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Inutile de discuter – Jean Cau (1993)

Jean Cau a une place singulière dans la littérature française : il est passé de la gauche (Sartre) à la droite (GRECE), mais pas comme Finkielkraut, qui est resté un intellectuel juif, au fond. Fils de ploucs de province, il louera la distinction, au point de devenir un aristocrate sans particule.

La Rédaction d’E&R

 


 

Cette évidence : les valeurs qui me happent en même temps qu’un élan me jette vers elles, il est impossible qu’elles soient faciles comme le sont, parce que de communion confuse, celles proposées à la masse comme, par exemple et au premier rang, l’humanisme et ses innombrables sous-produits, parmi lesquels les « droits de l’homme » m’apparaissent comme le plus absurde.

 

Non à cela. Oui, en revanche, aux valeurs difficiles dont on est le seul responsable et dont on paie seul le prix d’échec ou de réussite. De malheur. Ou de bonheur.
Non à la foule. Oui à toi.
Non à la fraternité, oui à l’ami.
Non à la mode qui coagule des grumeaux, oui à telle fidélité par personnelle tendresse.
Non à la fièvre, oui à la tension.
Non à l’égalité, oui à la différence qui distingue par le haut.
Non à la sécurité (sociale comme elle l’est toujours), oui au risque.
Non au messianisme, oui au présent aspiré, là-bas et incessamment, par la cascade de l’avenir dont il renouvelle toujours le flot. Oui aux aventuriers et à leurs bandes, non aux militants et à leurs masses.

[...]

Sans cesse les capacités infinies de la Gauche (cette Église) à manier le verbe raisonneur me surprenaient jusqu’au jour où je compris que son Être l’obligeait à parler l’action tant elle se savait impuissante à la vivre. D’où cette merveille d’impuissance agitée de cris, ce prêtre proférant l’anathème, ce pur fleuron de la Gauche qui, sans lui, lorsqu’il va bouder dans un coin ses anciennes amours que le Pouvoir a souillées (voir la désertion de la Gauche par ses intellectuels lorsqu’elle y accède), se retrouve littéralement sans voix, ce pur fleuron, disais-je, et j’ai nommé l’intellectuel de gauche.

Lire l’article entier sur sapaudia.org

L’homme de lettres le plus haï de Paris

 

Les intellos (de droite, forcément) chez Sapaudia

 
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10 commentaires

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  • #3611223
    Le 5 mai à 17:48 par SOCRADE

    Quelle brillance, quelle France ! Soral est un des tout derniers de cette race. Si vous en voulez plus épluchez le programme de France-Culture la nuit : vous n’aurez pas Jean Cau, évidemment, mais vous aurez souvent l’immense culture des érudits des années 50-60. Dépéchez-vous avant qu’une de ces baronnes quarantenaires crevardes qui tiennent France-Culture la journée n’ait une insomnie et ne s’appercoive que la nuit est aux mains des réactionnaires-facscites-nazi-antisémites !

     

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    • #3611330
      Le 6 mai à 07:05 par baronsamedi

      Parfaitement exact, "Trans Q" la nuit, c’est un puits de science pour les insomniaques !
      C’est vrai que ça risque un jour de disparaître, déjà que les cours du Collège de France ne passent plus (avant c’était à partir de 5h00 du mat’, et comme je suis un lève-tôt....), donc il se pourrait bien que toute cette vraie culture ne soit plus rediffusée un jour !

      Bonne journée à tous.

  • #3611255
    Le 5 mai à 21:02 par Decul

    Que pourrais-je rajouter derrière Jean Cau à part, Magique !
    Merci Jean Cau, merci E&R, merci Sapaudia !
    J’ai écouté "ça", au sortir d’une discussion de café avec des "on y peut rien !", qui à ce jour n’avaient qu’un souci : une rave party, près de Bourges je crois et surtout je m’en fous ! Sans me soucier une seule seconde du j’adhère ou j’adhère pas... ’ça" m’a requinqué et remis le sourire ! La preuve :-)

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  • #3611284
    Le 6 mai à 00:25 par Gauthier Perlouze

    Ce mec est un génie, il a résumé le fond de ma pensée mieux que j’aurais pu le faire moi-même, merci E&R de m’avoir fait découvrir ce grand monsieur...

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  • #3611298
    Le 6 mai à 05:42 par Incognito

    Jean Cau était à la brasserie Lipp un samedi du début mars 1986, assis face à une superbe femme russe à laquelle il tenait des propos dithyrambiques sur la Russie. Il lui disait : “ ton pays est magnifique “, ce qui m’avait interpelé car la Russie était alors présentée comme un enfer par l’occident, synonyme de ténèbres, d’absence de liberté, de goulag,de restrictions en tous genres, et d’interdictions de se déplacer librement sur ce territoire continent alors que Jean Cau,lui, semblait très bien connaître le pays. Nos regards se croisèrent à plusieurs reprises comme sì nous savions l’un et l’autre , par le jeu de vibrations imperceptibles, que nous étions proches par la pensée. Parfois, il me souriait. Les premiers frimas du printemps rendaient l’ambiance propice à la conversation. Sa voix résonne encore à mes oreilles , ses mots claquant dans l’air de la brasserie. En écoutant involontairement Jean Cau, la Russie, ce pays méconnu, devint soudain, par la magie de ses mots, une terre d’aventuriers aux paysages inoubliables, peuplés de tigres blancs gambadant sur les bords du fleuve, aux confins de la Sibérie orientale, là où les ours batifolent dans les eaux de l’estuaire de la mer de Béring, à proximité des nuées de flamands roses s’ébrouant dans un concert de battements d’ailes. Nous étions assis là , séparés par une ou deux tables étroites , l’esprit transporté par son récit captivant, à des milliers de km de Paris. Celle qui allait devenir ma femme écoutait sans savoir qui était cet homme auquel nous n’avons pas osé parler, sans doute impressionnés par sa finesse d’esprit. Nous étions tous deux attablés devant un succulent pot au feu, spécialité de la maison à l’époque. Lors d’un temps mort, la voix familière d’un copain Iranien qui organisait de superbes fêtes à Nice, fendit l’air vivifiant du printemps depuis le boulevard. Le temps semblait suspendu à un moment d’éternité, entrecoupé des mots provenant de la rue, et de l’intérieur de la brasserie, pour former un condensé de France, de Russie et d’Iran, symboles d’une alliance indéfectible qui a été rompue par les agents du mondialisme.

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  • #3611538
    Le 6 mai à 22:43 par Link

    Jean Cau était un salonard (avec un N) envieux, au verbe ampoulé et à la "pensée" convenue, cherchant de façon névrotique à être (ou au moins à paraître) un "homme de lettres", avec des tournures frelatées et des complications stylistiques qui trahissaient le besogneux complexé qu’il n’a jamais cessé d’être.

     

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    • #3611655
      Le 7 mai à 09:55 par menfin

      "la pensée convenue".....son entretien dit le contraire.....
      mais son humilité toute humaine, son bonheur de réussir dans les lettres,
      peut-être appuyés par certain petits complexes & exigences de classe
      bien compréhensibles & pardonnables,
      vous ont peut-être empêché de bien saisir son fond.....?

    • #3611679
      Le 7 mai à 10:50 par christiane

      Jean Cau, à la "pensée"(avec des guillemets,svp) convenue....tournures frelatées...
      J’ai du mal à laisser passer de pareilles fadaises.
      Cet homme était d’une intelligence stupéfiante, à l’oral comme à l’écrit, une plume acérée et un pamphlétaire hors pair. Il suffit de lire "le temps des esclaves" et "croquis de mémoire"pour s’en rendre compte.
      Pour la petite histoire, un ami d’Alain Delon. Admiration réciproque.

  • #3611656
    Le 7 mai à 09:58 par menfin

    merci infiniment à e&r de me mettre une âme, & une belle,
    sur un nom qui flottait, indéfini, dans ma conscience.....
    liberté, vie.....ecce homo.....

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  • #3611752
    Le 7 mai à 16:06 par Virevolte

    Un vrai régal ! Merci de mettre en lumière ces hommes qui savaient argumenter et savaient s’écouter, la profondeur honnête et sincère sans rond de jambe," être qui l’on est " à la recherche toujours de soi et des autres pour se connaître dans nos différences dés lors que nous acceptons de nous perdre dans un jeu de miroir par la parole ou l’écriture ! Vivre ! de nos racines ! quitte à plonger dans la pensée sauvage pour la faire notre et voir ce qu’elle renferme dans ses tripes ! pour la nourrir de lumière !

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