On commence cette rubrique sociétale par un Polnareff, qui donne le ton. Les drames se nouent en silence. Château, bal, amour, tragique ; ce sera le quarté de ce qui suit, en moins distingué. On s’excuse pour le titre, qui paraît méprisant, mais au fond, cela devrait servir de claque aux gens qui font fausse route en achetant de la rencontre.
Nous voici deux siècles plus tard, en Alsace, du côté de Sélestat. Il est question de la souffrance des célibataires. Avant, on disait les gens seuls, les solitaires, on a même appelé ça la maladie du siècle (le mal de dos aussi, puis le cancer). Des quinquas tentent le tout pour le tout afin de trouver l’âme sœur. Pour une fois, on ne va pas envoyer Camron au charbon, tout est dans le doc.
« Dès que je sonne la cloche, les messieurs changent de place ! »
On va faire court : l’ultralibéralisme détruit le couple pour le reconstruire, mais en multiple. On brise le couple à vie, et on vend du micro-couple en série. On ne critique pas, c’est un fait. Entre deux couples, il y a la rencontre, et cette fracture dans la vie de beaucoup est devenue un marché juteux. Idem avec la guerre : on détruit un pays, et ce faisant, on ouvre un nouveau marché, gigantesque, celui de la reconstruction. On pense à Gaza, à l’Ukraine.
Tout dans ce doc est désespérant, pour les cobayes en question, et pour ceux qui regardent. Quand on se respecte, on ne descend pas aussi bas, mais la peur de la solitude justifie tout : il faut absolument faire couple, couple que les tentations envoyées par le même Système viendront menacer... Il faut être fort pour rester en couple aujourd’hui, plus fort que le Système !
En regardant ce doc qui met mal à l’aise, on se dit qu’une grande partouze à mille personnes permettrait de balayer toutes ces arnaques, ces normes sociales à la con, et faire que chacun et chacune se rencontrent selon d’authentiques affinités… Mais on n’est pas sur l’île de Jeffrey, il paraît qu’elle a fermé, et qu’il reste un lieu dans le désert, avec des souterrains…
Il y a tant de répliques cultes dans ce reportage qu’on a renoncé à tout noter. On a bien aimé celle-ci : « On va s’mettre une petite série. C’est une très belle femme Léa Drucker. » Quand on en est à trouver l’actrice du Bureau des légendes belle, c’est qu’on est au fond du trou. Il y a aussi un fabuleux « je pense qu’elle me regarde », juste avant de se prendre un râteau : « T’as déjà oublié mon prénom ? » L’image de fin est triste, vraie : « Malgré tous ses efforts, Véronique n’a pas croisé son prince charmant. […] Michèle, elle, n’a pas trouvé l’amour, mais une nouvelle bande d’amis ». Et nous on a trouvé un sujet.
On aurait envie d’être ailleurs, dans un autre système solaire (demander à Thomas Pesquet, qui a disparu après sa gaffe lunaire au profit de Sophie Adenot, si c’est possible), mais on reste scotchés, fascinés par cette descente dans l’âme humaine, qui accepte tout. Il n’y a pas de révolte, pas de colère. Tous, marqués du stigmate de la solitude, cette pauvreté relationnelle, acceptent leur sort et se laissent conduire à l’échafaud de la course en sac, victimes d’un système de prédation qui vole leur intimité, leur bonté, leur souffrance. Comme dirait Johnny Cash, la souffrance, c’est le seul truc qui est vrai.


et
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