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15 octobre 2025 11:49, par koussikoussaLes trois fractures d’Israël : militarisme, hédonisme et dogmatisme
Trois forces antagonistes structurent aujourd’hui le corps politique et spirituel d’Israël, trois maladies d’une même âme nationale, trois miroirs d’une tension permanente entre la survie et la décadence.
Première fracture : le militarisme érigé en culture.
Israël ne possède pas d’armée ; Israël est une armée. De la crèche à la caserne, le citoyen est façonné dans l’idée de la défense, non plus seulement comme nécessité, mais comme identité. Le plus jeune grandit dans la mythologie de l’uniforme, dans la liturgie de la vigilance, et finit par confondre sécurité avec existence. Ce militarisme ne protège plus le peuple : il le captive. L’État devient une forteresse intérieure, un organisme où chaque nerf est tendu vers la menace, et où l’enfant apprend, avant même de penser, que la paix est une anomalie.
Deuxième fracture : Tel-Aviv, capitale de l’hédonisme.
Tel-Aviv se veut la négation de Jérusalem, le laboratoire de toutes les identités liquides, le lieu où l’homme se défait de tout héritage pour renaître sous la forme d’un pur désir. C’est la Babylone des temps numériques : on y célèbre la plasticité des corps, la dissolution des repères, la théologie du plaisir sans transcendance. Là où Jérusalem élève la pierre vers le ciel, Tel-Aviv élève l’écran vers le néant. La cité sainte engendre la cité profane ; la ferveur religieuse enfante la déviance laïque. Tout y est possible, sauf la stabilité.
Troisième fracture : le dogmatisme des orthodoxes.
À l’autre extrémité du spectre, les religieux ultra-orthodoxes, repliés dans leur anachronisme théocratique, refusent la modernité au nom de la pureté. Ils prétendent incarner la mémoire, mais ne font qu’entretenir l’oubli : celui de la pensée. Prisonniers de leur propre texte, ils s’enivrent de certitude. Leur foi n’éclaire plus, elle aveugle. Là où la foi devrait transcender, elle infantilise.
Ainsi se dresse le triangle infernal d’Israël : la discipline sans âme, la liberté sans limite, et la foi sans intelligence. Trois formes d’intolérance - celle de l’arme, celle du corps, celle du dogme - qui se détestent mutuellement tout en se nourrissant les unes des autres.
Le soldat méprise le libertin, le libertin raille le prêcheur, le prêcheur maudit le soldat. Et pourtant, c’est de leur guerre intérieure que l’État tire sa cohésion : Israël vit de ses contradictions comme d’autres vivent de leur sang.
Alain Soral et E&R
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