Intéressons-nous à Pete Hegseth, le monsieur Guerre-en-Iran du président Trump. Ils sont quatre dans l’organigramme officiel à combiner diplomatie et frappes : le duo Witkoff-Kushner pour la diplomatie (et les affaires bien comprises du gendre dans le Golfe), et le duo Rubio-Hegseth qui a fait pencher la balance trumpienne vers la guerre.
Hegseth n’est ni un grand stratège militaire ni un géopoliticien, c’est un présentateur TV issu de Fox News, donc un homme de communication. Il est là pour incarner la fermeté, le cowboyisme (américano-anglicisme) que tout le monde connaît, grâce à Hollywood. C’est celui qui fonce, qui défonce tout, qui règle les problèmes par la force.
Et l’Iran est un problème pour les États-Unis, mais plus encore pour Israël. L’Iran est un pivot de l’union russo-chinoise. On ne reviendra pas sur la fourniture de drones et de pétrole respectivement à la Russie et à la Chine. Route de la soie via l’Iran partiellement brisée, c’est dans l’ordre de la guerre géostratégique, qui va plus loin que les actes de guerre eux-mêmes. Il y a évidemment une pensée profonde dans la stratégie américaine, ne soyons pas dupes des forfanteries de Trump.
Sur les photos, Pete montre le poing, c’est le méchant Trumpy, le doux étant incarné par Rubio. Dans ses sorties médiatiques remarquées, il cite la Bible comme Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction. En réalité ce verset a été inventé. Le vrai est là, Ézechiel 25, versets 15 à 17 :
15 Ainsi parle le Seigneur l’Éternel : Parce que les Philistins se sont livrés à la vengeance, et qu’ils se sont vengés à outrance, le mépris dans l’âme, pour exterminer, haine éternelle,
16 à cause de cela, ainsi parle le Seigneur l’Éternel : Je vais étendre ma main contre les Philistins, j’écraserai les Crétois et détruirai le reste qui habite le rivage de la mer ;
17 et j’exercerai sur eux de grandes vengeances, les châtiant avec fureur, et ils sauront que je suis l’Éternel quand je leur ferai sentir ma vengeance.
C’est censé terroriser l’adversaire, ici les méchants Iraniens. Le Monde a fait le portrait de ce dur à cuire, alcoolique de surcroît, d’où ses envolées lyriques à la con. Que l’Éternel nous pardonne cet emprunt.
Le contraste entre les deux hommes est flagrant. Le général Dan Caine apparaît sobre, courtois et factuel, sans aucune emphase. Il trouve les mots pour parler des soldats disparus, et reconnaît la résistance iranienne. À ses côtés, Pete Hegseth, 45 ans, apparaît agité, belliqueux, confondant la polémique partisane avec la pédagogie d’une guerre rejetée par une majorité de la population américaine.
« Joe Biden ne savait même pas ce qu’il faisait », lançait-il le 2 mars, après avoir expliqué que Donald Trump avait « toute la latitude du monde » pour décider du calendrier des combats. « Pas de règles d’engagement stupides, pas d’enlisement dans la construction d’un État, pas d’entreprise de construction de la démocratie, pas de guerres politiquement correctes, résumait-il. Nous combattons pour gagner, et nous ne gaspillons ni temps ni vies. »
L’info, c’est comme la peinture : il y a toujours deux couches
Pete est un couillon, même l’aile droite la plus dure des républicains l’admet. Il y a un an, rapporte Le Monde, c’est à cause de lui que les échanges top secret sur les frappes contre les Houthis sont sortis dans la presse : il voulait se vanter. Mitraillé de questions précises par les journalistes américains, qui ne sont pas les carpettes que l’on connaît en France, Pete s’en sort de plus en plus mal depuis le 28 février, qui devait être un jour de gloire. Là, même le communicant dérape et se crispe.
Mais alors, pourquoi confier le Pentagone, cette machine au budget pharaonique de près de mille milliards de dollars, à ce troufion déjanté qui a en plus arnaqué les vétérans avec ses associations ?
Qui dit couillon dit couillonneur, et l’analyse de Piotr Smolar, l’envoyé spécial du Monde à Washington, poste le plus envié des journalistes français (ça veut tout dire), s’arrête là.
Or, Hegseth est la marionnette de Norm Coleman, qui le suit à la trace. Comme chez nous avec le couple président-conseiller, il faut inverser l’ordre protocolaire pour comprendre la hiérarchie réelle des hommes. On a eu Sarkozy-Attali, Macron-Kohler, c’est une longue tradition française. Tu votes Macron, tu te retrouves avec Kohler.
L’OMBRE DU PENTAGONE : NORM COLEMAN, MARIONNETTISTE DE HEGSETH
Cet ex-sénateur républicain du Minnesota, Norm Coleman, est le lobbyiste omnipotent qui a propulsé Pete Hegseth au sommet du Pentagone : en l’accompagnant aux réunions sénatoriales fermées, en l’introduisant… pic.twitter.com/kQ2aEH8TBp
— Camille Moscow (@camille_moscow) March 13, 2026
Ça n’étonnera personne, le Wikipédia français sur Norm Coleman a effacé ses origines et affiliations. Nous ajouterons donc ces parties manquantes issues du Wikipédia américain, qui sont loin d’être négligeables pour comprendre l’importance de ce personnage. Sinon on ne comprend rien.
Coleman est né à Brooklyn, fils de Norman Bertram Coleman Sr. et de son épouse, Beverly (Behrman). Sa famille est juive ; son grand-père paternel a changé le nom de famille de Goldman à Coleman.
En janvier 2009, Coleman est devenu conseiller et membre du conseil d’administration de la Coalition juive républicaine.
Coleman siège au Conseil consultatif national de la Coalition américaine pour le leadership mondial, un comité bipartisan qui promeut l’engagement international et qui regroupe tous les anciens secrétaires d’État américains encore en vie. Il travaille également comme lobbyiste pour le compte du gouvernement saoudien.
Coleman fut un fervent partisan de la guerre en Irak dès le début. En 2008, il soutenait toujours le conflit, tendant généralement à s’aligner sur l’administration Bush.
Coleman a également exprimé ouvertement sa conviction que l’Iran représente une menace pour les démocraties occidentales. Il a parrainé des résolutions du Congrès américain visant l’Iran, notamment des mesures condamnant ce que les États-Unis considéraient comme des violations du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et d’autres obligations internationales. Coleman a mené une campagne pour exercer une pression internationale sur l’Iran afin qu’il mette fin à ses tentatives d’enrichissement d’uranium, considérées par beaucoup comme l’étape finale vers l’acquisition de capacités offensives nucléaires.
Coleman est un fervent partisan d’Israël. Il a coparrainé la loi palestinienne antiterroriste de 2006 et a envoyé une lettre à la secrétaire d’État de l’époque, Condoleezza Rice, l’exhortant à enquêter sur le trafic d’armes présumé de l’Égypte vers des militants palestiniens dans la bande de Gaza. Coleman a dirigé la délégation de la Coalition juive républicaine pour rencontrer directement le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Bravo à Wikipédia de protéger ses lecteurs français de toute interprétation complotiste de la guerre américaine en Iran et de ses lobbyistes !


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