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Théodoric : une page oubliée de l’Empire romain

Pourquoi sommes-nous chrétiens ? Partie VI

Je poursuis ici mon survol historique de la naissance de la chrétienté latine. Ce que j’ai appris de mes lectures récentes sur le royaume de Théodoric m’a semblé mériter un article entier, ne serait-ce que pour montrer à quel point les perspectives évoluent. L’histoire n’est peut-être pas une science, mais c’est un domaine de la connaissance, et la connaissance progresse. On me reproche de citer surtout des auteurs anglophones. Pour ma défense, je dirai d’abord que c’est en faisant connaître ces auteurs non traduits que je me crois utile au public français. Ensuite, je constate amèrement que la recherche historique en France n’est plus au niveau depuis les années 90, avec bien sûr des exceptions.

*

En 461, Théodoric, âgé de huit ans et issu de la dynastie gothique des Amals, fut envoyé comme otage à Constantinople – une mesure diplomatique courante et efficace pour le respect des traités dans le monde antique. L’oncle de Théodoric était le roi des Goths installés en Pannonie (Europe centrale), alliés aux Romains en tant que peuple fédéré (de foedus, « traité »). Il venait de conclure un nouvel accord avec l’empereur d’Orient de l’époque, Léon, qui prévoyait une rémunération de 300 livres d’or par an en échange de services militaires. Théodoric grandit ainsi au contact de la cour impériale jusqu’à ses dix-huit ans et reçut la meilleure éducation disponible, l’essence même de la Romanitas (qui à Constantinople signifiait l’hellénisme). En 471, il succéda à son oncle comme roi des Goths de Pannonie, avec l’approbation des Romains, et dirigea occasionnellement ses troupes (peut-être vingt mille guerriers) dans des campagnes militaires contre les ennemis de Rome. En 475, ses troupes aidèrent à rétablir sur son trône l’empereur Zénon détrôné par un « usurpateur ». Reconnaissant, Zénon nomma Théodoric magister militum, le proclama amicus des Romains et l’adopta personnellement comme fils d’armes. En 484, il lui accorda l’honneur suprême du consulat. En 488, il l’envoya renverser Odoacre en Italie.

 

Odoacre était un commandant militaire germanique qui avait destitué l’empereur enfant Romulus Augustule en 476 et envoyé à Constantinople les ornamenta impériaux (les symboles du pouvoir impérial, incluant sceptre et manteau pourpre), signifiant à Zénon qu’il le reconnaissait comme seul empereur d’Orient et d’Occident. Certains historiens affirment donc, de manière tout à fait logique, que 476 ne marque pas la « chute de l’Empire romain », mais sa réunification [1]. Cependant, si Odoacre n’avait pas besoin d’un empereur d’Occident, surtout d’un enfant, c’était parce qu’il avait l’intention de régner avec le moins d’ingérence impériale possible. Après douze ans, Zénon envoya contre lui Théodoric et ses Goths.

La restauration de l’Empire par Théodoric

Contrairement à Odoacre, Théodoric prit donc possession de l’Italie en tant que représentant légitime de l’empereur d’Orient. Mais l’administration de Théodoric fut si efficace et si « romaine » qu’il devint bien plus qu’un gouverneur aux yeux de ses sujets : « Moins d’une décennie après sa victoire sur Odoacre, Théodoric était acclamé comme un nouveau Trajan ou Valentinien ; il honora le Sénat et le peuple et entreprit une série de projets de rénovation de grande envergure, salués par les Italo-Romains contemporains comme surpassant les merveilles antiques. » [2] C’est ce qu’écrit Jonathan Arnold dans Theoderic and the Roman Imperial Restoration, publié en 2014.

Théodoric attendit la mort de Zénon en 491 pour se proclamer rex Italiae, titre qu’il conserva jusqu’à sa mort en 526. Il fit de Ravenne sa capitale et l’enrichit de splendides édifices, dont la cathédrale Sant’Apollinare Nuovo (photo d’en-tête). Sa relation avec le nouvel empereur d’Orient Anastase traversa une période difficile. Mais une source connue sous le nom de l’Anonymus Valesianus affirme qu’une ambassade envoyée par le Sénat de Rome à Constantinople en 497 obtint la faveur de l’empereur pour Théodoric : « La paix fut conclue avec l’empereur Anastase, qui rendit tous les ornementa impériaux qu’Odoacre avait envoyés à Constantinople. » [3]

En 511, quelque quinze ans après le début du règne de Théodoric, « l’Empire romain d’Occident semblait renaître et retrouver la place qui lui revenait de droit » [4]. Théodoric régnait sur la majeure partie de l’Occident romain au nord de la Méditerranée, directement sur l’Italie et indirectement sur le sud de la Gaule en tant que régent de son gendre wisigoth Eutharic. Le roi de Bourgogne était également son gendre, et le roi des Vandales à Carthage était son beau-frère, ce qui faisait de Théodoric l’homme le plus puissant de toute l’Europe occidentale, son influence s’étendant jusqu’en Europe centrale. En 493, Théodoric avait contracté un mariage diplomatique avec la sœur du roi des Francs, Clovis, mais leurs relations se détériorèrent à mesure que l’expansionnisme de Clovis devenait plus agressif (nous reviendrons sur les Francs dans le chapitre suivant).

Le livre de Jonathan Arnold illustre une perspective révisionniste sur l’Antiquité tardive. Elle ne fait pas l’unanimité et doit sans doute être un peu modérée. Chris Wickham, dans The Inheritance of Rome : A History of Europe from 400 to 1000, souligne qu’en conservant le titre de roi des Goths et en adoptant celui de roi d’Italie, Théodoric revendiquait une semi-autonomie que l’Empire accordait traditionnellement à certains royaumes périphériques, mais que l’Italie n’avait jamais eue. Il y a incontestablement ici une contradiction entre royaume et empire, que l’on retrouvera sous Charlemagne, lequel ne renonça pas à ses deux titres de roi en devenant empereur. Néanmoins, Arnold a considérablement déplacé le curseur par son étude « qui accepte pleinement le règne de Théodoric (489/93-526) comme une continuation de l’histoire romaine » et qui explique « les continuités et les changements, tous de nature essentiellement romaine et impériale, de l’ère théodoricienne ». Selon Arnold :

« "L’Italie ostrogothique" […] est un terme impropre, une inexactitude malheureuse mais commode pour désigner comme “barbare” une Italie qui restait fièrement romaine dans son identité, indépendamment des perceptions extérieures. […] Théodoric et ses Goths non seulement s’inscrivaient dans cette conception de la romanité et de l’Empire romain, mais étaient essentiels à l’Empire, leurs rôles uniques contribuant à la croyance contemporaine d’une résurgence impériale, une bénédiction et le retour d’un âge d’or. L’Italie de Théodoric n’était donc pas une erreur, pas plus que les Romains d’Italie n’aspiraient à être libérés par le seul véritable Empire romain basé à Constantinople. C’était un véritable Empire romain qui se présentait comme tel et dépassait les attentes de nombreux habitants romains ; et il aurait persisté dans son identité romaine sans l’intervention imprévisible de l’État romain d’Orient. » [5]

Le changement de paradigme que constitue cette vision des Ostrogoths est si radical qu’il nous amène à nous demander comment notre historiographie traditionnelle a pu se tromper à ce point. La réponse est simple : l’histoire est écrite par le vainqueur, dans le prolongement de sa propagande de guerre. Le vainqueur, en l’occurrence, est l’empereur Justinien, qui détruisit le royaume ostrogoth durant la guerre des Goths (535-554) contre les descendants de Théodoric. Justinien était un fervent chrétien nicéen et le premier empereur à organiser une persécution globale et systématique des hérétiques, en particulier des prétendus « ariens ». Théodoric et ses Goths étaient des hérétiques, et donc des ennemis de Dieu.

Le perdant n’a pas le droit d’écrire l’histoire, si toutefois il survit – ce qui n’est pas le cas des Goths, qui ont disparu en tant que peuple et entité politique. Cependant, les historiens modernes comme Jonathan Arnold peuvent encore s’appuyer sur les témoignages détaillés de deux Italo-Romains ayant vécu sous le règne de Théodoric : Magnus Felix Ennodius, un ecclésiastique du nord de l’Italie, et Magnus Aurelius Cassiodorus, un bureaucrate du sud de l’Italie.

La même année où Cambridge University Press publiait le livre d’Arnold, son concurrent Oxford University Press publiait celui de Peter Heather, intitulé The Restoration of Rome : Barbarian Popes & Imperial Pretenders, qui s’appuie sur les mêmes sources. Comme Arnold, Heather souligne que Théodoric était perçu comme pleinement romain, du point de vue de la culture et du mode de vie (civilitas), du droit (ius), de la monnaie, de l’architecture. Peu après sa mort, Cassiodore, l’un des ministres de ses dernières années, rédigea le portrait d’un homme qui, « par ses recherches diligentes sur la nature des choses, semblait être un philosophe vêtu de pourpre », soit une sorte de Marc Aurèle [6].

Tout en revendiquant leur pleine participation à la romanité, les Goths de Théodoric restaient jaloux de leur identité gothique. Contrairement à de nombreux peuples intégrés à l’Empire avant eux, ils étaient fiers de n’avoir jamais été conquis. La manière dont ils conciliaient leur identité gothique et leur romanité pouvait varier. Les disputes qui ont éclaté après la mort de Théodoric au sujet de l’éducation de son jeune petit-fils et héritier suggèrent qu’il existait des identitaires goths hostiles à l’assimilation romaine.

Les Romains avaient également des opinions divergentes sur les Ostrogoths. Parce qu’ils conservaient leur langue et leurs traditions, jusqu’à leurs cheveux longs et leur moustache, ils restaient des barbares. Mais dans leur barbarie, paradoxalement, « les Goths et la gothicité représentaient l’esprit martial, l’ancienne vertu romaine de virtus, […] signifiant “virilité” ou “courage” » [7].

Et puis, il y avait la division religieuse. La plupart des Italo-Romains et Gallo-Romains partageaient la foi de l’empereur, et étaient donc sous la tutelle spirituelle de l’évêque de Rome, le représentant de l’Église nicéenne en Occident. Les Goths avaient leur propre Église, que certains documents officiels appellent « l’Église de la loi gothique » [8]. Ils avaient leur Bible gothique et leur liturgie gothique. Ils étaient homéens, mais leurs ennemis trinitaires à l’est les appelaient « ariens ».

Cependant, contrairement aux rois vandales qui persécutaient les catholiques en Afrique du Nord, Théodoric accordait sa pleine protection à l’Église catholique, qui, en retour, reconnaissait pleinement son autorité. Peter Heather écrit :

« Pendant la grande majorité de son règne, Théodoric et l’establishment catholique se traitèrent avec le plus grand respect. […] Les bons offices du roi furent sollicités par l’Église de Rome elle-même lorsqu’elle fut divisée en deux par une succession papale contestée : le schisme dit “laurentien”. […] La meilleure et la plus récente étude scientifique sur ce conflit (dont il existe une documentation abondante) est arrivée à la conclusion que le roi s’était efforcé d’agir de manière impartiale et conformément aux procédures établies, et qu’il avait fait de son mieux pour parvenir à une résolution rapide et conciliatrice. Le conflit a tout de même duré huit ans avant d’aboutir à une conclusion, mais il reste un témoignage frappant du niveau de reconnaissance de facto accordé par l’Église catholique à la légitimité de Théodoric. » [9]

En d’autres termes, il n’y avait pas de conflit religieux entre l’Église gothique et l’Église romaine. « La division religieuse n’est devenue un problème que lorsque les régimes de Justin et de Justinien ont choisi d’en faire un problème. » [10]

Théodoric était-il empereur ?

Par soucis de ne pas entrer en conflit avec l’empereur d’Orient, Théodoric ne revendiquait pas ouvertement le titre impérial dans sa communication diplomatique. Néanmoins, selon Heather :

« À partir de 498, Théodoric régnait avec tous les droits et privilèges d’un empereur occidental, vêtu de certains des habits appropriés et vivant dans un palais [à Ravenne] qui était non seulement inspiré de celui de Constantinople, mais également décoré comme tel. » [11]

« L’étendue de ses domaines, le cérémonial impérial qu’il adopta, ses prétentions rhétoriques en tant que source de rationalité et d’érudition classique en Méditerranée occidentale, tout cela proclamait la vision que le Goth avait de son statut, qu’il considérait comme purement romain et impérial. » [12]

Cependant, le fait que Théodoric ait reçu les regalia impériaux de l’empereur d’Orient signifiait qu’il occupait une position subordonnée à celui-ci, et il veillait à ne pas remettre en cause cette hiérarchie [13]. Vers 507, il écrivit à l’empereur d’Orient Anastase : « Notre royauté est une imitation de la vôtre, calquée sur vos bonnes intentions, une copie du seul Empire ; et c’est dans la mesure où nous vous suivons que nous surpassons toutes les autres nations. » [14] Sur le solidus en or frappé à Rome par Théodoric, l’effigie d’Anastase figurait sur l’avers, tandis que le monogramme de Théodoric était gravé sur le revers [15].

La guerre des Goths de Justinien

Anastase mourut en 527 sans avoir désigné d’héritier. L’empereur suivant, Justin, accéda au trône dans des conditions suspectes, que le byzantiniste Anthony Kaldellis résume ainsi :

« Selon la rumeur, le grand chambellan du palais, Amantius, aurait donné une importante somme d’argent à Justin pour soudoyer l’armée et le peuple afin qu’ils soutiennent l’élection au trône de Théocrite, l’officier d’état-major d’Amantius, mais Justin aurait utilisé cet argent pour faire campagne en faveur de sa propre élection. » [16]

Constantinople était alors en proie à des conflits religieux entre les chalcédoniens et les monophysites. Justin était un « fervent partisan » du concile de Chalcédoine et lança une purge contre les anti-chalcédoniens. « Jamais auparavant les factions politiques et les affiliations doctrinales n’avaient été aussi étroitement liées et alignées », commente Kaldellis [17].

Justin était un vieil homme et l’Empire était de plus en plus dirigé par son neveu Justinien, qui devint officiellement empereur à la mort de Justin en 527. Plus encore que son oncle, Justinien avait horreur des déviants religieux, qu’ils soient hérétiques ou païens.

« Il renouvela les sanctions existantes et exigea que tous les païens se fassent connaître des autorités afin qu’ils puissent être baptisés, ainsi que leurs familles. […] La cour de Justinien elle-même était, selon lui, infestée de païens qui se faisaient passer pour des chrétiens afin de faire carrière. Il devait périodiquement purger ces crypto-païens, poussant certains au suicide. » [18]

En 529, Justinien ferma l’Académie platonicienne d’Athènes. Sept de ses professeurs s’installèrent en Perse, qui était alors accueillante pour la philosophie grecque.

J’ai de sérieux doutes quant à l’authenticité de l’Histoire secrète de Procope, prétendument écrite en secret et découverte au début des années 1620 dans la bibliothèque du Vatican, mais comme les érudits s’accordent tous sur son authenticité, en voici un extrait concernant Justinien (Histoire secrète, VI) :

« Il n’avait aucun scrupule à commettre des meurtres ou à s’emparer des biens d’autrui ; et ce n’était rien pour lui de faire disparaître des myriades d’hommes, même lorsqu’ils ne lui en donnaient aucune raison. Il ne se souciait pas de préserver les coutumes établies, mais […] était le plus grand corrupteur de toutes les nobles traditions. […] tel une seconde peste envoyée par le ciel, il s’est abattu sur la nation et n’a épargné personne. Il en tua certains sans raison, en libéra d’autres pour les livrer à la misère […] ; d’autres encore, il les dépouilla de leurs biens et de leur vie. Quand il ne resta plus rien à ruiner dans l’État romain, il décida de conquérir la Libye et l’Italie, dans le seul but de détruire les peuples qui y vivaient, comme il l’avait fait avec ceux qui étaient déjà ses sujets. »

La dernière phrase fait référence aux guerres de Justinien contre les Vandales et les Ostrogoths. Justin et Justinien voulaient rétablir la pleine autorité de Constantinople sur l’Occident, ce qui signifiait pour eux forcer tous les sujets de l’Empire, orientaux et occidentaux, à se soumettre à l’orthodoxie nicéenne-chalcédonienne.

En tant que chef de cette Église impériale en Occident, qui se nommait désormais « catholique », le pape était un représentant de l’autorité impériale. C’est pourquoi les difficultés diplomatiques de Théodoric avec Justin et Justinien affectèrent ses relations avec le pape, soupçonné de conspirer avec les empereurs contre lui. Selon Peter Heather :

« Jean Ier revint en Italie en mai 526 après une ambassade à Constantinople que la biographie officielle du pape décrit comme un succès retentissant. Théodoric n’était clairement pas de cet avis, puisqu’il le fit immédiatement jeter en prison, où le pape mourut peu après. Il rejoignait ainsi en prison, au sens figuré, deux membres éminents du Sénat romain, Symmaque et son gendre beaucoup plus célèbre Boèce, tous deux accusés de trahison, emprisonnés, puis finalement exécutés. [19]

Nous ne savons pas exactement quelle proposition Théodoric avait transmise à Justin et Justinien par l’intermédiaire du pape Jean, mais nous devinons qu’il était prêt à fusionner son Église gothique avec l’Église catholique, à condition que ses sujets n’aient pas à subir un nouveau baptême et que tout le personnel de l’Église gothique conserve sa place dans la hiérarchie catholique en tant que diacres, prêtres ou évêques. Justin et Justinien ont rejeté cette offre. L’emprisonnement du pape Jean par Théodoric en représailles allait causer une rupture irréparable.

Théodoric mourut en 526, un an avant Justin. Son petit-fils Athalaric, âgé de dix ans, lui succéda sous la régence de sa mère Amalasuintha, mais mourut en 534. Amalasuintha partagea alors le pouvoir avec son cousin Théodahad, mais celui-ci la fit rapidement mettre en prison, où elle fut assassinée, ce qui donna à Justinien le prétexte dont il avait besoin pour envoyer contre lui son commandant militaire Bélisaire, qui venait de vaincre les Vandales.

Ce fut le début de la guerre des Goths de Justinien qui allait dévaster l’Italie pendant vingt ans, réduisant Rome à « une bourgade dépendante des produits agricoles de proximité, à l’intérieur des murs auréliens ou juste à l’extérieur », selon Peter Heather [20]. La destruction du nord de l’Italie en fit une proie facile pour les Lombards, qui, en 568, balayèrent la région du Danube moyen. Les Perses ayant profité de la guerre de Justinien contre les Goths pour regagner des territoires à l’est, les Byzantins ne purent opposer une résistance efficace aux Lombards à l’ouest et réussirent à peine à conserver le contrôle de Ravenne, tandis que Rome fut largement laissée à elle-même. D’une certaine manière, ce fut la véritable destruction de l’Empire romain d’Occident, causée par celui que l’historiographie dominante présente paradoxalement comme son restaurateur.

Laurent Guyénot

 

Ne manquez pas Laurent Guyénot en conférence sur ce thème :

Notes

[1] Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse. L’essor des élites politiques en Europe, Arthème Fayard/Pluriel, 2010, p. 45.

[2] Jonathan J. Arnold, Theoderic and the Roman Imperial Restoration, Cambridge UP, 2014, p. 58.

[3] Cité dans Arnold, Theoderic and the Roman Imperial Restoration, p. 70.

[4] Arnold, Theoderic and the Roman Imperial Restoration, p. 1.

[5] Arnold, Theoderic and the Roman Imperial Restoration, pp. 7-8.

[6] Peter Heather, The Restoration of Rome : Barbarian Popes & Imperial Pretenders, Oxford UP, 2014, p. 72.

[7] Arnold, Theoderic and the Roman Imperial Restoration, p. 141.

[8] Marta Szada, Conversion and the Contest of Creeds in Early Medieval Christianity, Cambridge UP, 2024.

[9] Heather, The Restoration of Rome, p. 78-79.

[10] Heather, The Restoration of Rome, p. 117.

[11] Heather, The Restoration of Rome, p. 93.

[12] Heather, The Restoration of Rome, p. 99

[13] Arnold, Theoderic and the Roman Imperial Restoration, p. 80.

[14] Cité dans Heather, The Restoration of Rome, p. 23.

[15] Arnold, Theoderic and the Roman Imperial Restoration, p. 85.

[16] Anthony Kaldellis, The New Roman Empire : A History of Byzantium, Oxford UP, 2024, p. 243.

[17] Kaldellis, The New Roman Empire, p. 254.

[18] Kaldellis, The New Roman Empire, pp. 272-273.

[19] Heather, The Restoration of Rome, p. 107.

[20] Heather, The Restoration of Rome, p. 143.

« Pourquoi sommes-nous chrétiens ? », les cinq premières parties

 
 
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10 commentaires

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  • #3577688
    Le 22 novembre 2025 à 07:12 par agga

    Excellent article, il n’y a presque rien à jeter.
    On peut ajouter qu’il est niais de vouloir absolument faire de la Rome antique l’apogée de la civilisation européenne.
    Cet article le prouve encore malgré lui ; en présentant des goths meilleurs que les romains selon leur propre standard.
    Il n’y a qu’à visiter les capitales des pays du centre, de l’Est, et du Nord de l’Europe comme Vienne, Prague ; Budapest, Amsterdam ... ou même Paris, pour se convaincre en 5 minutes que réduire la civilisation Européenne à la Rome antique est absolument ridicule.
    Ces villes, tout comme la religion arianiste, sont le fruit d’un héritage depuis la nuit des temps de la culture de ces peuples européens.

    Ici, l’article souligne fort bien la non moins ridicule et triste concurrence entre Byzance et Rome... et entre la religion catholique et l’arianisme.
    Cette même rivalité stérile qui précipitera la chute des Goths d’Espagne quelques siècles plus tard. (donc ici l’auteur se trompe : les Goths n’ont jamais disparu. Ils ont meme perpétué l’Espagne et ils l’ont au final reconcquit... sans compter qu’ils existent toujours dans leur pays d’origine... c’est à dire le nord de l’Allemagne/sud de la Scandinavie).

    L’article aurait pu aussi faire un petit saut dans le futur pour rappeler le parallele qui conduira à la chute de Byzance, en grande partie pour cause de non soutien des Cités commerciales romaines à Byzance face à l’armée Turque.

    Cela permet aussi de rappeler que ce motif religieux sert de façade à un motif économique.
    De la même manière que les Cités romaines (Venise en tête) ont vu d’un bon oeil la chute de Byzance comme la perte d’un concurrent commercial leur disputant leur égémonie sur la Méditérranée, ces querelles de clochés ont pour vocation de se disputer le pouvoir politiquo-économique.
    C’est le noeud du problème...

    Meme si les Vikings, le royaume de France, puis la Reconquista à l’Ouest ont fait le ménage des Arabes, la pauvre Espagne a subit un marquage durable du fait de ces guerres inutiles entre peuples européens.
    Tandis qu’à l’Est, nous n’avons jamais repris aux Turcs la probablement plus prestigieuse ville de tous les temps, c’est à dire Byzance. Qui n’est meme plus l’ombre d’elle-même.

    Moralité : il est toujours plus important de se focaliser sur ce qui nous rapproche que sur ce qui nous sépare.
    Surtout quand ce qui nous rapproche a infiniment plus de substance.
    Et de ne jamais laisser le pouvoir à des instances économico-religieuses.

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  • #3577702
    Le 22 novembre 2025 à 08:05 par Placide

    "La connaissance historique progresse."

    Dans le vrai monde, plus on s’éloigne dans le temps, moins on en sait.

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  • #3577984
    Le 23 novembre 2025 à 09:29 par gemini1096

    Petite correction : la photo d’en-tête n’est pas l’intérieur de la basilique Sant’Apollinare Nuovo, mais celui de la basilique San Vitale.

     

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  • #3578092
    Le 23 novembre 2025 à 16:32 par ProtégeonslaPalestine

    - Pourquoi sommes-nous chrétiens est une fresque ambitieuse où Laurent Guyénot retrace l’histoire des idées et des luttes politiques qui ont jalonné l’épopée de la chrétienté. Mêlant académisme historiographique, questionnement personnel sur la nécessité d’éradiquer le paganisme pour propager la foi chrétienne, et narration des tractations et vicissitudes politiques qui accompagnent le cheminement du christianisme en Occident, ce travail titanesque, donc méritoire, présente à mon sens un défaut de méthodologie : monsieur Guyénot offre un parcours des tribulations qui ont permis d’établir le christianisme, sans même définir ce qu’est le christianisme.

    - Des prolégomènes posant la définition du terme chrétiens n’auraient pas été superflus : interroger le sens du vocable « chrétiens », à la lumière des faits d’histoire, aurait permis de mettre à jour une vérité : le christianisme n’existe pas.

    - Les querelles christologiques qui ont parsemé l’histoire de la chrétienté, suscitant pogroms, anathèmes, mises au ban pour hérésie, guerres de factions, excommunications, et remodelages des contours impériaux, tendent à prouver l’interdépendance entre la chrétienté et l’institution papale, les diktats conciliaires et le pouvoir dynastique : cette versatilité de la chrétienté au fil des siècles est illustrée par les défis interprétatifs que les controverses sur la nature de Jésus ont posées au canon de l’Église.

    - Ainsi, l’apollinarisme (qui prédiquait un Jésus à la fois humain / mortel et divin), la christologie antiochienne de Diodore de Tarse (qui postulait la nature humaine de Jésus et l’essence divine du Verbe), le nestorianisme qui contestait que Marie soit mère de Dieu puisqu’elle avait enfanté d’un homme, l’arianisme qui remettait en cause le dogme d’une divinité trinitaire, furent autant de marqueurs de divergences herméneutiques sur l’essence de Dieu et la substance de Jésus : les chrétientés se sont affrontées dans des guerres impitoyables menant jusqu’au schisme protestant, se disputant la candidature à l’ordre des vérités et de l’orthodoxie. Pourquoi sommes-nous chrétiens reste, par conséquent, une question subsidiaire à qu’est-ce qu’être chrétien.

    - Conclusion : Si j’étais né juif, je ferais comme Véronique Lévy et deviendrais chrétien. Si j’étais né chrétien, je deviendrais marcioniste et orthodoxe. Si j’étais né musulman, je serai sunnite et respectueux du Nouveau Testament. Pour en sortir, je prie Dieu, le Suprême, l’Indivisible.

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  • #3578120
    Le 23 novembre 2025 à 19:04 par Un réemigré

    La croyance aryenne du temps de Théodoric est-elle la même qu’Arius ou le dogme avait déjà évolué ?

    En Islam, en revenant au tafsir d’Ibn Kathir, il est cité qu’Arius était sur l’Islam de Jésus.

     

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    • #3578224
      Le Novembre 2025 à 07:57 par Laurent Guyénot

      Les Goths n’étaient pas Ariens. Comme je l’explique dans mon précédent article, les Catholiques les traitaient d’Ariens pour les dénigrer en les associant à Arius condamné pour hérésie. Et le terme Arien leur est resté. Ils étaient Homoiens, soit un compromis entre l’Arianisme et Nicée. Mais la foi homéenne consistait bien à refuser d’identifier totalement Jesus à Dieu, et de ce point de vue se rapprochait de l’Islam. Interessant donc votre info. Il est probable, bien que les sources manquent pour en être sûr, que la conversion du roi wisigoth d’Espagne au catholicisme romain en 589 a engendré une résistance qui a sympatisé avec les envahisseurs arabo-berbères, et qu’une partie des Homoiens ont rejoint l’Islam. Les rapports entre Homoiens et l’Islam restent toutefois mystérieux (à ma connaissance). Mais on peut imaginer que, si l’Occident était resté Homoiens comme il l’était avant l’expansion franque, l’histoire des relations entre le christianisme et l’Islam aurait suivi un tout autre chemin. Suite dans mon prochain article.

    • #3578356
      Le Novembre 2025 à 06:25 par agga

      L’homoiousime et ses petits copains : homéisme et anoméisme, ne sont que des évolutions ultérieures de l’arianisme.

      Bien évidemment que les Goths (dont les Wisigoths font partis), étaient ariens. Au meme titre que les Burgondes, les Francs (avant la trahison de Clovis, pour bénéficier de l’administration et de la propagande de l’église romaine...), et tout le toutim. C’est à dire la plus grande partie des terres d’Europe à cette époque.

      Si l’arianisme avait dominé l’Europe, je ne vois pas en quoi il aurait été plus conciliant avec l’Islam... les Vandales étaient également ariens, et pourtant ils ont fracassé du musulman à la pelle. ... comme tous leurs cousins d’ailleurs : Viking, Goths, Normands ... etc. Ce sont les mêmes.

      L’histoire des Goths d’Espagne est tragique : c’est à ma connaissance la dynastie avec le plus d’assassinat de l’histoire connue de souverains (c’est signé...) . Elle a aussi cristallisé une quadriple alliance contre eux : les juifs, l’église romaine, les arabes et leur cousin les Francs, avec qui ils auraient dû s’allier puisque ce sont des cousins...

      Ce n’est pas un hasard si les Francs donnent aux juifs le droit d’administrer (en partie) certaines citées importantes Goths à l’effondrement du royaume. Comme Arles, par exemple.

      Le temps où la France d’alors étaient divisées en trois : Royaume Franc, Burgonde et Wisigoth (Goths d’Espagne... même s’ils sont arrivés en Aquitaine avant d’aller en Espagne...) a longtemps laissés des traces.
      Cette "séparation" territoriale continue tardivement, avec par exemple la division langue d’oc langue d’oil, c’est aussi ce qui a créé plusieurs siècles plus tard le terraux fertil pour le catharisme.
      Avec la même ferveur des gens de ces contrées pour lutter jusqu’au bout contre la dictature du catholicisme imposée. A la manière des Auvergnats lors de la bataille de Vouillé quelques siècles plus tôt.

      Je note que les terres ariennes ont à peu près partout toujours était bcp plus tolérants que les terres catholiques. En effet, les différents royaumes ariens toléraient très bien l’église romaine, et également le paganisme. (mais très peu l’islam et les juifs...)

      Et nulle doute qu’à la manière de Clovis, le "baptème" de 583 était bidon et à motivation politique, devant les menaces multiples auxquelles devait faire face le royaume.

      Toutes ces divisions pour une religion venue du désert, dont une des églises s’est imposée par une centralisation forcée et un prosélystime déluré, sont regrettables.

    • #3578389
      Le Novembre 2025 à 09:34 par Un réemigré

      Merci pour votre réponse, je vais de suite me renseigner sur ce crédo.

  • #3578399
    Le 25 novembre 2025 à 10:00 par Guillaume

    À quand un conférence à Paris en fin de semaine ?
    Cordialement

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