Egalité et Réconciliation
https://egaliteetreconciliation.fr/
Evènements

Affaire Babitch : l’avocat « suicidé » d’Azov qui en savait long

L’affaire Babitch est l’un des plus sombres secrets de l’Ukraine, une affaire digne d’un roman, où un avocat ultranationaliste, devenu le juriste du bataillon Azov [1], fut retrouvé « suicidé » dans son appartement le 26 juillet 2015. L’homme s’apprêtait selon son épouse à dévoiler les dessous mafieux de l’unité, mais surtout du vrai patron d’Azov, le puissant ministre de l’Intérieur Arsen Avakov. L’affaire fit grand bruit en Ukraine, mais les médias occidentaux ne se bousculèrent pas au portillon pour traiter l’affaire, qui de fait est inconnue en Occident. L’avocat d’Azov était au courant de bien des secrets, notamment des financements occultes du célèbre bataillon. L’argent venant du Canada, mais aussi sans doute l’oligarque Renat Akhmetov, était partiellement détourné et partagé par des grosses huiles, dont le ministre Avakov et les officiers supérieurs de l’unité. Enfin, Babitch connaissait l’organisation mafieuse d’Azov à Marioupol, avec le trafic de voitures, le racket des entreprises ou d’hommes d’affaires locaux, ainsi que le vol des biens « des séparatistes », ensuite partagés entre les criminels d’Azov. Voici l’affaire Babitch qui soulève un peu le voile opaque qui est maintenu avec l’aide des politiques et médias de l’Occident. Une affaire digne d’un roman.

 

Qui était Yaroslav Babitch ?

L’histoire de Yaroslav Babitch, alias Balkanets (25 mars 1976-25 juillet 2015) est celle d’un brillant avocat qui s’était radicalisé très jeune dans les milieux bandéristes. Il naquit à Chostka, dans l’oblast de Soumy et vint à Kiev pour faire des études supérieures de droit (1993-1998). Après un service militaire comme conseiller juridique (1998-2000), il s’installa à Kiev et entama une carrière d’avocat. Il s’encarta dans le parti national-socialiste d’Ukraine Svoboda , figure en vue de la branche de la jeunesse du parti, les Patriotes d’Ukraine. Lors du Maïdan, toute une organisation juridique avait été financée et mise en place, notamment avec des fonds venant de la CIA. Le but alors que la révolution colorée du Maïdan était lancée, était de procurer une défense aux émeutiers et membres des compagnies de défense du Maïdan, impliqués dans des violences, du vandalisme et des meurtres. Il fut l’un des membres du CNA, un organe de l’état-major du Maïdan, sorte de politburo ou conseil politique (hiver 2013-2014). Lorsque Biletsky prit des contacts pour la formation du bataillon Azov, l’unité étant formée par le ministère de l’Intérieur, Babitch fut recruté comme chef du Centre de formation et de recrutement du bataillon (juin-octobre 2014). Il est considéré comme l’un des fondateurs de l’unité. Il s’était encarté au Parti Pravy Sektor, dont il devint également un cadre. L’homme fut derrière la création du Corps civil d’Azov, puis du mouvement paramilitaire de la Jeunesse d’Azov, les Azovets. Il devint un cadre supérieur du Corps civil d’Azov, un mouvement civil national dont le but était d’utiliser la légende de l’unité, pour répandre l’idéologie bandériste dans la société ukrainienne, enrôler les enfants et les plus jeunes et devenir une vitrine nationale et internationale d’Azov (et par extension du Maïdan). Il tenta de se présenter aux élections législatives (octobre 2014), dans les rangs du parti Front populaire (du Premier ministre Iatseniouk). Il ne fut pas élu, mais fut l’un des assistants parlementaires d’Andreï Biletsky. Très vite, cependant, l’homme qui était honnête et avait une vision des choses différentes, tant sur l’idéologie bandériste que de la conduite à tenir, devint l’ennemi et la bête noire d’officiers supérieurs et des cadres d’Azov, sans parler du ministère de l’Intérieur d’Ukraine.

 

L’assassinat de Babitch

Dans ses fonctions d’Azov, Babitch s’était rendu dans la région d’Ivano-Frankovsk où se trouvait un camp d’entraînement des recrues, également utilisé pour les camps paramilitaires des Azovets. Il était revenu de cette visite dans son domicile de Boutcha, tard dans la soirée du 25 juillet 2015. C’est le dernier moment où il fut en contact téléphonique avec son épouse, Larissa, avec qui il avait eu trois enfants. Le lendemain, il était retrouvé pendu dans son appartement (26 juillet), faisant la une des médias ukrainiens. Immédiatement, son épouse contesta la version avancée du suicide et une enquête fut ouverte, car la scène de crime ne correspondait pas avec la version du suicide. L’enquête fut immédiatement bloquée selon sa femme, par les interventions du ministre Avakov, du député de Kharkov Anton Gerashenko ou du fondateur d’Azov Andreï Biletsky. Elle indiqua que son mari en savait long sur les dessous d’Azov, parlant déjà des fonds secrets qui étaient détournés et partagés (dont la piste de ceux du Canada). Elle martela que son mari était en connaissance de beaucoup d’autres faits scandaleux sur Azov et que probablement il fut assassiné car il avait menacé les coupables de dénoncer ce qu’il savait à la presse ukrainienne. Parmi les faits qui ont transpiré plus tard, un trafic de voitures volées aux « séparatistes », l’affaire éclatant le mois suivant (août 2015), par l’assassinat d’un soldat d’Azov à Berdiansk. Les habitants de Marioupol témoignèrent aussi des rackets d’Azov (2014-2015), de commerçants, entrepreneurs, hommes d’affaires et citoyens de la ville. À la reprise de la ville par les forces de représailles ukrainiennes, la ville fut mise en coupe réglée. Les sbires d’Azov instaurèrent un racket, les victimes devant payer des sommes de quelques milliers de dollars, en échange de leurs vies ou simplement d’être accusés, de « séparatisme ». Enfin, d’autres témoignages que j’ai relevés faisaient état de la session illégale et sous pression de biens immobiliers, voire d’entreprises ou d’autres biens à des membres d’Azov.

 

Larissa Babitch, un marathon judiciaire pour la vérité

Son épouse ne désarma pas et chercha à faire bouger la justice. Elle donna de nombreuses interviews en Ukraine, formant un comité de défense pour la mémoire de son mari. Elle tenta à 9 reprises de se porter partie civile devant la justice, pour lancer une enquête et une procédure sur l’assassinat de son mari (2016). À chaque fois, elle fut déboutée et l’enquête fut clôturée, déclenchant un scandale. Elle conclut à une « mort par accident » suite à un jeu sexuel (juillet 2016). Elle rechercha des témoins, pris des contacts dans l’unité, cherchant la vérité. Oleg Odnorojenko, grosse huile d’Azov, déclara finalement que l’assassinat avait été organisé par Sergeï Korotkikh (2018). Cette déclaration sema le trouble, mais Korotkikh exprima un démenti, immédiatement repris par le parti Corps national. Larissa Babitch l’accusa dans les médias ukrainiens de l’assassinat de son mari, dans une conférence donnée à Kiev (2019). Elle demanda en vain, que l’affaire fut retirée à la police judiciaire, pour être confiée au SBU. À l’occasion, elle affirma que les preuves stockées par son mari dans son ordinateur, avaient été détruites par ordre de Vadim Troyan, chef de la police judiciaire de la région de Kiev, une créature d’Avakov. Au fur et à mesure, elle réussit à faire parler des gens, notamment l’un des chauffeurs des voitures qui conduisirent les assassins. Cet homme, qui accepta de témoigner devant la justice, n’en eut pas le temps et fut retrouvé assassiné en 2020. Selon son témoignage, sept hommes se rendirent au domicile de Babitch, dont Sergeï Korotkikh. Ils entrèrent dans l’appartement de Babitch et l’assassinèrent. Le seul témoin oculaire prêt à parler ayant été envoyé ad patres, les chances de Larissa Babitch de faire justice s’écroulèrent. Elle avait espéré de Zelensky une aide, mais Avakov resta le ministre de l’Intérieur jusqu’en juillet 2021. Bientôt l’opération militaire spéciale russe se déclencha et elle fut réduite définitivement au silence. Tous ses efforts d’alerter la presse occidentale échouèrent… aucun journaliste européen n’osa publier une seule ligne sur l’affaire Babitch. Il est vrai que, probablement, ils ne seraient pas ressortis vivants d’Ukraine. La veuve Babitch lança un dernier appel aux autorités judiciaires pour rouvrir l’enquête (février 2021). Il ne se passe évidemment rien.

 

Qu’est devenue Larissa Babitch ?

C’est un support ukrainien qui donne cette information, lors d’une journée mémorielle organisée pour Babitch (25 juillet 2021). Il écrivait : « Elle a tenu des conférences que les combattants d’Azov ont tenté de perturber et après de nombreuses menaces et persécutions, cette femme seule avec trois enfants, a été forcée de quitter le pays et de se réfugier à l’étranger. » Les différentes sources que j’ai consulté affirment qu’elle se trouverait en Allemagne et aurait fui l’Ukraine en 2020.

Lire les notices biographiques des différents protagonistes de cette histoire sur ir-press.com

Laurent Brayard

 

Ne manquez pas le témoignage de Claude Janvier

Notes

[1] Azov, Pravy Sektor (Secteur droit), le parti national-socialiste d’Ukraine Svoboda, les Patriotes d’Ukraine, l’Unité nationale russe, la Société nationale-socialiste et le Corps national, le Corps civil d’Azov, les Azovets sont des organisations interdites dans la fédération de Russie pour extrémisme, apologie du terrorisme, comme étant des organisations terroristes ou ou pour incitation à la haine raciale.

Laurent Brayard, sur E&R

 
Alerter

4 commentaires

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

  • A lire tout cela, on a hâte de voir entrer l’Ukraine dans l’Europe comme le souhaite Madame von der Layen.

    Vraiment hâte !

    Répondre à ce message

  • #3591922
    Le 6 février à 09:48 par Calmestoiviktor

    La guerre en Ukraine est une guerre de possession de territoire. Il n’est pas nécessaire de nazifier le propos pour expliquer la situation.

    Que Poutine vis à vis de sa population ait donné un air de croisade anti fasciste (en Russie on utilise plus communément le terme de fascisme que nazisme) à l’occupation de l’Ukraine pour repousser la menace américaine est de bonne "guerre" pour la propagande intérieure.

    Difficile de penser que la riposte grotesque de l’Ukraine-Otan-Israël serait l’œuvre d’ une structure nazie dormante depuis 80 ans et réactivée, il y a trois ans. Pour des nazis, ces ukrainiens ont bien été calmes pendant 70 ans jusqu’à ce que que la CIA organise la révolution coloré de Maïdan.

     

    Répondre à ce message

  • #3592363

    il me semble que c’est sapaudia, sur une chronique hebdomadaire de twitter,
    qui avait relayé sur e&r une vidéo de perturbation d’une conférence anti azov,
    animée par des citoyens ukrainiens exilés en europe,
    par des soutiens d’azov.....

    Répondre à ce message