Conférence de Robert Ménard à Nice
5 juin 2013 11:25, par ThémistoclèsMénard est indubitablement brillant quand il est politiquement incorrect.
Il reste factuel et intéressant (à double titre) lorsqu’il est politiquement correct. On peut le dire car tout le monde s’en rend compte (quand il défend les patrons de presse, Zemmour, Lévy …).
Il tue son message quand il déclare que les journalistes sont intimement convaincus de détenir la vérité, puis que les journalistes sont des pleutres (ils renoncent à leur opinion pour garder leur place).
Il tue son message quand il déclare que les patrons de presse n’influent pas sur leurs journalistes, puis, quand il cite le patron de RTL qui déclare avoir viré Ménard.
En fait, un peu de sociologie permet de voir dans toute hiérarchie professionnelle : un niveau N0 qui correspond aux employés de base donc sans pouvoir hiérarchique et d’une diversité maximum. Un niveau N1 celui des responsables hiérarchiques de 1er niveau, qui presque toujours possèdent un charisme réel pour gérer avec efficacité le niveau N0 sous leur autorité, mais qui ne sont pas carriériste et stagneront (souvent volontairement) à N1. Le niveau N2, celui des cadres sans états d’âme, qui savent ce qu’ils font, le font par intérêt, se reconnaissent entre-eux, et acceptent implicitement d’être sacrifiés si besoin par le N2 au dessus d’eux.
Cette cartographie appliquée au journalisme permet de comprendre que les journalistes de niveau N0, N1, ou N2, ne réagissent pas aux mêmes stimulis, ce qui contredit Ménard.
Les journalistes N0 sont sans doute très majoritairement convaincus de détenir la vérité, et leur minorité possède la psychologie pour accéder à N1 voire à N2. Ces journalistes N0 sont recrutés parce qu’ils ont ce profil d’hilotes du système, mais plus tard, avec l’expérience, ils vont évoluer et alors s’autocensurer.
Les journalistes N1 sont indubitablement, comme pour toutes les professions, les plus intéressants car ils sont capables de comprendre les vraies réalités et bien évidemment de s’auto-censurer encore d’avantage.
Les journalistes N2 (dont entre-autres les patrons de presse) n’ont plus aucune conviction que de durer et de s’élever : pour eux, la vérité est celle qu’ils font diffuser.
En conclusion : c’est un morceau intéressant mais uniquement pour démonter (s’il en était encore besoin) que les journalistes ne sont plus que des techniciens de l’information et non pas des témoins passeurs de vérités.
Alain Soral et E&R
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