L’accès à la lecture est considéré comme avancée majeure dans l’évolution de l’homme et l’instruction du peuple de France. Des vidéos INA montrent des ouvriers parlant de leur lecture dans les années 1960 à la sortie de l’usine, ou l’équipe de France de football en 1986, Rocheteau évoquant Céline ou Kundera, Tigana ses lectures sur l’investissement, en revendraient aux nouveaux profs de français, profession qui a du mal à recruter, par manque de salaire, de considération, et des conditions de travail dégradées en 2026.
Le Livre de poche apparut en 1953 et constitua une silencieuse révolution, dans une société de loisir de masse naissante, où le temps libre allait prendre une place plus importante, puis totale aujourd’hui. Bien avant l’an 2000 et Internet, les médias étaient les journaux, la radio, et surtout la télévision ; et la lecture pour les « intellectuels ». La lecture devint alors une immense propagande pour les récents vainqueurs républicains de 1945 ; un soft power d’une violence absolue. On distribuait La Condition humaine et autres livres communistes gratuitement dans les stations services !
Une vidéo de l’INA de 1964 résume bien l’idéologie de l’accès à la lecture pour tous, il n’y a que du positif, tout le monde est d’accord, le quartier latin sera l’apanage d’étudiants de plus en plus nombreux ; la lecture sera un vecteur de progrès. Sauf à 19:30, quand un étudiant en médecine ; mal compris et rabroué dans les commentaires, indique les effets négatifs de cette culture pour tous, de ce qu’on peut nommer un communisme de la lecture : à savoir des gens forts respectables, qui vivaient bien sans lire, ou simplement des choses légères, se trouvent tout d’un coup avec des prétentions intellectuelles car ils ont lu Sartre, le maître à penser depuis la victoire des alliés en 1945. L’existence précède l’essence pour résumer. Peu importe sa culture, ou son niveau économique, tout n’est affaire que de contingence, hasard ou choix. En étendant le concept, car il sera étendu, il n’y aura plus de différenciation d’âge, de sexe, de race. Sartre remis dans une culture générale est intéressant, mais comme principe de la connaissance, il devient un message kabbalistique pour le peuple. La Nausée est en soit un excellent roman, écrit magnifiquement ; dont personne n’aurait fait une référence avant 1945.
L’étudiant en médecine parle à raison de la nécessité d’une aristocratie de la lecture. Le Livre de poche, c’est la démocratie républicaine en livre.
Dans une société bientôt libérée de Dieu après 1968, remplacé par l’injonction à la fornication, la nouvelle littérature accompagna ce mouvement de « libération ». Ce mouvement lent est achevé. En consultant la bibliothèque de ce qu’on appelle les « boomers », les gens âgés, qui ont accepté toutes les évolutions de de Gaulle à Macron, on voit toujours des livres de Brasillach, Léautaud, Morand, Céline, Anatole France... côtoyer le dernier prix Goncourt en écoutant France Inter. Tout ces écrivains classiques furent peu à peu non réédités et remplacés par l’idéologie nouvelle, ou progressiste, de « gauche ». La population l’accepta avec le temps, car l’opulence économique change totalement les individus. Autres temps, autres mœurs. Mettre une baffe peut entraîner la perte de son enfant par l’ASE, quand la pédophilie est peu combattue, voire devient un programme d’État, avec l’aide sociale à l’enfance. Une part significative des enfants de France sont sacrifiés, et génèrent des profits considérables via la prostitution.
Sartre n’est pas responsable de la situation, mais quand l’idéologie d’un pays suit ses préceptes, à savoir que l’art ne doit pas être engagé, que tout dépend du choix de l’individu ; que la masse, le pays, l’ethnie et la race n’existent pas donc ; il y a une conséquence logique.
D’ailleurs, le programme de l’agrégation de lettres modernes de l’année donne le baromètre de l’état d’acceptation et d’effondrement du système. Pour le Moyen-Âge et le XVIe siècle difficile de déconner, y a pas trop de possibilités, Chrétien de Troyes et Rabelais sont là. Ensuite on entre dans le délire habituel mais toujours agrandi, par égalitarisme, pour représenter la littérature, deux femmes inconnues : Antoinette Deshoulières et Claire de Duras ; et deux auteurs mineurs : Lesage et Jacques Roubaud pour le XXe siècle. La question de qui décide du programme est mystérieuse ; l’effacement ou tikkoun olam de la culture française est acté.
L’enseignement, la vérité enseignée aux enfants est le combat premier pour diriger les masses. L’enseignant sera choyé.
Avec les Trente Glorieuses économiques, le nouveau Graal de le petite noblesse de robe fut de devenir fonctionnaire, et, mieux, clerc, prof à vie, 700 x 50 minutes pour quarante ans ; 14 000 minutes pour un salaire correct à vie. Cent jours en version H24. Difficile de trouver plus rentable.
Fini le hussard noir de Charles Péguy en 1880, le méritant instituteur de Pagnol en 1910, qui se limitait à alphabétiser l’enfant – en détruisant les langues régionales –, l’éducation de masse post-1945 allait produire des missionnaires d’une nouvelle sorte, les professeurs, des écoles, de collèges-lycées, et de faculté, une armée de 1,2 million de fonctionnaires appelés Éducation nationale, très bien rémunérés pour un travail à vie, une espèce de Bitcoin de l’époque. De quoi se sentir l’esprit républicain et de la vocation pour des fils de paysans la paille encore au nez.
La culture, qui sera le nouveau catéchisme, sera au fur et à mesure que les profs d’après 1968 remplacent les retraités, celui de Sartre, de Beauvoir et leurs héritiers : de la masturbation intellectuelle pas inintéressante, mais faisant fi des réalités politiques, économiques et biologiques des individus et des peuples. Sartre finira par valoir la Bible ou Balzac, puis une fois accepté, on descendra à Duras puis Despentes, puis arrivera l’éducation sexuelle en maternelle, et le questionnement sur son sexe… quand la population dans sa majorité n’a plus de relations sexuelles. Il y a une filiation logique avec la lecture de masse et les nouveaux mandarins.
Le poisson pourrissant toujours par la tête, c’est-à-dire pour l’homme blanc, par sa faiblesse pour les femmes, le système de domination imposa des femmes comme écrivains, puis écrivaines depuis 1789, ça commença avec Mme de Staël puis Colette, toutes deux ayant fait de bons mariages et héritages de banquiers ; puis Beauvoir, Duras, Despentes continuèrent le travail de sape. On mit quelques femmes compétentes dans le lot pour faire avaler la pilule contraceptive, Jacqueline de Romilly ou Marguerite Yourcenar ; mais la légalisation de l’avortement des enfants, en 1975, accompagna celui de la pensée. Puisqu’on a le droit de choisir, que l’on est responsable, qu’on s’est élevée par la lecture, on peut bien avorter cinq ou six fois.
Trouver normal d’effectuer un avortement va de pair avec la nouvelle idéologie. Cette idée de liberté est si aberrante qu’elle en est comique.
Le cheval de Troie du féminisme a tout détruit. L’homme ayant disparu dans son désir sexuel plus ou moins assouvi, la femme libérée et dominante achevée vers 1980, on passa à la divinisation de l’Africain et de l’homosexuel facilement.
On assista en 1987 à un moment d’histoire avec l’interview de Michel Platini, par une vieille alcoolique, Marguerite Duras, qui après son grand livre Un barrage contre le Pacifique (1951), passa trente ans à raconter son manque d’activité sexuelle, dans des livres incompréhensibles. La rencontre eut lieu dans le médias des pédophiles Libération, et Platini tomba dans le piège de la soumission en déclarant que c’était le moment le plus dur de sa carrière ; alors que les rôles étaient clairs, un génie du sport idole d’un pays, faute de guerre, rencontrait une vieille alcoolique qui écrivait sur son manque d’activité sexuelle. La société tenait, le niveau scolaire était encore au sommet de la hiérarchie mondiale en 1987, mais elle était déjà pourrie de la littérature de masse. En foot comme ailleurs, on passa d’une équipe d’artistes à une équipe africaine basée sur la force. La tête de la France était pourrie, le corps allait suivre.
Avec l’IA cet épisode génocidaire des Français va prendre fin. Les professeurs n’ont plus aucune utilité. Les 80 % de femmes profs, en général sous anxiolitiques et alcool, vont disparaître. Dans Masse et Puissance, Canetti montre que le groupe se soude autour d’une idéologie, et la masse des profs, qui dominait le pays, faisant à elle seule basculer une élection présidentielle, suivaient l’idéologie dominante. Bien traitée, elle a comme phobie le « fascisme », concept vague qu’elle ne peut définir, qui s’oppose dans les faits à toute idée de vivre avec un peuple ethniquement uni. Le corps professoral, machine à propagande, cultivée par le livre, perdant ses racines, et bien rémunéré, fut le cœur du système.
On finit par oublier, plus personne ne savait cela dans une société de loisirs que le clerc-prof n’est qu’un simple transmetteur, que le héros était Ulysse, qu’Homère ne faisait que rapporter ses exploits, comme le dit Édouard Berth dans Les Méfaits des intellectuels.


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