C’est un type discret qui est parti, à 72 ans. On ne le voyait jamais à la télé, dans les émissions de flux, pour vendre sa came, il jouait, c’est tout. Mais à chaque apparition, il se passait quelque chose. Son vrai nom : Baruh Djaki Karyo, originaire d’Istanbul. Une de ses rares interviews date de 1988, chez Ardisson, qui parle plus que lui. À la limite, Thierry n’avait pas besoin de ses invités...
Pourquoi une telle présence, dans ses films, même les plus grand public ? Parce que le magnétisme. Ça ne s’explique pas. Les pros du ciné, les réals, partagent les acteurs en deux camps : ceux qui prennent bien la lumière, et les autres. En réalité, c’est un peu plus compliqué que ça. Certains ont une présence physique qui dépasse leur corps, on pense à Depardieu, aujourd’hui disparu (des médias), victime de sa poutinophilie ; d’autres transpirent la sensibilité ou la violence intérieure (Adjani). Il y en a pour tous les goûts. La preuve, il y en a qui pensent que Bruel est un acteur.
Comme on dit qu’un autre monde est possible, on peut dire qu’une autre catégorisation est possible : ceux qui n’ont pas besoin d’en faire trop, et qui dégagent quelque chose.
C’est le cas de Delon, grand acteur mais pas grand comédien. Lui aussi avait ce truc magnétisant, magnétiseur, presque hypnotique tant il mange le regard (du spectateur), et ce n’est pas qu’une question de beauté. Cela se situe dans le regard, mieux : derrière le regard. Il y a quelque chose (un amas moléculaire) qui passe à l’écran, qui est indéfinissable, et on met au défi quiconque de l’expliquer en termes clairs. Une chimie, une alchimie, disent les femmes qui aiment bien expliquer les choses par la magie.
Tchéky, lorsqu’il apparaît dans Les Lyonnais, il n’a pas besoin d’en faire des tonnes. Michel Bouquet était pareil, un jeu aussi minimaliste que puissant, un regard intense, une radioactivité presque mesurable. Voilà, certains sont des barres d’uranium, d’autres des bouts de fer, qui compensent en technique, en présence, en sensualité, etc.
Même si la majorité des acteurs sont cons, politiquement et culturellement parlant, il faut reconnaître que les gens les aiment, et les aiment pour ce qu’ils représentent, dégagent, incarnent. Et il n’incarnent pas seulement des rôles (genre Napoléon ou Hitler), mais un truc qui attrape tout le monde.
Une séduction ? Pas forcément, sinon une belle gueule et une bonne base d’art dramatique suffiraient à devenir célèbre. D’après nos calculs, ce quelque chose, expression dont on a abusé dans cet article, serait de l’ordre de la souffrance, d’une souffrance partagée, qui déclencherait l’empathie, une des formes d’amour, selon les Grecs. Même un homme fort peut provoquer cela : il attire le côté maternel des femmes, et le côté fraternel des hommes. Quand on a le combo, c’est bingo.
Seule KTO a rendu un hommage appuyé à cet acteur pas comme les autres.


et
!











