Patience, chers amis carnivores.
S’agissant du Mercosur, l’expérience montre qu’il faut attendre sereinement un incident sanitaire suffisamment visible pour que les institutions découvrent soudain qu’elles disposent déjà des outils juridiques pour agir.
Avant cela, il n’y a rien à espérer, pour les raisons suivantes :
• L’Europe fonctionne comme si elle comprenait deux départements.
Un département « affaires extérieures », dont le mantra est la libre concurrence et dont le narratif est : « un bœuf, c’est un bœuf ; un poulet, c’est un poulet ».
Et un département « affaires intérieures », dont le narratif est : « il y a les bons poulets et les mauvais poulets », chargé de veiller sur la santé des Français.
Les fonctionnaires de ces deux départements ne sont pas payés pour se parler entre eux, puisque chacun est dans le « vrai » et dans le « juste ».
• Les frexiteurs veulent frexiter.
Le slogan est vendeur, mais c’est à peu près tout.
• Dans les accords commerciaux, les quotas et les règles sanitaires ne disparaissent pas brutalement : ils s’érodent.
Le plafond de 90 000 tonnes finira par devenir un plancher.
Au fil du temps, les exportateurs réinterpréteront le traité à leur avantage, car cela fonctionne toujours ainsi.
• Un député européen qui attaquerait frontalement la logique Mercosur en s’appuyant sur les articles du TFUE (Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne) — article 36 (protection de la santé humaine), article 191 (principe de précaution), article 207 — se tirerait une balle dans le pied.
Il est là pour poser des questions en commission AGRI ou ailleurs, pas pour renverser la table et être catalogué « anti-européen ».
• Les paysans sont dans le concret : le réel, le vivant, la météo.
Bruxelles est dans l’abstraction : l’écrit, les règlements, les traités, les grands mots.
La situation n’a pas beaucoup changé depuis le Moyen Âge, où les uns parlaient le patois et les autres le latin.
Il n’y a donc rien à attendre d’eux sur ce terrain.
Au mieux, ils obtiendront un moratoire — du latin moratorius, de morari : retarder — comme l’a indiqué la ministre.
Les écologistes ?
Logiquement, ce serait leur rôle de montrer les contradictions de l’Union européenne en matière d’alimentation.
Mais ils ont d’autres chats à fouetter : élargir les trottoirs, interdire la chasse le dimanche, végétaliser les toitures.
Alain Soral et E&R
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