Oui, "avant" la vie était dure, mais l’est-elle vraiment moins aujourd’hui ?
En réalité, elle est plus dure aujourd’hui malgré les apparences... Avant, il y avait encore des métiers, c’est à dire des savoirs-faire manuels (descendants des métiers d’antan, justement) et dont la qualité principale est de donner du Sens à ce qu’on fabrique. Il y a les Compagnons (devenus "du devoir"), derniers vestiges des véritables métiers.
Aujourd’hui, 90 % des gens sont des salariés qui turbinent, non pas dans des métiers, mais dans des fonctions. Chaque fonction est un rouage dans les gigantesques dispositifs que sont devenues les ex-entreprises transformées en machine à profits très privés. Les "collaborateurs" - c’est ainsi qu’on appelle les salariés ou employés - n’étant payés qu’avec les miettes des gras profits.
Notre époque n’est, à mon humble avis, pas moins dure mais tout autant, voire davantage par ses effets dévastateurs lents : fatigue, perte de sens, ennui, cramage (burn-out), dépression, maladies, peurs (de ne pas "atteindre les objectifs" !) etc... J’ai fait plus de 1000 interventions pour la plupart des multinatinales et autres groupes mondiaux, j’ai vu in vivo la dévastation lente des "collaborateurs" qui encaissent, se plient au "nouveau management", s’épuisent à courir après des objectifs décidés par les mecs en costard qui passent leur temps en "réunions".
A bien observer les masses actuelles, qui peut affirmer qu’elles seraient plus heureuses et confortables que les gens d’antan ? Même les paysans d’avant, qui bossaient très dur sur leur terre et dans leur ferme, bien que fatigués et usés plus tôt, allaient jusqu’au bout avec la fierté d’avoir agit dans le Vivant.
La seule différence tient en l’aspect... avant, l’engagement entier dans son métier manuel donnait des corps et des visages marqués et des allures de "paysans". Aujourd’hui, les visages sont lisses, anémiques, les épaules étroites, les yeux vides et tout ça en serré dans des tenues "made in China", véritable uniforme de la modernitude.
Notre époque est basée sur la pulsion de mort. L’économie "moderne" ne tourne que sur le mortifère généralisé. Les maladies modernes sont les symptômes d’un corps social cheptelisé malade... que l’on pique exactement comme le font les ignobles "vétos" vendus qui sèment la mort dans les dernières fermes françaises à taille humaine.
Alain Soral et E&R
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