On dit que Trump joue au poker, Poutine aux échecs et Xi au go. C’est évidemment caricatural, essentialiste, mais ça plaît. Sauf que Trump a misé son tapis sur le tapis persan, que Poutine a mis son coup sous enveloppe et que Xi surveille l’aigle américain qui est en train de lui couper son approvisionnement en pétrole.
Le Grand Jeu a pris en une semaine une tout autre dimension. Le pétrole est l’un des nerfs de la guerre – économique – entre la Chine et l’Amérique, et pour l’instant, ce nerf est coupé, comme la route maritime entre la Chine et l’Europe. Ce n’est évidemment pas la seule, mais c’est un premier robinet qui se ferme. D’ailleurs, la Chine vient de demander à ses navires raffineurs de ne pas quitter le pays pour des raisons (de stocks) stratégiques. Pour l’instant, nous dit la presse, on ne doit pas s’attendre à un choc pétrolier, mais ça en prend le chemin. On n’en est pas encore à l’assaut sur les stations services...
Dans la guerre larvée entre la Chine et les États-Unis, une guerre qui ne dit pas son nom puisque l’Amérique attaque officiellement l’Iran, et seulement l’Iran, la Chine réarme à toute vitesse. On le sait, l’objectif est d’avoir à l’horizon 2040 une flotte au moins équivalente à l’aéronavale américaine, si possible avec du missile hypersonique. La bombe atomique, pour l’instant, ne sert qu’à dissuader. L’Iran n’en a pas voulu, pour des raisons religieuses, on dit aujourd’hui que c’était une erreur, mais cela ne le sera peut-être pas demain. En Ukraine, les Russes n’ont pas utilisé de tête nucléaire, les Israéliens non plus à Gaza et au Sud-Liban.
Pete Hegseth : « nous aurons bientôt une supériorité aérienne totale en Iran.
Une fois que cela se produit, c'est juste une question de savoir combien de dirigeants l'Iran est prêt à nous laisser anéantir avant qu'ils ne mendient la paix et nous laissent choisir leur nouveau chef… https://t.co/iRaxhfDZod— Régis Le Sommier (@LeSommierRgis) March 5, 2026
C’est toujours pareil : on veut bien bombarder du ciel, mais on ne veut plus aller au sol, où les différentiels économico-miliaires s’équilibrent. De plus, l’opinion publique occidentale ne le veut plus. Alors, c’est celui qui acceptera de souffrir le plus sous le tapis de bombes américaines, comme le Vietminh de 1965 à 1975 ou le taliban de 2001 à 2021, qui gagnera.
Le résultat n’est pas très réjouissant, pour le gendarme du monde en Afghanistan : 2 500 militaires tués, 20 000 blessés, auxquels il faut ajouter 1 500 morts parmi les milices privées et 15 000 blessés. Cela en fait des vétérans handicapés, toxicos, traumatisés, suicidaires.
Quelles que soient ses raisons, Trump a rêvé d’écraser l’Iran en quatre semaines, alors que dix-neuf années n’ont pas suffi pour vaincre l’Afghanistan, pourtant archipauvre, totalement sous-équipé (merci les Chinois, quand même), mais déterminé. La détermination, c’est ce qui fait la différence, même dans les guerres modernes.
Le Hezbollah était anéanti ? Il revient, plus déterminé que jamais. Les Israéliens et les Américains, avec leur propagande de cinoche, créent des phénix de partout. Les ennemis assassinés reviennent les hanter, comme l’armée fantôme dans Le Seigneur des anneaux. On ne peut pas vaincre les morts.
Le Sommier gifle un Gamelin de plateau
À Washington, les premiers soubresauts de l’équipée suicidaire du colonel Donald Custer se font déjà ressentir, au Jour 7 : il y a un conflit entre les isolationnistes et les interventionnistes, soit un frontal plus très déguisé entre Vance et la paire Rubio-Hegseth, le chrétien souverainiste (antisioniste, allons-y) et les décapiteurs sionistes. Si Trump veut que Vance soit élu après lui en 2028, à moins qu’il ne place un de ses fils (pourvu que ce ne soit pas le gendre Kushner), il faudra limiter les dégâts.
Vance a marqué un point contre Rubio quand ce dernier a dérapé, avec cet aveu de faiblesse israéliste.
« Nous savions qu’il y aurait une action israélienne, nous savions qu’elle précipiterait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les visions pas préventivement avant le déclenchement de ces attaques, nous subirions plus de pertes. »
Même le redneck texan est moins con que le droitard français. https://t.co/J31AvCaUNt
— PhilConte 007 (@PhilConte007) March 5, 2026
Aussitôt, Rubio s’est pris un shit storm MAGA de grande ampleur. L’épisode Maduro a donné confiance à ce faucon, qui rêve maintenant d’un regime change à Cuba, et qui ne s’en cache pas.
Le Monde propose une analyse fine sur le match vieux contre jeunes – vieux faucons contre jeunes souverainistes – à la Maison-Blanche et à Mar-a-Lago.
Pour Curt Mills, directeur exécutif de la revue The American Conservative, opposée aux aventures militaires américaines à l’étranger, Marco Rubio a peu de chances de figurer à l’élection présidentielle de 2028. « Il est perçu comme un faucon traditionnel, et sa base électorale est de toute façon bancale. Je ne pense pas qu’il ait été un décideur dans cette guerre, plutôt un partisan passif. C’était l’initiative du président Trump », assure M. Mills au Monde.
Pour autant, juge cette figure intellectuelle de la nouvelle droite, il serait prématuré de parler d’une victoire du camp des interventionnistes, auquel appartient M. Rubio. « Je vois ce moment comme une supernova. C’est le dernier sursaut, une étoile qui explose. Les faucons sont tous plutôt âgés. Il y a un énorme fossé générationnel sur cette question. Et il y a très clairement le sentiment que ce sont les Américains plus âgés qui mènent cette guerre : des présentateurs de Fox News, des sénateurs de 70 ans. Je ne veux pas minimiser leur pouvoir. Ils viennent de faire tuer six Américains et des centaines d’Iraniens. Mais le temps joue contre eux. »
On en revient toujours à la donnée principale : le timing. Le même Mills conseille à Vance, s’il veut gagner en 2028, de commencer à prendre ses distances avec Trump. Pas facile de tuer le père… Mais quand le père devient fou et menace le fils, que faire d’autre ?
Trump n’est pas envoyé servir pendant la guerre du Viêt Nam. Durant ses études, de 1964 à 1968, il obtient quatre reports d’incorporation. Puis, après avoir été jugé bon pour le service en 1966, il est réformé en octobre 1968. (Wikipédia)
On rappelle que James David a servi en Irak, et que Donald n’a jamais porté les armes. Ceci explique peut-être cela.


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