Courrier des lecteurs

Témoignage depuis le Mexique

Publié le : mardi 6 août 2013
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Bonjour Monsieur Soral,

Cela fait à peu près 2 ans que je vous suis et malgré certains désaccords, je dois admettre que vos analyses m’ont permis de mettre des mots sur ce que je ressens depuis longtemps.

Mes références littéraires sont très limitées mais j’ai toujours eu beaucoup de curiosité pour le monde qui m’entoure. J’espère ne pas être trop long...

Je suis issu d’une famille moyenne : un père cadre moyen de parents tailleurs et une mère enseignante en lycée technique agricole, fille de chef d’atelier et de mère au foyer.

Ils étaient ados en 68 et ont tous les deux eu la chance qu’offre la France de faire des études malgré leurs moyens limités. Je ne vous surprends pas en vous informant qu’ils sont pro-Europe, droits-de-l’hommistes, votent toujours PS au 2ème tour (à part en 2002) et se laissent séduire au 1er tour par d’autres candidats de "gauche" quand la république n’est pas en danger. Malgré leur totale inefficacité politique (vous n’êtes d’ailleurs pas tendre avec ce qu’ils représentent), je ne peux m’empêcher de ressentir un grand respect pour eux et ce qu’ils m’ont apporté ainsi qu’à mon frère.

Assez mal à l’aise avec leur héritage catholique, la pleurniche juive ayant très bien marché, ils m’ont malgré leur foi en la laïcité envoyé à des écoles catholiques jusqu’au bac. Je pense d’ailleurs qu’inconsciemment ils m’ont transmis des valeurs très catholiques. En élargissant un peu, je m’aperçois que beaucoup de gauchistes, qui sont dans l’erreur politique, agissent au quotidien de manière très respectable. Il ne leur reste plus qu’à en prendre conscience et nous rejoindre.

J’ai grandi dans la campagne bretonne avec tout ce dont on peut rêver pour être heureux : la liberté de mouvement, de très bons amis, des activités sportives, musicales, du bricolage, de la pêche... Mes quelques amis d’origine étrangère se sentaient français, ne parlaient pas wesh-wesh et ne se posaient pas en victimes.

En arrivant à l’université, j’ai commencé à ressentir un certain mal-être en étant exposé à beaucoup d’exemples de ce qu’avaient provoqué les libéraux-libertaires et leur absence de morale : les racailles. Les citoyens de base, tout en baissant les yeux, étaient partagés entre la grogne à voix basse, la recherche d’excuses à leurs comportements voire la négation pure et simple de ce qu’ils avaient devant les yeux. Étant de gauche par défaut et d’éducation catholique, il m’était impossible à la fois de nier et de stigmatiser, d’où ce malaise. Au sujet des filles, je me suis rendu compte des ravages du féminisme et de la difficulté d’approche quand on les considère avec respect. Vous l’expliquez très bien dans vos vidéos. Malgré ces constats, pas question pour moi de devenir un "facho"...

Aimant la découverte et le voyage, j’ai eu la chance pendant mes études de partir en Erasmus aux îles Canaries, et là ce fut un nouveau constat. Je suis arrivé avec mon sac à dos et j’ai fait mes démarches, trouvé un logement, commencé à me frotter à ce nouvel environnement : un peu de débrouille tout simplement. Ce fut un grand bol d’air, je me sentais libre et éveillé (comme dans l’auberge espagnole). Très vite j’ai fait la rencontre d’autres étudiants Erasmus. En discutant, j’ai appris qu’à leur arrivée, ils avaient été pris en charge 3 jours par le service relations internationales de l’université : visite guidée entre étrangers, listes pour la recherche de logement, etc...

Naturellement ils se sont regroupés par pays, ne cohabitant que très peu avec les autochtones. C’est aussi ça l’Europe : un mélange artificiel de cultures, en apparence de la tolérance et en réalité du communautarisme. Je me suis donc éloigné d’eux et ai fait la rencontre de locaux et de latinos. Ce fut une expérience très enrichissante.

À mon retour, beaucoup ne comprenaient pas mon point de vue, mais peu importe, j’étais satisfait.

Je suis ensuite allé au Mexique faire mon stage de fin d’études, et de nouveau belle expérience, avec cette fois un peu plus de débrouille et une première confrontation avec une culture non européenne.

Le retour en France a été difficile, j’étais blasé. Quelques mois de chômage puis un boulot d’ingénieur. Malgré le confort matériel, je n’ai pas tenu 2 ans. Pas envie de m’installer. Malgré tout ce que nous offre la France, la morosité ambiante ne me plaisait pas, et je n’étais pas tenté par les antidépresseurs.

J’ai donc économisé en vivant comme un étudiant pour pouvoir repartir au Mexique. Les collègues m’ont dit que j’étais fou de démissionner en pleine crise alors que j’étais en CDI, mais je suis quand même parti (je ne soutiens en rien l’initiative "barrez-vous " !).

Voilà maintenant 4 ans que je vis à Guadalajara et j’ai appris, malgré le fait que beaucoup de choses me choquent, à aimer ce pays comme il est. Parallèlement, j’ai commencé à devenir patriote en portant un regard nouveau sur la France. Contrairement à ce qu’avance la pensée unique, le patriotisme n’est pas un repli sur soi, c’est la protection de nos cultures et la garantie que l’argent ne changera pas la mosaïque en une bouillie uniforme. Je suis donc patriote à la fois pour la France, le Mexique et n’importe quelle nation souveraine.

Malgré des situations radicalement différentes, vos analysent s’appliquent également ici :

L’omniprésence de l’Empire voisin est évidente. Peut-être est-ce lié au passé colonial, mais le refus de cet impérialisme ne concerne pas grand monde, et beaucoup prennent comme acquis le fait que les US sont l’exemple à suivre.

Le catholicisme étant la religion majoritaire, le rejet du protestantisme est palpable. Certaines boutiques ou restaurants l’affichent clairement : "ce lieu est catholique et nous n’acceptons aucune propagande protestante ou d’une autre secte". Cela dit, l’acceptation du pouvoir de l’argent est générale. D’ailleurs beaucoup de Mexicains en sont conscients et acquiescent quand je leur dis qu’il sont catholiques par pur folklore, comme on est pour le PSG ou pour l’OM.

La seule résistance est sur le plan familial et là encore on sent le vice. Les annonceurs l’ont bien compris et draguent le consommateur en le flattant à propos de son dévouement au bonheur de la famille.

D’autre part la pauvreté et le manque d’éducation font que le seul but est de s’en sortir économiquement pour pouvoir se construire une maison avec des murailles. La notion de ce qui doit être privé ou public est assez abstraite et quasiment tout est payant.

La grande richesse naturelle du pays, son passé de colonisé et sa proximité avec les USA en font le paradis des prédateurs de toutes sortes, étrangers et mexicains. Le pouvoir est entre les mains de deux partis de droite soi-disant ennemis et Chavez est diabolisé de la pire des manières pour que personne n’ait l’idée de suivre son exemple.

Tout est tellement visible qu’il est difficile, en connaissant vos analyses, de nier la réalité même en étant un gauchiste.

Malgré tout la vie suit son cours et les gens ne sont pas assez névrosés pour renoncer au bonheur. La galanterie n’a pas disparu, on laisse sa place dans le bus à une personne agée, les regards ne sont pas fuyants. Les filles sont souriantes, il est entendu que l’homme et la femme ne sont pas ennemis. Pierre Bergé et Caroline Fourest seraient certainement écœurés par cette insolente pudeur et ce sain bonheur qui ne demande rien à personne. En tant que Français, je me sens très bien accepté, et je pense que le fait que je ne fasse partie d’aucune communauté de Français y est pour quelque chose. D’ailleurs la plupart des gens sont plutôt francophiles sans chercher plus loin. Après tout, le simple respect suffit, étant donnée la distance qui sépare nos pays.

Pour revenir à la France, je me rends compte que notre pays a vraiment tout pour qu’on y vive de la meilleure des manières. On a la chance d’avoir une société qui se tient presque toute seule, ce qui est très rare.

Reste à en finir avec la victimisation des uns et la culpabilisation des autres, côté social, et prendre un virage vers le patriotisme économique. Il n’y aura plus qu’à entretenir et développer le génie francais.

Je ne me fais pas de soucis de ce côté-là.

Continuez le combat, et vive la France !

RLG

Autour du sujet avec Kontre Kulture :


"Comprendre l’empire"
d’Alain Soral

Voir aussi :

26 commentaires
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Le 6 août 2013 à 15:37 par J.Houllier
#485456

La France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Crier vive la France provoque une haine chez les uns et une profonde douleur chez les autres. Quant à la conscience révolutionnaire des pays latinos, il y a longtemps qu’elle s’est fait dévorée par les séries télé et l’argent facile. Le Venezuela y compris. Et l’amour de la patrie n’est plus qu’un slogan : Viva Mexico, pour dynamiser les ventes ou les votes. La semaine dernière j’ai aidé 4 mexicaines, j’ai pu constater qu’elles étaient jolies, marrantes, profiteuses (avec tact) et croyantes. Elles m’ont offert un sombrero... de Guadalajara.

Le 6 août 2013 à 17:21 par julio
#485536

de quelle origine de classe étaient-elles ?

Le 7 août 2013 à 20:34 par J.Houllier
#486873

Quelle était leur classe sociale ? Difficile à dire, je ne connais pas le Mexique et elles étaient toutes différentes. Vu leurs tenues, leur attitude américanisée, leurs portables et le fait qu’elles aient fait le tour de l’Europe, je pense à bourgeoisie moyenne+ chrétienne citadine.

Le 9 août 2013 à 15:05 par nopseudo
#488706

Connaissant un peu l’Amérique latine, continent que j’adore, j’ai souvent été tenté de "traîner" dans les milieux latinos de Paris.... et je confirme : ceux que nous connaissons en France sont tous issus de la bourgeoisie supérieure, et partagent les codes et la vision du monde libérale à l’anglo-saxonne. Ils ont d’ailleurs souvent fait une partie de leurs études aux Etats-Unis. Mais sur place, on ne les voit pratiquement pas, ce ne sont pas (encore) eux qui fixent les codes de la société. Au Vénézuela, c’est particulièrement flagrant : lorsque vous demandez à un jeune de a moyenne ou grande bourgeoisie pourquoi il est anti-chavez (ce qui est systématiquement le cas), une des réponses les plus fréquentes est qu’en raison du contrôle des changes, ils ne peuvent pas facilement voyager même s’ils en ont les moyens ... Soit dit au passage, il est particulièrement flagrant au Venezuela que le positionnement de chacun vis-à-vis de Chavez est strictement dépendant du niveau social... bien plus qu’en France, où, pour des raisons à creuser, les convergences révolutionnaires trans-classes et plus basées sur la communauté des valeurs (patriotisme, sens commun de la justice, de la liberté, du bien et du mal, ...), sont envisageables. Cocorico ?

Le 6 août 2013 à 15:51 par wakeup
#485473

JE T’AIME !

Non sérieux, à chaque fois que je lis les courriers de lecteurs, je me sens tout de suite mieux. Moins seule. Vive ER et vive le changement (pas celui de l’autre terrine d’eunuque gelé).

Le dernier paragraphe dit tout. On a tout ce qu’il faut, il suffit de grandir un peu. Je crois que si tous les gens présents sur ce site éveillent leur entourage, comme je m’efforce de le faire très humblement, quand je crois que cela est possible (je ne suis pas suicidaire), alors on finira par y arriver. Ça prendra du temps, mais les français sont pas si cons.

Au fond, la dépression nationale est avant tout le symptôme d’une grande lucidité qui se mort la queue.

Le 15 août 2013 à 06:01 par 23XYZ23
#493283

Exact, la même chose de mon coté ! Avec mes compatriotes présent en Hongrie. Renseigné vous sur ce pays, Soral en parle de temps en temps... Le gouvernement semble se bouger et le peuple ne veut pas se laisser faire ! Bon après la masse c’est la masse :p

Le 6 août 2013 à 16:47 par NAPOLEON
#485504

Chouette témoignage.

Notre pays est bien déprimant de nos jours, je suis bien d’accord surtout quand tu traines sur E&R et donc au courant de toute cette merde... et que ton entourage l’ignore bêtement et te traite de complotiste/conspirationniste/antisémite...

J’ai déjà songé à quitter la France à plusieurs reprises, j’ai déjà pris des AD : c’est de la MERDE. Ça n’a fait que m’endormir, me mettre dans le gaz et m’empêcher de pleinement raisonner... Du coup, j’ai avec difficultés (eh oui c’est une drogue ces merdes, ça pourrit le ciboulot...) stoppé ces médics.

Aujourd’hui, la situation est compliquée, le chômage n’aide pas...

Bon courage à vous tous en tout cas...

Le 6 août 2013 à 17:41 par Sandrine
#485560

Quittant ma Bretagne à 24 ans, 3 années passées à Mérida au Mexique ont eu un effet révélateur à mon retour : l’amour des Mexicains pour la langue et culture françaises m’a rapproché de mon pays d’origine. Et c’est ensuite paradoxalement un article de Slate en 2010 (je me rappelle encore du nom du journaleux, un certain Quentin Girard) qui m’a poussée dans les bras du camp nationaliste français. Cet article moquait le "côté chauvin et franchouillard" français, ce qui détonnait avec ce que je venais de vivre outre-atlantique avec le patriotisme mexicain notamment le 16 septembre jour de l’indépendance du pays du royaume d’Espagne, où les mexicains brandissent par milliers le drapeau en clamant i Viva Mexico ! (Imaginez la même chose en France). Sans compter une expérience d’un an à Rio où l’on entend fréquemment dans la bouche des cariocas : "O Brasil tem as praias mais bonitas do mundo/ o estadio Maracana, o estadio maior do mundo/ as brasileiras, mulheres mais bonitas do mundo etc" J’ai ainsi commencé à m’interroger sur ce qui poussait la presse à invectiver ainsi les français, et je remercie au passage le journal d’ Attali qui a fait basculer mon vote. Pour revenir à l’article, ne pas enjoliver la réalité mexicaine, la Politique y est encore plus corrompue qu’en France, je me rappelle du PRI achetant le vote de mes voisins électeurs (par distribution de bicyclettes), un pays où 91% des citoyens pensent que leurs politiques sont extrêmement corrompus, où le sort des autochtones indiens y est peu enviable, la classe moyenne y est quasi inexistante ..

Le 6 août 2013 à 22:55 par Sirwinston
#485911

Tout à fait de votre avis. Vos deux expériences se complètent bien et vos propos à chacun font espérer.

Le 6 août 2013 à 22:28 par solaine
#485882

Très touchant courrier ! Courage à son auteur et vive Alain et E&R !

Le 7 août 2013 à 13:49 par Gotfried
#486307

"D’ailleurs la plupart des gens sont plutôt francophiles sans chercher plus loin."

C’est une chose amusante, et presque universelle : la curiosité bienveillante envers l’étranger qui ne vient pas en ennemi.

"Oh ? Tu viens de loin ? C’est comment là-bas ? Comment sont les gens ? A quoi pensent-ils ? De quoi parlent-ils ? Le pays est beau ? Comment on dit "Je t’aime" dans ta langue ? On y mange quoi ? On y est heureux ?" etc...

S’il n’y avait pas la propagande, ni l’immigration de masse, ni les guerres internationales,ni les destabilisations étrangères, ni la délocalisation, ni la spoliation des ressources naturelles, les gens s’entendraient sans problème.

Le 12 août 2013 à 00:59 par youri
#490582

t’inquietes le NWO va régler tout ça !

Le 8 août 2013 à 11:38 par buscapé
#487587

Ce témoignage pourrait être le mien. Seul la destination est différente. Pour ma part c’est le Danemark. On souhaite un monde équitable, une connivence entre les peuples alors on est de gauche par défaut, en 2002 on a peur, puis on découvre les incohérences de la mondialisation et on essaye de comprendre qui les souhaitent et les font persister. Alors on lit, on voyage, on écoute et on commence se douter d’une supercherie mondiale. Enfin on se rend compte que les méchants Soral et Le Pen sont peut être pas si machiavélique. Alors on veut en savoir plus, on reprend l’histoire et on comprend la plupart des incohérences actuelles. Certes on a pas de certitudes mais les choses prennent un sens et la réflexion se maintient dans une quête de Vérité. Merci à Egalité et Réconciliation et à Alain Soral d’élever le niveau d’une société qui croule sous un flot d’absurdités médiatiques, politiques, artistiques et culturels.

Le 11 août 2013 à 22:38 par pff
#490518

Merci pour ce témoignage, mec. Cohérent et clair. . On en conclue quand même qu’il y a des salopards qui font tout pour qu’on déteste notre patrie depuis notre plus jeune âge. Elle qui mérite tant d’être aimée. . Rappelez-vous Max Linder et ce qu’il disait : "J’aime mon pays, ses moeurs aimables, la gentillesse de nos relations..." On se fait dépouiller de notre identité, notre culture, nos racines. Y’en a marre de marre, bordel !

Le 12 août 2013 à 09:43 par Heureux qui, comme Ulysse...
#490715

Mexico est un danger bien trop grand pour son voisin, des troubles gigantesques (guerre civile et autres rivalités éthniques) sont au calendrier de l’Empire, ce n’est qu’une question de temps...

Le 13 août 2013 à 23:03 par O. kergoat
#492288

Moi, j’ai quitté l’ile-de-france pour une culture (Bretonne) et civilisation (Celtique) de mes ancêtre qui en vaut la peine ! Ca fait du bien de se retrouver en plénitude, en conscience, loin de la france névrosée ! Chez nous ça danse, ça chante ensemble les chansons du pays Breizh..malgrès les pouvoirs d’achats peu élevé aussi..c’est ça une nation (ethnique !) ce sentiment, ce vécu..YA, Gwir eo !