Toujours faire attention à ceux qui vous veulent du bien. Au moins, ceux qui vous veulent du mal l’affichent.
Les prostituées mineures du réseau Epstein en France ont été approchées par l’association de défense des victimes de pédocriminels, Innocence en danger. Certaines ont parlé, se sont livrées. Mais à qui ? C’est la question que pose Francesca Gee.
« On apprend avec d’autant plus d’intérêt les liens si proches entre Jeffrey #EpsteinFiles et Stephanie zu Guttenberg, présidente pour l’Allemagne d’Innocence en danger (2009-2013), que la fondatrice et présidente de l’association, Homayra Sellier, s’est activement employée à étouffer la parole des victimes du même Epstein. En 2019, après la disparition du prédateur, H. Sellier et son avocate Marie Grimaud ont en effet relayé un appel à témoins ; une dizaine de personnes se sont fait connaître. Une enquête avait été ouverte par le procureur de Paris ; ladite enquête a très vite été refermée et (à ma connaissance) on n’en a plus entendu parler. On en conclut forcément que le but de l’opération était de faire sortir du bois les victimes. Sans doute a-t-on trouvé les mots qu’il fallait pour les convaincre de se taire. »
Grâce aux enquêtes tous azimuts qui partent de l’explosive affaire Epstein, on comprend mieux la notion de damage control, que la plupart d’entre nous ont découverte après le 11 septembre 2001, avec l’échelonnement des versions complotistes, ou, pour parler de manière plus neutre, alternatives. Le damage control consiste soit à englober la version alternative authentique en l’embrouillant, en la rendant plus difficilement lisible ou acceptable, soit à créer une version alternative fausse, voire délirante. Le grand public en demande d’explication ou d’éclaircissement sera fracturé en micro-publics, certains se faisant la guerre (informationnelle), perdant ainsi sa force commune, qu’on appelle aussi masse critique.
« Nous avons commencé à dénoncer l’affaire Epstein dès 2016.
À l’époque, on nous traitait d’antisémites, de fachos, de complotistes, d’homophobes. Aujourd’hui, cette affaire éclabousse le monde entier.
La moitié des documents sont tellement horribles que la justice américaine… pic.twitter.com/tfrGlVWRtb— Tocsin (@Tocsin_Media) February 11, 2026
Sur les affaires de pédocriminalité en France, au-delà du très originel Wanted Pedo, qui est apparu au grand jour chez Tocsin, on dispose d’une spécialiste en la personne de Francesca Gee, auteur d’un portrait d’Homayra Seillier. On commence par écouter – plutôt que regarder – cette chose sur BFM TV, la chaîne du damage control de l’info.
Homayra Seillier, présidente de l'association Innocence en danger : "Il ne faut pas imaginer que Jeffrey Epstein avait un autre mode opératoire dans son appartement de Paris" pic.twitter.com/A3VUlgOaUa
— BFM (@BFMTV) February 9, 2026
On rappelle qu’Homayra a été associée et a travaillé avec Karl Zéro, dont l’enquêteur numéro un a fini par quitter la baraque. On reviendra sur cet autre opération de damage control. Voici un extrait du long déroulé de Francesca Gee sur son travail. Vous allez voir que ça remonte assez haut.
Ce que Libé ne vous a pas dit sur l’affaire de la rue du Bac
Le 8 décembre 2022, en réponse à un mailing (sans rapport direct) que je lui avais adressé, je recevais un message d’Homayra Sellier, la médiatique présidente de l’association Innocence en danger : « Je vous informe que Me Grimaud est notre avocate référence [..] l’une de ses affaires pourrait avoir un lien direct avec ce que vous évoquez ». Elle me demande de l’appeler. Le 9 décembre, je reçois un message de Tristan Waleckx concernant la même affaire, sur laquelle enquête une journaliste de France 2 ; à mes yeux, ceci cautionne alors cela.
Entre-temps j’ai parlé avec Marie Grimaud et Mme Sellier ; une première réunion (par visioconférence) avec Inès aura lieu dans la semaine. On me demande si j’ai moi-même rencontré les hommes accusés de viol. À part Matzneff la réponse est non, mais très vite nous embrayons sur d’autres aspects du dossier. Au cours des mois, je constate la proximité d’Inès avec Innocence en danger, et j’en apprends davantage sur cette association. Que l’un des beaux-frères de Mme Sellier (le sociologue Jean-Paul Aron) a signé la Lettre ouverte du 23 mai 1977 diffusée par Matzneff pour faire reconnaître le « consentement » des mineurs ; qu’un autre, le professeur Claude Aron, était proche du Dr Pierre Simon, grand maître de la GLDF et signataire de la même pétition.
Qu’Innocence en danger lève des fonds lors de galas réunissant la jet-set, des têtes plus ou moins couronnées (la begum Aga Khan) mais aussi des riches comme Betty Lagardère, dont le mari était patron du groupe Hachette. Que l’association a eu recours, à plusieurs reprises et sur une longue période, au pédocriminel Achim Lippoth, photographe de grand prestige, dans ses campagnes publicitaires. Alors que Lippoth encourait de longues peines de prison en Allemagne, la presse française est restée mutique sur cette affaire, et sa notice Wikipedia n’est disponible qu’en allemand et en anglais. Qu’en 2019 Innocence en danger a lancé un appel à témoins dans le volet français de l’affaire Epstein, et recueilli une dizaine de témoignages… après quoi on n’en a plus entendu parler.
Enterré, le dossier Epstein en France. Le soutien de Mme Sellier au film quasi-pornographique Le Consentement a fait déborder le vase. J’ai dit tout le mal que je pense de ce film qui accoutume les spectateurs aux images de viols d’enfants : https://marianne.net/agora/humeurs/...
Sous prétexte de « dénoncer » Matzneff, on montrait une actrice à l’apparence enfantine au lit avec un Jean-Paul Rouve en mode « gros dégueulasse » à la Reiser. Pour chroniquer ce film je voulais le voir en avant-première et Mme Sellier m’en a empêchée, comme elle a bloqué un journaliste bien connu qui souhaitait m’interviewer. Il y aurait plus à dire sur cette association de « défense des enfants », comme sur beaucoup d’autres ; pour mémoire L’Ange bleu, qui en faisant mine de déposer plainte contre Matzneff, s’est trompée de juridiction pour rendre cette plainte irrecevable. Ceci est un début ; il reste beaucoup de questions.
On comprend mieux le rôle d’un appel à témoins dans les affaires hautement sensibles, à cause justement du côté haut des affaires dont les enquêtes officielles s’arrêtent rapidement, et donc les victimes se sont en quelque sorte dénoncées. Les responsables de ces affaires peuvent ensuite leur mettre la pression, de toutes les manières possibles : de l’argent à la violence. Il n’est pas rare que la hiérarchie policière collabore avec les puissants mis en cause. Pour ce qui concerne les enquêtes non officielles, elles sont évidemment tout de suite taxées de complotistes, imaginaires ou antisémites, quand il s’agit de personnalités de confession juive, comme c’est souvent le cas dans l’affaire Epstein.
Pour info, et pour ne pas partir dans tous les sens, l’affaire de la rue du Bac concerne principalement cinq personnalités de l’intelligentsia (Matzneff, l’écrivain, Revel, qui dirigea L’Express, et Imbert, le fondateur du Point), « accusés de viols et tortures en réunion sur de tout petits enfants au 97, rue du Bac ». Tout est parti de déclarations très circonstanciées d’une des victimes, 4 ans à l’époque !, Inès Chatin, qui a été débriefée, entre autres, par Francesca Gee. Autrement dit, pas besoin d’aller sur l’île « vierge » de Jeffrey pour trouver un réseau pédocriminel adepte de tortures et de viols sur enfants : ça se passait en plein Paris, en plein VIIe. Frédéric Mitterrand connaissait, pour sa part, un bordel pour pédos près de la place de Clichy, dans le XVIIIe… Et on ne parle même pas du pavillon très officiel où nos gouvernements d’après-guerre honoraient leurs invités de marque friands de chair fraîche, un bordel avec des enfants ôtés de l’Assistance publique, le temps d’une soirée, avant d’être rendus à leurs familles d’adoption, le plus souvent paysannes, qui les faisaient trimer la semaine. À l’étable la semaine, au pédo le week-end !


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