Qui ? La réponse est simple : c’est la police. Mais pas la police d’en bas, qui ne détient pas la décision. Il s’agit de la police d’en haut, autrement dit, le ministère de l’Intérieur. Et qui tient le ministère de l’Intérieur ?
Avant de répondre à cette question brûlante (on dira le Président pour éviter les ennuis), revenons sur l’avant-attentat, presque dix ans de va-et-vient de l’équipe de Charlie dans et autour de Paris, au gré des menaces d’Al-Qaïda.
La nébuleuse djihadiste, comme toute nébuleuse, par définition, n’a pas de centre : elle peut être infiltrée par n’importe quel service un peu malin, avec des retournés ou des manipulés. Cela a par exemple été le cas des GIA dans les années 80 en Algérie par la Sécurité militaire. C’est pourquoi certains attentats sanglants contre des civils ne sont pas le fait des islamistes, mais de membres de la sécurité qui avaient ordre de punir un village qui avait mal voté (FIS).
Ce court documentaire revient sur un point essentiel de l’attentat : la protection policière. L’enquête est impitoyable pour les autorités. L’explication officielle de la baisse continue de la sécurité autour des locaux du journal est double : un, la menace avait baissé ; deux, cela coûtait trop cher en heures sup et en personnel. Pourtant Charb figurait sur la liste des dix personnalités à abattre dans le journal d’Al-Qaïda, au demeurant très professionnel. En 2013 par exemple, 125 postes sont supprimés ou non remplacés dans l’ensemble des forces de police de la préfecture de Paris, une espèce de petit État dans l’État policier.
Comme le dit l’ancien responsable Stemmelen, commissaire divisionnaire à l’époque, on passe d’’une « protection rapprochée » à un « accompagnement de sécurité », soit un dispositif léger, qu’il qualifie d’« incompréhensible », vu la précision de la menace sur Charb. Contacté, « le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité apparaître dans notre enquête mais affirme que la protection de Charb était à la hauteur de la menace ».
Passons sur les détails de la nouvelle adresse de Charlie au 10, rue Nicolas Appert dans le XIe arrondissement, visible sur les pages jaunes : un SAS de sécurité pourtant validé mais jamais construit (le journal, en difficultés financières, n’en avait pas les moyens) ; un immeuble ouvert aux quatre vents (quatre entrées en tout) ; des squatteurs réguliers et d’étranges visiteurs (Coulibaly aperçu dans les couloirs par un voisin, le grand frère Kouachi vu dans le quartier !) qui rôdent comme des requins autour des locaux ; la caméra non installée sur l’interphone, bref, tout semble fait pour que le drame survienne.
Sans oublier la menace directe faite par un automobiliste à un journaliste de Premières Lignes, la boîte de prod qui logeait à côté de Charlie. Un énorme faisceau d’indices qui faisait clignoter tous les voyants en rouge !
Le jour de l’attentat, il n’y avait pas de car avec cinq ou six policiers et des barrières de sécurité devant l’immeuble, soit la norme en matière de menace terroriste, mais une voiture avec deux patrouilleurs (partis chercher des sandwichs) qui tournait toutes les trente minutes, autant dire la porte grande ouverte. Le pire, c’est que le syndicat Alliance, par très charliphile dans l’âme il faut le dire, avait dans un tract demandé carrément de lever cette simple présence !
Toute la police d’en haut savait que ça allait « taper » (un commissaire nous l’a confirmé en décembre 2024), tous les indices indiquaient Charlie, et plus précisément Charb.
Un tel enchaînement de « négligences » ne peut se comprendre que d’une façon. De là à dire que l’ennemi de Charlie se trouvait à l’Intérieur, c’est franchir un grand pas que nous ne franchirons pas. La liberté d’expression étant interdite en France, nous arrêterons nos conclusions ici.
Il est tout aussi stupéfiant que Charlie 2 (le Charlie d’après l’attentat) ne se soit pas précipité dans cette faille, pour le coup béante. On peut comprendre leur réaction – émotionnelle – mais la piste (in)sécuritaire est si grosse, si éclatante, qu’on se demande pourquoi ils n’ont pas sauté de l’émotionnel à l’informationnel.


et
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