Nous sommes le 18 août 2008, 31 paras français de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) sont envoyés en mission dans une zone dangereuse, la vallée d’Uzbin, au cœur de l’Afghanistan rebelle, à 100 km de la frontière du Pakistan.
Des montages infestées de talibans, ou tout simplement de combattants afghans, avec un village très hostile, un interprète l’oreille collée à son portable en guise de comité d’accueil. Les VAB débarquent au pied des montagnes, les soldats en sortent, et c’est tout de suite l’enfer, les balles qui pleuvent de partout, les roquettes qui visent les véhicules blindés, les tireurs étant solidement implantés sur les crêtes, l’embuscade parfaite. Les Français laissent 10 hommes sur le terrain, et récupèreront 21 blessés.
L’affaire est connue, elle a constitué un choc politique en France, les gens se demandant ce que nos soldats faisaient dans cette guerre 100 % américaine, où la France n’avait rien d’autre à gagner que le poste prestigieux d’allié – ou de vassal – indéfectible des États-Unis. Il est vrai qu’en 2008, nous sommes sous Sarkozy. Et c’est là où l’affaire devient éminemment politique. Les 31 paras ont-ils été envoyés au casse-pipe pour la gloire personnelle de Nicolas Sarkozy, leur présence là-bas n’ayant aucun intérêt pour notre pays ?
Où sont les mortiers ? Les hélicos ?
Le doc montre le déroulé de l’intérieur, avec une reconstitution en BD numérique. À la 46e, on voit Sarkozy, le lendemain du drame, débarquer en hélico sur place. Il serre la main des survivants, quelque chose de mauvais plane dans l’air. Hervé Morin, alors ministre de la Défense, intervient dans le doc.
Morin : Mon souvenir réel c’est un président de la République fâché, ça c’est clair.
Le journaliste en voix off : Contre qui ?
Morin : Bah, fâché pasque voilà, c’est un échec, quand on a, quand on a autant de morts, personne peut se satisfaire de cette situation.
Wikipédia rappelle la responsabilité de Sarkozy dans le changement de fonction des troupes françaises en Afghanistan : de la formation et du maintien de l’ordre à l’engagement pur et simple. Il a voulu sa guerre. Il a eu ses morts.
Devant la situation et malgré le fait qu’il avait suggéré un retrait des troupes françaises entre les deux tours de la campagne électorale de 2007, le président français Nicolas Sarkozy annonce en novembre 2007 un renforcement des effectifs militaires français qui est alors de 1 100 hommes, précisant que « l’échec n’était pas une option ». Les forces françaises qui, jusqu’ici, se cantonnent surtout à la formation des forces afghanes et au maintien de l’ordre dans la région de Kaboul, dans le cadre de la « stabilisation du pays » décidé par l’ancien président Jacques Chirac et le gouvernement Jospin, passent à un engagement armé. 2 600 soldats français sont déployés en Afghanistan en août 2008.
Morin, lui, est sur la même ligne pro-américaine que Sarkozy. Dans l’émission Ripostes (!) sur France 5 du 6 avril 2008, soit quatre mois avant l’embuscade, voici ce qu’il déclare :
« Si on veut être populaire en France on dit qu’on n’aime pas l’Amérique. […] On déshonore son pays ? Mais vous voulez dire quoi ? Vous voulez que les terroristes reprennent la main en Afghanistan et que demain nous ayons des attentats en France et en Europe ? »
Invité à s’expliquer sur cet échec majeur dans le 20 Heures de France 2 le 5 septembre 2008, il osera ça :
« Qui même, qui même coupaient les phalanges des filles qui avaient le malheur de se mettre du vernis à ongle ! […] C’était un régime absolument moyenâgeux. […] Et nous y sommes pour assurer la sécurité des Français à travers la lutte contre le terrorisme puisque l’Afghanistan était le foyer de, du terrorisme mondial. Voilà la cause de notre présence en Afghanistan. »
Six jours plus tard, dans À vous de juger, toujours sur France 2, devant le scandale national, et surtout les questions légitimes des familles des soldats morts, il renversera la responsabilité de l’échec sur l’opinion :
« La menace majeure du monde c’est la menace terroriste… Les talibans ne peuvent pas gagner militairement. Ce qu’ils savent en revanche, c’est la faiblesse de l’opinion publique occidentale… Je crois que nos compatriotes progressivement sont en train de se rendre compte que se joue là-bas une partie de leur propre sécurité, ce dont ils n’avaient pas forcément conscience il y a encore quelque mois. »
Dix soldats se seraient sacrifiés pour la sécurité des Français... Ou comment se décharger d’une lourde responsabilité. L’exploit de Morin, ce ministre atlantiste désinvolte, restera d’avoir amputé l’armée française de 50 000 postes. Depuis, il est retourné dans sa Normandie où il a été épinglé pour ses frais de bouche, à nos frais.
Agents atlantistes de père en fils


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