Étude du suicide français en Inde
« La perte de nos établissements aux Indes orientales est un malheur irréparable ; nous avons laissé les Anglais s’emparer du commerce des épices et des étoffes, qui était notre richesse. »
Clément Charles François de Laverdy (contrôleur général des finances, 1763-1768), Mémoire au Conseil du Roi (1763, cité dans des archives posthumes)
« La France, par une suite d’erreurs et de malheurs, a vu s’évanouir ses espérances dans l’Inde. Les Anglais, plus constants et mieux dirigés, ont su tirer parti de nos faiblesses. »
Abbé Guillaume-Thomas Raynal, Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (1770)
Dans la province France défrancisée de 2025, nul ne se souvient plus qu’elle fut jadis la puissance européenne dominante en Inde, avant même les Britanniques. Comme en Amérique, le génie français – porté à son apogée par des hommes d’exception – sut s’y déployer pleinement, avant d’être anéanti par Versailles et quelques incompétents.
De l’histoire de la France en Inde
Jean-Baptiste Colbert créa la compagnie française des Indes orientales en 1664. Sa mission était de concurrencer les compagnies anglaises et néerlandaises qui y étaient implantées depuis le début du siècle.
Les Européens tiraient ainsi de nombreux produits de luxe des Indes, comme la soie, les pierres précieuses, le coton, des épices et de l’ivoire. La France entendait donc ne plus dépendre des ses concurrents pour leur importation.
Au fil des décennies, la compagnie, devenue prospère, ouvrit de nombreux comptoirs sur les côtes du sous-continent indien, qui étaient autant de bases pour commercer et envoyer des produits en Europe.
C’est le comptoir de Pondichéry, ouvert en 1673, qui deviendra le siège de la Compagnie des Indes et de fait la capitale des Indes françaises.
Il faut noter pour la suite que la compagnie était pilotée depuis Versailles et qu’elle n’était pas une entreprise totalement privée comme son concurrent néerlandais par exemple. C’était donc le gouvernement royal qui décidait directement de la stratégie à mener sur place. Comme nous allons le voir par la suite, celle-ci se révèlera largement défaillante.
• Essor de la compagnie
À partir de la Régence et à l’image de l’ensemble du commerce mondial français (voir article n°3 de la série d’articles), la Compagnie des Indes orientales françaises va connaître une ascension très importante, à la fois économique et politique.
Les dividendes pleuvent sur les actionnaires de la compagnie, dont le Roi détient un cinquième des actions, et Pondichéry devient un modèle de développement à l’européenne en Inde. Un officier français notait ainsi en 1730 : « Cette ville a beaucoup gagné, jadis les gens du pays construisaient leurs maisons en bois ou en terre ; M. (le gouverneur) Lenoir imposa de ne bâtir qu’en brique et de ne couvrir qu’en tuiles, et on construisit des maisons magnifiques et en quantité. » L’hôtel de la compagnie devint un bâtiment impressionnant, qui rappelait les plus beaux monuments de la métropole. L’hôtel de la monnaie et l’église des Jésuites étaient de même très réputés pour leur beauté.
Un bastion principal nommé Fort Saint-Louis était bâti afin d’occuper une position centrale dans la ville et près de la mer. Par la suite, c’est l’ensemble de la cité qui sera lourdement fortifié par les Français. Pondichéry deviendra alors de l’avis de tous la plus formidable des citadelles européennes en Inde.
La compagnie commençait à armer ses navires et à recruter des soldats français afin d’assurer la sécurité de sa flotte et de ses comptoirs, et ainsi faire face aux ennemis de la France. Dans la continuité de cette semi-militarisation, les Français formaient des troupes de « cipayes » indiens, recrutés pour faire masse et entraînés à combattre à l’européenne.
En 1740, un souverain musulman, vaincu par l’Empire marathe, trouva refuge à Pondichéry. La Compagnie française l’accueillit et tint tête aux Marathes, qui renoncèrent à tout siège dès qu’ils aperçurent les puissantes fortifications de la ville. En signe de gratitude, le prince offrit aux Français de nouvelles terres autour de Pondichéry et leur conféra le titre honorifique de « Mansadbar », équivalent de « vassaux de l’Empereur ».
En 1742, un certain Joseph François Dupleix devint gouverneur de Pondichéry et commandant des établissements français en Inde. Alors âgé de 45 ans, il travaillait en Inde depuis 1715 et était depuis devenu membre du Conseil supérieur de Pondichéry et commissaire des guerres. Il avait été nommé superintendant des affaires françaises à Chandernagor en 1730 qu’il avait largement développée. Alliant ses capacités administratives à quelques affaires de la compagnie, il était rapidement devenu très riche.
Dupleix va commencer une politique d’influence et de conquête tous azimuts et ainsi améliorer la position française en Inde, indispensable en ces temps de compétition mondiale avec l’Angleterre.
La guerre grondait entre cette dernière et la France, et tout le monde s’attendait à son éclatement prochain. Contre l’avis de la compagnie qui souhaitait réduire ses dépenses, Dupleix allait entamer un renforcement supplémentaire des fortifications de Pondichéry sur ses fonds propres.
• Guerre de Succession d’Autriche et succès français en Inde
La guerre fut ainsi déclarée entre la France et l’Angleterre, ce alors que la compagnie des Indes françaises venait de recevoir l’ordre de chercher à signer un pacte de non-agression avec sa concurrente anglaise…
Nos amis britanniques avaient quant à eux bien anticipé l’éclatement du conflit et envoyé des troupes et des navires en renfort en Inde.
Cela n’empêcha pas Dupleix et La Bourdonnais, le gouverneur des établissements français de l’île Maurice et de la Réunion, de monter une flotte en armant les navires de commerce de la compagnie et d’attaquer directement Madras, la capitale des Indes britanniques.
George Bruce Malleson, historien britannique, dans History of the French in India, paru en 1893, notait : « Quand la nouvelle parvint à Fort St. George que l’escadre de La Bourdonnais avait quitté l’île de France, qu’elle avait engagé et repoussé l’escadre anglaise au large de Nagapatan, qu’elle était arrivée à Pondichéry et se préparait à attaquer Madras elle-même, la surprise et la consternation qui régnèrent parmi ses résidents peuvent peut-être être imaginées. »
Les Britanniques qui ne s’attendaient ainsi pas à une telle attaque étaient rapidement écrasés et se rendaient au bout de seulement cinq jours de siège.
Un mois plus tard, c’est une armée de 10 000 Indiens alliés des Anglais qui vint tenter de reprendre Madras. Une armée française de seulement 700 hommes bien disciplinés écrasa de son feu l’armée ennemie et parvint à la vaincre sur les berges du fleuve Adyar qui donnera son nom à la bataille.
En 1748, les Britanniques chercheront à reprendre la main en envoyant en Inde une armada de 32 navires de guerre et de 4 000 hommes assiéger Pondichéry. La ville sera défendue de façon héroïque par Dupleix pendant cinq mois et les Anglais seront forcés de lever le siège !
Ainsi, malgré la rétrocession de Madras aux Anglais contre la remise de Louisbourg à la France au Canada, la guerre se terminait par une victoire française en Inde, qui aura su vaincre face à des forces ennemies bien supérieures. Les Anglais enrageait et la France des Indes se couvrait de gloire.
• La formation d’un empire français des Indes
Suite aux succès français et grâce au prestige gagné par la France dans la région, des souverains locaux vont commencer à faire appel à la compagnie pour les aider dans leurs luttes politiques.
En 1751, la France installe dans le Deccan un souverain favorable à la France et dont la protection sera garantie par la présence d’un contingent militaire français à ses côtés. C’est un autre héros français, Charles Joseph Patissier de Bussy-Castelnau, parlant le Tamoul et parfaitement au fait des rouages de la politique indienne, qui avait combattu et vaincu les ennemis du nouveau souverain nommé Muzzafer-Sing. Mission lui était donnée par Dupleix de rester auprès de ce dernier et de défendre les intérêts français dans la région.
Il était nommé par ce même souverain du Deccan « grand-vizir » l’année suivante et siégeait au conseil de celui-ci, position alors tout à fait inédite pour un Européen à l’époque. Il obtenait en 1753 le titre de nabab des Sarkars, ce qui est un titre bien obscur vous en conviendrez.
En remerciement du soutien sans faille de la France, le souverain du Deccan décidait d’accorder à la Compagnie de vastes territoires côtiers, en lui cédant les provinces de Mustaphanagar, Elore, Rajamundrum et Gondavirl.
La même année, Bussy obtenait du prince l’expulsion des Anglais des comptoirs de Madapolam, Ingeram, Baudermalanka, Vizapatam et Masulipatam. La France se retrouvait alors à la tête d’un véritable proto-empire indien, plus vaste que la métropole elle-même, et peuplé de près de quarante millions d’habitants.
À cette époque, Dupleix commence à mener une vie fastueuse de quasi-souverain, à l’orientale. Devenu l’arbitre de la région, il jouit d’un immense prestige aussi bien auprès des membres de la Compagnie que des élites indiennes. Cependant, cette politique ambitieuse a un coût, tant pour la Compagnie que pour lui-même : les finances de celle-ci se dégradent, tandis que la fortune personnelle de Dupleix s’épuise en prêts consentis à son service. La nouvelle assise dominante de la France dans la région était néanmoins appelée à nous apporter des bénéfices immenses sur le long terme. C’est ce qu’avaient très bien compris les Anglais.
Ceux-ci étaient pris de panique face à cette situation qui commençait à devenir franchement désespérée.
L’historien américain Holden Furbur note ainsi dans son livre Rival Empires of Trade in the Orient, 1600-1800 que « La politique expansionniste de la Compagnie française sous Dumas et Dupleix, de 1730 à 1750, suscita une panique à la Cour de Saint James, où l’on redoutait que les Français ne monopolisent les routes commerciales indiennes et n’étendent leur influence jusqu’au Bengale ».
L’historien britannique William Dalrymple écrit dans son livre The Anarchy : The East India Company, Corporate Violence, and the Rise of the British Empire in India paru en 2019 que « Les succès de Dupleix dans les années 1740-1750 firent trembler les Britanniques, qui réalisèrent que sans une riposte immédiate, la Compagnie française pourrait dominer l’Inde entière, reléguant les Anglais à un rôle marginal ».
Le suicide français en Inde
Comme vous l’avez deviné, cette période glorieuse se déroule à la veille de la guerre de Sept Ans. L’Angleterre qui s’apprêtait à régler son compte à la France comme nous l’avons déjà bien expliqué dans les textes précédents était confrontée à une France qui voulait… négocier.
Le nouveau ministre de la Marine, Machault d’Arnouville, prit peur de la dégradation des comptes de la Compagnie et des rapports qu’il recevait sur les actions de Dupleix et de Bussy. Dans un éclair de lâcheté, il comprit que leurs entreprises appelleraient forcément une réponse armée britannique.
En accord avec les cadres de la Compagnie présents en France, il organisa le renvoi de Joseph François Dupleix (!) afin de le remplacer par un nouveau gouverneur, Charles Godeheu, chargé de mettre un terme à la politique française offensive dans la région et de négocier avec les Anglais. C’est ainsi qu’il signa un « traité de non-soutien aux princes indiens » avec son homologue anglais, Saunders, qui n’en demandait pas tant !
Le renvoi de Dupleix provoqua la stupéfaction en Inde et laissa le champ libre aux Britanniques. Bussy dut gérer une situation fortement dégradée dans le Deccan, allant jusqu’à vendre ses biens personnels pour continuer à solder les troupes françaises assurant la sécurité du semi-protectorat.
La guerre de Sept Ans éclatait donc en 1756 et c’est un nouveau commandant en chef des Indes françaises nommé Lally-Tollendal qui était envoyé à Pondichéry à la tête d’une escadre et de 4 000 hommes (sensiblement le même nombre de troupes envoyées au Canada) pour y affronter les Britanniques. Il faut noter que Lally-Tollendal était un protégé de la marquise de Pompadour, alors maîtresse de Louis XV. Ainsi, on préféra manifestement envoyer Lally en Inde par clientélisme plutôt que pour ses compétences.
De fait, il agira parfaitement comme le pur bourrin sans cervelle qu’il était profondément. Ignorant tout de la politique indienne, des coutumes indiennes, des rouages de la compagnie, et étant une personne particulièrement hautaine et infecte de l’avis de tous ceux qui l’ont rencontré, il réussira l’exploit de se mettre absolument tout le monde à dos sur place.
• Le fiasco français
Lally-Tollendal arriva ainsi à Pondichéry le 28 avril 1758. N’écoutant absolument personne parmi les administrateurs de la Compagnie présents sur place et méprisant les populations indiennes, il perdit leur soutien, ainsi que celui des cipayes, qui désertèrent en masse. En donnant des ordres sans ménagement aux seigneurs indiens de la région, il réussit également à se les aliéner.
En juillet de la même année, il rappela Bussy de son poste dans le Deccan, faisant ainsi perdre le soutien du royaume à la France et détruisant son prestige dans la région.
C’est ainsi tout l’héritage de Dupleix et de Bussy qui était réduit à néant en l’espace de trois mois sans que les Britanniques n’aient eu à tirer un seul coup de feu !
En novembre, alors que toute l’Inde est inondée par la mousson, Lally entreprend contre toute logique une expédition contre Madras. Il parvient à atteindre la ville au bout d’un mois en pleine catastrophe logistique et sanitaire. Le siège mené pendant trois mois contre des Britanniques motivés sera un fiasco total, les troupes étant écrasées par la pluie, dégoutées par Lally-Tollendal et en plein relâchement disciplinaire. L’armée française affaiblie devra lever le siège suite à l’arrivée d’une escadre anglaise de secours.
En mai 1759, notre ancien allié du Deccan, qui avait fait d’un français son ministre pour rappel, et qui était dégoûté d’avoir été lâché ainsi en rase campagne, signait une alliance avec les Anglais, autant pour maintenir sa position comme le lui permettait la France auparavant que par esprit de vengeance. Notre pays perdait tous les territoires qui lui avaient été offerts sous Dupleix et qui étaient ainsi donnés aux Anglais.
L’escadre navale française en Inde partait également pour l’île Maurice après une bataille indécise contre la Royal Navy. Elle abandonnait ainsi la mer à cette dernière, et son chef le comte d’Aché se vengeait aussi de Lally avec lequel il avait eu des relations particulièrement houleuses sur tout le chemin depuis la France…
Les Indes françaises étaient alors en plein dépôt de bilan, coupées de leurs opportunités économiques auprès des Indiens et de la métropole par le départ de la flotte française.
En janvier 1760, une armée française mal payée et démotivée était vaincue à la bataille de Vandavasi. Bussy était fait prisonnier par les Anglais et la route de Pondichéry était ouverte aux Anglais.
La capitale des Indes françaises était assiégée à partir de de septembre 1760 par une armée britannique massive de 15 000 hommes, et prise en janvier 1761. Elle sera alors détruite quasiment de fond en comble par les Anglais, symbolisant la fin des ambitions françaises en Inde.
Conclusion
Bussy sera libéré par les Anglais et rentrera en France. Dupleix quant à lui mourra dans la misère à Paris en 1763, année du traité de Paris. Tout un symbole… Ayant dépensé sa fortune en Inde au service de la France et de la compagnie, il réclamera jusqu’à la fin les treize millions de livres que celle-ci lui devait, en vain. Il écrira un mémoire avant de mourir dans lequel il étalera sa terrible amertume : « J’ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie, pour enrichir ma nation en Asie. D’infortunés amis, de trop faibles parents consacrèrent leurs biens au succès de mes projets. Ils sont maintenant dans la misère et le besoin. Je me suis soumis à toutes les formes judiciaires, j’ai demandé contre le dernier créancier ce qui m’est dû. Mes services sont traités de fables, je suis traité comme l’être le plus vil du genre humain. Je suis dans la plus déplorable indigence. La petite propriété qui me rentait vient d’être saisie. Je suis contraint de demander une sentence de délai pour éviter d’être traîné en prison. » Voilà comment étaient traités les héros en France sous Louis XV.
La défaite totale de la France en Inde pendant la guerre de Sept Ans est d’autant plus scandaleuse que les Britanniques n’eurent que peu d’efforts à faire pour l’obtenir. De fait, elle fut d’abord causée par la France elle-même, des décisions de Versailles et de la Compagnie en France, au comportement odieux et honteux de Lally-Tollendal sur place.
La France des Indes, si elle avait été menée par l’immense virtu de Dupleix et Bussy, et alors qu’elle était largement en position de force avant la guerre, aurait certainement connu un sort différent que celui qu’elle connût finalement. Il est même du domaine de l’envisageable de penser à une victoire française qui aurait été à même de compenser les défaites en Amérique, et donc de permettre son maintien dans l’empire mondial français.
C’est la lâcheté coupable de la monarchie et de Louis XV directement qui décidèrent du renvoi criminel de Dupleix et de la politique d’apaisement face à une Angleterre chauffée à blanc. C’est également à Versailles que fut décidé l’envoi en Inde de cet étrange personnage qu’était Lally-Tollendal, qui aurait pu plutôt gagner quelque gloire en mourant à la tête d’un régiment à la bataille de Minden par exemple.
En Amérique, en Europe et en Inde, Louis XV et la monarchie eurent absolument tout faux. Il est inouï qu’un pays comme la France put accumuler autant d’erreurs alors qu’il avait toutes les cartes en main pour parvenir à imposer son ordre et son esprit au monde.
De l’abandon de la Belgique au traité d’Aix-la-Chapelle, au refus d’écouter les conseils de Maurepas sur la marine, du traité de Paris avec l’Autriche en 1756, à l’abandon du Canada et la politique suicidaire en Inde, la France fut baladée de bêtises en lâchetés jusqu’à laisser la première place à l’Angleterre.
Le Roi finira par mourir en 1774 de la variole. Il sera enterré de nuit à Saint-Denis, sans processions, sans cérémonie publique et sans grandes messes. En effet, son surnom était passé du Bien-Aimé au Mal-Aimé. Jean-Christian Petitfils concluait son livre sur le roi : « Le convoi funèbre de Louis XV, réduit à une escorte minimale, fut un symbole de la désaffection du peuple et de la cour pour un roi dont le règne s’achevait dans la disgrâce. »
En 1761, le duc de Choiseul, alors secrétaire d’État de la guerre et de la marine, organisait les « dons des vaisseaux ». Ceux-ci consistaient à en appeler à la générosité du peuple pour financer la construction de nouveaux navires de ligne suite à la destruction de la majorité de flotte française. Le petit peuple français déjà saigné sur tous les continents et abruti d’impôts sortit ce qu’il put de sa poche. Choiseul put ainsi réunir treize millions de livres et financer la construction de dix-huit navires de ligne.
À ce moment, l’État était alors ruiné et endetté à hauteur de 1,3 milliard de livres.
Pour mettre tout cela en perspectives et expliquer la désaffection du peuple pour son bon roi, il est nécessaire de rappeler qu’à partir de 1768 et jusqu’à sa mort en 1774, Louis XV entretint sa maîtresse en chef et ancienne putain assumée la désormais comtesse Jeanne du Barry.
Alors que nos Français d’Amérique pourrissaient sous le joug anglais, que la Compagnie des Indes orientales était recroquevillée sur quelques mini-comptoirs sans fortune, que le monde se moquaient de nos défaites, et après que des Français exsangues aient mis la main à la poche pour la gloire nationale, les historiens estiment que le Roi dépensait environ dix millions de livres au total en dons, rentes, bijoux et parures pour sa chère maîtresse du Barry. C’est-à-dire de quoi construire quelque treize ou quatorze navires de ligne, et ainsi aider à préparer la France pour la revanche.
Jérôme Blum, historien américain et auteur de The End of the Old Order in Rural Europe écrira dans son livre : « Louis XV était un adolescent perpétuel appelé à faire un travail d’homme. »


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