La Cour des comptes ne mâche plus ses mots. Dans son rapport de mi-année, la juridiction financière suprême qualifie la situation des finances publiques françaises d’« alarmante » et appelle à des « mesures fortes, crédibles et rapides ». Derrière la sobriété du vocabulaire administratif, le constat est d’une sévérité rare : la dette publique française devrait dépasser 3 600 milliards d’euros en 2026, soit environ 118,5 % du PIB, ce qui place la France parmi les pays les plus endettés de la zone euro, derrière l’Italie et la Grèce. Deux références qui, dans le paysage des finances européennes, n’ont rien de flatteur.
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La Cour ne s’arrête pas au stock de dette. Elle pointe également le flux : la charge des intérêts a progressé de 17 milliards d’euros en 3 ans pour atteindre environ 77 milliards d’euros en 2026. C’est davantage que le budget de nombreux ministères régaliens. Autrement dit, une part croissante des recettes fiscales ne finance plus ni les services publics, ni l’investissement, ni la défense, elle rémunère les créanciers. Cette dynamique est mécanique et auto-entretenue : plus la dette croît, plus son service absorbe de ressources, plus les marges de manœuvre budgétaires se réduisent. La Cour des comptes n’emploie pas le terme de « piège », mais la description qu’elle en fait y ressemble.
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[…] le problème français n’est pas une fatalité structurelle propre à notre économie, mais bien le résultat d’une série de choix, ou d’absences de choix. D’autres ont fait autrement. D’autres ont assumé les ajustements nécessaires, sans attendre d’y être contraints par les marchés ou par Bruxelles. La France, elle, attend encore.
[…] Ce volontarisme différé a un coût supplémentaire, que la Cour identifie sous un angle moins souvent commenté : celui de la lisibilité. Les magistrats relèvent que le projet de loi de finances pour 2026 s’accompagne d’environ 100 documents totalisant 15 700 pages. 15 700 pages. Ce n’est plus de la transparence, c’est de l’opacité organisée sous couverture d’exhaustivité. Quand l’information est partout dispersée, elle devient inaccessible, donc inutilisable par le citoyen comme par le décideur. […]
Il y a dans ce rapport quelque chose qui dépasse la technique budgétaire. Une nation dont environ 77 milliards d’euros de ressources annuelles sont captés par le service de sa dette est une nation dont la liberté d’action se réduit année après année. […]
[…] Un État qui emprunte à ce rythme, qui n’honore ses engagements de réduction du déficit ni envers ses partenaires ni envers sa propre juridiction financière, et dont les documents budgétaires sont devenus illisibles, est un État qui perd progressivement la maîtrise de ses propres choix. […]


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