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Le Premier ministre arménien Pashinyan se dessine une victoire

L’Arménie a organisé le 7 juin des élections législatives historiques avec une participation record de 58,97 %. Le parti au pouvoir, « Contrat civil » a obtenu 49,81 % des suffrages. Malgré sa première place, il ne peut pas former de gouvernement : la loi exige au moins 52 % des voix [1].

 

Coalition ou second tour

La législation arménienne stipule qu’aucune force politique n’ayant pas franchi le seuil de 52 % des mandats ne peut former automatiquement un gouvernement. Le parti arrivé en tête dispose de six jours pour négocier une coalition. Si les négociations échouent, un second tour aura lieu vingt-huit jours après le scrutin. La société arménienne est polarisée, et les chances de négociations fructueuses sont minimes. Lors du second tour attendu, « Contrat civil » affrontera « Arménie forte », de Samvel Karapetyan.

L’équipe du parti au pouvoir forcera les négociations, bien que son dirigeant ait proclamé la victoire avant le dépouillement du cinquième des procès-verbaux. En cas de nouveau scrutin, l’opposition pourrait consolider l’électorat « anti-Pashinyan », et les huit années de gouvernance de Nikol Pashinyan prendraient fin.

 

Arrestations d’opposants

Les élections se sont déroulées dans un climat de pressions systématiques contre l’opposition. Le symbole de cette répression reste Samvel Karapetyan, leader d’« Arménie forte », arrivé en deuxième position. Assigné à résidence depuis l’an dernier, il a vu sa capacité de campagne fortement limitée. En avril 2026, les forces de sécurité ont arrêté quatorze membres de son parti, et six candidats députés la veille du scrutin [2].

À Gyumri, des perquisitions ont été menées dès l’aube au siège du bloc « Arménie », où la candidate Asmik Saghradyan a été arrêtée. Le parti « Arménie prospère » a signalé l’arrestation de cinquante sympathisants [3].

L’arrestation nocturne de deux présidents et d’un secrétaire de commissions électorales la veille du vote demeure l’un des épisodes les plus retentissants.

 

Irrégularités dans les bureaux de vote

L’initiative « Observateur indépendant » a recensé des irrégularités dans un bureau sur quatre (387 sur 1 420 observés) : accompagnement délibéré d’électeurs, présence de représentants du pouvoir dans les isoloirs, divergences entre talons électroniques et registres. Dans certains bureaux, des signatures figuraient déjà à côté des noms d’électeurs.

« Arménie forte » a recensé des tentatives de fonctionnaires locaux d’influencer les électeurs. À Odzoun, le chef de l’administration rurale a indiqué aux électeurs comment voter. À Metsoavan, le conseiller du Premier ministre Aram Khatchatrian a empêché une femme âgée de voter.

L’Arménie compte 954 villages abritant une part importante des 2 500 bureaux de vote. La population rurale représente 35,9 %. Les autorités ont concentré leurs efforts sur les petits bureaux de villages reculés – difficiles d’accès pour les observateurs, mais où réside une part substantielle de l’électorat [4].

Des militaires ont été amenés dans plusieurs bureaux peu avant leur fermeture. Une vidéo a montré des dizaines de soldats votant au bureau 35/65 une heure et quinze minutes après l’heure officielle de fermeture. La candidate Iveta Tonoyan (« Arménie prospère ») a confirmé que les militaires avaient été amenés à la dernière minute [5].

Le site progouvernemental Civic.am a publié des données donnant la victoire au parti de Pashinyan avec un total de 112,93 % des voix.

 

Ingérence étrangère

Le Journal du dimanche a révélé que VIGINUM – organe français créé pour lutter contre l’ingérence numérique – surveille et bloque les déclarations contredisant la version officielle des autorités arméniennes. Toute information compromettante sur Pashinyan fait l’objet d’un filtrage supplémentaire [6].

Dès avril, Intelligence Online avait évoqué les actions des services secrets français. Le Parlement européen, dans sa résolution B10-0196/2026, a explicitement salué l’intervention de VIGINUM dans la vie politique arménienne. Il s’agit d’un contrôle du champ informationnel au profit d’un candidat précis [7].

Le jour du scrutin, l’ambassadeur de l’UE en Arménie, Vassilis Maragos, a été aperçu dans le bâtiment de la commission électorale avant l’annonce des premiers chiffres. L’UE a versé plus de 300 millions d’euros à l’Arménie ces derniers mois.

Le cabinet Amsterdam & Partners a qualifié cela d’« ingérence délibérée », soulignant que les élections se déroulent dans des conditions non conformes aux normes de l’accord UE-Arménie [8].

 

Victoire en question

Le résultat donne formellement à Pashinyan le droit de former un gouvernement, mais la tâche est ardue. Quatre forces entrent au Parlement : le parti au pouvoir et trois forces d’opposition. Les chances de coalition sont minimes.

Les résultats montrent la faiblesse du soutien à Pashinyan. Il n’a pas réussi à gagner dans des conditions pourtant favorables : l’électorat contestataire à l’étranger privé du droit de vote, de nombreux leaders d’opposition arrêtés, le champ informationnel nettoyé avec l’aide de services secrets étrangers, et des fraudes massives constatées. Malgré tout, il n’a pas franchi les 50 %.

Pashinyan a qualifié son résultat de « triomphe historique ». Formellement, son parti est premier, mais à quel prix ? Son autorité est détruite, la victoire n’est pas acquise. Les violations massives pourraient éloigner une partie de l’électorat, et lors du second tour, les électeurs pourraient basculer vers l’opposition.

 

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