Nick Land : l’accélération sans frein jusqu’à la fin de l’humanité et l’avènement de l’IA
30 mai 17:38, par Langue et PoiesisJ’aimerais signaler à Maurice que fondamentalement, Nick Land a bien intégré la finitude du monde et de ses ressources. Cette finitude et ses limites sont en réalité ce qui fait pression sur la nécessité d’une mutation du "capital fossile" , Par définition fini, à un autre type de capital dont lesdites limites sont repoussées. Comment les repousser ?
En gros, par l’innovation, par la découverte ou la création d’une technologie pouvant engendrer des ressources inépuisables : le capital ira, selon. Land, là où le capital ira sous la pression des limites de la finitude du monde. Le capital constitue une force impersonnelle, indépendante et incontrôlable.
Par conséquent, rétorquer cette finitude à Land, c’est non seulement un contre-sens magistral, mais c’est aussi le témoin d’une lecture bancale de son oeuvre ou d’une incompréhension fondamentale.
Car Land, en bon kantien des familles, fait l’analogie entre le capital et ce que Kant appelle le noumene, c’est à dire la chose en soi. Or, chez Kant, la chose en soi est totalement inaccessible à la connaissance théorique pure dont la source première est la sensibilité elle même que l’entendement appréhende par l’intuition, puis par le concept. Seule la sensibilité peut prétendre à un quelconque prédicat introduit par le verbe être. Or, Land, voulant faire imploser le cadre kantien des conditions de la connaissance possible, prétend adjoindre une connaissance positive à qqch qui pourtant est totalement inconnaissable pour Kant.
Par conséquent, si effectivement Kant s’est trompé en considérant le noumene inconnaissable, il ne suffit pas pour Land de dire "je casse ces limites" ; il faut démontrer la nécessité de les casser et la démontrer par la logique. Or, Land ne le fait jamais : il émet simplement une décision spéculative.
En réalité, Land commet l’erreur tragique pointée pa Kant lui même : l’illusion transcendantale. Il erige ce qui relève de l’Idee transcendantale (ce qui nous permet de faire la synthèse du caractère multiple du sensible empirique en une unité intelligible) comme relevant d’un concept de la sensibilité empirique. L’idée transcendantale devient alors une idée transcendante, et donc une idée trompeuse. L’idée en question, le noumene dans le cas de Land, devient alors un principe constitutif du réel empirique lui même, alors que pour Kant, il est un principe régulateur au service de l’unité systématique rendant le réel intelligible.
Donc pour réfuter Land, il faut avoir le niveau.
Alain Soral et E&R
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