Le libertarianisme procède directement du libéralisme classique, cette doctrine forgée aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles par Locke, Smith et quelques autres esprits rigoureux, soucieux d’ériger une digue contre l’arbitraire des souverains et l’avidité du pouvoir. Il fut, au XIXᵉ siècle, l’armature intellectuelle de sociétés où la liberté individuelle n’était pas un slogan, mais une condition première.
Les libertariens ne sont donc pas des dissidents fantasques : ils sont les héritiers cohérents de cette tradition. Pourquoi, dès lors, refuser l’étiquette de « libéral » ? Parce que les mots, comme les institutions, se corrompent. Depuis la fin du XIXᵉ siècle, le terme a glissé, jusqu’à désigner parfois son exact contraire. En Grande-Bretagne, au Canada, des partis se disant libéraux tolèrent, voire promeuvent, un interventionnisme étatique qui n’a plus grand-chose à envier au socialisme, sacrifiant les droits individuels sur l’autel de la gestion technocratique.
Aux États-Unis, la dérive est plus brutale encore : le « liberal » y est l’apôtre d’un État omniprésent, fiscal et bureaucratique, convaincu que toute difficulté humaine appelle une taxe, une dépense et un programme. Cette logique, sous couvert de compassion, engendre une tyrannie douce qui nie la liberté au nom d’une utopie collectiviste jamais atteinte.
Se dire libertaire, néolibéral ou simplement libéral ne ferait qu’épaissir le brouillard. L’expression « libéral classique », trop lourde pour l’usage commun, n’a pas survécu à l’arène politique. C’est pourquoi le monde anglophone a retenu, depuis plusieurs décennies, le terme de libertarianisme : imparfait, peut-être, mais sans équivoque.
Nous nous rattachons ainsi à une communauté mondiale qui défend la valeur cardinale ayant rendu possibles la civilisation, la prospérité, l’État de droit et la justice. Cette valeur n’est ni abstraite ni décorative : elle fonde la responsabilité, la créativité, l’initiative et la solidarité réelle. Cette valeur, première et non négociable, est la liberté.
Alain Soral et E&R
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