Depuis jeudi 27 mars, le président de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik [photo], est visé par un mandat d’arrêt international émis par la cour d’État de Bosnie-Herzégovine. On lui reproche de bafouer l’ordre constitutionnel du pays issu des accords de Dayton de 1995.
La Republika Srpska (RS), ou République serbe, est l’une des entités politiques à l’intérieur de l’État de Bosnie-Herzégovine, dotée d’institutions représentatives, mais soumise en théorie à la constitution du pays. En juillet 2023, Milorad Dodik a fait voter deux lois par le Parlement de Republika Srpska supprimant la validité, à l’intérieur de l’entité serbe, des décisions de la Cour constitutionnelle bosnienne et du haut représentant international en Bosnie-Herzégovine, Christian Schmidt, ancien ministre de Merkel, en poste à Sarajevo depuis le 1er août 2021.
Le 26 février dernier, la Cour de Bosnie-Herzégovine a condamné Milorad Dodik à un an de prison et six ans d’inéligibilité. Le lendemain, la Republika Srpska a fait savoir qu’elle ne reconnaissait plus aucune autorité à la justice et à la police centrales de Bosnie-Herzégovine à l’intérieur des frontières de l’entité serbe. Cette succession de rejet de l’autorité centrale a finalement conduit les institutions judiciaires du pays à émettre un mandat d’arrêt international contre le président de la République serbe de Bosnie et contre le président du parlement de la Republika Srpska, Nenad Stevandić.
Dans ce reportage de Public Sénat, on trouvera le point de vue pro-européen sur la situation politique en Bosnie-Herzégovine depuis la fin de la guerre. Malgré ce biais inévitable, l’analyse est toutefois intéressante.
Les accords de Dayton ont mis fin à la guerre mais ont mis sur pied un État ingouvernable. Alors que Macron tente désespérément de sauver la guerre en Ukraine, les médias français voient désormais l’ombre de Moscou sous chaque pierre du continent européen. Poutine est ainsi accusé de souffler sur les braises encore vives du conflit ethnique qui a ravagé l’ancienne Yougoslavie à partir de 1991. Une intervenante évoque toutefois des mesures qui ont aussi participé à la réaction des autorités serbes. La reconnaissance du génocide de Srebrenica en est l’une des plus conséquentes. L’ONU a reconnu le 23 mai 2024 le génocide de Srebrenica. La résolution avait été proposée conjointement par l’Allemagne et le Rwanda et coparrainée notamment par les États-Unis. L’épuration ethnique commise par les Serbes dans plusieurs territoires peuplés de Bosniaques musulmans n’est pas contestable, mais la manipulation du terme génocide demeure toujours politique, le mot bénéficiant du copyright sioniste. Ainsi, en 2020, on trouvait une grande affiche dans les rues de Sarajevo, établissant une filiation entre la Shoah et le génocide de Srebrenica, mettant en scène une « mise en abyme » entre la photographie d’Anne Franck et de sa sœur Margot sur la plage à Zandvoort en 1940 et une mère de victime de Srebrenica regardant cette première photographie sous forme d’affiche installée devant la maison d’Anne Franck à Amsterdam.

Néanmoins, le 26 avril 2024, Yahel Vilan, ambassadeur d’Israël en Serbie, confiait à l’agence de presse russe Sputnik que les massacres commis à Srebrenica ne constituaient pas un génocide, craignant que le terme perde de son importance. Et d’ajouter : « Et Israël a été traduit à La Haye en raison du prétendu génocide à Gaza. Pour moi, Srebrenica ne devrait pas être qualifié de génocide. » [1] Cette situation n’est pas étonnante dans la mesure où Israël pratique déjà une relation ambiguë avec le génocide arménien. Les autorités politiques israéliennes se sont toujours refusées à reconnaître officiellement le génocide des Arméniens par le pouvoir ottoman (ce qui permettait entre autres choses de ménager le partenaire turc) tandis que les institutions mémorielles sionistes, telles que le Mémorial de la Shoah, le reconnaissent bien volontiers.
Le terme génocide fait partie d’un arsenal répressif et la fébrilité coupable de l’appareil médiatique français sur la réalité du génocide en cours à Gaza montre bien qui utilise ce terme à dessein depuis des décennies pour avancer ses pions sur l’échiquier mondial.
Pour braver l’effectivité du mandat d’arrêt international émis à son encontre, Milorad Dodik s’est rendu en Israël pour assister, à l’instar de nos courageux compatriotes « d’extrême moite » Jordan Bardella et Marion Maréchal, à la conférence internationale de lutte contre l’antisémitisme organisée par le gouvernement de Netanyahou les 26 et 27 mars à Jérusalem.
DODIK IZBAČEN SA SAMITA O ANTISEMITIZMU U JERUSALEMU – NETANYAHU MU JASNO PORUČIO DA NEMA MJESTA ZA NJEGA pic.twitter.com/NhPFEEgEOS
— BOSNJACKA BORBA (@BosnjackaBorba) March 27, 2025
Sur cette vidéo, on voit Dodik caresser le dos du boucher de Gaza et s’assoir à ses côtés avant que l’on ne lui fasse comprendre que la place n’est pas pour lui. Il y a une hiérarchie aussi chez les suppôts de Satan(yahou).
Le président de la République serbe de Bosnie avait pensé un temps pouvoir obtenir le soutien de l’administration Trump, mais le secrétaire d’État américain Marco Rubio a dénoncé la politique de Dodik sur le réseau social X le 8 mars dernier, l’accusant de menacer « la sécurité et la stabilité » des institutions de Bosnie-Herzégovine.

L’entité serbe de Bosnie rassemble un peu plus d’un million d’habitants mais est marquée par d’importantes difficultés économiques et une émigration des jeunes inquiétante, comme d’ailleurs le reste de la Bosnie-Herzégovine. L’un des plus importants soutient de l’État bosnien post Dayton est actuellement l’Union européenne. Ce soutien s’inscrit dans la lutte d’influence que les européistes prétendent mener contre l’ingérence russe, mais le caractère non fonctionnel de la constitution de Bosnie-Herzégovine est aussi une sorte d’écho dangereux de la construction européenne elle-même. Toutes deux sont nées d’une volonté américaine pour officiellement établir la paix, mais dans les faits, elles aboutissent à une dissolution de la souveraineté et à une incapacité politique structurelle.
Bonus : Yougoslavie, trente ans après
avec Xavier Moreau et Nikola Mirkovic