Entre les affaires Epstein et Quentin, on a parfois besoin d’un petit shoot d’air frais. Ça tombe bien, il est question de champagne et de ballons dans l’article qui suit, mais pas de ballons de foot, à quatre mois de la Coupe du monde trumpiste.
Il s’agit des bonbonnes de protoxyde d’azote qui fait rigoler, la drogue chérie des footballeurs pro avec les putes mineures. Pas foutus de rigoler avec des vannes, de l’actu ou de la culture, ces idiots s’envoient du gaz dans le pif, qui non seulement rend accro, mais fait perdre des neurones. Vous nous direz, ils n’ont pas grand-chose à perdre.
Et les rugbeux qui prennent du chloroforme à la mi-temps ? Un partout, balle au centre. Et retour au rappeur Naps, qui a cartonné avec sa chanson La Kiffance en 2022, disque de platine ou d’or, peu importe. Ah oui, Naps, de son vrai nom Boukhobza (gloups), est marseillais. C’est un rappeur. Sa chanson a fait rêver les filles et les garçons pauvres.
Quel joyau !, quel style !, quelle plume !, mais bon, c’est pas l’objet du jour. L’objet, c’est un long article joyeusement sadique du Figaro. Quand il prend sa posture bourgeoise de droite assumée, il devient subitement lisible.
Résumons l’affaire, sans passer par l’IA : Naps monte à Paris en 2021 avec ses potes pour la promo de son album, il demande à un intermédiaire de lui ramener des gonzesses de 20 ans sur les réseaux sociaux, le mec lance la ligne et les appâts, trois filles mordent, soirée au Key, la boîte people chic du moment, coin VIP, champagne et rappeurs à volonté, tout se passe bien, on calte à 6 h direction l’hôtel, où la bande propose aux trois grâces une after, elles y vont, un peu pompettes mais les mecs aussi, arrivée sur place séance de ballons arrosés de vodka, et là, le drame. On laisse la parole au Fig, qui a fait le job.
Trois heures plus tard, Flora, qui s’est assoupie encore vêtue de sa robe de soirée dans le grand lit double, repousse d’un geste endormi une main dans son dos. Engourdie par l’alcool et les stupéfiants, elle constate, dans un demi-sommeil, que sa jupe a été relevée, et son sous-vêtement baissé. Flora se recouvre et se rendort profondément. Un moment plus tard, elle est réveillée par le rappeur Naps qui la pénètre. Flora dit avoir tenté de le repousser à plusieurs reprises, mais las, elle retombe dans un sommeil profond. C’est le trou noir.
Rosières ou tamponneuses ?
C’est là où notre goût du droit et de la sociologie se réveille d’un coup. Toujours le même débat : viol ou pas viol, consentement ou pas consentement, innocence ou pas innocence, et surtout, comment un mec plein aux as qui devrait attirer les filles comme des mouches peut se rabaisser à organiser tout ce cirque pour s’en taper une à moitié dans le coma ?
Sérieusement, pourquoi prendre ce risque, avec toutes les tamponneuses qui traînent, pour qui leur cul est une tirelire et le lendemain une plainte ? La soirée, un loto, une chance au grattage, une chance au tirage ?
Attention, on ne dit pas que l’une d’entre elles a consenti à ce qu’il lui est arrivé (une pénétration, l’horreur), mais pourquoi diable toute cette fumée, ces produits, ces alcools, ces heures dans une boîte pourrie, pour faire le truc le plus naturel, on allait dire le plus con du monde, avec un peu de tchatche, d’humour ou de séduction ?
Naturellement, c’est parole contre parole, « viol » contre allumeuse, l’éternelle question. On ne prend pas parti, on analyse. Le problème, c’est que le Naps est un peu dans la récidive.
Ce procès, qui s’annonce retentissant au regard de la gravité des faits et de la renommée du rappeur, ne constitue qu’une première étape judiciaire pour Nabil Boukhobza. L’artiste est par ailleurs mis en examen pour un autre viol, qui se serait déroulé dans des circonstances quasi-identiques, à Saint-Cyr-sur-Mer, dans le Var, en août 2024 : un « after » dans une chambre d’hôtel à l’issue d’un concert, avec trois jeunes filles et beaucoup d’alcool. À l’époque, le rappeur se trouvait placé sous contrôle judiciaire, dans le cadre de l’instruction ouverte pour le viol présumé de Flora.
Les filles sont dans le gaz, les potes du rappeur se barrent, deux filles se lovent (tout habillées) sous la couette, et la troisième se retrouve sous Naps. Les deux filles assistent à la scène, c’est leur version. Naps a évidemment la sienne :
Lors de l’instruction, Nabil Boukhobza a, lui, décrit des scènes toutes autres de cette soirée, preuves selon lui qu’un jeu de séduction opérait : les jeunes filles « twerkaient » à quelques mètres de lui, au Key. Flora s’était assise sur ses genoux dans la chambre d’hôtel où ils ont poursuivi leur soirée au petit matin, et il parcourait de la main sa cuisse.
Une chatte ne retrouverait pas ses petits dans ce jeu tordu. Jusqu’à quel point la fille pénétrée était-elle inconsciente, ou incapable de réagir ? Savait-elle pourquoi elle et ses copines étaient là, ou découvrait-elle la Lune ? Quel juge va pouvoir entrer dans le passé, sonder les cœurs et les âmes et déterminer les responsabilités, au pourcentage près ? Bonne chance.
La fin de l’article est juteuse.
Avec constance - et en dépit des trois témoignages de la victime et de ses amis qui répètent une version contradictoire -, le rappeur a aussi maintenu que Flora avait les yeux ouverts au moment des faits, ce qui serait l’une des preuves de son consentement, dit-il. Dans l’un de ses derniers interrogatoires, le magistrat l’a encore interrogé sur ses intentions ce soir-là. Lui a répondu, avec une certaine ambiguïté, qu’il envisageait d’avoir des rapports sexuels avec Anna et Flora, « mais avec le consentement de chacune ». « Je ne me suis pas dit bien sûr on va faire quelque chose, on sait jamais (sic) », a-t-il ajouté.
Punaise, le mec. Il devrait écrire une chanson sur le sujet, on propose La Violansse.


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