Il s’est passé trente ans depuis que l’intervention du GIGN – ce groupe d’élite spécialisé dans le contre- espionnage et les prises d’otages – a visé le laboratoire de Mirko Beljanski, installé dans un coin tranquille en Isère. Une prise d’assaut dans les règles de l’art. Tout est saisi, et immédiatement emporté : matières premières, échantillons, ordinateurs, courriers. Le tout sans aucun inventaire. Le reste du laboratoire est saccagé. Le précieux oncotest, un test breveté pour évaluer le potentiel cancérogène ou anti-cancéreux des molécules en quelques heures, est détruit. Il ne sera plus possible de l’utiliser à l’avenir. Mirko Beljanki est menotté, les employés arrêtés ainsi que sept cents autres personnes, médecins, pharmaciens ou patients. Un coup de filet magistral pour une opération classée secret défense. Cette débauche de moyens est-elle à la hauteur de la dangerosité du personnage ?
Le dangereux Mirko Beljanski
Mirko Beljanski est l’auteur de 130 publications scientifiques, toutes accessibles en un clic sur internet [1]. Mais c’est un scientifique à la réputation de rebelle : il ne dit pas comme tout le monde. Le dogme central de Crick et Watson, selon lequel l’information génétique ne peut passer que dans le sens ADN vers ARN a cours depuis la fin des années 50. Il sera contredit par la découverte de la transcriptase inverse chez les virus en 1970, expliquant le mécanisme par lequel les virus à ARN peuvent intégrer leur matériel génétique dans l’ADN de la cellule hôte. Dans la foulée, en 1971, Beljanski découvre une transcriptase inverse chez les bactéries. Mais Jacques Monod, son patron à l’institut Pasteur, vient de publier Le Hasard et la Nécessité, qui promeut une vision de l’évolution façonnée par le hasard et les lois déterministes. Un contretemps contrariant. Le consensus du monde scientifique est que le cancer résulte de mutations altérant le code génétique. À cette époque, les recherches de Mirko Beljanski se focalisent à l’inverse sur la déstabilisation progressive et cumulative de l’ADN. Une déstabilisation, c’est une rupture des liens hydrogène qui maintiennent ensemble les deux brins de l’ADN. Un contact permanent avec un produit cancérogène est à l’origine d’une ouverture trop fréquente de ces liens hydrogène. Ainsi, bien avant la généralisation de la thèse épigénétique, Beljanski démontre que des molécules environnementales peuvent déstabiliser l’ADN, avec pour conséquence la dérégulation de l’expression des gènes à long terme. Les mutations existent bien dans la cancérisation, mais sont secondaires aux déstabilisations. Monod est fragilisé dans ses propres conclusions de chercheur par cette découverte : les mutations ne sont plus le fruit d’un mauvais hasard, elles sont au contraire repérables et évitables. Il n’aura de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Alors que la fondation Nobel à Stockholm le priait d’envoyer toutes ses études, c’est bien pour une raison politique que Beljanski n’a pas concouru pour le célèbre prix [2].
Le paria Beljanski finit par quitter l’institut Pasteur pour la Faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, et réussit à tester ses extraits in vivo jusqu’à sa retraite. Il continue ensuite sa recherche et ses publications dans son laboratoire provincial, jusqu’à ce que le raid de l’armée française ne mette définitivement fin à ses travaux.
Un recul de trente ans
Ce sombre anniversaire de la fin de la carrière de Beljanski est un prétexte intéressant pour faire le point sur ses legs à la science et au mieux-être des patients. Un recul de trente ans sur ce matériel devrait permettre de revenir aujourd’hui sereinement sur le chemin parcouru, en misant sur le temps, qui sait si bien apaiser les rivalités. Les flambées émotionnelles ont eu normalement le temps de retomber, et devraient laisser place à la vérité des faits et à la rationalité. Hélas, cela n’en prend pas vraiment le chemin.
Sa fille Sylvie Beljanski, avocate à l’époque des faits, a mis tout en œuvre pour la réhabilitation scientifique de son père par voie légale. Chemin plein d’embûches là aussi : le dossier n’est pas instruit de façon normale, les preuves sont détruites, tout traîne en longueur. La famille tient bon et mène l’affaire « Beljanski contre France » jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme ; un marathon douloureux qui se solde par une condamnation à l’unanimité de la France [3]. Sylvie Beljanski se consacre ensuite à un travail de confirmation des travaux de son père dans plusieurs universités américaines indépendantes pour évaluer le potentiel anti-cancer des composés naturels déjà identifiés par lui, notamment le Pao pereira et le Rauwolfia. Des publications sur les effets de ces deux plantes sur le cancer de la prostate, le cancer des ovaires et du pancréas paraissent ainsi régulièrement depuis 2006.
Les dangereuses plantes non toxiques
Ce qui suit est une énumération de faits incontestables, prouvés et publiés dans des revues scientifiques indépendantes à comité de lecture. C’est parti !
Petit a) Les extraits de plante identifiés par Beljanski fonctionnent sélectivement sans toucher les cellules saines.
Petit b) Elles ont un potentiel sur tous les cancers, sans toxicité, puisqu’elles visent l’ADN et non l’organe.
Petit c) Elles ont une synergie d’action avec les traitements classiques, ce qui permet aux utilisateurs de ne pas avoir à prendre de décision radicale.
Petit d) Les études prouvent que ces substances fonctionnent à toutes les étapes, du pré-cancéreux (comme l’hyperplasie bénigne de la prostate) aux cancers avancés, avec à chaque fois des mécanismes d’action élucidés. Ces études confirment non seulement les travaux du professeur Beljanski, mais elles les poursuivent également. En effet, à son époque les cellules souches n’étaient pas encore devenues l’objet de toutes les attentions des laboratoires. Depuis, la fondation a également fourni des études sur les cellules souches pour l’ovaire [4] et pour le pancréas [5]. Plus récemment encore, la fondation a mené une étude sur les effets d’une combinaison spécifique de thés verts sur différents types de cellules cancéreuses. Il est vrai que le thé vert intéresse depuis longtemps la recherche médicale.
Déni de réalité
Mais pourquoi réserve-t-on un accueil si différent aux uns et aux autres ? Et qu’est-ce qui peut bien empêcher ces informations de passer la ligne des nuages des médias mainstream ? C’est incompréhensible, mais c’est comme ça ! Creusons donc le sujet du thé vert, qui est une bonne manière d’illustrer cet état de fait.
À la fin du XXe siècle, le professeur Beljanski s’était intéressé à cette molécule et avait sélectionné certains thés grâce à son oncotest. Faute de temps, il n’avait pas avancé sa recherche plus avant.
En 2007, David Servan-Schreiber, publie Anticancer qui devient un best-seller. C’est un succès mondial, traduit en 35 langues, qui se vend à plus de deux millions d’exemplaires. Dans la partie consacrée à l’ajustement de son alimentation, l’auteur cite les propriétés du thé vert pour ralentir la progression du cancer et renforcer les défenses naturelles du corps. Ce n’est pas le seul : beaucoup d’articles grand public relaient les bienfaits des polyphénols et les catéchines du thé vert pour la santé humaine, se faisant ainsi l’écho des publications scientifiques.
Quelque dix ans plus tard, la fondation Beljanski désire reprendre et continuer cette voie de recherche sur les thés. Ainsi, une équipe de chercheurs de la Kansas University compare l’efficacité de différents thés verts sur plusieurs lignées cancéreuses et publie en 2019 [6].
En 2022, Sylvie Beljanski rend compte de ces travaux à l’occasion de son intervention dans un salon du Bien-être près de Toulouse. Aurons-nous le même relais médiatique dont a bénéficié Anticancer ? Bien au contraire ! Elle fait les frais d’une campagne très orientée « lutte contre les sectes ». Titrant d’abord « Non, le thé vert n’est pas un traitement contre le cancer » [7], France 3 Régions et France Info enfoncent le clou dans un article intitulé « Interview – Info secte Midi-Pyrénées alerte sur la "multiplication incroyable" d’événements anti-système en Occitanie » [8] en présentant Sylvie Beljanski comme une naturopathe, ce qu’elle n’est pas et ne prétend pas être, mais qui permet sans doute un amalgame pratique pour décrédibiliser quelqu’un. L’avocate de la fondation demande un droit de réponse dans les règles de l’art : refusé ! La lettre de France-TV affirme sans le démontrer que « les conditions du droit de réponse ne sont pas réunies ». Tout un faisceau de non-arguments qui fait dire à Sylvie Beljanski : « Les grands médias, je préfèrent qu’ils n’en parlent pas ! »
Un traitement spécial sans doute réservé à la fondation Beljanski, puisque loin des plateaux télé, la recherche continue sur le même sujet en toute sérénité. En 2025, un méta-analyse chinoise conclue : « La consommation de thé vert ou d’EGCG peut prévenir certains cancers. Des doses élevées et une consommation à long terme de thé vert pourraient apporter de meilleurs bénéfices, ce qui fournirait une base pour les recommandations alimentaires concernant le thé vert dans la prévention du cancer. » [9]
Triple perte de chance
Les recherches de Beljanski – l’homme et la Fondation – ont fourni à la fois des découvertes majeures et un espoir pour les malades. Elles offrent un levier de prévention extrêmement précieux, ainsi que des traitements naturels compatibles avec les chimiothérapies classiques.
Pourtant, la saga continue. Dernier épisode en date : le Rauwolfia vient d’être interdit en Europe. Les patients ne peuvent plus se le procurer, au motif qu’il est considéré comme un tout nouvel aliment dont on ne sait rien. Comme si on venait de le découvrir… alors même que Mirko Beljanski a été poursuivi en justice pour l’avoir développé en tant que traitement. Hypocrisie ou mauvaise foi ? À chacun son avis. Mais traitement injuste et inéquitable, sans aucun doute.
Nous entendons souvent parler dans les média de « perte de chance » dans les sujets santé. En droit médical, on le définit comme un préjudice subi quand la probabilité d’obtenir un résultat favorable diminue en raison d’un acte ou d’une omission. Que penser du traitement réservé aux plantes non toxiques du professeur Beljanski ?
On peut très certainement dans ce cas déplorer une triple perte de chance. Pour les patients en premier lieu, bien sûr ; pour la France qui a perdu une occasion de rayonner grâce aux travaux d’un scientifique hors pair ; mais aussi en dernier instance pour l’intelligence et le bon sens.









