Cher Frédéric,
Je me sens moins seule... Merci. Enseignante depuis 14 ans, mise au pilori dès que j’affiche mes convictions parmi mes collègues, cataloguée, étiquetée (mais je ne la ferme pas pour autant !) et hélas souvent raillée par ici par la force des choses : oui, nous sommes souvent tous mis dans le même panier. Sauf que... j’avais la vocation d’enseigner, point barre. Et pas par tradition familiale (parents ouvriers, fils d’immigrés.) Tout le cortège pseudo-démago-socio-gaucho-bobo-humaniste m’écoeure. J’ai trouvé des échos à mes idées ici. Et comme vous, j’ai étanché ma soif de connaissances non tronquées, de parler vrai.
Contrairement à vous, même si j’ai des origines sociales similaires, je n’ai jamais voté à gauche, peut-être par esprit de rébellion au départ, parce que j’ai lu, appris, pensé par moi-même ensuite, sans être intimidée ou galvanisée par ce milieu enseignant et sa bien-pensance laquelle, on doit l’avouer, est aussi communautaire.
Malheureusement aujourd’hui, je constate que ce qui phagocyte notre profession plus que cet engagement traditionnel bardé d’oeillères, c’est le désenchantement, l’individualisme, le désespoir. J’ai souvent le sentiment de me battre seule dans mon milieu, même si je sens parfois des frémissements possibles chez certain(e)s. Il y a encore la crainte d’être mis à l’index. Et puis surtout ce que m’a dit un collègue récemment : les profs ne croient plus vraiment en rien parce qu’on ne croit plus en eux. L’opinion publique les méprise, leur propre hiérarchie les écrase d’aberrations qu’ils (ceux qui sont sensés) ne peuvent plus justifier devant élèves et parents.
Alors merci de vous exprimer ici, un peu pour nous, cette poignée d’enseignants sympathisants d’E&R qui veulent encore avancer, merci à Farida Belghoul d’être ce qu’elle est, merci à Alain d’avoir publié votre lettre qui me donne la force de continuer, de ne pas baisser les yeux.
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