C’est l’histoire de Paul Gasnier. Il y a 10 ans, une racaille à moto renverse et tue sa mère lors d’un rodéo sauvage à Lyon. Il roulait à 80 km/h. Paul est un jeune journaliste, travaille pour Quotidien de Yann Barthès, et revient en 2025 avec un livre sur l’affaire.
À l’époque, Éric Zemmour en parle lors d’un meeting, mais Paul refuse que le drame soit instrumentalisé. Il s’est interrogé sur la responsabilité du meurtrier, qui depuis est sorti de prison, et a replongé. Il a même, pour son livre, rencontré la sœur du meurtrier. Il dit que lui et elle sont liés par le drame.
Paul a fait son catéchisme, il est catholique, mais à gauche. C’est un chrétien de gauche, au sens où Emmanuel Ratier l’entendait. C’est tout à son honneur, mais c’est un chemin difficile : il ne doit pas céder à la vengeance et à la généralisation, face à une extrême droite qui, elle, ne se gêne pas. Ce ne sont pas ses mots exacts, mais sa pensée.
Il parle de responsabilité totale de l’assassin, mais évoque aussi celle de la société, de tous ces ruisseaux qui ont mené au drame : police, justice, école, et bien sûr environnement familial. Oui mais voilà, l’entourage de l’assassin ne défend pas la racaille : seul le grand frère est un mauvais modèle. Nous n’en saurons pas plus.
« Je voulais la remplacer par de la compréhension et parce que la colère est un sentiment stérile. »
Même si Paul le refuse, ce crime a une signification politique. Tout est politique dans cette affaire car cela dépasse le cadre du fait divers.
En octobre 2025, Yann Barthès invite Paul, son journaliste, donc, à venir parler de son livre en plateau. Ambre fait la recension. Nous avons isolé quelques échanges parlants.
Ambre : « Il y a un homme différent que tu aurais pu être, t’aurais pu être de l’autre côté de la barrière au meeting de Zemmour, si t’avais laissé cette colère se faire attiser. »
Paul : « J’aurais pu devenir comme eux, en partie grâce à ma mère je ne le suis pas devenu. »
Yann : « Certains diront “il essaye de trouver des excuses au type qui a tué sa mère”. »
Paul : « Je ne l’exonère pas de sa responsabilité individuelle, ce garçon, Saïd, qui a tué ma mère, parce que sa responsabilité, elle est indiscutable. »
On voit avec quelles précautions cette gauche de plateau aborde le problème, en ayant toujours peur de tomber dans un travers dit d’extrême droite, la vengeance, la généralisation, le racisme.
Exemple, Ambre, dans sa présentation, commence ainsi : « Elle a été renversée par un jeune. » D’accord, mais quel genre de jeune ? Un jeune étudiant en mathématiques, un jeune en CAP de plomberie ? Ou une racaille des quartiers, qui n’a aucune conscience de la vie des autres et qui s’en fout ?
Ambre reprend les termes du livre : « Tu as cette formule : c’était pas un meurtre, mais c’était pas juste un accident non plus. » Mais alors, de quoi s’agit-il ? D’une zone grise où toute colère doit être éteinte, aux proches de la victime de se débrouiller, avec l’interdiction de la vengeance, ou de l’auto-justice ?
On en arrive alors à une abstraction assez redoutable : il n’y a plus de responsabilité humaine directe, qui pourrait dégénérer en racisme, mais la faute de deux trajectoires de vies qui se sont croisées ce jour-là, à cet endroit-là !
Ambre : « Cette collision, c’est la collision de deux France différentes qui ont grandi quasiment à côté, à vol d’oiseau, et qui pourtant ne se croisent jamais entre elles… »
Cela nous fait deux réalités, et le choc entre ces deux réalités donne un drame, presque désincarné. À la limite, pourquoi ne pas convoquer le Destin à la barre ? La Malchance ? Alors qu’on a une racaille à bécane qui viole toutes les lois du code de la route et de la prudence, et qui finit, presque logiquement, par tuer un innocent.
Sur le sujet, tout le monde a serré les fesses en plateau, préférant applaudir Paul qui a trouvé une porte de sortie par le haut.
Récemment, voici ce qu’Aphatie a tweeté. On parle immigration, racisme, justement. Il s’en prend à Fenech, l’homme de l’enquête parlementaire sur les attentats de 2015...
Déconstruisons le propos de @GeorgesFENECH ancien magistrat et ancien député, qui s’exprimait ainsi sur @CNEWS : « Il y a un souci d’intégration avec les jeunes issus de l’immigration. »
Cette phrase semble banale. Elle est répétée en boucle depuis des années sur tous les… https://t.co/wIkm6tVtwJ
— jean-michel aphatie (@jmaphatie) November 2, 2025
Le passage de Paul sur France Info, le 1er novembre 2025, avec un extrait diffusé sur X, a remis le feu aux poudres dans les commentaires. Paul a cherché et semble-t-il trouvé une explication au comportement du meurtrier de sa mère.
« On est face à un personnage qui est un archétype, un délinquant maghrébin. Et l’archétype du délinquant maghrébin, c’est un archétype qui hystérise la conversation publique, et je pense que ça va pas s’arranger dans les mois qui vont venir jusqu’à l’élection présidentielle, et tout l’enjeu pour moi était d’humaniser une personne que j’ai honnie, que j’ai diabolisée, depuis que j’avais vingt ans, pour trouver des explications à son comportement. »
"L'enjeu pour moi était d'humaniser une personne que j'ai honnie depuis que j'avais 20 ans, pour trouver une explication à son comportement" nous explique Paul Gasnier, journaliste et écrivain, à propos de son livre La Collision. #canal16 #LePourEtLeContre pic.twitter.com/w9OjE0YnHR
— franceinfo (@franceinfo) November 1, 2025
Mais cette explication est éminemment politique, puisqu’elle croit dépolitiser le comportement du criminel, alors que tous les ruisseaux y mènent, il le dit lui même : école, police, justice, famille, etc.
À la limite, et sans faire d’humour macabre, on pourrait dire que la mère de Paul a eu un geste raciste en se faisant heurter par la moto d’une racaille. Finalement, si la faute n’est pas du côté de la racaille, elle doit forcément être un peu du côté de la victime, du moins de la société non racaille...
On peut aussi être chrétien et ne pas culpabiliser en permanence. Chrétien sans peur, et sans reproche.


et
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