On va nous accuser de chercher la petite bête qui complote mais quand on est habitués à fouiller, fouiner, farfouiller, fouailler, fouisser (on préférera le bon français fouir), on a une petite lumière qui s’allume dès qu’on tombe sur une truffe.
Et là on est tombés sur une belle truffe noire. Attention, la truffe n’est pas le juge Périès, qui a été nommé pour conduire le grand procès des attentats du 13 Novembre. C’est plus tordu que ça. Et ça ajoute une pierre dans le jardin du doute, déjà bien fourni. Au bout d’un certain nombre de doutes, on est déjà sur une demi-certitude.
Legend à 01’45’’26 : « Parce que vous voyez les vidéos ? Vous avez les vidéos de surveillance aussi à chaque fois ? »
Périès : « Non, y a, alors, les vidéos y en avait mais elles ont mal, elles ont pas fonctionné. »
On devrait la jouer en deux parties : un, diffuser l’interview, laisser mariner une journée ; deux, délivrer notre sentence. Mais on ne va pas teaser pour si peu, sauf si l’on pense aux 130 morts de ce soir-là. On ne doit alors rien évacuer, car l’affaire n’a jamais été résolue. L’affaire, ce n’est pas la tuerie en soi, contre laquelle on ne peut rien, mais la version officielle.
L’affaire a été résolue officiellement, puisque le procès a eu lieu, les condamnations sont tombées. Mais il reste un énorme point d’interrogation : pourquoi le pouvoir, qui avait toutes les cartes en main pour prévoir presque le jour et l’heure, en tout cas le lieu, a-t-il été aussi passif, avant, pendant et après le massacre ?
Tout le monde se souvient de ces soldats de Sentinelle qui sont restés l’arme au pied, attendant un ordre qui ne vient jamais, laissant le massacre se poursuivre, pourtant à quelques mètres de là. Rien que ça donne une idée de la passivité du pouvoir, la chaîne Valls-Cazeneuve-Cadot, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le préfet de police de Paris. Cadot prendra tout dans la gueule, mais la décision était deux étages au-dessus de lui, et encore, Valls n’était pas seul décideur, on s’en doute bien : prisonnier du pouvoir profond qui lui avait promis la république, le trône, il sera l’homme des années de sang. On n’en dira pas plus, il ne s’agit pas de ce maudit ici.
2 500 parties civiles, 1 000 policiers, 350 avocats, 148 jours d’audience,
50 millions d’euros, 20 accusés, 9 magistrats, 1 perpétuité
On a donc écouté Périès, pendant plus de deux heures, et on va vous dire la vérité : on a eu du mal à imaginer que ce grand procès, qui aurait pu (et dû) dévoiler le pourquoi des failles du renseignement, intérieur et extérieur, a accouché d’une souris. On se souvient aussi que dès le début, les autorités ont expliqué que le procès ne serait pas celui des services de renseignement. Ah bon.
À l’arrivée, ce sera le procès d’une petite vingtaine de terroristes et d’hybrides, des seconds couteaux à part Salah Abdeslam. À part lui (perpète incompressibles), les plus responsables ont pris 30 ans avec avec une sûreté des deux-tiers, c’est-à-dire qu’ils pourront sortir en 2042, dans 15 ans. Merci Badinter. Mais ce n’est pas non plus le propos de cette piqûre de rappel bataclanique : il s’agit du juge Périès.
Pour dire la vérité, on a eu l’impression d’avoir affaire à un président de club de pétanque, voire à un juge de tribunal d’instance, qui règle les affaires courantes, comme ces Français endettés qui ne peuvent faire face à leur loyer. Mais pas à un juge d’assises pour une affaire comme celle-là ! On ne sait pas ce que vous en pensez, mais entre deux rots, les mains sur la bedaine quand les bras ne sont pas croisés, on n’est pas du tout dans le grand procès du 13/11. Quelque chose cloche. Ou alors Périès a justement été choisi pour ça, parce qu’en haut lieu, on savait qu’il n’irait pas loin...
Un juge plan-plan pour une affaire hors normes, voilà l’impression finale. On s’attendait, avec cette invitation de haut vol sur Legend, à apprendre des choses, surtout avec un titre comme « les dessous terrifiants ». Bravo pour l’invitation (le carnet d’adresses de Legend est insolent...), et des sifflets pour l’enterrement de deuxième classe.


et
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