La vidéo date du 3 avril 2026 mais elle éclaire la partie d’échecs en cours entre Américains et Chinois sur l’échiquier du détroit d’Ormuz, qui comprend l’Iran et les pays du Golfe pro-américains. Pour David Baverez, cette « guerre est monétaire ».
Figaro : On pense quand même à Michel Rocard avec cette fameuse phrase, entre le complot et la connerie, faut toujours choisir la connerie parce que le complot exige un esprit rare et la connerie est à la portée de tout le monde...
Baverez : Il y a ni complot ni connerie.
Le sujet est bien la dédollarisation du groupe Sud (Sud global) et la tentative de redollarisation du groupe Nord, emmené, de gré ou de force, par les Américains. Trump n’est donc ni fou ni idiot, comme la presse mainstream, par gauchisme invétéré, veut nous le faire croire. Il y a le Trump grossier, mais derrière l’écran de fumée se dessine une stratégie, un plan : freiner l’expansion de la puissance chinoise, qui semble inarrêtable.
La théorie de Baverez est simple : les USA tiennent la monnaie universelle des échanges, la Chine l’industrie. Aujourd’hui elle pèse 35 % de la production manufacturière mondiale, en 2030, ce sera 45 %. On ne sera pas loin d’un basculement historique, la fin de l’hégémon américain, comme dirait Hindi.
« Le temps travaille pour moi, la Chine, parce que ma part de marché elle ne cesse d’augmenter alors que vous, votre hégémonie financière, il y a une dédollarisation rampante, et je vais gagner dans le temps. Et c’est ce qui explique le timing, ce qu’on ne comprend pas ici à Paris c’est le timing de l’opération du Venezuela et de l’Iran. C’est pas le pétrole : le pétrole y en a partout ! Le pétrole il était à 60 dollars, tous les experts nous disaient qu’il allait à 45 dollars en début d’année.
Ce qui est en jeu c’est le commerce, c’est le contrôle du commerce et c’est la redollarisation, c’est ça qui est en jeu. Et les États-Unis ont gagné en deux heures chrono au Venezuela, et là ils échouent lamentablement en Iran, puisque non seulement le pétrole iranien va continuer à 90 % d’aller en Chine payé en RMB [argent du peuple, NDLR], en monnaie chinoise, mais en plus, on nous dit qu’il y aura potentiellement un péage sur le détroit d’Ormuz où chaque bateau, comme nos amis de CMA CGM ce matin, chaque bateau va devoir payer potentiellement deux millions de dollars à l’Iran.
Vous avez 150 bateaux par jour, ça fait 300 millions par jour, ça vous fait 100 milliards de dollars par an qui potentiellement vont alimenter le réarmement de l’Iran et ça va être payé par les alliés arabes des États-Unis ! Donc vous comprenez que l’Arabie saoudite n’est pas très contente. »
Devant l’incrédulité du journaliste mainstream, entraîné dans les profondeurs de la géopolitique et sonné par les coups de boutoir de la démonstration, Baverez résume, en termes plus accessibles.
« La guerre, elle n’est pas énergétique, elle est monétaire. En fait la nationalité du bateau qui passe vous donnera la devise dans laquelle sa cargaison a été payée, donc c’est le canal de Suez de 1956, vous avez la France et la Grande-Bretagne à l’époque qui sont obligées de se retirer sous la pression américaine. Et aujourd’hui, potentiellement, nous sommes au pic Trump et au pic États-Unis puisque nous disons la domination militaire américaine ne leur permet plus d’imposer leur loi partout dans le monde, et ça, c’est un changement historique. »
Et maintenant résonne le topo sorti, en substance, par Trump à Xi : vous avez la puissance économique, nous avons la puissance militaire. Il y a un mois, pas encore englué dans le Viêt Nam iranien, Trump pérorait, après avoir expliqué qu’il n’avait plus de munitions à cause de l’Ukraine mais qu’il en avait encore plein : « Mais nous avons l’armée la plus forte du monde ». Genre on peut à tout moment s’imposer par la force. D’où le réarmement accéléré chinois...
Un mois plus tard, la puissance américaine n’a pas réussi à faire plier l’Iran, un pays non nucléaire. Voici la réponse de Xi, devant Trump, à propos de Taïwan :
« Si la question est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et États-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit. »


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