Il y a la bonne et la mauvaise insurrection. On va se placer de notre côté ; pour l’oligarchie, il suffit d’inverser la donne. La bonne, c’est celle des Gilets jaunes, qui réclament justice sociale, et qui se font réprimer. La mauvaise, c’est celle des racailles les soirs de matchs, qui sont globalement impunis : les quelques chopés ont écopé de peines mineures.
La mauvaise insurrection est utile au pouvoir : elle sert de bouclier à la bonne, qui est dangereuse politiquement, alors que la mauvaise ne présente aucun danger : les insurgés ne portent aucune revendication. Le seul risque, à la limite, pour le pouvoir, c’est de se faire taxer d’impuissant, de faible, de complice. Un simple problème d’image, sans conséquences réelles.
De plus, le spectacle de l’insurrection, de la mauvaise insurrection, doit servir à faire réfléchir d’éventuels (bons) insurgés, et surtout le grand public, l’opinion derrière. Ce spectacle de destructions constitue un bloqueur à l’action. La mauvaise insurrection est donc autorisée – voire encouragée, en tout cas peu réprimée – car elle présente un double avantage pour le pouvoir : neutraliser une éventuelle insurrection sociale en lui coupant l’herbe sous les pieds, et choquer la masse.
L’alliance objective du flic et du journaliste limités
Le même principe repoussoir s’applique aux SDF dont chaque président nous promet, à chaque prise de pouvoir, qu’il n’y aura plus un seul Français à la rue à la fin de son quinquennat. En réalité, le spectacle du SDF c’est le fouet du travailleur, la menace fantôme du déclassement, l’épée de Damoclès sur le trottoir. C’est un message fort à caractère (a)social adressé à ceux qui seraient tentés de ne pas obéir, de ne pas se soumettre : comprendre que l’insoumission mène à la rue, à la déchéance, à une mort lente. C’est la prison à ciel ouvert pour les réprouvés sociaux.
Autre analogie, classique celle-là : les manifs à revendication sociale détournées, violées littéralement par les casseurs, eux-mêmes contrôlés par la police. Il s’agit d’injecter de la violence physique dans un mouvement social pour le couper de la masse. L’idée est d’amalgamer les participants aux casseurs, d’isoler le tout, et de criminaliser la revendication.
C’est vieux comme le monde. Le seul risque, c’est que cette provocation – allumer une foule – peut échapper à tout contrôle, comme pendant les émeutes d’octobre 2005. Provoquées par le pouvoir pour montrer sa force de répression et faire élire un homme fort (Sarkozy, fils de Pasqua), il aura toutes les peines du monde à éteindre les incendies qui prendront dans toutes les banlieues de grandes villes. Le risque, c’est la contagion.
Flic : À chaque grand événement on se retrouve dans une situation de plus en plus difficile où on est proches du chaos et de l’insurrection.
Propagandiste : Et là on est proches du chaos et de l’insurrection ?
Flic : En étant optimistes on va dire, on y est presque, dedans, encore faut-il qu’on se relève un jour et qu’on s’y mette. Mais aujourd’hui y a un déni de réalité, notamment du ministre de l’Intérieur avec les premiers propos qu’il a tenus à l’époque, dès le début en disant.
Propagandiste : Quand il dit « ça a globalement fonctionné » ?
Flic : Globalement fonctionné, excusez-moi, il se fout de la gueule du monde.
Oui et non : l’ingénierie a bien fonctionné, il n’y a pas eu de morts, quelques blessés des deux côtés, trois comparutions immédiates, mais ça a fonctionné : les Français ont vu ce qu’était une insurrection, un début de soulèvement, de révolution. Ça fait peur à la majorité, déjà bien éprouvée par toutes les psychoses depuis dix ans, toute cette énergie lâchée dans les rues, ces jeunes sans foi ni loi... On se met à la place des braves gens, n’est-ce pas ?
Violences après la victoire du #PSG : "Laurent Nuñez a menti"@vanhemelryckfab, secrétaire général Alliance Police Nationale, face à @ThomasSotto dans #RTLMatin pic.twitter.com/fJjxyQszD7
— RTL France (@RTLFrance) June 4, 2026
Quand on a face à face un flic et un journaliste, tous deux dépassés – par définition – par les ingénieries sociales croisées, on comprend bien les enjeux cachés de l’insurrection.
Dans ce schéma, on ne jette pas la pierre aux flics, qui sont instrumentalisés dans l’affaire. En revanche, ce qui suit ne devrait pas être. Ça n’améliore pas les relations entre les Français et leurs « protecteurs »...
Moins de zèle surtout quand ils ne connaissent pas les règles qu’ils pensent appliquer… après il s’étonne de se faire caillasser et que personne peux les voir … pic.twitter.com/1uM8PxPw53
— Fuck Is Rael 💣🇮🇱 (@ZiakOni) June 4, 2026


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