Les féministes peuvent aller se rhabiller : la nouvelle génération de filles est à l’ancienne, avec bien sûr les aménagements du modernisme. C’est à qui sera la plus belle, la mieux coiffée, la mieux parée (bijoux), la plus bouchue, non pas pour aller danser en boîte, là où on dévoile son corps pour un partenaire éventuel d’un soir ou plus, mais pour aller choper, si possible le mec qui providera, comme dit Camron.
C’est l’ascenseur social par les grandes lèvres, et c’est vieux comme le monde. Cela permet à une fille du peuple TikTok, pas très éduquée (elles sont vulgaires), pas très instruite (elles sont incultes), pas très intelligente (elles n’ont aucune conscience hors de leur personne), de sauter un ou deux étages dans la hiérarchie sociale, parfois plus, en fonction de leur beauté et de leur talent de chasseresse. Voir l’ascension de la sensuelle Nadine de Rothschild, ou de la très jeune maîtresse de Pierre Lazareff, la paysanne, pas Hélène.
Adieu sororité
Sur TikTok, c’est une avalanche de filles qui se maquillent, se montrent en live, se vendent sans le dire (l’algo veille), visage sous filtre et en gros plan sans aucun autre objet que d’exhiber la marchandise, à une différence près avec l’hypermarché, au-delà du fait que le magasin est dématérialisé chez chacune : on ne voit pas le prix au kilo. Le prix, on le découvre en général plus tard, c’est un achat à crédit, mais il faut montrer l’oseille, la surface financière, faire briller la maille avant tout. L’objet ne partira pas sans garanties.
C’est un échec total pour le féminisme, qui ne s’adresse qu’à une frange de la population, la plus instruite, la plus éduquée, la plus select. Et encore, la mode réelle venant d’en bas (personne n’achète les robes de défilés), le putariat féminin contamine les couches supérieures, il n’y a qu’à voir les filles de la haute parler wesh et s’habiller pute, histoire de ne pas se faire dépasser par la roture. Car entre une belle de la haute et une belle d’en bas, il n’y a aucune différence, le fric ne joue pas, pour les prédateurs ou les consommateurs. Pire, la belle d’en bas sera plus attirante car elle offrira une prise par son besoin d’argent, son désir d’élévation sociale.
La rivalité est inévitable, la sélection féroce, la pyramide des femmes impitoyable. Ce qui ne relègue pas les non-belles dans une vie malheureuse, bien au contraire, puisque la beauté n’est pas la garantie d’une vie amoureuse ou conjugale réussie. Au contraire, la belle, quand elle se défraîchit, peut-être rapidement remplacée si elle ne dispose pas d’autres atouts (intelligence, culture, humour).
Le féminisme est donc effectivement un truc de bourgeoises. Dans le bas de la société, les choses n’ont pas beaucoup changé, à part le body count (relire Escufon) : les filles comptent sur leur séduction, et cela n’empêche pas de compter aussi sur le travail, parallèlement. Derrière l’option boulot, l’option body n’est jamais écartée. D’ailleurs, la plupart des filles qui se maquillent en direct sur TikTok ont des jobs, des petits jobs, mais elles ne sont pas inactives. Simplement, ça sent le job d’attente... On dirait même que leurs payes ne servent qu’à acheter des fringues, des bijoux (dont de trop nombreux tatoos) et du maquillage : tout ceci tenant lieu d’investissement ! C’est une porte de sortie vers le haut, le salut par le popo. On ne re-citera pas la fameuse phrase de Céline sur le sujet…
L’avantage, pour ces filles en compète, c’est qu’elles disposent, contre un peu d’investissement ou de discipline – certaines ne font du sport que pour perdre du poids et choper un mec, ensuite elles arrêtent brutalement –, de la possibilité permanente de changer de vie par l’homme. La réciproque n’est pas vraie : l’homme ne change pas de case sociale par l’obtention – ou l’achat – d’une femme, même si une jolie femme est un signe de standing. L’homme est la monture ; la femme, la cavalière. Elle peut changer de monture à tout moment – passer du bourrin au pur-sang – et le seul danger inhérent à ce sport, à part évidemment le féminicide du jaloux, c’est de ne pas se planter de monture.
Évidemment, c’est là où le bât blesse : les hommes n’étant pas (tous) débiles, ils ont intégré le plan stratégique des femmes dans leur propre plan, et ont trouvé une parade : le mensonge. Si la femme dissimule, l’homme ment. Contre quelques mots d’amour toujours agréables aux oreilles de ces idiotes (on parle des romantiques vénales, ne vous méprenez pas, les femmes intelligentes), ils peuvent obtenir beaucoup sans trop sortir le chéquier.
Les pièges pour la femme achetable sont légion : le manipulateur, le menteur, le pauvre ambitieux, le faux riche ou le riche radin, le violent, le violeur, l’alcoolo, le profiteur d’un soir, le mec qui remet la vie de couple toujours à plus tard, le pervers narcissique, etc. Ces types d’hommes existent à des degrés divers mais sont aussi le produit du calcul féminin. Calcul contre calcul ! Ce sont des parades au pouvoir de la femme sur eux. Si l’homme a généralement le pouvoir matériel ou social, il n’a pas le pouvoir sexuel ou affectif. L’échange a donc lieu en présence des deux parties, et un contrat non écrit est signé, chacun reluquant l’autre en douce en espérant ne pas se faire (encore) avoir.
Un truc qui est pas mal à faire, c’est rencontrer une nana alors qu’on est plein aux as, et une fois qu’elle est bien ferrée, se montrer sous son vrai jour : un mec qui gagne des clopinettes. C’est à ces moments – de vérité – qu’on mesure l’amour véritable. Parfois, on peut tomber de sa chaise. Par exemple le salaire met deux jours de plus à tomber, pour une histoire de banque, et paf, la femelle s’envole.
Ce contrat entre l’argent et le sexe a été très bien compris par les tiktokeuses. Certaines, déjà à 15 ans, ont pigé le ressort et jouent avec, alors qu’à cet âge, les mecs planent complet avec leurs jeux vidéo à la con. L’innocence féminine, elle repassera. La beauté est un pouvoir, mais un pouvoir à double tranchant, et le retour en force du maquillage et de la sape sexy nous renvoie à avant 1975, avant la libération des femmes du peuple par les bourgeoises.
On dirait qu’elles n’ont pas toutes envie d’être libérées…


et
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