Courrier des lecteurs

Unir en soi gauche du travail et droite des valeurs

Publié le : samedi 9 décembre 2017
Modifié le : dimanche 10 décembre 2017
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Ave,

Je vous écris d’Italie où, en désamour total avec la France, j’ai émigré à l’âge de 18 ans. Je veux vous faire part du récit de mon enfance française, qui me semble illustrer de nombreux points de réflexion portés par E&R, auquel j’adhère à distance et qui a largement participé à ma réconciliation avec mon pays.

Née en 80 à St-Denis d’une mère bobo et d’un comédien raté issu de l’émigration algérienne, j’ai eu très tôt des problèmes identitaires. On m’interdît tout lien avec mes origines Kabyles (mon père changea même de nom avant ma naissance) mais l’alternative offerte ne fut toutefois pas celle de la culture Française authentique, mais bien cette sous-culture gauchiste, athéiste et antiraciste, qui me culpabilisait en tant que petite Française privilégiée et qui glorifiait les racailles et tout ce qui était anti-français, notamment à travers le rap.

Nourrie par ces grands mensonges de l’autodétermination et de l’ascenseur social, je fus bientôt investie d’un double devoir de revanche ; raciale de par mon père, féministe de par ma mère. On me mit au régime et on me fit participer à des films, pubs et génériques qui payèrent quelques loyers. Suite à leur divorce en 90, mon père quitta son emploi, ma mère reçut beaucoup d’aides sociales, tous deux tombèrent en dépression et les rôles parents-enfants s’invertirent, faisant de l’État Français mon seul protecteur.

Ma mère se remit en couple quelques mois plus tard avec un syndicaliste soixante-huitard odieux, père de deux fils issus de deux précédentes unions et avec lequel nous déménageâmes dans un petit village Breton, aux alentours de mes 12 ans.

Parler de notre vie de famille ou inviter à la maison des indigènes, considérés beaufs, bigots et sans intérêt, fut proscrit et mes origines arabes devinrent tabou. Sous prétexte d’une éducation laxiste, on ne s’occupa plus de moi, m’invitant à être démerdarde, à faire de l’autostop et m’autorisant à fumer et à boire à la maison, ce qui facilita l’émergence de certaines tendances alcooliques, dont je mis longtemps à me défaire. Je reçus de surcroît une éducation sexuelle approfondie grâce à l’omniprésence de récits, blagues et autres évocations pornographiques. On me présenta les pratiques sexuelles les plus débridées comme saines et on me donna la pilule.

Mon premier rapport fut un viol à l’âge de 13 ans, perpétré par un jeune adulte de mon entourage, qui me plongea dans un long silence coupable et me fit douter, durant toute mon adolescence, de mon hétérosexualité. Mon père, débiteur de nombreuses pensions alimentaires et incapable de retrouver un emploi, fut exclu de notre vie. Il ne réussit jamais à relever la tête et se suicida quelques années plus tard. Je rentrai à l’internat à 14 ans, on m’invita à m’émanciper financièrement et je commençai à travailler dans la restauration les week-ends et vacances. Plus tard, le remariage de ma mère, revendiqué comme fiscal, me fit perdre toutes mes aides sociales et avec elles, mes raisons de rester en France. Je partis pour Rome, où j’avais des contacts.

Ce fut une renaissance ! Ce qui me plut d’emblée de l’Italie était ce que la France avait perdu : ses racines chrétiennes ou plus essentiellement le rapport au Sacré. La transcendance illumine les relations horizontales, du Divin à l’homme, dans sa relation à la terre (et à la nature), et du Père de famille à ses enfants, à travers les liens du sang et du nom.

Les Italiens sont très liés à leur terre, l’enracinement est très fort et la mobilité est vécue comme un sacrifice. Ils respectent l’autorité du père et des anciens qui, en retour, incarnent le sens des responsabilités et l’instinct de protection. La place qu’occupe la mère, qui offre un soutien sans réserves à ses enfants, reste toutefois la relation sacrée par excellence, celle de la transmission de la vie. Les rapports hommes-femmes et les liens familiaux définis et intenses, constituent un contrepoids considérable aux difficiles conditions socio-économiques actuelles. Enfin, un sens moral partagé (également par les athées, les musulmans et autres étrangers) contraste encore avec l’hypersexualisation ambiante, la profanation de l’enfance, l’éloge de l’argent roi et la réification de l’humain.

J’ai grandi dans le discours libéral-libertaire et je sais aujourd’hui qu’il ne s’agit que de mensonges hypocrites, qui camouflent l’individualisme éhonté d’une génération capricieuse, complice de l’avènement de la société globale de consommation. On prônait la solidarité en se sentant supérieurs à la populace. On prônait l’antiracisme en cachant le sang arabe. On revendiquait les droits des travailleurs en livrant ses propres enfants à la violence du marché. On prônait un amour libre qui n’avait pas grand-chose à voir avec l’amour et qui détruisait l’organisation humaine la plus instinctive, fiable et fonctionnelle à la fois : la Famille. Bref, on m’offrait une liberté qui ressemblait beaucoup à l’abandon et à la solitude.

Je remercie donc ici E&R, qui m’a permis de comprendre qui était vraiment l’ennemi, mettant ainsi en relief les vrais luttes à combattre. Vous avez tout mon soutien, je salue votre honneur et vous souhaite bien du courage.

M.

Ps : Je vous confirme que d’importantes invasions arabo-berbères eurent lieu dans le sud de l’Italie (comme en témoigne, entre autres, l’émirat de Bari du IXème siècle), ce qui explique les traits maghrébins de la population de Conversano (petite ville des Pouilles qui se trouve à une heure de chez moi), tout comme ceux du fameux schizophrène homonyme.

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54 commentaires
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Le 9 décembre 2017 à 23:42 par Sedetiam
#1857968

Quelle force au sein des syllabes. Voilà des lettres comme on aime en recevoir. Merci M.

Pace e salute

Le 10 décembre 2017 à 03:13 par goy
#1858018

Je suis resté ébahi à la suite de la lecture de cette lettre, cette dame a eu beaucoup de courage et de force de caractère pour surmonter tout ça. Et que dire de cette belle écriture si ce n’est la preuve que l’auteure a résisté malgré les épreuves à continuer une scolarité plutôt que de se ranger vers la facilité de l’école buissonnière et de tous ses travers.

Le 10 décembre 2017 à 10:06 par Anonyme
#1858073

En résumé..... Dites moi sur qui je ne peux pas rire et vous saurez qui sont à la manœuvre...

Le 10 décembre 2017 à 10:12 par Anonyme
#1858077

J’ai toujours voulu quitter la France, car je savais que je ne pourrais pas socialement évoluer du fait de mes origines... Je disais même à mes parents, qu’il n’aurait jamais dû venir en France, car notre avenir était menacé de misère sociale..... Et de choisir un vrai pays d’étrangers qui était les U.S.A... là où au moins le mérite social pouvaient nous assurer un meilleur avenir....

Le 10 décembre 2017 à 10:16 par Marc
#1858079

Bonjour.

Témoignage très intéressant, très dur à lire par moment.

Je suis aussi un "hybride", mais j’ai eu du bol que mes parents soient catholiques et plutôt à droite ^^

Moi aussi j’ai du partir en Pologne, surtout pour raison économique après 2 ans de chômage. C’est pas tous rose, mais c’est toujours mieux qu’en France qui est un pays en train de mourir.

Profitez bien de l’Italie et je vous souhaite tous le bonheur dans ce magnifique pays.

PS : Conversano c’est plus un escroc qu’un schizophrène, quoique à force de jouer son rôle, il l’est peut être devenu...

Le 10 décembre 2017 à 10:17 par Anonyme
#1858080

Bizarrement quand je prends le bus ou que je me balade dans certains coins de la région parisienne, j’ai l’impression d’être en Afrique.. et je me dis où sont les Français... Et bien ils partent là où la qualité de vie est meilleur... Quand ils le peuvent, bien sûr..

Le 10 décembre 2017 à 10:33 par Philippot, vite !
#1858086

Très belle lettre que deux inversions de sens gâchent un peu :

inviter des indigènes à la maison

Au lieu de : « inviter des allogènes à la maison »

La transcendance illumine les relations horizontales, du Divin à l’homme, dans sa relation à la terre (et à la nature), et du Père de famille à ses enfants, à travers les liens du sang et du nom.

Au lieu de : « La transcendance illumine les relations verticales, du Divin à l’homme, dans sa relation à la terre (et à la nature), et du Père de famille à ses enfants, à travers les liens du sang et du nom. »

C’est dommage d’écrire exactement le contraire de ce que l’on veut dire...

Le 10 décembre 2017 à 10:58 par mahoua
#1858097

Vous me rappelez, en ce qui concerne la première inversion, à quel point les guillemets sont devennus importants dans la langue française. En ce qui concerne la deuxième c’est effectivement un lapsus vulgaire dont je m’excuse.

Le 10 décembre 2017 à 11:40 par dendrocops
#1858120

l’inversion supposée concernant « inviter des allogènes à la maison » n’est pas une erreur, car dans le cas de M qui a écrit ce beau courrier, les indigènes en question "beauf, bigot,.." sont les bretons du coin, la France rurale en clair.

donc ce sont bien des indigènes et non pas des allogènes.. merci M pour partager ton histoire, triste et belle à la fois.

Le 10 décembre 2017 à 12:38 par nova
#1858156

Bonjour M,

A la lecture de tes propos que de tristesse à imaginer ton enfance où l’enracinement n’a pas sa place tout comme le socle de valeurs humaines à transmettre. Je ne vois dans ta "résurrection" seul l’amour à cette naissance à la vie. A tous ces jeunes et moins jeunes perdus faute d’éducation et de repères dans nos sociétés occidentales j’essaie tout comme toi et des milliers d’autres de porter ce message d’espoir où l’impossible par une éducation bafouée devient réalisable par l’amour de son prochain et une relecture de sa vie à travers une famille, un environnement, une société...

Ton appel à plus d’humanité je le porte encore et j’espère tout comme toi à un sursaut global.

Amen

Nova

Le 10 décembre 2017 à 14:46 par Yoyo
#1858251

Magnifique. Puisse chaque enfant de la mère France sortir par le haut comme tu l’as fait de cette période lamentable.

Le 13 décembre 2017 à 02:38 par Iskandaar
#1860167

Je vous confirme que d’importantes invasions arabo-berbères eurent lieu dans le sud de l’Italie (comme en témoigne, entre autres, l’émirat de Bari du IXème siècle)

Sauf que ces traits que vous appelez "maghrébins" sont en fait ceux des populations nord-africaines et levantines et présents de manière significative dans tout le monde méditerranéen depuis le néolithique et la période antique. Un italien du sud aura probablement plus de liens culturels concrets avec un grec, un turc ou un maghrébin qu’avec un allemand de Francfort...

Les valeurs que vous trouvez en Italie et dont vous faites la description vous les retrouverez en réalité dans tous les pays de l’espace méditerranéen...