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Politique fiction

Soral à Moscou : de la prise de parole à la prise du pouvoir ?

Moscou. Nuit grasse et électrique. Il n’est pas 18 h, mais les néons dégoulinent déjà sur la Moskova. Dans un studio trop chauffé, Alain Soral parle. Il présente Comprendre l’Empire au public russe. Tout juste remis d’une arrivée chaotique, il parle comme on laboure : profondément, obstinément.

 

Deux fantômes me viennent à l’esprit : de Gaulle – la légitimité – et Lénine – la machine

À droite, Charles de Gaulle. La légitimité par le verbe. Une voix seule capable d’aimanter un État au moment où il n’existe plus vraiment. La défaite comme point de départ.

À gauche, Vladimir Lénine. Pas une voix : une machine. Il découpe, organise, discipline. Octobre n’est pas une explosion, c’est une opération.

Entre les deux, Soral.

De Gaulle avait l’armée des ombres, l’idée de la France.
Lénine avait le parti, les cadres, les réseaux, la discipline.
À l’instar de de Gaulle, Soral a une certaine idée de la France.
À l’instar de Lénine, une organisation.

 

La fenêtre historique

Soral a surtout une chose rare : une capacité à agréger.

Depuis quelque temps, le ton change. Moins procureur, plus prétendant. Moins dénonciation, plus projection. Il ne parle plus seulement de ce qui s’effondre, mais de ce qui pourrait prendre.

La limite est connue : la parole peut rassembler mais ne gouverne pas.

De Gaulle a rassemblé par le verbe au moment précis où l’État avait cessé d’exister. Il a quand même eu besoin d’appuis extérieurs pour s’en emparer.

Lénine a capitalisé sur un empire russe en guerre. Mais il a aussi définit une grammaire stratégique : organisation et unité d’action, discipline et semi-clandestinité, avant-garde et révolutionnaires professionnels.

De la France de 2026 émane une tenace odeur de décomposition. Mais elle a encore un État. Qui joue à se faire peur en invoquant la guerre.

La fenêtre historique s’ouvre mais le moment tarde à venir.

Parler à la foule ne suffit plus.
Il faut structurer ceux qui restent.
Une chaîne de commandement. Pouvoir dire : maintenant.

Se préparer plus. Quitte, parfois, à sortir du canapé rouge.

La France est dans un état de fatigue générale. La parole officielle ne prend plus. Et dans ce vide, certaines voix résonnent plus fort que d’autres. Mais le passage de la marge au centre est un champ de mines.

Soral accélère. Il densifie. Ses interventions deviennent des rendez-vous, les rendez-vous des cercles, les cercles des structures. Pas réellement un parti, mais une architecture souterraine et modulaire, adaptative. Un truc entre le club, la secte et la cellule politique.

 

La bascule

La bascule n’est jamais spectaculaire au départ. Elle est préparée. Elle sédimente.

Elle attend que le réel fasse son travail de sape. Et quand le moment arrive – toujours imprévisible, toujours bref –, ceux qui sont prêts avancent pendant que les autres commentent. C’est le moment Lénine.

Un autre fantôme tousse dans la pièce.

De Gaulle, lui, vise autre chose : une reconnaissance. Une capacité à incarner au-delà des cercles, à devenir une évidence pour des gens qui ne le suivaient pas encore. Le moment de Gaulle, ça ne se construit pas seulement, c’est une rencontre.

En somme :

Le moment Lénine : ceux qui sont prêts avancent.
Le moment de Gaulle : ceux qui hésitaient reconnaissent.

Aujourd’hui, l’un sans l’autre ne se conçoit pas.

Moscou est ici moins un décor qu’un miroir, un espace mental où se rejoue une vieille question européenne : comment passe-t-on de la voix à la décision ?

La nuit avance. La Moskova charrie ses reflets comme des fragments d’histoire. Dans le salon, la parole continue de tourner, de s’épaissir, de chercher une forme. Soral cartographie la crise.

Il parle d’un monde détruit par une globalisation financière hors de contrôle. Dans ce maelström imprévisible, il peut devenir un recours.

Soral a compris l’essentiel : la parole radicale vit de sa liberté et la respectabilité est un luxe de temps calme. Ce qui compte, c’est la cohérence – quand les faits lui donnent raison, il gagne en légitimité – et la capacité à agir. Le recours n’est jamais élu, il est appelé. Tout dans le timing.

Parler non plus seulement comme celui qui dénonce, mais comme celui qui, un jour, tranchera. Construire, depuis Moscou, une image de disponibilité au pouvoir. Dans la mécanique invisible du réel, la question enfle doucement : le jour où tout vacille, qui sera encore debout ?

Les deux fantômes attendent.

L’un sait que sans machine, rien ne tient.
L’autre sait que sans légitimité, rien ne dure.

Et au milieu, une voix humaine qui veut faire céder le réel.

Thodinor

 

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Ален Сораль, sur E&R

 
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6 commentaires

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  • #3605846
    Le 10 avril à 15:54 par anonyme

    "Parler à la foule ne suffit plus.
    Il faut structurer ceux qui restent."

    Parler à la foule, depuis 20 ans, aura réussi a structurer des esprits : des jeunes dont la pensée a pu être infusé dès leur éveil intellectuel, des vieux qui espéraient une voix dissidente depuis longtemps, et même quelque vieux en perdition dans l’univers gauchiste, qui ont pu être sauvé.

    Il reste a structurer davantage l’action, mais à mon avis le plus difficile a été fait, car libérer l’esprit de l’abrutissement médiatico-politique est ce qu’il y a de plus difficile à faire, dans une société martelée par la communication politique. Et, lorsqu’on a vu la lumière, on ne revient pas en arrière.

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  • #3605893
    Le 10 avril à 19:25 par Lérins

    Cet article est absolument haletant, et son auteur a parfaitement saisi les parallèles historiques qui s’imposent, dans le destin de Monsieur Alain Soral.

    Tous les camarades ici, je crois, ont réalisé que le départ pour Moscou marque plus qu’une étape décisive, comme le fût le départ pour Lausanne : cette fois, le combat a pris un nouveau visage.

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  • #3605973
    Le 11 avril à 06:38 par Placide

    Lénine a les milliards des banques allemandes et l’armée rouge.
    On n’en est pas là.

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  • #3606092
    Le 11 avril à 15:24 par Pile je perd, Face Tu gagnes.

    Vladimir Lénine était un agent allemand, envoyé par train depuis l’Allemagne en guerre contre la Russie Impériale en compagnie de sbires révolutionnaires professionnels, sur financements internationaux colossaux. Le pronom personnel "il" laisserait entendre que l’action entreprise en octobre 1917 fut uniquement et exclusivement du fait de Lénine, et ampute de l’histoire le rôle du colonel Nikolaï pour ce qui concerne une partie de l’organisation de toute cette opération. Le tabou de la vie politique russe actuelle est au Mausolée de la Place Rouge. Staline qui y fut placé, en fut ensuite retiré. La réalité du léninisme et celle de son héritage furent-elles une Russie ou une anti-Russie ? On essaie de ne pas en parler pour que ça se tasse avec le temps, comme cela fut le cas de la collaboration en France. On ne parle jamais de la "Révolution Joukoff" qui fit dérailler à moscou le plan mondial de la transformation de la Pax Americana à la mort de Staline en décapitant la loubianka. On ne parle pas de la convergence de l’Union Soviétique Brejnevienne avec les principes du Club de Rome qui coïncida avec la liberté octroyée aux juifs soviétiques d’émigrer en Israël, dès les années 1970. Très peu de média commentent la prise Eltsinienne pro américano-sioniste et anti-russe sanglante de la Maison Blanche à Moscou en Automne 1993, contrecarrée par l’arrivée aux commandes du président Vladimir Poutine, avec une liberté d’action limitée par une constitution rédigée à Washington, et une banque centrale russe incluse dans le consensus de Washington. Le KGB refusa la continuation de la braderie à l’encan des fleurons de l’industrie soviétique et traça un trait bien clair au-delà duquel l’empiètement politique des oligarques eltsiniens ne devait pas progresser davantage. La cause majeure du mécontentement occidental qui mobilisa Kiev comme proxy dès 2014, est la même qu’en 1917 : une convoitise envers les fabuleuses ressources naturelles du pays. La convertibilité du rouble obtenue en 1991 par monétisation des créances irrécouvrables du système du dollar US ne se répétera vraisemblablement pas. Les 10 000 milliards d’USD d’obligations venant à échéance ne trouveront pas preneur dans le monde. Le potentiel militaire américain qui forçait les banques centrales des pays vassalisés à bourrer leurs bilans jusqu’à la gueule d’obligations américaines n’est plus suffisant. Le temps de l’USD de Harry Dexter White à Bretton-Woods passe. Celui du néo-Bancor/Phoenix/DTS arrive.

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  • #3606133
    Le 11 avril à 20:01 par Loulou

    Aprés même Hollande etait crédible, performant,
    quand il était dans l’opposition.
    Ou Obama : ou Trump, et puis une fois arrivés au pouvoir...catastrophe.

    De l’autre côté, De gaulle, Lénine ou Staline, voir
    même Hitler ont peut être été encore plus radicaux
    une fois au pouvoir que quand ils cherchaient le pouvoir.

    Mais est-ce que le peuple est prêt pour ca ?
    On a quand même un gros ventre mou de resistants et
    de provocateurs qui ne désirent pas vraiment le changement,
    quel qu’il soit, de droite comme de gauche.
    Pour brailler (tweeter) y a du monde, mais quand il s’agit de prendre
    des décisions sérieuses en son âme et conscience,
    on demande a Grok ou ChatGPT ce qu’ils en pensent.

    Il ne faut pas surestimer le moment non plus.
    Certes il y a du potentiels, et des Hommes,
    Mais les peuples sont peut être plus enclin au compromis
    qu’on voudrait bien l’admettre,
    Quand un ordre mondial quelquonque, pourvu qu’il soit mondial,
    se déssine comme une fatalité, ca devient difficile de faire autre chose,
    ou autrement.

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  • #3606152
    Le 11 avril à 21:11 par FREDERIQUE

    Quelle plume superbe pour ce texte magnifique, dans le fond comme dans la forme : MERCI à son auteur pour l’avoir écrit, comme à E&R pour nous l’avoir offert !!

    Quoi qu’il advienne, Soral aura semé des graines - dans des esprits parfois réticents au départ... - et celles-ci ont germé, pris racine et croissent aujourd’hui de façon exponentielle, pour être LA ligne pertinente, et donc efficace, celle qu’il faut suivre face au désastre actuel, d’où les si nombreuses et terribles exactions dont il est l’objet, depuis de si longues années, de la part d’arrogants victimaires cautionnant aujourd’hui - sans réserve !? - des psychopathes génocidaires se croyant tout permis jusque sur le sol de France !?

    Soral : le navire amiral de la Résistance, celui qui est visé par l’ennemi de la France et des Français, ledit ennemi étant aidé par d’immondes collabos - sans morale et sans honneur ! - lui prêtant allégeance avec une lâcheté révoltante et dépassant l’entendement !!?

    "Il existe une arme plus puissante que toutes les armées du monde, c’est une idée dont l’heure est venue." (Victor Hugo), la preuve : 654 466 signataires à ce jour contre l’immonde loi Yadan !! ;-)))

    Et pour ceux qui ne l’auraient pas encore signée, on peut le faire jusqu’au 19 juin, en voici le lien :

    https://petitions.assemblee-nationa...

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