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Evènements

Histoire du premier déclin français – Partie V : La fin de l’Amérique française

Il s’agira ici d’étudier comment la France de Louis XV a perdu la Nouvelle-France.

« Pour nous autres Français, nous sommes écrasés sur terre, anéantis sur mer, sans vaisselle, sans espérance ; mais nous dansons fort joliment. »

Voltaire, Lettre à M. Bettinelli, 1760

La faillite de la marine française

Avant d’étudier le fiasco de la France en Amérique dans cet article, et en Inde dans le prochain, il est nécessaire d’étudier l’état de la marine française à cette époque.

La Royale est la première marine du monde au milieu du règne de Louis XIV. Cependant, les crédits qui lui seront alloués chuteront de façon vertigineuse à mesure que les guerres continentales de la Ligue d’Augsbourg et de Succession d’Espagne engloutiront les budgets de l’État monarchique.

La période qui va suivre, de la Régence à la guerre de Succession d’Autriche, sera une longue renaissance pour la marine française, contrainte par les nécessités budgétaires.

Grâce aux efforts de Maurepas, ministre de la Marine avant et pendant la guerre de Succession d’Autriche, la Royale avait bénéficié de grands progrès techniques pour compenser sa faiblesse numérique. Les ingénieurs français mettaient au point des nouveaux vaisseaux de ligne de 64, 74 et 80 canons (les principaux navires de guerre, c’est-à-dire de ceux qui font gagner les batailles) qui étaient largement supérieurs aux navires anglais.

« Je puis seulement vous dire que l’Invincible surpasse à la voile toute la flotte anglaise. Je ne puis m’empêcher de penser que c’est une honte pour les Anglais qui font toujours grand cas de leur marine », déclara Keppel, à cette époque un des principaux officiers de la Royal Navy, après inspection du vaisseau français capturé pendant la guerre de Succession d’Autriche.

Celle-ci vit la marine française tenir tête à la Royal Navy. Elle bénéficia autant de la qualité de ses chefs que de celle de ses matériels, et put compter sur la nullité des commandants anglais en place.

La Royale comptait ainsi 50 vaisseaux de ligne contre 120 pour la Royal Navy… Elle pouvait cependant s’appuyer sur Maurepas, qui sut insuffler un esprit guerrier et confiant aux marins français. Il avait compris que l’importance de l’empire mondial français et du commerce massif qui en résultait nécessitait une flotte de premier rang apte à contrecarrer la Royal Navy : « Le commerce fait la plus grande richesse et conséquemment la puissance des États… Les forces maritimes sont absolument nécessaires pour le soutien du commerce et la défense d’un État bordé par la mer. »

Il demandait ainsi à Louis XV des crédits pour la marine : « J’ai trop souvent entendu dire par des ministres étrangers que notre marine était trop négligée, qu’il vaudrait mieux que le roi eût 50 000 hommes de moins et cinquante vaisseaux de plus, qu’on ne pourrait imaginer l’effet que cette augmentation de vaisseaux produirait sur les cours étrangères, que ce serait le moyen le plus sûr de se faire craindre et respecter, de se procurer des alliés et de prévenir les guerres que l’agrandissement de notre commerce et la faiblesse de nos forces navales nous occasionne. » Malheureusement, par incompréhension ou manque de moyens, Louis XV ne donna pas suite.

Bien qu’avec un commerce en contraction d’environ 40 % et malgré la perte de Louisbourg, la plus importante forteresse et port de guerre français en Amérique, la Royale parvint à maintenir l’empire français intact. Elle se couvrit même de gloire lors de sa victoire au cap Sicié en 1744 au large de Toulon et de la prise de Madras en Inde en 1746.

Ainsi, la France s’en sortait bien sur les mers et Versailles aurait dû prendre la mesure des besoins de sa marine afin qu’elle pût maintenir l’empire mondial.

(Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas, brillant ministre de la Marine)

 

Maurepas va continuer de défendre le développement de la Royale à bon droit : « Quoi qu’il en soit, il convient que les forces de la France soient réglées relativement à celles des autres États maritimes. Je ne prétends pas que l’on doive avoir cent-vingt-cinq vaisseaux depuis 50 jusqu’à 100 canons, comme il paraît que les Anglais les ont. […] Il suffit d’entretenir soixante vaisseaux de guerre, lesquels réunis à ceux des alliés pourront balancer la puissance maritime des Anglais, car je suppose que le Roi aura toujours pour alliés quelques-uns des autres États maritimes. » Louis XV restera impassible, pensant résoudre les problèmes avec l’Angleterre par la négociation et la paix… Que dire ?

Maurepas est même disgracié et remplacé par Machault d’Arnouville, dont on verra par la suite à quel point celui-ci, suivant les pas de Louis XV en bon serviteur, fera preuve d’un pacifisme criminel envers l’Angleterre.

Ainsi, les crédits de la marine, au lieu de doubler, vont même baisser (!) de 1749 à 1754, passant de 20 millions à 17,7 millions de livres tournois. Même si des efforts de modernisation sont entrepris, la flotte reste nettement inférieure à la Royal Navy. Cette modernisation, dans un contexte de baisse des crédits, conduit à rogner sur l’entraînement des équipages. De plus, alors que Maurepas entendait s’appuyer sur la puissance maritime espagnole afin de gagner la masse critique nécessaire pour vaincre la Royal Navy, tous les contacts sont coupés entre les deux marines et aucun exercice en commun n’aura lieu par la suite.

En outre, Louis XV, commit une faute lourde en privant la France des richesses et des capacités portuaires de la Belgique à la fin du conflit (voir troisième article). Il se coupait d’une partie des ressources qui auraient pu permettre un grand effort naval pendant l’entre-deux-guerres.

Pendant ce temps, la marine britannique, tirant les leçons de ses échecs, entreprit une vaste réorganisation de ses forces : elle réforma la formation de ses officiers et marins, renforça son armement et ses capacités logistiques, et modernisa ses navires en s’inspirant de ceux de la Royale.

Ainsi, la marine française commencera la guerre non préparée face à une Royal Navy alors au sommet de sa puissance. C’est en grande partie sa faillite qui empêchera le sauvetage de la Nouvelle-France et des Indes françaises.

L’Angleterre entre en guerre

La Perfide Albion, qui était bien décidée à ne pas rater le coche cette fois-ci après ses précédents déboires, allait attaquer la France par surprise en s’en prenant à son commerce et sa marine sans déclaration de guerre. Entre septembre et novembre 1755, la Royal Navy capturait ainsi 300 navires et 6 000 marins français. Les cargaisons étaient vendues à Londres pour 30 millions de livres.

La marine britannique allait ainsi commencer à attaquer les intérêts maritimes français partout où elle le pouvait et n’obtenait comme réponse… que des déclarations de paix. En représailles des attaques anglaises, une division navale française prenait l’initiative de capturer la frégate qui portait en Amérique le gouverneur de Caroline du nord. Louis XV ordonna alors sa libération et ne prit aucune mesure de rétorsion contre les navires de commerce anglais qui continuaient d’amarrer dans les ports français !

Frédéric II ironisa en parlant de la « léthargie stoïque » de Versailles face aux affronts britanniques.

Il fallut attendre la fin de l’année pour que le roi Louis envoyât un ultimatum à l’Angleterre exigeant la restitution de navires français. N’ayant bien entendu aucune réponse en retour, la guerre sera déclarée le printemps suivant.

La fin de l’Amérique française

La France, présente en Amérique du Nord depuis François Ier et les missions d’exploration de Jacques Cartier dans les années 1530, y avait progressivement conquis un immense territoire (voir l’article numéro trois de la série).

La Nouvelle-France, comme nous l’appelions, était la promesse de territoires infinis remplis de richesses à exploiter. Elle était ainsi notre eldorado, notre « Frontière », notre « Grand Ouest ».

Pour l’instant et en attendant des missions de colonisations plus intenses, c’était la baie du Saint-Laurent, avec ses deux villes Montréal et Québec, qui était très habitée. L’Acadie, riche de 14 000 Français, était quant à elle déjà passée sous contrôle britannique lors du traité d’Utrecht en 1714.

 

• L’amitié franco-indienne

La France avait passé une série d’alliances avec les tribus indiennes. Nous étions ainsi amis avec les tribus Abénaquis, Outaouais, Menominees, Winnebagos, Mississaugas, Illinois, Sioux, Hurons, Pétuns, et Potawatomis. Après quelques affrontements au siècle dernier, la grande paix de Montréal de 1701 avait permis d’établir des relations apaisées et souvent très amicales entre nos Français d’Amérique et les Indiens, encore maîtres de leurs terres pour un temps. Les conversions encouragées par les missions jésuites se multipliaient. De nombreux mariages mixtes entre colons français et femmes autochtones avaient lieu, suivant un modèle proche de celui mis en place par les Espagnols dans leurs colonies.

Seuls les Mohawks et surtout les Iroquois rejoignirent les Anglais, ce qui allait leur coûter cher par la suite.

Ainsi, il faut rendre hommage à ces nations indiennes qui combattirent pour la France, par-delà même le terme officiel de la guerre (voir la guerre de Pontiac).

 

• La guerre de conquête

Les colonies britanniques, très peuplées et riches de 1,2 million d’habitants étaient bloquées dans leur avancée vers l’ouest par les colonies françaises. Elles étaient ainsi décidées à les conquérir par la force. Des premières escarmouches éclatèrent dans la vallée de l’Ohio dès 1754, bien avant les premiers combats en Europe.

Si les combats avaient déjà commencé dès 1754, tout le monde s’attendait à ce qu’une nouvelle grande guerre éclatât. Louis XV, avec sa grande paix européenne qu’il s’était construite seul dans sa tête, n’avait ordonné aucun renforcement de la défense de la Nouvelle-France et des Indes, ce afin… de ne pas provoquer les anglais !

La France attendit 1755 pour envoyer des renforts. Ainsi, 3 000 hommes renforcèrent les territoires américains, suivis en 1756 par 1 500 nouveaux soldats, accompagnés du nouveau commandant en chef des forces françaises en Amérique, Louis-Joseph de Montcalm, un brave officier expérimenté.

(Louis-Joseph de Montcalm)

 

On peut s’étonner du peu d’hommes envoyés en Amérique. 4 500 soldats partis pour défendre un territoire grand comme plusieurs fois la France métropolitaine, contre un million d’ennemis potentiels, et ce alors que Versailles mobilisait 100 000 hommes pour aller faire la guerre bien loin des frontières françaises au cœur de l’Allemagne… Bien que limité par le nombre des transports maritimes disponibles, nous aurions pu imaginer plusieurs aller-retours…

Pendant ce temps, l’Angleterre envoyait 13 000 hommes renforcer les Treize-colonies.

Il se trouva que la guerre commença favorablement pour la France. En mai 1754, le petit fort Necessity fut pris par une troupe de 600 soldats et miliciens français, accompagnés de 100 Amérindiens. Ce fut ainsi que le futur président des États-Unis, George Washington, alors officier dans l’armée coloniale britannique, fut fait prisonnier.

En 1755, une force mixte de réguliers et de miliciens britanniques, se dirigeant vers le fort Duquesne, fut prise en embuscade et décimée par une troupe franco-amérindienne. Ce type d’affrontement illustrait une particularité de cette guerre en Amérique : le recours à la guérilla, largement employée par les Amérindiens et les miliciens français, qui connaissaient parfaitement le terrain, face à des troupes régulières britanniques habituées à combattre en ligne ou en colonne, « à l’européenne ».

Le marquis de Vaudreuil, gouverneur de la Nouvelle-France et, fait notable, né à Québec où il passa toute sa vie, joua pleinement la carte des alliances amérindiennes contre des forces britanniques qu’il savait bien supérieures en nombre. Dès 1754, il délégua à ses alliés amérindiens une campagne de terreur massive contre les colonies britanniques de New York, de Pennsylvanie, de Virginie et du Maryland.

Edmond Dziembowski note dans son ouvrage sur la guerre de Sept Ans : « Partout, c’est la même abomination : des villages réduits en cendres, leurs habitants torturés, mutilés, massacrés et parfois mangés par leurs agresseurs. » Si la stratégie de Vaudreuil était absolument immorale, elle n’en était pas moins logique : plutôt que d’affronter directement des forces britanniques bien supérieures en nombre, elle consistait à mener des raids de terreur simultanés pour obliger ces troupes à rester dispersées et sur la défensive. Cette approche fonctionna parfaitement durant la première phase de la guerre.

En août 1756, Montcalm lança 3 000 hommes contre le fort Oswego. Entre les bombardements et les Amérindiens opérant dans les arrières britanniques pour couper tout ravitaillement, le fort tomba en quatre jours, et 1 700 Britanniques furent faits prisonniers. Ainsi, tout l’Ohio passa sous contrôle français.

En août 1757, la guerre s’intensifia. Une nouvelle armée mixte franco-amérindienne de 7 600 hommes assiégea le fort William Henry. Celui-ci tomba au bout de six jours sous les coups des mortiers français. Après avoir négocié un sauf-conduit pour les Britanniques en échange de leur promesse sur l’honneur de ne pas combattre les Français pendant 18 mois, Montcalm laissa partir la garnison. Cependant, celle-ci fut massacrée sur le chemin du retour par les alliés amérindiens, malgré les efforts des Français pour les en empêcher (voir le film de Michael Mann, Le Dernier des Mohicans). Le fort fut ensuite détruit par l’armée française.

 

• La chute de Louisbourg

Les Anglais vont réagir en envoyant 10 000 hommes en renfort en Amérique du Nord. La guerre prend alors un nouveau tournant en 1758 par la contre-attaque des forces britanniques. Deux assauts sont menés simultanément contre le fort Carillon tenu par Montcalm et surtout contre Louisbourg, la principale forteresse et principal port français en Amérique du Nord, qui gouvernait l’accès au Saint-Laurent, et donc protégeait directement Québec contre toute expédition anglaise.

Un terrible siège allait ainsi s’ensuivre pendant deux mois. Malgré une résistance héroïque, la garnison française de 7 000 hommes et de 5 vaisseaux de ligne ne put pas résister à l’armada britannique composée de 27 000 hommes et de 37 navires de guerre (plus 120 bâtiments de transports) qui avait été montée pour l’expédition.

(Siège de Louisbourg en 1758. Guerre de Sept Ans. Vaisseau le Prudent en feu et vaisseau le Bienfaisant capturé.)

 

• Le miracle du Fort Carillon

Montcalm se retrancha dans le fort Carillon avec 3 500 soldats et attendit l’assaut britannique. Il vit se présenter face à lui pas moins de 16 000 tuniques rouges. Pendant toute une journée, il subit leurs assauts répétés. Grâce à ses talents militaires et à la position fortifiée en hauteur occupée par ses troupes, ce fut un carnage côté britannique. Certains régiments perdirent jusqu’à la moitié de leurs hommes. Un observateur anglais nota que « nos forces tombèrent très vite », et un autre écrivit qu’« elles furent fauchées comme de l’herbe ».

Au soir de la bataille, le commandant des forces britanniques, le général Abercromby, ordonna une retraite immédiate.

Tout au long de la bataille, Montcalm demeura en première ligne, soutenant ses hommes et combattant à leurs côtés. La bataille du fort Carillon fut ainsi un grand épisode de gloire dans l’histoire militaire française.

(Montcalm célébrant la victoire avec ses troupes le soir de la bataille. )

 

Cependant, face à des forces britanniques supérieures, cette victoire sera le chant du cygne de la Nouvelle-France.

 

• L’appel à l’aide de Bougainville

Louis-Antoine de Bougainville, avant de devenir célèbre par son tour du monde de 1767-1769, servit en tant que second de Montcalm en Nouvelle-France.

Face à la situation qui commençait à sérieusement se dégrader, il fut envoyé par son supérieur à Versailles à l’automne 1758 afin de demander des renforts. Il se vit répondre par le nouveau ministre de la Marine Nicolas-René Berryer « qu’on ne cherche point à sauver les écuries quand le feu est à la maison ». On se demande bien de quel feu il parlait alors que le conflit continental se déroulait au cœur de l’Allemagne et que la majorité de la flotte de guerre française était encore intacte avant les désastres de 1759.

Bougainville repartit ainsi quasiment bredouille avec 400 soldats et quelques vivres pour la population. Une aide très insuffisante pour parer à la situation sur place et à la détresse des Français d’Amérique. Louis XV apparemment ne comprenait pas les enjeux et décidait en fait par son indécision… d’abandonner la Nouvelle-France. Au même moment, une armée française de 80 000 hommes s’apprêtait à attaquer le Hanovre. Qu’on ne dise pas que la monarchie n’avait aucun moyen d’envoyer plus de troupes sauver Québec. Des dizaines de milliers de Français qui valorisaient ces terres depuis maintenant deux siècles au nom du Roi et de la plus grande France étaient abandonnés à leur sort face à nos pires ennemis.

 

• La chute de Québec et la fin de la Nouvelle-France

Au même moment, c’était le branle-bas de combat en Amérique du nord. Suite à la chute de Louisbourg, il était devenu clair qu’une attaque britannique sur Québec était imminente. Le Marquis de Vaudreuil et Montcalm ordonnèrent donc le repli des troupes françaises sur la capitale.

Le Marquis organisa une petite levée en masse parmi les habitants de la colonie et parvint ainsi à réunir 12 000 miliciens, ce qui est énorme quand on sait que la population totale des colonies françaises en Amérique était de 90 000 habitants. C’était ainsi un véritable Volkssturm français qui était levé pour sauver la Nouvelle-France. Montcalm notait que la moitié des miliciens étaient des adolescents et des vieillards.

(Carte des opérations en Amérique du nord)

 

Le général anglais James Wolfe, à la tête de 20 000 hommes et de plusieurs dizaines de navires, mit le siège devant Québec dès juin 1759. Celui-ci dura presque quatre mois. À la suite d’un débarquement audacieux de Wolfe le 13 septembre sur les arrières de la ville, Montcalm organisa une attaque incompréhensible sans attendre les renforts de Bougainville et de Vaudreuil. La tristement célèbre bataille des plaines d’Abraham fut une défaite éclair pour les Français, les troupes se débandant à l’intérieur de Québec au bout d’une demi-heure de combat. Louis-Joseph de Montcalm fut, quant à lui, tué au cours des échanges de tirs.

(La bataille des Plaines d’Abraham)

 

Au même moment, la flotte française de haute mer était quasiment anéantie par la Royal Navy en deux batailles, aux Cardinaux dans la baie de Quiberon et à Lagos au large du Portugal, rendant impossible toute tentative de sauvetage (il était toujours possible de rêver à un sursaut versaillais) de la colonie.

Québec capitulait et le reste de l’armée française se repliait sur Montréal. Une contre-attaque montée par le successeur de Montcalm, le général François-Gaston de Lévis, et Vaudreuil l’année suivante verra les troupes françaises triompher une dernière fois en Amérique au cours de la bataille de Sainte-Foy. Malheureusement, l’arrivée de nouveaux renforts britanniques les empêchera de transformer l’essai et de reprendre Québec.

Lévis, lorsqu’il aperçut les renforts britanniques remonter le Saint-Laurent s’écria « La France nous a abandonnés ! »

(Le chevalier de Lévis ralliant son armée à Sainte-Foy)

 

Assiégés dans Montréal avec 2 400 soldats restants, Lévis et Vaudreuil étaient partagés sur la suite à donner aux événements. Si le premier souhaitait organiser un dernier baroud d’honneur, le gouverneur préférait mettre un terme aux souffrances des populations. Le capitulation de la Nouvelle-France était ainsi signée le 8 septembre 1760, scellant les adieux de la France au Canada.

Le traité de Paris signé en 1763 entérina la perte de l’ensemble des possessions américaines de la France. Alors que le Canada était cédé à l’Angleterre, la Louisiane était offerte à l’Espagne en dédommagement de son entrée en guerre catastrophique en 1761, ce afin de maintenir le « pacte de famille » et l’alliance entre nos deux pays.

(Les changements territoriaux en Amérique du Nord au traité de Paris en 1763)

 

Conclusion

La France perdit des territoires qu’elle avait mis deux siècles à coloniser et dont la courte histoire pouvait déjà lui faire honneur. De braves Français avaient valorisé ces terres difficiles mais magnifiques au prix de leur sueur et de leur sang.

Par souci de synthèse je n’ai même pas abordé la question du nettoyage ethnique de l’Acadie par nos amis britanniques, le « Grand Dérangement », qui vit des milliers de Français expropriés et chassés de leurs terres. Une bonne partie d’entre eux moururent dans des conditions de misère terribles.

Ils payèrent la stratégie globale défaillante organisée depuis Versailles qui consistait à envoyer des forces limitées en Nouvelle-France et à les maintenir sur la défensive pendant que le gros de l’effort se concentrait en Europe pour y remporter la décision. Or, comme nous l’avons vu dans l’article précédent, les troupes françaises ne brillèrent guère sur le vieux continent.

Alors que rien n’était encore joué pour nos Français d’Amérique et que la flotte française était encore opérationnelle, le gouvernement royal décida sciemment de les abandonner à leur sort en refusant d’y envoyer des renforts substantiels.

Les troupes régulières et les miliciens français furent pourtant héroïques tout au long de la guerre. Ils remportèrent plusieurs victoires magnifiques contre un ennemi qui leur était largement supérieur. La bravoure et la capacité guerrière françaises furent ainsi portées au sommet dans ces quelques « arpents de neige » bien méprisés par nos gouvernants et intellectuels des Lumières.

La chute de la Nouvelle-France fut une tragédie pour la France. Encore une fois, nous perdions des Français de sang destinés à subir le joug de nos pires ennemis. Nous abandonnions aussi l’Amérique, qui était la terre de l’avenir et que nous aurions pu coloniser de façon bien plus importante dans les décennies et siècles à suivre.

Cette perte, concomitante avec celle de l’Inde, signa la fin du rêve mondial français.

Hugo Bruno

 

Les quatre premières parties

 
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4 commentaires

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  • Louis XV a perdu la nouvelle France et a acheté... la Corse (dont personne ne voulait) ! Macron est un petit joueur à côté !

     

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  • #3580095

    Je pense que garder la Nouvelle-France aurait été impossible à terme, tant la France était occupée en Europe et tant l’appétit des États-Unis était grandissant, appuyée par la Destinée Manifeste (= les nouveaux hébreux). Dès que la France a voulu devenir une grande puissance, s’est dressée contre elle la Perfide Albion.

    La colonisation britannique était bien plus pragmatique mais tout autant moins fraternelle. Paradoxalement, les anciennes colonies britanniques semblent moins portées sur la repentance et les discours décoloniaux que ne le sont les ex-colonies françaises.

    Finalement, peut-être que la perte de la France fut de vouloir se donner une dimension fraternelle, universaliste et civilisatrice, là où les anglo-saxons ont toujours joué la carte du diviser pour régner et de la séparation, sans état d’âme ni remords.

    Petite digression : dans le film The Revenant, le personnage principal (un américain) assiste au vol d’une indigène par des trappeurs français, avant de lui porter secours, comme si les colonisateurs anglophones étaient des héros ! À Hollywood, dès que l’on peut salir les français ou la France, on ne s’en prive pas.

    Deuxième petite digression : si vous voulez entendre un petit aperçu des restes de la culture française en Amérique, je vous suggère la chaîne de Jourdan Thibodeaux, qui présente la culture cajun. Ça va même à la pêche au crocodile.

     

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