On pense à ces pauvres veaux qui, gavés de promo médiatique nahumiste, vont se résoudre à acheter un des nombreux ouvrages de ce faux penseur et qui, dès la troisième page, vont se faire chier, abandonner le livre dans un coin, puis, sous le coup d’un jugement possible des Autres, ou de Dieu, le mettre en bonne place pour laisser penser : moi aussi, j’ai lu Morin.
On a compté, il a écrit environ 127 bouquins, avec des collaborations, certes, jouant à chaque fois à l’intelligent, mais il n’est pas stipulé tout ce qu’il a pompé. Typique de ces chefs des sciences humaines qui pillent le répertoire scientifique de l’époque en jouant les arbitrages.
On pense très fort à ses ouvrages du genre Penser l’Europe, L’Intelligence de la complexité, Culture et barbarie européennes, Le Chemin de l’espérance, et le plus beau d’entre tous, Mon ennemi, c’est la haine. Punaise, on est passés à côté de ça.
Un certain Ryssen a eu la même nausée et la même honnêteté, sur le bonhomme, deux seules notes discordantes dans le concert de klaxons laudateurs. Il fallait s’y attendre, France Turlute a lancé son Hommage, avec cette intro-épitaphe de toute beauté :
Il aimait manger, danser, rire, chanter. Il s’est éteint vendredi dernier. Edgar Morin avait 104 ans. Résistant, sociologue du temps présent, philosophe de la complexité, il aura traversé le siècle sans jamais se laisser enfermer dans une discipline, une école ou un camp. Que représente sa disparition dans l’histoire des idées ?
Euh, on peut vous dire : vraiment pas grand-chose. L’histoire des idées s’en remettra vite. Disons, une journée.
Edgar nous rappelle notre chat, qui n’aime pas se laisser enfermer. Quant à son exploit trans ou pluridisciplinaire, tout le monde le pratique depuis toujours, il suffit de lire un peu, de picorer ici et là, et de faire des synthèses, le b.a.-ba de l’intellectuel. Ce touche-à-tout stérile, qui n’a pas proposé une idée originale en 104 ans, un exploit, va se faire consacrer Einstein de la pensée, BHL de la philo, Fourquet de la socio, et Pécresse de la gentillesse pendant qu’on y est.
Ses sorties télé sont du même acabit que ses livres écrits à l’eau tiède (on a préféré eaux tiède à pisse, plus noble) : une empathie creuse et enveloppante au milieu d’invités et d’animateurs pré-envoûtés, briefés sur l’aura du bonhomme, du coup chacune de ses phrases était d’emblée marquée du sceau du génie. C’est comme ça qu’on crée une hallucination collective et qu’on fait prendre des vessies pour des lanternes, des malins pour des génies. Ah, on peut se moquer de Bernadette Soubirous, qui elle n’a enfumé personne !
Pourtant, Edgar avait bien commencé avec son travail sur la rumeur (antisémite) d’Orléans. Malheureusement, il aurait dû appliquer sa déconstruction à lui-même, enfin, à son incroyable statut, fondé sur une rumeur et fabriqué par les médias, des médias amis. A-t-on jamais vu un animateur le maltraiter ? Même Thierry, antisémite culturel, lui déroule le tapis rouge.
Ardisson reçoit « l’homme qui résiste à tout, à Hitler, à Staline,
à la barbarie, à la bêtise et au temps qui passe, Edgar Morin ! »


et
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