Souvent, avec l’âge, la pression, la faiblesse, le calcul, la lâcheté, le découragement aussi, on se recentre, on s’éloigne de la liberté pour aller vers la sécurité. Ici, il s’agira de liberté de parole ; la sécurité de parole, expression pas très jolie mais efficace, étant celle qui ne risque rien.
Personne n’est sommé d’être à 99 % de liberté de parole, sur l’axe sécurité-liberté, mais dans ce cas, ne pas se faire passer pour libre. Sinon, cela s’appelle une imposture. Elle tient un temps, le temps que le public comprenne. Parfois, il faut un peu l’aider. Parfois c’est clair tout seul.
Sans transition, et sans rapport aucun avec cet étrange préambule, on va passer à l’analyse d’une émission du Canard réfractaire sur Chouard. De mémoire, on a diffusé ici des analyses de ce Canard sur les Gilets jaunes et le vaccin, thèmes sur lesquels LCF (pas Lucifer, Le Canard réfractaire) était intelligemment positionné. Certes, de soutenir les GJ et de pester contre le faux vaccin ne menait pas en prison, mais ça avait des conséquences, dans son cercle de proches, dans son cercle professionnel, et dans la sphère médiatique.
Chouard a incarné quelque chose pendant l’insurrection des GJ, et bien avant avec sa clairvoyance sur le référendum européen de 2005. C’est pourquoi nous avons été étonnés, parfois estomaqués par le traitement réservé à ce noble combattant de la propagande européiste et macroniste, ce qui revient au même. Macron ayant été pressenti pour devenir le prince de l’Europe, une belle ascension pour le petit prince des ténèbres.
Attention, c’est assez long, mais ça mérite le détour. LCF est flanqué d’une dame, qu’on appellera Canasse, et lui Canard. Elle est là pour incarner le spectateur lambda débile, elle pose donc des questions débiles et quand elle intervient à son compte, ça reste débile. On ne sait pas qui lui a foutu ça dans les pattes, mais c’est désastreux. Bref, reprenons.
Ça commence mal. Canard reprend l’extrait d’un type au regard inquiétant : « Pourquoi on n’aurait pas dû donner la parole à Étienne Chouard. » Mathieu Burgalassi est un complotiste repenti devenu chercheur en extrême droite. On va voir qu’il a des arguments massue, sourcés, cliniques : « Chouard c’est un complotiste, Chouard c’est un négationniste, Chouard c’est un antisémite ! » On entend déjà les sirènes de l’ambulance.
La vidéo sert à enfoncer Chouard, donc à envoyer un message à QVS (qui vous savez). On exhume les citations de Chouard qui vont servir à son procès.
« En plus les gens qui sont derrière Soral moi j’en vois plein, c’est des humains comme vous et moi, c’est des humains qui cherchent le bien commun à leur façon et dire que c’est des fascistes mais c’est des conneries. »
Retour plateau avec Canasse, qui grimace quand elle parle de Chouard : « Mais si Soral c’est pas son sujet et qu’en plus en face de lui il a un connard, pourquoi i s’énerve et il finit par lui donner exactement ce qu’il veut entendre ? »
Canard fait le malin, il fait le malin avec des hé hé, des petits regards de connivence avec le spectateur genre on se comprend, hein : « Eh ben c’est ce qu’on appellera plus tard une chouardine ! […] Ce matin, je me suis levé j’ai fait une chouardine, avec du beurre de cacahuète, là. […] En gros, une chouardine, c’est quand on te pose un piège devant toi, et que tu sautes dedans. […] De toute façon Chouard, il aurait dû suivre les bons conseils de Chomsky, tu sais, face à une polémique il faut pas en parler car en parler c’est admettre l’existence d’un problème. »
Le problème du lobby, qui te fait si peur que tu dénonces tes petits camarades plus courageux que toi ? Suit alors une défense de Chouard par Usul, qui est plutôt équilibré, et, pour le coup, courageuse, surtout venant de la gauche. Malheureusement, sous la pression de sa base, Usul publiera un post d’excuses sur son Facebook.
Pour Canard, qui pourtant a été des leurs, les Gilets jaunes furent un « mouvement populiste ». On sait où ça mène : au nazisme et à Auschwitz en passant par le RN, le FN et Vichy. De la même façon, Ruffin de LFI soutiendra Chouard, puis, sous la même pression des gauchistes obtus (pléonasme), il présentera des excuses à ses militants. Canard ne se demande pas pourquoi tout le monde finit par s’excuser de soutenir ou d’apprécier le travail de Chouard : il y a un impensé… gros comme leur lâcheté, ou leur ignorance forcée. Mais on penche pour lâcheté.
On passe alors au fameux piège tendu à Chouard par l’horrible Denis Robert, complice du pouvoir profond, flanqué de son commissaire politique, le jeune Enthoven (encore un autre) avec la question des chambres à gaz. Canarde absout les chouardistes repentis : « Et l’histoire leur donnera raison. »
Canard alors apporte une information, qui prouve que Chouard a bien été piégé, une ingénierie de toute beauté. Une première interview avait été faite, que Denis Robert ne jugeait pas assez bonne. « Denis robert a rappelé Chouard parce qu’il n’y avait pas assez de sang... » La deuxième prise sera la bonne avec l’historique « est-ce que tu as un doute sur l’existence des chambres à gaz ? »
Canasse commence à virer Goldnadelle, avec une horrible grimace : « Oh la la mais qu’est-ce qu’il raconte de la merde ton Chouard là quand même ». Ne jamais oublier la théorie de la latte la plus basse du tonneau.
Canard, le sachant, explique : « En fait il a voulu faire son Chomsky en mode il faut pas interdire une pensée par la loi, il faut la combattre par la démonstration ! » On rappelle pour ceux qui n’étaient pas nés en 1928 que Chomsky, dans son livre sur la fabrique consentement, avait émis l’idée qu’il ne fallait pas empêcher Faurisson de s’exprimer, même si on était contre.
Canard envoie alors le missile qui fait mal : après le piège, l’agenouillement. Chouard fait face à Élisabeth Lévy sur Sud Radio avec Didier Maïsto (tiens, tiens) :
« J’ai l’impression d’avoir fait une énorme connerie, évidemment, y a pas besoin de lire les livres pour avoir un point de vue sur la Shoah, pour moi la Shoah c’est évidemment l’incarnation de, de, de l’horreur. Et les chambres à gaz sont une modalité épouvantable qui est elle aussi une horreur. »
Commentaire de soulagement de Canasse : « Exactement ce que dirait un négationniste ». Elle plante sa dague : « Alors il a beau s’expliquer, personne ne relayera ses excuses et encore aujourd’hui la séquence est un frein brutal pour Chouard et aussi au RIC et aux Gilets jaunes. »
Tiens, ce sont donc les chambres à gaz qui ont eu raison des Gilets jaunes ? Drôle d’apparentement… Mais qui se cache derrière les CAG ? Qui avance derrière ce bouclier et qui terrorise les pétochards qui font semblant de ne pas comprendre, de ne pas savoir qui décide de la vie et de la mort médiatique ? Le CRIF et sa tyrannie ! Car les CAG n’ont rien à voir là-dedans.
Canasse termine en donnant une leçon de spin doctor à Chouard : « L’aut’ problème, c’est que Chouard ben y s’est pas entouré d’gens d’confiance qui pouvaient lui dire parfois de se taire, ou de se former sur d’aut’ sujets, eh ben finalement tout ça crée un enfermement intellectuel dans quelques idées toujours pas renouvelées. »
Canard embraye ; lui, c’est le juge suprême : « Et puis aussi sa naïveté, sa gentillesse, enfin, je sais pas comment tu l’appelles, ce truc qui était très inadapté au monde politique et médiatique. […] Il a fait des erreurs, il s’est brulé les ailes alors qu’il avait sur le dos la réputation intellectuelle des Gilets jaunes et ça c’est impardonnable. »
Nuance, il ne s’est pas brûlé les ailes, on les lui a brûlées. C’est plus honnête comme ça, non ?
Canasse conclut, tranchante, la tête de Chouard à ses pieds : « Oui bon ben c’est pas non plus une victime, p’tête que finalement faudrait juste peut-être dépasser Chouard, non ? »
La fin hollywoodienne de Canard, calquée sur un film de procès, est un morceau d’anthologie : « On continuera d’aller par exemple chez des gens comme Aberkane qui est un porte-voix pour nos idées, pour qu’elles soient transmises largement à un public qui comme nous est en cheminement. Bref, Chouard a été un précurseur du militantisme sur Internet, il est allé au bout de son histoire pour le meilleur et pour le pire, et maintenant c’est à nous d’écrire la nôtre avec l’énergie de la jeunesse et l’expérience des anciens. »
Bravo à Canard & Canasse pour leur prestation, qui restera dans les annales. Et puis ça peut toujours servir, ce genre d’archive.


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