Vous nous connaissez (depuis le temps), on aime bien que les choses soient claires, alors on cherche la petite bête, la petite bête qu’immonde, comme dirait Félix. En cette semaine – on allait dire commerciale mais c’est presque ça – de dixième anniversaire du 13 Novembre, que la presse fête à sa façon, émotionnellement, on apporte notre grain de sel. Et il y a de quoi.
Molins, Cazeneuve et Valls sont dans un bateau...
Le Monde sort un court-métrage de 20 minutes mêlant images de synthèse et images d’archives, reconstituant les 55 heures de toute l’opération de guerre en plein Paris (et à Saint-Denis, accessoirement). Le docu n’est accessible qu’aux abonnés, mais on l’a passé au peigne fin, faites-nous confiance.
Dès le début, on voit Molins, proc à l’époque, sortir quelque chose d’étonnant, qui ne fera réagir personne, sauf nous (et les lucides qui ont forcément tiqué sur la phrase) :
« Je me suis dit ben ça y est, on y est, Paris est la cible de multri-attentats terroristes. »
Cette phrase, avec un élément de langage précis (multisites), prononcée dix ans après les événements devant la caméra du Monde, sonne comme un aveu inconscient. Et fait écho à l’étrange prémonition de Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et des Cultes (du CRIF principalement) à l’époque, qui avait prédit un attentat multisites à 130 morts, à Paris. Quelle prescience...
i24NEWS : « Dans cet ouvrage, il y a aussi des choses étonnantes qui apparaissent, Par exemple cette intuition, hein, du ministre de l’Intérieur qui s’attend, quelques heures avant, à un attentat de grande ampleur. »
Franois Malye, coauteur du livre « Les Coulisses du 13 Novembre » : « Oui, quand nous l’avons interviewé il nous a dit, j’étais dans ma voiture avec le préfet de police, et il lui a dit, je m’attends à un attentat, et y aurait, y aura 130 morts. Alors le préfet était interloqué, on a demandé confirmation au préfet, il nous a confirmé effectivement que le ministre lui avait dit ça cet après-midi-là... »
Bernard Cazeneuve est très bon aussi en prédictions, il avait "prédit" 130 morts ! pic.twitter.com/QUtP1hSpHI
— Adrénochrome (@ChromeAdreno) March 25, 2025
Heureusement, cette funeste journée était aussi celle d’un test grandeur nature, non pas de la sécurité, mais des secours en cas d’attentats multisites, sur décision du gouvernement : hôpitaux, ambulances, secouristes, cliniques, tout le monde était sur le pied de guerre, si l’on peut dire.
On se calme et on continue, mais ça fait déjà beaucoup. Dans ce contexte, que nous avons recréé en trois données – une triangulation –, la phrase de Molins prend un sens qui ne va pas dans celui de la coïncidence. Quant à Manuel Valls, c’est Bernard Squarcini qui en parle le mieux.
« Valls dit non, on parle pas aux bandits comme les Syriens... Le Bataclan est une cible... Donc attention, ça clignote très rouge. Y a un ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, pourquoi il a pas pris en compte tout ça ? »
"Les Syriens ont proposé à la France une liste de djihadistes français. Manuel Valls la refuse. Un terroriste capturé par la France explique qu'il devait attaquer le Bataclan. Valls n'en a pas tenu compte." [Bernard Squarcini, ex-premier patron de la DCRI] pic.twitter.com/uvn2GkyIdy
— Liberez Boualem Sansal (@IslamismeFrance) April 25, 2025
Le livre dont il est question dans l’interview d’i24NEWS retrace minute par minute le cauchemar que la France, et bien sûr les victimes, ont vécu ce soir-là.
Patrick Jardin est le père d’une des 90 victimes du Bataclan, sa fille Nathalie, régisseuse lumière du Bataclan, est abattue dans la salle de concert. Patrick a été qualifié de fasciste par le député LFI Raphaël Arnault, et par extension par la presse de gauche. Il a une dent contre Le Monde en particulier et contre les services de sécurité en général. L’intro de l’édition du 17 octobre 2021 est surréaliste.
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Il ne faut pas se fier aux chemises roses qu’il aime porter. Patrick Jardin est un homme en colère. Partie civile dans le procès des attentats du 13-Novembre, le père de Nathalie, 31 ans, tuée au Bataclan, viendra à la barre pour « cracher sa haine », comme il dit, le 26 octobre. À rebours de la plupart des parties civiles, dont la douleur ne déborde pas dans le champ politique, l’insondable tristesse de Patrick Jardin alimente un militantisme d’extrême droite ancien et virulent. Et nul ne sait si ce père dévasté sera capable, à la barre, de contenir la rage qui l’anime.
bande de salopards 131 morts 485 blessés dont certains à vie !Qu’attend t on pour les jeter en prison ? pic.twitter.com/C1dJT90QBs
— Patrick Jardin (@jardin599) July 24, 2025
Les morts ne reviendront pas, mais l’histoire du 13 Novembre n’est pas terminée, loin de là. Dix ans après les faits, des bribes remontent à la surface, et dessinent un autre scénario.
Pour ouvrir encore un peu plus sur ce second scénario, beaucoup plus complexe que l’officiel, nous citerons un survivant, interrogé par France Info le 8 novembre 2025.
Au procès des attentats, François s’est constitué partie civile. Celui qui a témoigné à la barre évoque un moment « cathartique ». « Prendre la parole au procès a rendu ma souffrance officielle devant l’État français, ajoute-t-il. On s’est tous posés la question de la responsabilité de ces attentats. Mais celle-ci est tellement diffuse, qu’on ne sait même plus qui blâmer. »
Nous, on a une petite idée, qui va au-delà, naturellement, des exécutants.


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