Ouvrons une nouvelle page d’histoire gênante, qui a en plus une certaine résonance avec aujourd’hui. Tout est parti d’un long article du Figaro sur Jean Luchaire, le personnage qui a inspiré Les Rayons et les Ombres – ouh, le mauvais titre –, le film du moment avec Jean Dujardin.
Luchaire est un radsoc des années 20 et 30 qui était proche d’Otto d’Abetz, qui deviendra en quelque sorte le gouverneur de Paris pendant la collaboration. Luchaire, au début, est un pacifiste forcené, dans la veine d’Aristide Briand. La Première Guerre mondiale a laissé des traces. Âgé de 17 ans en 1918, il pouvait faire la guerre, mais il ne s’est pas engagé. Bien né, il préféra la plume et, déjà, les salons et les femmes. On ne dira jamais assez combien de types bien sont devenus des salauds à cause de femmes volages.
Luchaire, bien introduit dans les cabinets de l’époque (non, là c’est pas fait exprès), hérite de titres de presse, et partout, il fait la promo de l’amitié franco-allemande, pour que plus jamais ça. On peut le comprendre, vu la boucherie de 14. Ce n’est pas 13, le chiffre maudit, mais bien 14.
Le film de Giannoli (avec ces satanés Italiens, on sait jamais si c’est 2l-1n ou 2n-1l), pour une fois en France sur la période sombre, n’est pas manichéen : il explore la zone grise du glissement du pacifiste au collaborationniste, le désir de paix ne pouvant pas tout justifier, puisque Luchaire s’ébat dans les soirées mondaines, l’alcool, les spectacles et les plaisirs. Il emballe du matin au soir, si possible de la starlette, que sa fille, complice, lui présente. Sa fille, c’est Corinne, Corinne Luchaire, une beauté qui cartonne au cinéma, à 19 ans à peine.
Jean sort avec sa fille, la montre partout, la présente, et Coco a le même appétit que papa : elle emballe du people, de la culture mais aussi de la haute administration allemande. C’est vers elle que Ribbentrop, bien élevé comme tous les « aristos » (sa particule est adoptée, comme Giscard), lors d’une soirée, accourt.
Coco sera condamnée à l’indignité nationale, en cause, comme le dit la voix off du doc, « une absence totale de discernement sur son époque et sur son entourage durant les années de guerre ». Or, en 41, au début de la collaboration, la soubrette n’a pas 20 ans. Les filles de 20 ans, c’est pas très sage, ça pense qu’à s’amuser et ça fait des bêtises avec le popo, avant de se ranger. Oui mais Coco, elle, ne se rangera pas, et mordra à pleines dents dans le Kuchen.
On ne s’étalera pas sur les exploits de la fille Luchaire, désormais, elle est partout avec Nastya Goloubeva‑Carax, fille de Katerina Goloubeva et de Leos Carax, la complice de Dujardin dans le film. Car il y a une autre histoire dans l’histoire, avec une femme – encore une Française !, décidément, cette réputation – plus osée et surtout plus maligne que Coco : Maud de Belleroche, de son vrai nom Madeleine Sacquard, c’est vrai que ça fait plus marchande de bidoche sur le marché de Bastoche. Maud est née un an après Coco (en 1922), mais elle connaîtra un destin bien différent, et surtout beaucoup plus long. Elle ne chopera pas la tuberculose, tout au plus quelques mycoses. Si on dit ça, c’est pas pour faire une vannasse en rimes, mais bien pour introduire le personnage, très haut en couleurs...
« Une vie de réfugiée politique » : Maud parle de Céline
Elle, c’est une filoute grand format, une nana qui aurait pu être espionne, tant elle a su profiter des luxuriantes années de collaboration, et s’en sortir quasi indemne, avec des bouquins, une vie culturelle riche et même un poste de chroniqueuse chez Bouvard !
Sportive, brillante, jolie, audacieuse, elle est la maîtresse de Luchaire, et la reine des partouzes parisiennes. Elle baise des meufs et du fasciste du matin au soir mais au sens propre, pas au sens figuré des gauchistes. Malgré son passé sulfureux, et une tournée dans l’Europe fasciste d’après-guerre (Sigmaringen, Italie, Espagne, Argentine !), elle arrive à blanchir sa répute et finit par rentrer tranquillement en France, où elle se marie, le temps de lui piquer sa particule, avec le baron de Belleroche. Ensuite, après des pérégrinations pas possibles, on la retrouve aux Grosses Têtes, aux côtés d’Alice Sapritch et Rika Zaraï ! La bande des vieilles chaudasses se déchaîne : à l’époque, y avait pas la censure gauchiste.
« Pour faire taire l’assemblée, montre tes seins ! »
Ce personnage, qu’on regrette de ne pas avoir connu, (elle est morte à 94 ans en 2017 !), c’est une traversée du siècle, aussi intéressante que les collabos connus, car elle est un morceau d’histoire. Folle du cul et d’aventures, fasciste patentée jamais reniée, elle couchera à la fois utile et agréable. Merde, pourquoi les féministes n’en ont pas fait leur idole ? Maud de Belleroche, c’est plus drôle et intéressant que Simone de Beauvoir avec son crapaud baiseur d’étudiantes !
Pour cet article, on a lu le long, très long sujet du Figaro sur Luchaire, et un commentaire nous a sauté aux yeux.
Publier un article aussi évidement écrit par l’IA, dans un style ridicule, est indigne du Figaro. Imaginer que les lecteurs ne vont pas relever cette indignité journalistique relève du mépris du lecteur qui saura s’en souvenir et, en ce qui me concerne, le faire savoir. Je compte faire circuler ce texte sur les réseaux sociaux pour montrer et expliquer au plus grand nombre que cette presse ne présente plus le moindre intérêt. (le 12/04/2026 08:06)
Depuis, on ne le retrouve plus, ou alors on a mal re-cherché. Mais depuis un certain temps, on trouve que Le Monde et Le Figaro publient tellement d’articles d’actu que soit ils ont embauché cent journalistes chacun, soit ils turbinent avec l’IA. Avant l’IA, de ces deux grands titres, il y avait cinq ou six vrais articles à lire et analyser par jour.
Aujourd’hui, c’est vingt à trente. Il y a eu un saut quantitatif plus que qualitatif, et en plus, ces deux mastodontes se tirent la bourre, notamment à coups d’IA, ce qui donne d’étranges ressemblances, et des différences idéologiques qui s’estompent, pour finir dans une soupe mainstream indifférenciée. Car il n’y a pas que le factuel, que l’IA maîtrise bien : il y a les articulations, les relations entre les faits, et elles ne sont pas que chronologiques...
Une petite citation de Maud, avant de passer au présentoir Kontre Kulture :
(Je) « souhaite […] que les Juifs […] restent [en Israël]. En paix avec eux-mêmes et avec leurs voisins et qu’ils s’abstiennent désormais, contrairement à leurs habitudes, de chasser sur nos terres, à nous. » (Le Ballet des crabes, p. 182)
C’est d’actualité !


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