Là, on n’est pas chez Retailleau ou Darmanin. La police antidrogue au Brésil, c’est pas de la rigolade. Le pouvoir au Brésil étant bicéphale (gouvernement fédéral et pouvoir régional), le président Lula, qui s’est dit choqué du nombre de morts, n’a pas eu son mot à dire. Lula est en gros le président des pauvres (noirs), comme Bolsonaro était celui des riches (blancs). Nous simplifions, pour la démonstration.
L’opération, mobilisant 2 500 agents, s’est concentrée sur deux ensembles de favelas du nord de Rio, Complexo da Penha et Complexo do Alemao, situées à proximité de l’aéroport international. Plusieurs ministres du gouvernement fédéral se sont réunis à Brasilia pour évaluer la situation, décidant qu’une délégation se rendrait à Rio pour une « réunion d’urgence » mercredi. Jusqu’à présent, l’opération policière la plus meurtrière dans cette ville de plus de 6 millions d’habitants avait eu lieu durant la pandémie de Covid-19, en 2021, quand 28 personnes étaient mortes en une seule journée dans la favela de Jacarezinho. (France Info)
Les favelas sont le lieu traditionnel du trafic de drogue, comme les banlieues chez nous. À ceci près que la misère n’y est pas la même. Le journal Libération est revenu, à l’occasion des vingt ans des émeutes, sur le départ de feu, à Clichy-sous-Bois, une ville sous-dotée en tout. On sait tous le rapport entre pauvreté et délinquance, c’est inévitable. Entre un boulot au smic ou pas de boulot du tout, et un taf à 100 euros minimum par jour pour un chouffeur, la messe est vite dite.
Il y a vingt ans, sous Sarkozy, qui est aujourd’hui en taule, on n’a eu aucun mort à déplorer. À Rio, dans les 119 morts officiels, quatre sont des policiers. Enfin, des policiers très spéciaux, ceux du Bope.
On parle de brésilianisation de la société française, avec des classes bien tranchées dont le poids relatif évolue très vite : une hyperclasse hyperprotégée, une classe moyenne pressurée qui se réduit, et un sous-prolétariat grossissant prêt à tout pour bouffer. Les flics du régime ne s’occupent plus que de l’hyperclasse, la classe moyenne pouvant crever, au sens propre et au sens figuré. On ne tabasse pas les riches, sauf fiscalement, mais ils ont les moyens de tricher.
On n’en est pas encore à Rio, à Marseille, mais les gangs prennent de plus en plus de poids dans ce qu’on appelle les territoires perdus de la république. Parfois avec l’aval des autorités, voir le deal entre le Parti socialiste et les grands frères dans les années 80, sous la direction de Julien Dray, qui a viré aujourd’hui à l’extrême droite : anti-racailles, anti-Arabes, anti-musulmans... mais pas anti-génocide !
Julien Dray : de « vive les banlieues » à « non aux banlieues antisémites »
Le film brésilien Tropa de Elite donne une idée de la guerre entre policiers spéciaux et dealers (avec des civils dans le tas). Le traitement du problème par la violence a simplement mené à l’ultraviolence. C’est le syndrome du nid de frelons.
Chez nous, la corruption (au niveau local), la « justice » de gauche, celle des loges antifrançaises, expliquent la vie relativement tranquille des dealers, mais n’oublions pas la consommation de masse, qui ne cesse d’augmenter, quelle que soit la drogue.
À la limite, les dealers – comme les pharmaciens pour le covid – ne sont pas le problème : ils sont le symptôme d’un malaise, celui d’une société qui se défonce, car elle se fait défoncer. Et là, tout devient politique.
On peut buter des dealers, on ne bute pas la misère comme ça.


et
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