOM PRENOM avec un n° d’entreprise (le numéro de sécurité sociale ) et charge à Prénom Nom l’être vivant qui vient de naitre, de rembourser la sureté attachée à sa personnalité juridique. Or l’art 6 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 dispose que "chacun a le droit à la reconnaissance de sa personnalité juridique en tout lieu". Ce qui veut dire que chacun a le droit de NE PAS reconnaître sa personnalité juridique en tout lieu. Le hic c’est que les gendarmes ne connaissent que la loi de la force, la force publique, les forces de l’ordre ... on est loin à présent des gardiens de la paix de mon enfance.
    Ainsi, il y a un prêt dont la valeur nous appartient qui traine en république. C’est une forme d’inversion des valeurs si chère aux vendeurs de pantalons à une jambe.

     

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    • #3593196
      Le 14 février à 10:26 par PL

      @ toto l’asticot : " La république fait un prêt de 30.000.000 € sur chaque création d’acte de naissance, pour créer une entreprise MONSIEUR NOM PRENOM avec un n° d’entreprise (le numéro de sécurité sociale ) et charge à Prénom Nom l’être vivant qui vient de naitre, de rembourser la sureté attachée à sa personnalité juridique. "

      Source ?
      " La république (française) fait un prêt" à qui ?
      Le n°de INSEE n’est pas un n° d’entreprise puisqu’il faut s’immatriculer et demander un numéro de SIREN pour exerce une activité d’entreprise individuelle. Il est essentiellement utilisé dans le domaine de la protection sociale, tandis que les différents services administratifs (fisc, éducation, police, etc.) attribuent à leurs usagers des identifiants sectoriels spécifiques.

  • #3593064
    Le 12 février à 11:39 par 100

    Superbe texte éclairant et très bien écrit. Merci.

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  • #3593077
    Le 12 février à 15:35 par Barthélémy

    Merci pour votre article. Là où je serais tenté de nuancer votre propos, c’est sur le terrain religieux. Le danger n’est pas seulement une religion patrimoniale ou identitaire ; il est aussi dans la tentation de réduire le christianisme à un simple facteur de cohésion civilisationnelle. Le catholicisme n’est pas une tradition ethnique parmi d’autres, mais la vérité révélée appelée à ordonner les âmes et les sociétés. On ne peut pas défendre les “racines chrétiennes” sans défendre la foi, la doctrine et la morale qui en procèdent.

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  • #3593158
    Le 13 février à 23:04 par PL

    Attention, le judaïsme talmudique (par opposition au judaïsme sacerdotal) et toutes les sectes protestantes ne reconnaissent absolument pas la notion de sacré, de sacrement : leur valeur normative n’est pas le sacré opposé au profane, mais la pureté opposée à l’impureté, à la saleté, c’est le puritanisme, c’est pour cela qu’ils qualifient de nauséabonds les propos critiques des Juifs.
    Leur combat contre les religions qui se fondent sur le sacré (le catholicisme, l’orthodoxie, et l’Islam, tout particulièremen chiite, mais aussi toutes les religions antiques grecques, romaines, celtes, germaines, indo-européennes, égyptiennes) consite donc à faire des actes de profanations et des sacrilèges, à détruire les reliques, à salir les images, à envoyer les Femen à Notre-Dame pour l’inauguration du nouveau carillon, a faire une exposition offivcielle sur "Piss Christ", à montrer aux enfants musulmant en classe de 4ème des dessins de Mahomet avec l’anus en l’air, et à dénoncer l’intolérance.

    Une synagogue et un temple protestant ne sont absolument pas des lieux sacrés pour les rabbins et les pasteurs, eux non plus car ils ne sont pas de prêtres, les temples et les synagogue sont des simples salles de réunions, alors que les mosquées et les églises sont considérées par les musulmans et les catholiques comme des lieux sacrés.
    La Réforme protestante et la réforme talmudiste ont consisté, par rapport au judaïsme antique et aux christianisme grecs et romains, à rejeter le sacré, ce sont à proprement parle des profanations.

     

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    • #3594279
      Le 19 février à 15:28 par Tetar 1er

      Très juste, PL

      On peut tout de même rajouter que le sens sacré/prophane existait bien chez les hébreux (l’arche, le voile derrière lequel seul le grand prêtre peut aller, et encore à certaines occasions - ce même voile du Temple que le Christ a déchiré). Il y avait bien sûr la Loi, les interdits (comme en Islam du reste), mais la Loi est désormais toute contenue dans la croix (le Christ a été crucifié sur la Loi du Monde), et le savoir-vivre s’est commué en un savoir-mourir (très parlant pour les élites païennes guerrières, qui ont embrassé la religion chrétienne à l’époque)

      En ce sens l’Eglise, le Verus Israël s’inscrit bien dans la continuité biblique, et reprend le flambeau.
      Voilà pourquoi les catholiques tradi ne considèrent pas les juifs de ce temps comme leurs "aînés dans la Foi" (à l’inverse des protestants et des catholiques conciliaires, qui leur sont naturellement soumis).

  • #3593385
    Le 15 février à 08:47 par Alex

    La Misdrah enseigne que la main qui frappe un non-juif finira par frapper aussi le juif”

    Arik Ascherman, engagé pour la défense des droits des Palestiniens depuis les années 1990, il défend les fermiers palestiniens.

    l est condamné pour désobéissance civile en 2005 après avoir fait barrage à un bulldozer qui allait détruire des maison palestiniennes, et il est à nouveau accusé, en 2008, “d’inciter les Palestiniens à s’opposer à la police”

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  • #3593895
    Le 17 février à 22:37 par LL

    Hauteur de vue et profondeur de champ. Voilà qui confine au divin. Clap clap.

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  • #3594191
    Le 19 février à 08:04 par Assise Signorelli

    "Ce qui est sacré ne peut donc avoir de valeur marchande puisqu’il est soustrait aux activités économiques." Voilà ce que l’on peut lire de vous. Figurez-vous que les indulgences, c’est-à-dire la distribution ou vente du trésor des œuvres surrérogatoires par l’Eglise, est cependant un bon exemple de "marchandisation du sacré".

     

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    • #3594284
      Le 19 février à 15:53 par Tetar 1er

      Pas tout à fait. Ici on ne vend pas proprement dit ce qui est sacré (l’âme, l’eucharistie, le corps comme Temple du Saint Esprit, etc), mais on considère l’argent comme pouvant participer à l’économie divine, puisque sa valeur d’échange sert à traduire la valeur don : la sueur que j’ai versé pour gagner ce Louis d’or, ou même tous les biens que je pourrais en obtenir, je les donne, je les rend, en vue d’un don meilleur.

      C’est la finalité qui compte, et l’argent peut tout à fait jouer un rôle de moyen/intermédiaire. On serait bien embêté de ne pas pouvoir AGIR avec de l’argent, dans les sociétés dont l’argent constitue le principal rouage.

      Ainsi, la vente d’objets pieux (qui à la rigueur était plus pertinent à relever dans votre argument) n’est pas non plus un marchandage du sacré, car le profit fait avec ces ventes n’est pas prophane (il ne sert pas à enrichir un marchand) mais utilisé POUR le sacré, à savoir subvenir aux besoins de l’Eglise, qui a pour charge non seulement de défendre et répandre la Foi, mais de glorifier Dieu dans ses œuvres, et cela comprend bien sûr la beauté du rite, des églises, et tout l’entretien ecclésiastique.

      Ce serait comme dire que la charité faite aux pauvres (censée aussi agréer Dieu, obtenir ses faveurs), puisqu’elle se fait par l’argent, serait une manière de monnayer le sacré. Bien sûr que ce n’est pas du tout l’objet de la chose...

      Sur cette question du marchandage du sacré, pour ne pas se tromper, il convient d’employer le bon terme, qui est celui de Prostitution. C’est cela qui est condamnable pour l’Eglise. C’est pour cela par exemple que le métier de comédien était mal vu, car il représentait la prostitution du corps en vue de fournir un plaisir (exactement comme la prostitution au sens commun).

      Bref, la question n’est pas de savoir si l’argent intervient, c’est plus profond que ça. Plus spirituel dirons-nous. Vous raisonnez trop de manière matérielle pour bien saisir le point dont il est question.

    • #3594384
      Le 20 février à 07:51 par Assise Signorelli

      @ Tetar 1er

      Faire de la maison du Père une maison de trafic (Jn. 2 : 13) vous convient.

      C’est la grâce qui consume le péché, pour le chrétien.

      Jean affirme (1:16) "et nous avons tous reçu de sa plénitude, grâce pour grâce".

      Les termes de l’échange de la maison du Père sont homogènes. Or l’argent ou le travail n’est pas homogène à la grâce, comme la terre n’est pas le ciel.

      Faire commerce de l’acte sacerdotal est une hérésie qui a simonie pour nom.

      Laurent Guyénot, dans un texte récent, citait les trois premiers versets de Jean. Mais il ne faut pas en rester là, il faut aller de cet alpha jusqu’à l’oméga, c’est-à-dire d’un souffle couvrir tout Jean 1:1-18. Jean y indique clairement la ligne de séparation des eaux entre la loi et la grâce.

      L’abbé Bergier, dans son dictionnaire de théologie dogmatique catholique romaine, définit l’âme comme absolument immatérielle. La conséquence pour la personne divino-humaine du Christ en est de réserver la dynamique de la grâce au sein de sa nature divine, à l’exclusion de sa nature humaine, ce qui est un appolinarisme.

      A contrario, l’âme, pour le christianisme oriental a une fine matérialité, comme un gaz, écrit Ignace Briantchaninoff.

      L’Empire romain a cessé son existence en Occident à la fin du Vè siècle, quand le Rhin gela. En Orient, l’Empire Romain a cessé son existence en 1453, lors de la prise de Constantinople par les Turcs Ottomans, après qu’elle ait été conquise en 1204 par les croisés, puis reprise en 1270. L’antiquité est ainsi défunte en Orient en 1453, mais stricto-sensu, la Russie en a hérité, et en respire encore, sans empreinte de la scolastique médiévale occidentale, dénoncée par Pascal dans ses Provinciales.

      Marc d’Ephèse n’a pas signé l’union de Bâle-Ferrare-Florence. Pour cela, le christianisme oriental l’a canonisé. Le grec Isidore, signataire de l’union, a été mis à l’ombre par le grand-duc de Moscou, pour sa messe unioniste/filioquiste à Moscou. De ce temps, avant 1453, date l’autocéphalie de fait de l’Eglise Orthodoxe Russe. Faut le savoir.

      Quelques années plus tôt Jeanne sauva la France. Le Dauphin de Chinon était encore porteur du sang d’Anne de Kiev. Le serment du sacre de Reims était prêté sur l’évangéliaire qu’elle apporta, elle, la fondatrice de Senlis. Faut le savoir.

      Le feu sacré de la Pâque orthodoxe à Jérusalem est encore amené en Russie.

      S’agit-il de la même réalité que celle décrite par Emile Burnouf dans son Vase Sacré ?

    • #3594488
      Le 20 février à 18:21 par Tetar 1er

      Vu le début de votre réponse (avant qu’elle ne s’égare sur tout à fait autre chose), vous ne m’avez pas lu, c’est dommage, mais tant pis, on ne peut pas vous y obliger

      J’espère que vous n’avez jamais dépensé d’agent pour acheter une icône, l’orthodoxe, ou bien cela doit vous torturer ;)

      je vous souhaite un Saint Carême.